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samedi 13 décembre 2025

Maccarthysme, censures et procédures-baillons : un vent autoritaire souffle sur la France.

 Censure. Une fois de plus, le maccarthysme vient des États-Unis. Cette doctrine qui vise à museler toute opposition (notamment de gauche ou vaguement progressiste) au pouvoir en place, qui est durement appliquée par l’administration Trump, est aussi en vogue dans les cercles de pouvoir français. Il s’agit d’un moyen de plus d’accentuer, pour les gouvernements successifs, le virage autoritaire emprunté par la France depuis une décennie au moins.

Outre l’arsenal juridique mis en place (inscription de l’état d’urgence dans le droit commun, lois sécuritaires…), les violences policières chargées de réprimer l’opposition dans la rue… L’oligarchie et ses larbins utilisent de plus en plus des méthodes de censure, de muselage envers les institutions, voire les personnes qui s’autorisent à penser, à produire de la pensée critique, ou qui pointent ces dérives.

Dénonciation des violences policières, libertés académiques, dissolutions d’organisations écologistes ou antifascistes… Cette fois, ce sont carrément des ministres et des préfets qui mettent leurs mains dans le cambouis du maccarthysme pour attaquer, par des procédures-baillons, l’opposition politique, des associations, des humoristes ou des chercheurs. Le tout servi par un tapis de bombes médiatiques, et au bénéfice de l’extrême droite.

Violences policières : le premier flic de France ne veut pas les voir

Sur le plateau de Radio Nova, l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré a dénoncé ce 9 novembre les diverses violences (physiques, sexuelles, menaces…) dont sont accusés plusieurs policiers. Les éborgnés de Sainte-Soline, agressions sexuelles par des fonctionnaires de polices… P-E Barré énumère ces horreurs commises en uniforme, sourcées et documentées, et de conclure : « des viols, des mutilations, des meurtres, et des mecs qui se filment en train de faire tout ça en se marrant : en fait, la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi ». Il n’en fallait pas plus au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, ex-préfet de Paris, pour porter plainte et se vautrer dans un maccarthysme qui tente de museler des humoristes.

Radio Nova a de suite serré les rangs autour de son humoriste. Un contraste saissant avec le comportement de France Inter, lorsque Guillaume Meurice était sous le feu des critiques pour une blague sur Netanyahu. Pour Nunez, laisser ses fonctionnaires éborgner, mutiler, violer, menacer des citoyens, permettre à la hiérarchie de couvrir ces violences, cela n’appelle pas une réponse politique immédiate. Mais qu’un humoriste ose dénoncer ces problèmes « endémiques », emploie un humour certes corrosif mais pensé comme tel, pour amener à réfléchir à ces sujets, voilà qui est intolérable. Il est bien loin « l’esprit Charlie » tant loué en 2015. Aujourd’hui, un humoriste en France peut se voir traîner dans la boue médiatique et en justice pour avoir fait son travail.

Autre fait à ne surtout pas rappeler aux ministres successifs : la police tue. Déjà en 2022 le candidat du NPA Philippe Poutou avait rappelé cet état de fait. Plainte immédiate du ministre de l’Intérieur de l’époque, l’abject Darmanin. Un pallier est franchi en juillet 2025, alors que les députés Insoumis Aly Dioura et Aurélien Taché avaient aussi rappelé que « la police tue ». Le préfet de Paris de l’époque (un certain Laurent Nuñez) avait alors, première historique, déposé plainte.

Une prise de gallons plus tard, le même L. Nunez, alors ministre, récidive et annonce une plainte contre quatre députés LFI qui, à l’occasion des 20 ans de la mort de Zyeb et Bouna, avaient encore rappelé que « la police tue ». Le maccarthysme paie pour certains : Nunez est passé de préfet de Paris à ministre pour son zèle.

Preuve, s’il en fallait, que cette répression encourage l’extrême droite à imiter le gouvernement : le député LFI Sébastien Delogu, candidat à la mairie de Marseille, a déclaré ce week-end, à propos de la militante Assa Traoré : « Ça les fait criser quand on dit que la police tue. Mais la police, elle a tué son frère [Adama Traoré, ndlr], donc il ne faut pas l’oublier ». Impatient de lui donner raison, la tête de liste du RN à Marseille Franck Allisio a de suite déposé plainte. Le RN est tellement anti-système qu’il devance même le gouvernement dans la répression des opposants et dans le maccarthysme !

Commission parlementaire anti-LFI : quand le maccarthysme se prend les pieds dans le tapis

L’été dernier, le chef des députés LR, Laurent Wauquiez a tenté de créer une commission d’enquête parlementaire ciblant expressément LFI. Raté. L’homme aux repas à 150 000 euros a dégainé une commission « les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et des réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». LFI n’est pas mentionnée, mais bien visée par cette commission empreinte de maccarthysme.

Le moins qu’on puisse dire, que tout a été fait dans cette commission pour diaboliser les Insoumis, et, à terme, justifier une répression accentuée contre LFI et ses partisans. L’ambiance stricte de l’Assemblée, les députés en costume et leurs invités habillés de même… Tout est fait pour « faire sérieux », rendre crédible les attaques contre les Insoumis. En bout de course, l’objectif est clair : jeter une suspicion sur LFI, qui serait à la solde d’un « ennemi intérieur », « séparatiste », anti-républicain…

C’était sans compter sur l’audition ce dimanche de Jean-Luc Mélenchon, qui a sans problème dévoilé la mesquinerie et surtout l’ignorance de ses interlocuteurs de droite et d’extrême droite. Au point que même médiatiquement le discours des dominants reconnaisse les qualités de l’intervention, et la nullité des dirigeants de la commission. Mais l’intention des droites est bien là, et ce même maccarthysme flotte maintenant à l’Assemblée Nationale.

Pour aller plus loin : Jean-Luc Mélenchon ridiculise la commission d’enquête anti-LFI : retour sur le cours magistral du leader insoumis

Censure des universitaires : le maccarthysme contre les lieux de savoirs

Les exemples d’étudiants, d’enseignants et de chercheurs censurés, parfois violemment, par le pouvoir en place ne manquent hélas pas. Là encore, ces attaques contre la liberté académique et la liberté d’expression ont été précédées d’un matraquage médiatique et sémantique abject durant une demi-décennie. Depuis 2020 en effet, et la polémique lancée par les ministres Vidal et Blanquer, les universités sont accusées d’être des nids à « wokisme » (quoi que cela veuille dire), voire à « islamo-gauchistes » complices des terroristes islamistes.

Rien de mieux pour justifier, dans les mois suivants, des attaques politiques et médiatiques contre le monde universitaire dans son ensemble. Le dernier exemple en date, celui de Julien Théry, historien à l’université de Lyon 2, qui a dénoncé les soutiens français au génocide à Gaza, est le dernier exemple du processus. Ce dernier avait publié une liste (publique!) de signataires d’une pétition de soutien au gouvernement d’extrême droite israélien et de sa politique génocidaire : il n’en fallait pas plus pour que son université le suspende de ses fonctions, sous la pression médiatique.

Les universités françaises voient se serrer autour d’elles un étau de surveillance, voire de fichage politique, des étudiants comme de ses personnels. Comme à Aix-Marseille Université (AMU), où l’université demande à un institut privé (l’IFOP, avec la fondation Jean Jaurès) de sonder l’opinion politique de ses étudiants et personnels.

Une démarche qui au moins interroge sur place : pourquoi ne pas confier cette tâche à de vrais sociologues de l’université ? Les syndicats étudiants et professionnels sont eux inquiets, pointant « des questions très intrusives », et craignent un « fichage des campus » et une gestion « répressive » par l’université des données collectées. Encore une fois, de la surveillance politique, du maccarthysme au cœur des universités.

Ce n’est pas un acte isolé : le même type de questionnaire, sur les questions d’islamophobie, d’antisémitisme et de racisme en général, avait été diligenté par le ministère de l’Enseignement supérieur. Plus dangereux encore, le questionnaire lie ces questions, comme si de rien n’était, avec le conflit israélo-palestinien et les questions sont tournées de telle manière que ceux qui « soutiennent la cause palestinienne » sont assimilés à des « soutiens du Hamas ». Sur le fond comme sur la méthode, « l’enquête » a été accueillie par une levée de bouclier.

Le premier syndicat enseignant universitaire dénonce que « ce questionnaire pêche tout à la fois par la confusion des sujets abordés, l’orientation des réponses souhaitées […] et l’illégalité du questionnement des agent·es de la fonction publique par leur autorité de tutelle sur leurs convictions politiques et religieuses. ». Là encore, une crainte de fichage politique est exprimée par les syndicats, enseignants comme étudiants.

Et pour cause, ils sont nombreux les syndicalistes étudiants, notamment, pris pour cible pour leur engagement contre la précarité étudiante ou pour la Palestine. Comme cette membre de l’UNEF Nanterre, espionnée par son université, ou ces trois étudiants de Sciences Po exclus pour leurs prises de position pour la Palestine. Ce n’est pas la première fois que le soutien à la politique génocidaire israélienne sert à réprimer les étudiants en lutte, mais aussi les syndicalistes pros, comme le responsable de la CGT du Nord Jean-Paul Delescaut ou Fabien Villedieu de Sud Rail. Quand ce n’est pas la répression policière qui s’abat, c’est toujours la suspicion, le doute inquisiteur qui président dans les cercles de pouvoir engrainés au maccarthysme du 21ᵉ siècle.

Pour aller plus loin : Une nouvelle République pour une nouvelle France : les propositions de LFI pour une 6e République et une refonte des institutions

Voire l’interdiction pure et simple d’événements, comme il en a été pour le colloque (très sérieux, au vu de son programme, de ses intervenants…) sur la Palestine, prévu au Collège de France… avant d’être annulé par ce dernier. La raison ? La « polémique » entourant le colloque consistait juste à ne pas dérouler le tapis rouge aux soutiens du génocide à Gaza et au gouvernement israélien. Le Collège de France a juste eu peur de retombées médiatiques des organes de l’officialité : Le Point, la LICRA

Et les organisateurs de dénoncer à juste titre « une ère de maccarthysme à la française ». L’annulation a été maintenue, le colloque n’a pas eu lieu, tandis que le CRIF était reçu en grande pompe au Sénat. Cette organisation tient aujourd’hui moins de l’instance « représentative » que du lobby pro-Netanyahu et pro-génocide, au vu de ses prises de position et événements.

Contre la mise au pas de la société, l’extension des libertés fondamentales

Pour aller plus loin : Menace aux libertés fondamentales : ce rapport inquiétant des ONG

Ces exemples dessinent une dérive globale vers un régime autoritaire, en plus des dissolutions d’associations et collectifs (comme la Jeune Garde). Condamné à une fuite en avant toujours plus à droite, le bloc bourgeois chasse sur les terres de l’extrême droite et mène des politiques toujours plus restrictives des libertés, racistes etc. Et loin de faire reculer l’extrême droite par ce maccarthysme, cette dernière se frotte les mains, vampirise le bloc central dans les urnes et imite ses initiatives maccarthystes. Le dernier exemple en date est la plainte du torchon Frontières contre Streetpress et L’Insoumission.

Pour aller plus loin : Le média d’extrême droite Frontières attaque L’Insoumission et StreetPress

En réponse, il faut, non seulement garantir les droits et libertés existants (la chercheuse Stéphanie Balme propose par exemple d’inscrire les libertés académiques dans la Constitution), mais aussi en conquérir de nouveaux. Une Sixième République est donc nécessaire pour le pays, non seulement pour enrayer la dynamique de maccarthysme qui s’empare de la France, mais aussi pour étendre le champ des droits humains et des libertés fondamentales.

Sources:linsoumission.fr (Par Alexis Poyard)


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