A la marge,celle qui relie les pages

mercredi 20 mai 2026

Ingérences israéliennes, rapport caviardé, société Blackcore : comment une puissance étrangère a tenté de façonner les élections françaises.

 Ingérences. Les municipales de mars 2026 resteront dans les annales de la République. Pour la première fois à une telle échelle, un scrutin local français a été la cible d’une opération d’ingérence numérique étrangère coordonnée, visant trois candidats de La France insoumise : Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse, David Guiraud à Roubaix. Ce 19 mai 2026, Le Canard enchaîné révèle que le rapport public sur ces ingérences a été caviardé par le président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques.

Viginum a identifié l’officine Blackcore, des proches de Benjamin Nétanyahu et d’anciens agents du renseignement israélien comme auteurs de l’opération. Reuters, Libération et Haaretz en ont confirmé les ramifications. La conférence de presse du 20 mai à Paris, réunissant Piquemal, Delogu et leurs avocats, marque désormais l’entrée de cette affaire pour ce qu’elle est, un scandale d’État. Notre article

L’opération : trois candidats, trois villes, un même commanditaire

Le 10 mars 2026, Viginum publie sa première alerte : plusieurs sites et comptes sur les réseaux sociaux, « présentant des caractéristiques d’inauthenticité », ciblent des candidats LFI aux municipales. Le 9 mars, Le Monde avait déjà documenté le dispositif : un faux média local toulousain dénigrant François Piquemal, un « Blog de Sophie » visant Sébastien Delogu à Marseille, et un troisième site, intitulé « L’alternative 2026 », se présentant frauduleusement comme une consigne de vote islamiste favorable aux candidats insoumis.

Les trois sites partagent le même thème WordPress, des images générées par intelligence artificielle via Gemini, et des noms de domaine enregistrés auprès du même fournisseur situé aux Bahamas. Un cluster de faux comptes amplificateurs, dont une partie localisée en Asie, a relayé ces contenus. À Marseille, l’opération prend aussi une dimension physique : des affiches dotées de QR codes renvoyant au « Blog de Sophie » sont placardées dans les rues de la ville, mêlant désinformation analogique et numérique.

Le 20 mars, une deuxième alerte Viginum signale qu’une nouvelle opération vise David Guiraud à Roubaix, arrivé largement en tête du premier tour avec 46,64 % des voix. Deux pages Facebook aux contenus falsifiés, présentant des « marqueurs techniques étrangers », diffusent des accusations contre le député du Nord avant le second tour.

Les trois candidats ciblés, Delogu, Piquemal et Guiraud, partagent un profil commun : ce sont des figures de proue de l’opposition aux opérations militaires israéliennes à Gaza. Jean-Luc Mélenchon déclare sur X : « Les services de renseignement de notre pays soupçonnent l’entreprise israélienne BlackCore d’ingérences contre nous pendant la campagne municipale. Trois candidats LFI ont été visés : Sébastien Delogu, François Piquemal et David Guiraud. Résultat : des milliers de messages diffusés pour mentir, les traîner dans la boue. Nous demandons au gouvernement une loi permettant de combattre les ingérences étrangères. »

Le 19 mars à Toulouse : le traquenard de la cérémonie Merah

Dans ce contexte saturé d’opérations numériques, la journée du 19 mars 2026 constitue un moment à part. Ce jour-là, square Charles-de-Gaulle, à deux pas du Capitole, Toulouse commémore comme chaque année les sept victimes des attentats terroristes islamistes du 19 mars 2012 : Imad Ibn Ziaten, Abel Chennouf, Mohamed Legouad, Jonathan Sandler, ses fils Gabriel et Arié, et Myriam Monsonégo. Une cérémonie de mémoire et de recueillement républicain. Cette année, elle se transforme en séquence de violence.

À peine François Piquemal, candidat LFI en campagne pour le second tour prévu le 22 mars, s’avance-t-il pour déposer une gerbe aux côtés des députés insoumis Hadrien Clouet et Anne Stambach-Terrenoir que les insultes fusent : « Dehors, LFI ! », « Antijuif ! », « Vous n’avez rien à faire ici, honte à vous, le parti de l’islamisme ! ». Le candidat et ses colistiers sont menacés de mort. Un ancien élève du collège-lycée Ozar Hatorah présent aux côtés de la délégation de gauche est lui aussi menacé de mort. Des insultes homophobes et des menaces de viol sont proférées. C’est « la première fois que ça se passe comme ça », confirme à l’AFP l’attachée de presse de François Piquemal, Inès Djelida.

Ce qui s’est passé en coulisses aggrave les soupçons. Le protocole de la cérémonie avait été modifié cette année pour isoler physiquement les élus de gauche. Quand Piquemal et ses collègues s’avancent pour le dépôt de gerbe, plusieurs adjoints au maire de Toulouse (Nicole Yaderni, Cécile Dufraisse, Bertrand Serp) ainsi que le président du CESER Jean-Louis Chauzy leur tournent ostensiblement le dos. Jean-Luc Moudenc, maire sortant et organisateur de la cérémonie, n’intervient pas pour rétablir le calme. « Rien n’empêchait Jean-Luc Moudenc, dès les premiers sifflets, de prendre le micro, d’appeler au calme et à la dignité : il ne l’a pas fait », dénonce François Briançon, colistier socialiste de Piquemal, contraint de quitter les lieux sous escorte de la police municipale, le visage marqué.

François Piquemal parle d’un « traquenard ». Le SNJ de France Télévisions, dans un communiqué du 21 avril, estime que l’événement « a été instrumentalisé pour en faire un traquenard politique prémédité et organisé » et exige que France Télévisions s’explique sur son traitement de l’information après le 19 mars. Piquemal, Clouet et Stambach-Terrenoir déposent plainte. Cette cérémonie se tient quatre jours après le premier tour, au cœur d’une campagne de l’entre-deux-tours rendue explosive par deux semaines de faux sites, de faux comptes et de dénigrement numérique coordonné.


Le lien

    
















Blackcore, Galacticos, SNI Digital : les rouages d’une officine de guerre informationnelle

L’enquête publiée par Libération en partenariat avec le journal israélien Haaretz, et confirmée par une source informée du dossier auprès de l’AFP, permet de nommer les structures impliquées. Viginum a identifié l’officine Blackcore, liée à des proches de Benyamin Netanyahou et à d’anciens membres des services de renseignement israéliens, comme étant à l’origine de l’opération.

Blackcore se présente comme une « entreprise d’élite spécialisée dans l’influence, le cyber et les technologies, conçue pour l’ère moderne de la guerre de l’information ». Son site Internet est désormais hors ligne. Son nom de domaine n’a été enregistré qu’en août 2025, mais elle se prévaut de quinze ans d’expérience. Elle ne figure pas dans le registre israélien des entreprises. Libération et Haaretz, en étudiant les sous-domaines Internet liés à Blackcore, les font remonter vers deux sociétés israéliennes : Galacticos Ltd. et SNI Digital, toutes deux placées sous la direction du même homme, Doron Afik.

Cette entité n’est cependant que « la porte d’entrée d’une entreprise beaucoup plus complexe », selon une source sécuritaire citée par l’AFP. L’écosystème de faux comptes amplificateurs utilisé pour diffuser les attaques est par ailleurs lié au lobby pro-israélien Elnet, enregistré en France et en Europe, dont le directeur exécutif parisien est Arié Bensemhoun. Ce cluster de comptes « a, par le passé, rendu visible des publications d’Elnet sur les réseaux sociaux », selon l’enquête initiale du Monde.

François Piquemal note : « Ce n’est pas la première fois que l’on a des menaces, du harcèlement en ligne de la part d’officines d’extrême droite israélienne ». Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, cite les responsables et exige des comptes des autorités : « Si, comme l’envisage l’enquête du Monde, le gouvernement israélien est à l’initiative de cette opération, les autorités françaises doivent condamner cette ingérence. Les élections ne sont pas un terrain de jeu pour les agents des gouvernements étrangers, ni pour les barbouzes et autres agences d’influence ».

21 mars, veille du second tour : la publicité illégale en pleine période de réserve

L’opération atteint son paroxysme le 21 mars 2026, veille du second tour toulousain, en pleine période de réserve électorale. Des encarts publicitaires mensongers, associant François Piquemal à la mouvance islamiste, sont diffusés pendant plusieurs heures sur le site de La Dépêche du Midi, mais aussi sur les applications Vinted, Candy Crush, et sur un site de paris en ligne. Ces publications violent le code électoral, qui interdit toute communication à caractère électoral la veille d’un scrutin.

La Dépêche du Midi, précisant qu’elle avait confié la gestion de ses espaces publicitaires à une régie tierce, dénonce une « publication haineuse qui nuit au bon déroulement de la démocratie » et dépose plainte. Viginum est alerté. Une enquête judiciaire pour diffamation est ouverte. François Piquemal dépose plainte sur le fondement du code électoral.

Le lendemain, le 22 mars, Jean-Luc Moudenc est réélu avec 53,87 % des voix contre 46,13 % pour la liste d’union de la gauche. Le 28 mars, les avocats de François Piquemal (Marion Ogier, Clara Gandin, Lionel Crusoé et Xavier Sauvignet) déposent un recours en annulation devant le tribunal administratif. Leur communiqué l’affirme : « Pour la première fois à une telle échelle, les élections municipales en France ont été marquées par des ingérences numériques étrangères, documentées par le nouvellement créé Réseau de coordination et de protection des élections ».

Le rapport caviardé : quand le gouvernement étouffe les alertes de ses propres services 

La révélation du Canard enchaîné du 19 mai 2026 fait franchir à l’affaire un nouveau seuil. Selon l’hebdomadaire, le rapport public sur les ingérences israéliennes a été caviardé par le Président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP). François Piquemal l’annonce sur Twitter à 18h12 : « Nouvelles révélations aujourd’hui : selon Le Canard enchaîné, le rapport public sur les ingérences israéliennes a été caviardé par le Président de la Commission Nationale des Comptes de Campagne et des financements politiques ».

Pour aller plus loin : « Peur de servir de tremplin à LFI » – Le pouvoir macroniste tente d’enterrer les ingérences israéliennes contre les insoumis

Il ne s’agit plus seulement d’une opération étrangère contre des élus français. Un responsable d’une institution indépendante de la République aurait délibérément amputé un rapport officiel pour en effacer les conclusions les plus compromettantes. Clémence Guette, députée LFI, formule la question que la démocratie impose : « Rappelons que dans cette affaire, Viginum a déjà identifié la société Blackcore, des proches de Netanyahou, et des anciens membres des renseignements israéliens comme à l’origine de l’attaque. Pourquoi cette omerta ? Pourquoi tenter d’étouffer cette affaire ? »

Un arsenal législatif sous-dimensionné face à une menace systémique qui va croître

La loi du 25 juin 2024, issue de la proposition de Sacha Houlié (Renaissance), votée sans La France insoumise, crée un registre des représentants d’intérêts étrangers tenu par la HATVP. Ses lacunes sont aujourd’hui mesurables à l’aune des faits : elle ne couvre ni les sociétés de conseil en influence numérique comme Blackcore, ni les lobbies de type Elnet, ni les prestataires de campagnes coordonnées. Loin de l’ambition du Foreign Agents Registration Act américain de 1938, elle ne prévoit aucune obligation d’enregistrement pour les acteurs qui ont opéré contre les candidats insoumis.

Viginum dispose de 60 personnels effectifs pour 2026, après une rallonge obtenue en cours d’exercice, alors que l’objectif de 65 ETPT (équivalent temps plein annuel travaillé) inscrit dans la loi de programmation militaire n’est toujours pas atteint. Le rapport sénatorial sur le PLF 2025 jugeait cette stagnation « inquiétante alors que les manipulations de l’information continuent de croître quantitativement et qualitativement du fait également de l’intelligence artificielle ». À l’échelle européenne, la première amende DSA infligée à Twiter par la Commission européenne, 120 millions d’euros le 5 décembre 2025, n’a pas empêché le réseau de servir de caisse de résonance aux opérations d’amplification liées à Elnet.

Les exigences insoumises : restaurer la souveraineté du scrutin, protéger la démocratie 

La conférence de presse du 20 mai place sur l’agenda de la présidentielle 2027 ce sujet. La France insoumise l’affirme avec fermeté : aucun compromis ne sera acceptable avec les puissances qui tentent de dicter les élections. La transparence doit remplacer le secret d’État utilisé comme paravent de l’impunité. Les services chargés de défendre la démocratie doivent être indépendants du gouvernement et placés sous contrôle démocratique. Les agents étrangers d’influence doivent être nommés, enregistrés, sanctionnés. François Piquemal l’a rappelé lors d’une question orale au gouvernement ce mercredi 20 mai : « Que fait le gouvernement ? Allez-vous convoquer l’ambassadeur israélien pour demander des explications ? Allez-vous déposer un projet de loi pour assurer notre souveraineté démocratique ? »

Les institutions qui caviardent les rapports d’ingérence doivent rendre des comptes. Les ingérences documentées exigent une riposte diplomatique immédiate, sans calcul politicien. Les mots de Clémence Guette valent programme : « Demande est faite de vérité et de justice. Il est demandé que toutes les mesures soient prises contre les ingérences étrangères. Aucune exception. »


 


2027 : garantir l’intégrité du scrutin présidentiel

L’affaire Delogu-Piquemal-Guiraud a dépassé l’histoire de trois élus pris pour cibles. Elle est le laboratoire grandeur nature des menaces qui pèsent sur le scrutin présidentiel de 2027, moins de dix mois après les révélations du 19 mai 2026.

La question n’est plus académique. Elle est opérationnelle : comment la France peut-elle garantir que les urnes de 2027 ne seront pas contaminées par des opérations de désinformation coordonnées, des faux sites d’information, des comptes inauthentiques amplificateurs, des publicités illégales et des ingérences géopolitiques visant à modifier le comportement électoral ?

Le scrutin présidentiel de 2027 sera le premier test grandeur réelle d’une démocratie libérale face à l’arsenal numérique de puissances étrangères. La République française doit y répondre non par la censure ou la répression, mais par la transparence, la traçabilité, la responsabilité et la poursuite des auteurs. Trois candidats LFI ont porté plainte, des journaux internationaux ont enquêté, Le Canard enchaîné a révélé un caviardage institutionnel. La balle est dans le camp de l’État. La question posée est aussi simple que fondamentale : un gouvernement qui caviarde ses propres rapports d’ingérence étrangère est-il capable de défendre la souveraineté du peuple lors du scrutin qui le jugera ?

Pour en savoir plus, retrouvez la conférence de presse retransmise sur YouTube de ce mercredi 20 mai : https://www.youtube.com/watch?v=2FEF_RVpO9A&feature=youtu.be

Sources:linsoumission.fr (Par Kayser Léolo)


Share:

mardi 19 mai 2026

« Peur de servir de tremplin à LFI » – Le pouvoir macroniste tente d’enterrer les ingérences israéliennes contre les insoumis.

 

Le pouvoir macroniste souhaiterait cacher un rapport édifiant sur les ingérences israéliennes contre LFI ? Les dernières révélations à ce sujet du Canard enchaîné sont tout bonnement invraisemblables. Le 5 mai dernier, une réunion des membres du Réseau de coordination et de protection des élections devait valider la publication de son premier rapport public, traitant notamment des ingérences étrangères lors des dernières municipales. Pendant cette réunion, « Christian Charpy, le président de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques − a exigé que des passages entiers soient caviardés », selon le journal. Un charcutage d’un rapport… « par peur de servir de tremplin à LFI ». Rien que ça !

Pendant les élections municipales, 3 candidats LFI ont en effet été visés par des campagnes de diffamation violentes : Sébastien Delogu à Marseille, François Piquemal à Toulouse et David Guiraud à Roubaix. Résultat : des milliers de messages diffusés par des faux comptes sur les réseaux sociaux pour mentir, les traîner dans la boue. Dans le viseur des autorités françaises : l’entreprise israélienne BlackCore. Parmi les profils gravitant autour de BlackCore, on trouve un proche du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Mais parce que LFI serait la première victime de ces ingérences, il ne faudrait pas faire trop de bruit à ce sujet selon certains ?

Face aux premières révélations du Canard enchainé, Jean-Luc Mélenchon avait solennellement demandé au camp présidentiel un projet de loi afin de combattre ces ingérences étrangères. Les dernières et édifiantes révélations du palmipède posent plusieurs questions. Pourquoi organiser une telle omerta au plus haut sommet de l’État ? Les macronistes sont-ils prêts à laisser la France, portes et fenêtres ouvertes à toutes les ingérences, par « peur de servir de tremplin à LFI » ? Les ministres du gouvernement et surtout le premier d’entre eux, vont-ils dénoncer les comportements de membres de leur administration, prêts à accepter des atteintes à la démocratie comme celles-ci ? 

Par Nadim Février

« Le rapport qui démontre des ingérences israéliennes contre LFI existe. Il a été présenté à huis clos le 5 mai. […] Pourquoi cette omerta ? Pourquoi tenter d’étouffer cette affaire ? » – Clémence Guetté


Sources:linsoumission.fr.  (Par Nadim Février)


Share:

lundi 18 mai 2026

« On nous vole notre salaire ! » – Le blocage des prix défendu par Jean-Luc Mélenchon et LFI plébiscité partout dans le pays.

 

Mélenchon/blocage des prix. Alors que les prix des carburants atteignent des records, Sébastien Lecornu prévoit d’annoncer jeudi 21 mai 2026 de nouvelles aides « ciblées ». Un nouvel écran de fumée qui se profile. Les équipes autour du Premier ministre le disent elles-mêmes en déclarant que « ce nouveau paquet s’inscrit dans la continuité de l’action menée depuis le début du conflit pour protéger les Français et les secteurs économiques les plus touchés des effets de la hausse des prix du pétrole et des produits dérivés ».

Le PDG de Total, Patrick Pouyanné – l’ami de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron – peut dormir sur ses deux oreilles. Le gouvernement n’entend en aucune façon mettre en place un blocage des prix en réduisant les marges des multinationales, à commencer par Total et ses 5,8 milliards de dollars de bénéfices réalisés en un trimestre, sur le dos du peuple. Le blocage des prix, proposition avancée par le candidat Jean-Luc Mélenchon, a déjà pourtant été appliqué en France en 1989, 1990 et 2020.

Il est aussi devenu une réalité dans de nombreux pays comme la Grèce, la Croatie et la Corée du Sud. Pour les conducteurs, c’est une mesure plébiscitée car elle permettrait une baisse immédiate du prix de l’essence à 1,70 euro. L’Insoumission relaie ici le témoignage de citoyennes et de citoyens dont le salaire est volé par la spéculation des multinationales, et leur conviction que le blocage des prix défendu par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise est la solution qui s’impose pour faire face à l’urgence. Notre article.

« Il faut absolument bloquer les prix de l’essence. C’est intolérable que Total s’enrichisse sur le dos des travailleurs et des travailleuses ! »

Depuis plusieurs semaines, les équipes de l’Insoumission sillonnent le pays pour recueillir les témoignages de celles et ceux directement frappés par l’explosion des prix du carburant. Partout en France, les personnes rencontrées s’indignent de voir leurs salaires volés par la spéculation sauvage des multinationales de l’énergie qui vont jusqu’à répercuter à l’avance des hausses de prix anticipées pour le futur.

« Ma compagne fait 90 km de route par jour pour aller au travail, pour gagner le SMIC toute sa vie. Il faut absolument bloquer les prix de l’essence. C’est intolérable que Total s’enrichisse sur le dos des travailleurs et des travailleuses », dénonce par exemple un habitant de Laval au micro de L’Insoumission.

Même son de cloche à Clermont-Ferrand où une mère de trois enfants pointe clairement la responsabilité des multinationales du pétrole dans ses difficultés quotidiennes : « Avec l’augmentation des prix de l’essence, on se prive encore plus qu’avant et Macron ne fait rien, il laisse faire comme d’habitude. Pendant ce temps-là, Total et les autres se gavent et ils profitent. Ils nous volent notre salaire, tout simplement. » Pour rappel, TotalEnergies a vu ses profits augmenter de 51 % au premier trimestre 2026 par rapport à l’année dernière : des profits de guerre, ni plus, ni moins.


 Le lien

 


« On doit choisir entre manger et conduire… Mélenchon a raison de vouloir bloquer les prix. Vivement 2027 ! »

Pour faire face à l’urgence, Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise défendent une solution claire : bloquer les prix pour stopper la spéculation entretenue par les multinationales, le gouvernement et ses soutiens.

Déjà appliquée en France en 1989, 1990 et 2020, cette solution est déjà à l’œuvre dans de nombreux pays dont la Grèce, la Croatie et la Corée du Sud. Elle permettrait, par exemple, de baisser immédiatement le prix de l’essence à 1,70 € le litre en prenant directement sur les marges et les dividendes indécents des groupes pétroliers, plutôt qu’en imputant leur avidité aux caisses de l’État par la distribution ponctuelle de « chèques énergie ».

Cette solution est par ailleurs largement plébiscitée dans le pays, comme à Dijon où Christine confie à L’Insoumission qu’elle adhère « totalement au programme de Jean-Luc Mélenchon notamment pour le blocage des prix et pour la paix. ».

Le lien

 Des témoignages similaires ont été récoltés à Chambéry où un automobiliste, s’inquiétant de devoir « choisir entre manger et conduire », déclare que « Mélenchon a raison de vouloir bloquer les prix ». 

Même constat de la part d’un jeune Marseillais rencontré par L’Insoumission, pour qui « Jean-Luc Mélenchon est le candidat le plus armé pour affronter les défis à venir. Il pourra réduire le chômage et la pauvreté. C’est le candidat le plus antiraciste et le plus à même de pouvoir augmenter le pouvoir d’achat. ».

Pour aller plus loin : « L’urgence, c’est le blocage des prix des carburants » – L’interview de Jean-Luc Mélenchon face à La Tribune Dimanche







Le Lien


« La grande leçon du moment est qu’il faut sortir au plus vite de la civilisation du pétrole dont les USA sont le centre au péril de toute l’humanité » – Jean-Luc Mélenchon .



Le blocage des prix défendu par Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise est une mesure nécessaire, mise en œuvre à plusieurs reprises en France et dans le monde, et défendue par de nombreux économistes pour faire face à la spéculation prédatrice des multinationales du pétrole.

Cela, bien sûr, il est difficile de le faire entendre à celles et ceux, du Parti socialiste au Rassemblement national, qui bénéficient directement de la spéculation en tant qu’actionnaires amenés à percevoir des dividendes, ou à Marine Tondelier qui se perd à reprendre les plus grotesques arguments du patronat dans le seul but de s’opposer à la France insoumise.

Pour autant, le blocage des prix ne pourra être qu’une mesure   d’urgence. Ainsi que l’ont martelé de nombreux citoyens rencontrés par L’Insoumission, la hausse des salaires et une plus juste répartition des richesses s’imposent pour faire face à la crise. Concernant le cas de TotalEnergies, entreprise parasite parmi les parasites qui ponctionne les salaires des travailleuses et des travailleurs sans payer aucun impôt sur les sociétés, sa nationalisation serait rentable dès la première année.

Mais plus largement et ainsi que l’a rappelé Jean-Luc Mélenchon dans une récente interview à la Tribune Dimanche, « la grande leçon du moment est qu’il faut sortir au plus vite de la civilisation du pétrole dont les USA sont le centre au péril de toute l’humanité. » À cette tâche s’attellera sans attendre un pouvoir insoumis en 2027.


Le lien










Sources:linsoumission.fr

Share:

vendredi 15 mai 2026

Fonds prédateurs : ce que la commission d’enquête d’Aurélie Trouvé a mis au jour.

 Pendant plusieurs mois, la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs, a tenté de documenter un phénomène encore peu débattu publiquement : la prise de contrôle croissante d’entreprises françaises par des fonds financiers spécialisés dans les opérations de rachat. Initiée par Aurélie Trouvé, cette commission constitue une première. Jusqu’ici, aucune mission parlementaire n’avait étudié de manière approfondie le rôle de ces fonds dans l’évolution du tissu industriel français, leurs méthodes de financement, leurs stratégies de rentabilité ou leurs conséquences sur l’emploi et la souveraineté économique.

Au fil des auditions, un constat s’est progressivement imposé : une part importante de l’économie française est désormais détenue par des acteurs financiers dont les logiques diffèrent fortement de celles de l’investissement industriel traditionnel. Selon plusieurs estimations évoquées durant les travaux, entre 10 % et 15 % de la production française seraient aujourd’hui sous le contrôle de fonds d’investissement. Cette présence dépasse largement le seul secteur industriel. Les auditions ont montré que ces fonds sont désormais actifs dans des domaines très variés : sidérurgie, chimie, automobile, aéronautique, numérique, santé, maisons de retraite, laboratoires médicaux ou encore crèches privées.

Parmi les entreprises mentionnées lors des travaux figurent notamment Novasco, Valdunes, Polytechnyl, Walor, Latécoère, Ingenico, Atos, Biogaran ou Seqens. Plusieurs groupes liés au secteur du soin, comme Colisée ou Cerba, ont également été cités. Derrière ces opérations apparaissent régulièrement de grands acteurs internationaux du capital-investissement comme Apollo Global Management, KKR, Blackstone, EQT, Mutares ou encore Ardian. Ces acteurs gèrent des centaines de milliards d’euros d’actifs et fonctionnent selon une logique très différente de celle d’un actionnariat industriel classique. Leur objectif principal est généralement de garantir à leurs investisseurs des rendements élevés (environ 15 %) sur une période relativement courte, souvent de cinq à sept ans. Notre article.

« LBO » : comment les fonds prennent le contrôle sur des entreprises détenant peu de capitaux… en faisant porter l’essentiel du coût du rachat sur l’entreprise elle-même !

L’un des apports centraux de la commission a été de rendre plus compréhensibles des mécanismes financiers souvent peu connus du grand public. Le principal outil utilisé dans ces opérations est le LBO, pour « leveraged buy-out » ou rachat avec effet de levier. Concrètement, un fonds rachète une entreprise en recourant massivement à l’endettement. Mais cette dette n’est généralement pas supportée directement par le fonds : elle est transférée à l’entreprise rachetée, qui doit ensuite rembourser les emprunts contractés pour son propre achat.

Autrement dit, une entreprise peut se retrouver fortement endettée, non pas parce qu’elle a investi dans de nouveaux outils de production ou développé son activité, mais simplement parce qu’elle a été achetée par un fonds. Ce mécanisme permet surtout aux fonds d’investissement de prendre le contrôle d’entreprises avec peu de capitaux propres, en faisant porter l’essentiel du coût du rachat sur l’entreprise elle-même. Souvent très endettées après l’opération, ces sociétés se retrouvent soumises à une forte pression financière, avec des exigences de rentabilité élevées qui se traduisent par des suppressions d’emplois, des réductions d’investissements ou des ventes d’actifs.


Le lien

   En effet, les auditions ont mis en évidence plusieurs pratiques récurrentes associées à ces opérations : versements de dividendes importants, facturation de frais de conseil par les fonds eux-mêmes, vente d’actifs immobiliers, réduction des coûts, restructurations ou suppressions d’emplois. Ainsi, les capacités d’investissement industriel avaient été affaiblies au profit d’objectifs financiers de court terme. En effet, ces stratégies reposent sur une logique d’extraction rapide de valeur plutôt que sur une stratégie industrielle de long terme.

Le cas de Novasco est frappant. Cet aciériste spécialisé dans l’acier bas carbone avait été repris en 2024 par le fonds britannique Greybull Capital, qui promettait plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissements afin de moderniser les sites et de pérenniser l’activité. Quelques mois plus tard, la situation s’était fortement dégradée : trois sites sur quatre étaient menacés de fermeture et plusieurs centaines d’emplois supprimés.

Pour aller plus loin : Novasco : anatomie d’un saccage industriel organisé par Macron et ses sbires

D’autres dossiers, comme Polytechnyl ou Valdunes, ont alimenté les interrogations des parlementaires sur la capacité de l’État à protéger certaines activités industrielles stratégiques. Ces affaires ont également mis en lumière les conséquences sociales très concrètes de ces restructurations : pertes d’emplois, disparition de savoir-faire industriels, fragilisation de bassins économiques entiers et dépendance accrue aux importations.

Car plusieurs des entreprises concernées jouent un rôle important dans des secteurs sensibles. Atos intervient dans des infrastructures numériques critiques de l’État français. Biogaran représente une part significative de la production française de médicaments génériques. Certaines entreprises liées à l’armement, à la métallurgie ou à la chimie stratégique ont également été évoquées au cours des auditions. La commission s’est donc intéressée non seulement aux conséquences économiques de ces opérations, mais aussi à leurs implications en matière de souveraineté industrielle et technologique.

Les travaux parlementaires ont aussi porté sur le rôle des pouvoirs publics dans ces transformations. Plusieurs auditions ont mis en lumière les critiques adressées à Bercy, accusé par certains intervenants d’avoir privilégié des solutions financières faute de stratégie industrielle de long terme. La question du rôle de Bpifrance a également été débattue, notamment concernant certains cofinancements réalisés avec des fonds d’investissement privés.

Les tribunaux de commerce ont eux aussi été évoqués lors des auditions, plusieurs observateurs estimant que les procédures de reprise favorisent parfois davantage les offres financières que les projets industriels de long terme. Les auditions ont également permis de mettre en lumière les nombreuses passerelles existant entre haute administration, monde politique et finance d’investissement, plusieurs anciens responsables publics ayant rejoint des fonds ou des structures de conseil liées à ces milieux (parmi eux, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore Cédric O).


Le lien

« Shadow banking », « private credit » et risques systémiques

Par ailleurs, il faut replacer cette évolution dans un contexte plus large de transformation de la finance mondiale depuis la crise de 2008. Une partie croissante des activités de financement ne passe plus aujourd’hui par les banques traditionnelles mais par ce que les économistes appellent le « shadow banking », ou finance de l’ombre. Ce terme désigne l’ensemble des acteurs financiers qui réalisent des activités proches de celles des banques (prêts, refinancement, gestion de dette) sans être soumis aux mêmes obligations réglementaires.

Après la crise des subprimes, les banques ont été davantage encadrées afin de limiter les risques systémiques. Mais une partie des activités risquées s’est progressivement déplacée vers des fonds d’investissement, des fonds de dette ou des véhicules financiers beaucoup moins régulés.

Dans ce cadre, le « private credit » ou crédit privé connaît une croissance particulièrement rapide. Il s’agit de prêts accordés directement par des fonds d’investissement à des entreprises, souvent en échange de taux d’intérêt plus élevés que dans le système bancaire classique. Ce marché mondial représente aujourd’hui plusieurs milliers de milliards de dollars et continue de croître fortement. Pour les entreprises, ce type de financement peut apparaître attractif car il permet d’obtenir rapidement des liquidités, notamment lorsque les banques deviennent plus prudentes.

Mais ce système soulève aussi plusieurs inquiétudes. D’abord parce que ces prêts sont moins transparents et moins régulés que les prêts bancaires traditionnels. Ensuite parce qu’ils concernent parfois des entreprises déjà très endettées ou fragiles économiquement. Enfin parce que les fonds eux-mêmes utilisent souvent un fort levier d’endettement pour financer leurs opérations.

Plusieurs responsables financiers internationaux alertent désormais sur les risques systémiques liés au développement rapide du crédit privé. Le patron de JP Morgan, Jamie Dimon, a récemment estimé que les pertes dans ce secteur pourraient être « plus importantes que prévu ». Des agences de notation comme Fitch ont également relevé une hausse des défauts de paiement parmi les entreprises financées par le private credit. Ces tensions commencent déjà à apparaître concrètement.

Aux États-Unis, plusieurs grands fonds ont dû faire face à des demandes massives de retraits de la part des investisseurs. Certains ont enregistré des demandes de remboursement dépassant largement les plafonds prévus, révélant la fragilité d’un système où une partie importante des actifs est difficilement revendable rapidement.

Tant que les taux restent faibles et que l’économie continue de croître, ces montages peuvent sembler rentables. Mais dans un contexte de ralentissement économique, de hausse des taux d’intérêt ou de faillites en chaîne, toute la mécanique peut devenir extrêmement fragile. Des entreprises déjà très endettées peuvent rapidement se retrouver incapables de rembourser leurs prêts, ce qui fragilise à son tour les fonds qui les financent. Certains observateurs redoutent ainsi que cette finance de l’ombre puisse jouer un rôle majeur dans une future crise financière mondiale, comme les subprimes avaient pu le faire avant 2008.

À l’issue de ses travaux, la commission a ouvert plusieurs pistes de réflexion : encadrement plus strict des LBO, régulation accrue du « shadow banking », interdiction de ces fonds dans les secteurs stratégiques, ou encore évolution du rôle de Bpifrance pour construire une grande banque publique pour l’économie des besoins sous contrôle démocratique.

Au-delà des désaccords politiques, cette enquête parlementaire aura surtout permis de rendre plus visibles des mécanismes financiers complexes qui jouent désormais un rôle majeur dans l’organisation de l’économie française, tout en posant des questions de plus en plus centrales sur l’avenir de l’industrie, de l’emploi et de la souveraineté économique.

Sources:linsoumission.fr    (Par Elias Peschier)


Share:

mercredi 13 mai 2026

Israël à l’Eurovision : le scandale du deux poids, deux mesures européen.

 Alors que l’Eurovision Song Contest 2026 s’ouvre à Vienne, l’Europe se fracture. Et une question devient impossible à esquiver : comment un concours prétendant célébrer la paix, l’unité et la fraternité peut-il continuer d’offrir une tribune internationale à Israël alors même que les institutions internationales alertent depuis des mois sur des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et un génocide à Gaza ?

Depuis octobre 2023, les bombardements israéliens ont fait des dizaines de milliers de morts palestiniens. La destruction systématique des infrastructures civiles, les déplacements forcés, le blocus humanitaire, la famine organisée et les attaques contre les journalistes et les soignants sont désormais largement documentés. La Cour internationale de justice a ordonné à plusieurs reprises des mesures conservatoires contre Israël. La Cour pénale internationale a maintenu des mandats visant des dirigeants israéliens. Des ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch parlent désormais ouvertement de crimes contre l’humanité et de génocide.

Et pourtant, Israël est toujours là. Sous les projecteurs. Comme si de rien n’était. « Au-delà du retrait de leur participation en protestation contre la présence d’Israël, l’Irlande, l’Espagne et la Slovénie ne diffuseront pas l’Eurovision. Le boycott d’un concours qui continue de dérouler le tapis rouge à Israël doit être massif », a déclaré l’eurodéputée LFI Rima Hassan. Notre article.

L’argument de la « neutralité culturelle » ne tient plus : l’Eurovision n’a jamais été apolitique

En février 2022, quelques jours seulement après l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne de radio-télévision annonçait l’exclusion immédiate de la Russie au nom des « valeurs » du concours. Quatre ans plus tard, malgré les alertes répétées de la Cour internationale de justice, les mandats de la CPI et les accusations visant Israël, ces mêmes valeurs semblent soudain devenues facultatives.

Contrairement à l’image d’un simple concours musical, l’Eurovision fonctionne comme une véritable institution diplomatique audiovisuelle. Chaque pays y est représenté par sa télévision publique, membre de l’Union européenne de radio-télévision (UER), une organisation qui décide des participations, des sanctions ou des exclusions. Loin d’être neutre, le concours est depuis longtemps un espace d’influence culturelle, médiatique et diplomatique.

Avec près de 170 millions de téléspectateurs dans le monde, l’Eurovision constitue l’une des plus grandes vitrines médiatiques internationales. C’est précisément ce qui en fait aujourd’hui un outil de « soft power » et de blanchiment politique particulièrement stratégique pour le gouvernement israélien. De plus en plus de pays européens refusent désormais cette hypocrisie. L’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, l’Islande et les Pays-Bas ont décidé de boycotter l’édition 2026 après le refus de l’UER d’exclure Israël. Certains diffuseurs publics ont même choisi de ne plus retransmettre le concours.

En Slovénie, la télévision publique RTV a préféré remplacer l’Eurovision par une programmation spéciale consacrée aux œuvres et documentaires palestiniens. Un choix hautement symbolique, qui dit beaucoup du malaise européen face à la banalisation des crimes et du génocide commis à Gaza. En Irlande, la chaîne publique RTÉ a également renoncé à diffuser le concours, dénonçant une situation devenue moralement indéfendable. Même en Islande, pays historiquement attaché à l’Eurovision, le directeur de la télévision publique RÚV a déclaré qu’il n’y avait « ni paix ni joie » possibles dans ces conditions.

Pour aller plus loin : Jean-Luc Mélenchon présente la méthode d’un pouvoir insoumis pour faire respecter le droit international et arrêter le génocide en Palestine


Le lien


Le monde culturel lui-même se soulève

Des centaines d’artistes et personnalités dénoncent désormais un véritable « art-washing » : l’utilisation de l’Eurovision comme opération de communication destinée à blanchir l’image internationale d’Israël pendant la destruction de Gaza.

Et les révélations du New York Times publiées cette semaine confirment l’ampleur de cette instrumentalisation politique. Selon une longue enquête du quotidien américain, le gouvernement de Benjamin Netanyahu aurait mené depuis plusieurs années une stratégie assumée de « soft power » autour de l’Eurovision afin d’améliorer l’image d’Israël à l’international. Diplomates mobilisés, campagnes massives sur les réseaux sociaux, dépenses publicitaires financées par les services de propagande gouvernementaux : tout aurait été mis en œuvre pour influencer les votes et transformer le concours en vitrine politique.

Le journal révèle notamment que des responsables israéliens ont contacté plusieurs diffuseurs européens afin d’empêcher un boycott et maintenir Israël dans la compétition. Des campagnes appelant à voter jusqu’à dix ou vingt fois pour les candidats israéliens auraient été relayées directement par des responsables gouvernementaux.
Cette affaire révèle surtout l’effondrement d’un mythe longtemps entretenu par les institutions européennes : celui d’une culture prétendument « neutre », séparée du politique. Mais aujourd’hui, ce vernis craque sous le poids des images venues de Gaza. Car il devient impossible de célébrer la paix tout en normalisant la destruction d’un peuple sous les caméras du monde entier.

Pendant que Gaza et le Liban brûlent, l’Eurovision devient un outil diplomatique au service d’un État accusé des pires violations du droit international

Face à cela, que fait la France ? Rien. Ou plutôt pire : il y a un accompagnement du silence européen. Alors que plusieurs pays ont pris position, que des télévisions publiques refusent désormais de diffuser le concours et que des artistes dénoncent la situation, le gouvernement d’Emmanuel Macron reste dans une passivité totale. Aucune remise en cause publique de la participation israélienne. Aucune pression sur l’UER. Aucun soutien aux initiatives de boycott. Rien.

Le contraste avec d’autres pays européens est saisissant. L’Espagne de Pedro Sánchez a multiplié les prises de position critiques contre le gouvernement israélien. L’Irlande s’est imposée comme l’une des voix européennes les plus fermes sur Gaza. Même des diffuseurs publics prennent désormais leurs responsabilités là où Paris choisit l’alignement et le silence.

Cette lâcheté politique alimente une crise profonde de crédibilité. Car il ne s’agit plus seulement d’un concours musical. Il s’agit du sens même des principes que l’Europe prétend défendre. Peut-on exclure un pays pour l’invasion de l’Ukraine et fermer les yeux face à la destruction de Gaza ? Peut-on parler de paix sur scène pendant que des enfants meurent sous les bombes ? Peut-on défendre le droit international à géométrie variable ?

L’Eurovision 2026 restera comme un révélateur brutal des contradictions européennes. D’un côté, des peuples, des artistes, des télévisions publiques et des pays qui refusent de normaliser l’horreur. De l’autre, des institutions et des gouvernements qui préfèrent préserver leurs équilibres diplomatiques plutôt que leurs principes.
La France aurait pu choisir son camp. Celui du droit international, de la cohérence et de la dignité.
Le macronisme a choisi le silence. En 2027, grâce à Jean-Luc Mélenchon, un pouvoir insoumis rétablira la justice, le respect du droit international, et le châtiment dû aux criminels de guerre. 

Sources:linsoumission.fr (Par Elias Peschier)


Share:

mardi 12 mai 2026

La fumisterie du sondage IPSOS anti-Mélenchon, publié dans La Tribune.

 

 Mélenchon. Le sondage consacré à démolir Mélenchon, paru dans La Tribune du 10 mai est une fumisterie de haut vol. Le libellé de la question posée par le sondage force une lecture défavorable du candidat insoumis, en plus de nombreux autres biais poursuivant le même objectif. Mais le sondage montre malgré lui des atouts considérables pour le leader de la France insoumise.

Avec un puissant niveau d’adhésion interne et un socle idéologique et programmatique, Jean-Luc Mélenchon détient des atouts considérables que n’ont pas ses concurrents. C’est là toute la contradiction du sondage : Mélenchon serait un « handicap », mais ses qualités de campagne sont reconnues. En attestent les plus de 250 000 soutiens populaires obtenus en une semaine, soit un rythme 46 fois supérieur à celui de 2020. Notre article. .

La mascarade « scientifique » du sondage de La Tribune

Commençons par montrer ce que vaut la prétention « scientifique » de cette mascarade. « 18 % » des Français considéreraient le candidat insoumis comme un « atout » pour faire gagner la gauche, contre 70 % comme un « handicap ». Trop gros pour être vrai. En effet le sondage repose sur un échantillon global de mille personnes. Mais les opinions traitées sont en réalité établies à partir de sous-échantillons politiques beaucoup plus faibles et parfois dérisoires. Mais sans qu’on sache de quelles quantités exactes il s’agit.

Car Ipsos bénéficie d’un traitement de faveur exclusif : il ne lui est pas imposé comme aux autres de fournir de publication détaillée de ces bases réellement consultées, ni du croisement par âge, ni de la classe sociale, ni du niveau d’études, ni du vote de 2022, ni du vote de 2024, ni du niveau de politisation de ses sondés.

Pour une question aussi politiquement chargée que « Mélenchon est-il un atout ou un handicap pour faire gagner la gauche ? », ces manques d’information limitent fortement la valeur des conclusions. Voyons pourquoi. Le rapport indique un échantillon national de mille personnes. À ce niveau, la marge d’incertitude théorique sur un score de 20 % est d’environ ±2,5 points. Mais évidemment cette indication vaut seulement pour l’échantillon global de 1000 personnes et pas pour les sous-échantillons classés par préférence partisane, nécessairement beaucoup plus réduits.

Or, toute la lecture politique du sondage repose sur des sous-groupes : sympathisants LFI, écologistes, PS, gauche agrégée, sans sympathie partisane. Dans un échantillon de mille personnes, si environ 40 % des répondants se déclarent sans sympathie partisane — hypothèse très plausible dans ce type de baromètre — alors les bases restantes par famille partisane deviennent rapidement très réduites.

En effet, les sympathisants PS et écologistes, en particulier, peuvent représenter des effectifs très faibles, parfois de l’ordre de quelques dizaines d’individus. Cela rend les comparaisons du type « 14 % chez les sympathisants PS » ou « 21 % chez les écologistes » très… fragiles. La critique est donc simple : un résultat de sous-échantillon politique publié sans qu’on connaisse ses bases en nombre de personnes ne devrait jamais être commenté comme un fait avéré. Voyons cela d’encore plus près.

Le groupe « sympathisants de gauche » est politiquement hétérogène. Le sondage agrège les sympathisants de gauche en un bloc : FI – PCF – PS – EELV. Dans ce bloc, Jean-Luc Mélenchon est jugé « un atout » par 39 % et « un handicap » par 55 %. Mais ce groupe mélange des électorats dont les rapports à Mélenchon sont structurellement opposés à l’instant où on les interroge : sympathisants LFI très favorables, sympathisants PS et écologistes beaucoup plus distants aujourd’hui.

Ce choix d’agrégation produit mécaniquement une lecture défavorable : on ne mesure pas seulement la capacité de Mélenchon à mobiliser le peuple de gauche ; on mesure aussi l’hostilité d’appareils et d’électorats concurrents au sein du champ de gauche. C’est une limite désastreuse pour l’analyse qui se fait à partir de telles bases.

La présidentielle ne se gagne pas uniquement par l’approbation des sympathisants de partis déjà constitués ; elle se joue aussi dans le rapport aux abstentionnistes, aux classes populaires, aux jeunes, aux 5,5 millions de primo-votants en 2027, aux périphéries et aux électeurs peu ou pas affiliés.

Pour aller plus loin : « L’urgence, c’est le blocage des prix des carburants » – L’interview de Jean-Luc Mélenchon face à La Tribune Dimanche

Voyez ensuite le libellé de la question. Il n’est pas du tout neutre ! La question posée est : « Jean-Luc Mélenchon vient d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Diriez-vous que Jean-Luc Mélenchon est un atout ou un handicap pour faire gagner la gauche en vue de l’élection présidentielle ? » Ce libellé doit être analysé. D’abord, l’expression « vient d’annoncer sa candidature » installe un cadrage d’actualité immédiate, potentiellement conflictuel, et active les réactions médiatiques récentes plutôt qu’un jugement stratégique de moyen terme. Ensuite, l’opposition « atout / handicap » est très binaire et fortement connotée.

Elle force une lecture instrumentale de Mélenchon : non pas « souhaitez-vous sa candidature ? », « pensez-vous qu’il peut être au second tour ? », « peut-il défendre les classes populaires ? », mais « est-il un handicap ? ». Le terme est dur, disqualifiant, et pousse à une réponse négative chez les électeurs déjà exposés à un cadrage médiatique critique.

Enfin, « faire gagner la gauche » suppose que le but stratégique de 2027 serait d’abord l’unification symbolique de la gauche existante. Or la force de Mélenchon et de LFI repose aussi sur une autre hypothèse stratégique : construire un bloc populaire majoritaire au-delà du périmètre partisan traditionnel de la gauche, en mobilisant abstentionnistes, jeunes, quartiers populaires, salariés précarisés, électeurs anti-libéraux et classes populaires urbaines. La question teste donc moins la stratégie réelle de LFI qu’une norme d’acceptabilité dans le champ partisan de gauche.

Ce sondage sur Mélenchon ne fournit pas les croisements qui permettraient de trancher scientifiquement les interprétations. Dans ce domaine qualitatif manquent notamment une évaluation du niveau de politisation des sondés, leur intérêt pour la présidentielle et de leur opinion exprimée sur les enjeux sociaux. Cette absence est centrale. Un score global défavorable peut masquer un profil très fort dans des segments électoralement stratégiques.

Par exemple, si Mélenchon est rejeté par une partie des sympathisants PS âgés mais très puissant chez les jeunes, les actifs précaires, les électeurs populaires urbains ou les anciens abstentionnistes, le diagnostic politique change complètement.

Finalement le résultat le plus important n’est pas le 18 % national ! Ce que le sondage montre malgré lui en faveur de Mélenchon c’est d’abord qu’il reste ultra-dominant dans son propre camp ! Le résultat décisif est que 83 % des sympathisants LFI considèrent Mélenchon comme un atout. C’est un niveau d’adhésion interne exceptionnel. Il montre que Mélenchon n’est pas un candidat subi par son socle : il reste, pour l’électorat insoumis, le leader naturel, le mieux identifié, le plus légitime et le plus mobilisateur.

Or dans une présidentielle, la première condition d’une dynamique est la solidité du noyau électoral. Sur ce point, le sondage est très favorable à Mélenchon : il dispose d’une base extrêmement consolidée. Les autres figures de gauche peuvent être plus « acceptables » dans certains segments, mais très peu disposent d’un tel niveau. Les atouts reconnus à Mélenchon sont précisément ceux d’un grand candidat présidentiel. Le sondage indique que les principaux atouts de Mélenchon sont : ses talents d’orateur : 60 % dans l’ensemble des Français ; son expérience : 41 % ; sa volonté de vraiment changer les choses : 30 % ; son équipe : 28 %.

Ces résultats sont très importants. Même dans une enquête globalement défavorable, les Français reconnaissent massivement à Mélenchon des qualités présidentielles rares : puissance oratoire, expérience, capacité d’incarnation du changement. Chez les sympathisants de gauche, la « volonté de vraiment changer les choses » monte à 40 %, et chez les sympathisants LFI à 58 %. C’est politiquement considérable. Cela signifie que Mélenchon n’est pas seulement identifié comme un tribun : il est perçu par son cœur électoral comme celui qui peut rompre avec l’ordre établi. Le « handicap » principal est un handicap « d’image », pas de fond programmatique.

La présidentielle française est une élection d’incarnation, de conflictualité et de dynamique : Mélenchon a déjà montré sa capacité à agréger un électorat large autour d’un récit

Le sondage liste comme principaux handicaps de Mélenchon « son agressivité » : 64 %, « ses propos qui créent la polémique » : 60 %, « ses difficultés à rassembler le reste de la gauche » : 27 %, « son projet économique » : 16 % seulement. Ce point est essentiel. Le projet économique de Mélenchon n’est cité que par 16 % des Français comme handicap, et seulement 9 % des sympathisants de gauche.

Autrement dit, le rejet n’est pas d’abord programmatique. Il porte principalement sur des dimensions d’image, de style, de conflictualité et de cadrage médiatique dont la valeur objective n’existe pas, surtout mesurée avec de telles lacunes. Mais si on le croit néanmoins, cela reste pour LFI, une donnée plutôt favorable.

En effet on peut travailler une image, une campagne, une incarnation collective, une séquence d’apaisement stratégique ; il est beaucoup plus difficile de corriger un rejet massif du programme. La conclusion favorable est claire : le socle idéologique et programmatique de Mélenchon n’est pas disqualifié par l’opinion. Ce que le sondage pointe, c’est surtout un problème d’acceptabilité médiatique alimentée par un bashing permanent.

On ne peut cependant pas ignorer la contradiction majeure avouée malgré lui par ce sondage : Mélenchon serait un « handicap », mais ses qualités de campagne sont reconnues. Il y a donc une contradiction interne dans les résultats. D’un côté, Mélenchon est présenté comme un handicap pour « faire gagner la gauche ». De l’autre, les répondants lui reconnaissent massivement les deux qualités les plus utiles dans une présidentielle : savoir parler au peuple, avoir l’expérience d’une campagne nationale.

Un candidat peut être contesté, clivant, surexposé ; mais s’il est reconnu comme le meilleur orateur, comme expérimenté et comme porteur d’une volonté de transformation, il possède des ressources présidentielles que les candidats plus consensuels n’ont pas nécessairement. Ceux qui croiront à la valeur de ce sondage devront donc se poser la question stratégique : vaut-il mieux un candidat moins rejeté mais moins incarné, ou un candidat plus clivant mais capable de produire une dynamique de masse ?

Autre biais, et non des moindres, de ce sondage. Les adversaires de Mélenchon pèsent artificiellement dans le jugement global. Le score national de 70 % « handicap » additionne des électeurs de droite, du centre, du RN, des sans parti, et une partie des sympathisants PS/EELV. Il est donc logique qu’un leader de rupture soit jugé négativement par ceux qui ne souhaitent pas son orientation politique. Le sondage montre par exemple que Mélenchon est considéré comme un atout par seulement 5 % des sympathisants Renaissance, 5 % des LR-UDI et 7 % des sympathisants RN.

Mais cela ne prouve pas qu’il ne puisse pas être efficace électoralement. Cela prouve qu’il structure une opposition. Un candidat de rupture n’a pas vocation à être validé par les électeurs macronistes, LR ou RN avant la campagne. Le sondage confirme en creux ce qui fait la force de Mélenchon : il n’est pas un candidat tiède. Il polarise, il structure, il mobilise. Il est massivement reconnu comme orateur, expérimenté, porteur d’un changement réel.

Dans une présidentielle, ces dimensions comptent beaucoup plus qu’une popularité molle. Car la présidentielle française est une élection d’incarnation, de conflictualité et de dynamique. Mélenchon a déjà montré sa capacité à agréger un électorat large autour d’un récit : rupture sociale, souveraineté populaire, planification écologique, VIe République, redistribution, défense des services publics, refus de l’ordre néolibéral.

Le sondage ne mesure pas cette dynamique potentielle. Il photographie un jugement à froid, dans un contexte médiatique défavorable, à partir d’une formulation très chargée.

Ce qu’il faudrait demander à Ipsos pour rendre l’analyse « scientifiquement » complète, il faudrait obtenir : d’abord les bases brutes et pondérées de chaque sous-échantillon. Ensuite les résultats par souvenir de vote Mélenchon 2022… Mais aussi les résultats par vote NFP 2024. Le résultat par vote aux européennes 2024. Les résultats par âge, CSP, diplôme, revenu, type de commune. Les résultats chez les abstentionnistes de 2022 et 2024 et les primo-votants en indiquant leur proportion dans le sondage. Et enfin les résultats selon la priorité accordée au pouvoir d’achat, aux inégalités, à l’écologie ou à l’immigration…

Sources:linsoumision.fr

Share:

samedi 9 mai 2026

8 mai 1945 : comment le rôle décisif de l’URSS dans la victoire des Alliés a été minimisé au profit des États-Unis.

 En ce jour du 8 mai, nous irons rendre hommage aux morts de la plus meurtrière guerre de l’histoire : près de 60 millions de morts dans le monde. Peut-être faudra-t-il décrypter les discours, officiels ou pas, quand il sera rappelé le rôle éminent (et réel) des États-Unis dans la Libération. Sans doute faudra-t-il relever les absences dans ces discours, en particulier celle des 26 millions de morts soviétiques, parce que la conjoncture ne se prête pas à quelque hommage à tout ce qui rappelle la Russie. Et pourtant… Sous le commandement du maréchal Joukov, la victoire du peuple soviétique à Stalingrad – la ville modèle de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques – a été le tournant qui a permis de battre les hyènes fascistes. Notre article.

Des « jours de la victoire » aux États-Unis ?

Donald Trump a déclaré vouloir rebaptiser les 8 mai et 11 novembre en « jours de la victoire », précisant : « Nombre de nos alliés et amis célèbrent le 8 Mai comme le Jour de la Victoire, mais nous avons fait, de loin, plus que tout autre pays, en remportant la victoire lors de la Seconde Guerre mondiale. » (Voir par exemple Libération, 2 mai 2025).


Et c’est bien l’image qui nous reste de la Libération de la France en 1944 : l’arrivée des Américains dans des rues qui se remplissent de monde, la joie après quatre ans d’occupation, l’échange d’un ballon de rouge contre quelques cigarettes made in USA, le jazz de Glenn Miller… 

Libération de Chartres,15 Août 1944
   C’est aussi l’image des combats acharnés sur les plages de Normandie où ils ont débarqué (on oublie un peu vite les Britanniques, les Canadiens, les Australiens…) le 6 juin 1944, et en particulier les pertes lourdes enregistrées sur Omaha, aujourd’hui bien connues par les films comme Le Jour le plus long (1962), Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg (1998) ou encore la série Band of Brothers, produite par Tom Hanks et le même Spielberg (2001). Trump déclare que les États-Unis ont fait « plus que tout autre pays » pour la victoire scellée par la capitulation allemande du 8 mai 1945.

Toutefois, s’il ne s’agit nullement de minimiser les sacrifices consentis et les pertes subies par les soldats d’outre-Atlantique durant la Seconde Guerre mondiale, il convient d’apporter de sérieuses et d’importantes nuances à ces images.

Les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale 

Il convient de rappeler que les États-uniens ont contribué de manière importante à la lutte contre les puissances de l’Axe (Japon, Allemagne nazie, Italie fasciste et leurs alliés). Dans le Pacifique en particulier, ils ont fourni, de loin, le plus important contingent contre l’expansion impérialiste du Japon, à partir de l’attaque de ces derniers contre la base navale états-unienne de Pearl Harbor (7 décembre 1941).

Plus largement, la mobilisation de l’industrie états-unienne a été considérable : le pays a produit, entre 1942 et 1945, une moyenne de 68 500 avions par an, mais aussi 90 000 chars en 4 ans, 65 000 bateaux de débarquement, 1200 navires de guerre, etc. Selon André Kaspi, « tout en équipant leurs forces, les Américains ont armé ou réarmé leurs alliés, de sorte qu’ils ont fourni 35 % des armements qui ont permis d’abattre l’Allemagne et 86 % de ceux qui ont assuré la défaite du Japon » (André Kaspi, Les Américains, Naissance et essor des Etats-Unis, 1607-1945, Seuil, 1986, p.329).

Ils ont réussi à mobiliser 16 millions de soldats dont plus de 400 000 ont été tués. L’effort de guerre des États-Unis n’est donc pas à remettre en cause.

Cet effort a été facilité par le fait que le pays est le seul des principaux belligérants à ne pas avoir été touché sur son territoire, à l’exception de l’attaque de Pearl Harbor. Ainsi, contrairement au Royaume-Uni pris sous les bombardements allemands, à la France occupée, à la Chine en grande partie envahie par le Japon et, surtout, à l’URSS ravagée par les combats et les massacres, les États-Unis ont pu développer toute leur puissance industrielle sans menace directe de destruction.

Pour aller plus loin : L’autre 8 mai 1945

L'entrée des soldats japonais dans Pékin






















La guerre s’est aussi jouée sans les États-Unis

Il convient de ne pas rester européo-centré, ou plutôt occidento-centré, si l’on nous permet ce néologisme. Ainsi, la guerre n’a pas commencé, comme il est encore écrit jusque dans les manuels scolaires, le 1er septembre 1939 par l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie.

Elle a débuté a minima au cours de l’été 1937, quand le Japon a attaqué la Chine. Elle s’arrête non pas le 8 mai mais le 2 septembre 1945 avec la capitulation du Japon. On peut à ce sujet s’étonner que le président états-unien décide d’ériger en « fête de la victoire » le 8 mai plutôt que le 2 septembre. Peut-être ne tient-il pas à ce qu’il soit rappelé que cette capitulation a été obtenue après les bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, en août 1945 ? Des crimes contre l’Humanité, commis dans le seul but d’impressionner les Sovietiques, comme le révèlent des récents documents.

Toujours est-il que la guerre a duré huit ans, au cours desquels les États-Unis n’ont combattu « que » un peu plus de 3 ans et demi. Avant leur entrée en guerre, les pays opposés à l’Axe ont dû tenir : la Chine d’abord, où les communistes de Mao Zedong et les nationalistes de Tchang Kaï-chek se sont réconciliés pour combattre l’ennemi commun japonais ; ils ont réussi, tant bien que mal, à tenir l’intérieur du pays, subissant des pertes considérables, entre 10 et 20 millions de morts dont une grande partie de civils.

Les Britanniques ont su résister aux terribles bombardements allemands, grâce à l’héroïsme des pilotes de la Royal Air Force et à la cohésion nationale, notamment durant le terrible épisode appelé le « Blitz » (l’« Éclair ») par les Allemands, entre septembre 1940 et mai 1941. L’objectif était de faire céder le Royaume-Uni : ce fut peine perdue. Cela n’a pas empêché les Britanniques de combattre partout où cela était nécessaire, comme l’avait promis Churchill dès juin 1940, notamment sur les mers, ou en Afrique du Nord, contraignant Hitler à y envoyer parmi ses meilleures troupes, l’Afrika Korps.

« Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus de confiance ainsi qu’une force grandissante dans les airs, nous défendrons notre Île, quel qu’en soit le coût, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains d’atterrissage, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines ; nous ne nous rendrons jamais. », Winston Churchill, discours devant la Chambre des communes, 4 juin 1940

L’URSS a joué le rôle décisif en Europe

Mais c’est l’attaque de l’URSS par l’Allemagne, le 22 juin 1941 (Opération Barbarossa) qui marque le grand tournant de la guerre. Si l’Armée rouge est, dans un premier temps, submergée, les combats qu’elle livre sont de plus en plus acharnés et finissent par ralentir puis arrêter la Wehrmacht (l’armée allemande).

La population de Léningrad (Saint-Pétersbourg) soutient un siège terrible, un des plus longs de l’histoire, entre le 8 septembre 1941 et le 27 janvier 1944 ; les Allemands sont repoussés devant Moscou, entre octobre 1941 et janvier 1942 ; ils sont fixés à Stalingrad (au sud, sur la Volga) dès l’été 1942. C’est là que les Soviétiques infligent aux Allemands leur première grande défaite : la VIe armée allemande capitule à Stalingrad le 2 février 1943.

Stalingrad:colonne de prisonnier
    L’effort de guerre consenti par l’URSS est considérable,    spectaculaire même, dans la mesure où il s’agit d’un pays   dont les territoires les plus riches sont ravagés par les   combats ou occupés par l’ennemi. 44 % du PIB soviétique   est consacré à l’effort de guerre, les usines sont   massivement reconverties dans l’armement, la plupart des    complexes industriels de l’ouest du pays ont été démontés   face à l’avancée ennemie et reconstitués plus à l’est, vers   l’Oural : 1523 usines en 1941, 1070 en 1942.

 Cela permet à l’URSS de dépasser l’Allemagne en   production de chars dès 1943 ; entre 1942 et la fin de la   guerre, le pays fabrique 120 000 avions, 100 000 chars,   360 000 pièces d’artillerie, 15 millions d’armes i   individuelles… Et il convient de s’ôter de l’esprit la piètre   qualité de la production soviétique en la matière. Les   chars  russes, dont le célèbre T-34, surclassent les panzers   allemands. Ils remportent la plus grande bataille de chars   de l’histoire, dans la région de Koursk, en juillet-août 1943.


Pourtant, les Soviétiques ont peiné à se faire entendre de leurs alliés occidentaux. Dès 1942, Staline réclame au président états-unien Roosevelt et au Premier ministre britannique Churchill l’ouverture rapide d’un front en Europe de l’Ouest. Ils s’y refusent et lancent au contraire une stratégie plus périphérique avec le débarquement en Afrique du Nord (novembre 1942) puis en Sicile (juillet 1943).

Lorsqu’enfin le débarquement a lieu en Normandie le 6 juin 1944, l’Armée rouge peut lancer l’Opération Bagration (juin-août 1944) : une large offensive contre les Allemands en Biélorussie, d’une ampleur supérieure à l’Opération Overlord en Normandie, et qui permet d’infliger à la Wehrmacht une défaite sans appel. Ce sont les Soviétiques qui prennent Berlin entre le 20 avril et le 2 mai 1945, après avoir repoussé les Allemands de Pologne et de toute l’Europe centrale.

L’URSS est le pays le plus touché par la guerre, avec plus de 26 millions de morts, dont plus de 15 millions sont des civils. Ces pertes humaines représentent donc presque la moitié de tous les morts de la Seconde Guerre mondiale. 16 % de la population de l’URSS a disparu dans la guerre !

La concurrence des mémoires

Face aux sacrifices consentis par les uns et les autres, après les combats, perdus ou gagnés, chaque peuple a, légitimement, forgé une mémoire permettant de rassembler au mieux la nation. Les Français ont d’abord insisté sur le rôle de la Résistance, extérieure avec De Gaulle, intérieure avec les mouvements de résistance, Jean Moulin, les maquis…

Les Britanniques ont mis en valeur l’héroïsme des pilotes de la RAF ainsi que la personnalité de Churchill. Les Soviétiques et aujourd’hui les Russes ont écrit l’histoire de leur « Grande guerre patriotique » contre le nazisme : Vladimir Poutine l’a même faite réécrire pour en imposer sa vision dans les manuels d’histoire, où est vanté « l’héroïsme des combattants de l’Armée rouge, prêts à tous les sacrifices ». (Cité par Nicolas Werth, dans L’Histoire n° 517, mars 2024)

Les États-uniens voient d’abord les combats de leurs « soldats de la liberté » (Voir Bruno Cabanes, dans Les Collections de l’Histoire, n°56, juillet 2012) comme décisifs, prêts, eux aussi, à tous les sacrifices pour sauver un monde auquel « l’Amérique » est légitime à porter les valeurs du libéralisme ou la société de consommation. Le mythe de la « destinée manifeste », forgé au XIXe siècle pour légitimer la conquête de l’Ouest, est remobilisé à cette occasion, et Trump s’en est réclamé lors de discours d’investiture : c’est un moyen pour lui de légitimer ses revendications impérialistes d’expansion territoriale vers le Groenland, le Canada et Panama.

La recomposition du passé par nos mémoires, individuelles et collectives, est incontournable. Mais elle est utilisée abondamment pour justifier telle politique d’armement, telle revendication géostratégique, parfois même tel choix budgétaire, en fonction de l’intérêt du moment, et elle en dit long sur la façon dont l’avenir est envisagé. Ainsi, l’obsession trumpienne de la grandeur de « l’Amérique » (en réalité des États-Unis), qui est un impérialisme, puise des éléments de grandeur dans l’histoire américaine.

Mais non, les États-Unis n’ont pas fait « de loin, plus que tout autre pays » pour la victoire de 1945. Ce recit met sciemment de côté l’immense sacrifice du peuple sovietique.

En revanche, cette victoire a bien érigé les États-Unis en superpuissance ; c’est donc la proposition inverse qu’il faudrait défendre : la victoire de 1945 a porté, plus que toute autre, les États-Unis au rang de première puissance mondiale. Nous en sommes toujours là, mais plus pour longtemps.

Sources:linsoumission.fr (Par Sébastien Poyard)

Share:

Liberté de la Presse

La video du Jour

Calendrier

Vivre les Cultures du Monde

Cultures du Monde Arabe

Cinéma

Transparence Internationale

NEGAWATT

Wikipedia

Résultats de recherche