« Les plus grandes
crises révolutionnaires ont lieu quand l’État n’est plus capable
d’assumer ce qui est considéré comme les besoins vitaux » – Jean-Luc Mélenchon
À son commencement, le 17 juin, personne
n’imaginait l’ampleur historique que la canicule allait prendre. Face au
moment qu’il définit comme un « choc pire que celui entraîné par la pandémie de Covid-19 », Jean-Luc Mélenchon s’inquiète de « l’impact psychologique et social » que cette canicule aura dans les vies des plus fragiles. « Les
plus grandes crises révolutionnaires ont lieu quand l’État n’est plus
capable d’assumer ce qui est considéré comme les besoins vitaux », alerte le candidat à l’élection présidentielle.
Estimant qu’il « faut s’obliger à penser le temps long », le leader insoumis entend développer son concept d’« écorégions ».
Il tend au passage la main aux écologistes en proposant « un accord global et au carré sur la présidentielle, les législatives et les écorégionales de 2028 » et leur laisse quelques semaines pour se manifester. « Après l’heure, ce ne sera plus l’heure », prévient-il.
Pour aller plus loin : La dynamique de Mélenchon s’amplifie : ce sondage le donne à 16 %, au second tour face à Marine Le Pen
Reporterre — Comment faites-vous pour vous préserver de la chaleur à Paris ? Avez-vous de la climatisation chez vous ou dans votre bureau ?
Jean-Luc Mélenchon — Non.
Mais j’ai acheté plusieurs ventilateurs à la précédente canicule. Et je
bois beaucoup d’eau. Mais je suis sidéré par l’ampleur des dégâts liés
aux canicules. Leur portée profonde n’est pas encore mesurée. Mais le
choc sera sans doute pire que celui entraîné par la pandémie de
Covid-19. Les incendies sont des catastrophes avec des conséquences
pendant au moins une décennie. Et nous allons aussi affronter des choses
moins évaluables : l’impact psychologique et social. Je pense à l’onde
de choc entraînée par les milliers de morts qui bouleversent des
milliers de familles. Je pense aux personnes lourdement perturbées face
au surpeuplement dans un lieu surchauffé et à leur sentiment d’abandon.
« Je pense à l’onde de choc entraînée par les milliers de morts »
Car tout le monde n’est pas logé à la même enseigne ! Les cités HLM accumulent.
Elles sont la plupart du temps situées proches du bruit et des
pollutions d’une voie rapide et sont de véritables bouilloires
thermiques ! Les habitants sont sans moyen de protection.
Toute cette souffrance sociale est incomprise par les dominants, qui ne
savent ni la nommer ni la prendre en compte.
Reporterre –
Les incendies, les décès… La France traverse l’une des crises
climatiques les plus graves de son histoire. Pensez-vous que cela peut
contribuer à un sursaut écologique ?
Jean-Luc Mélenchon — Oui. La culture politique populaire va être nourrie d’une nouvelle prise de conscience ! Les gens souffrent de la chaleur, de l’enfermement et du sentiment d’abandon. Ils voient combien les « importants » s’en
moquent car ils vivent au frais. Cela aura beaucoup d’effets
politiques. Les plus grandes crises révolutionnaires ont lieu quand
l’État n’est plus capable d’assumer ce qui est considéré comme les
besoins vitaux. Alors la société se dit : le contrat social est rompu,
il n’y a plus d’État, « qu’ils s’en aillent tous ».
Emmanuel Macron a doublé le budget des
armées en dix ans, mais la France ne dispose toujours pas d’un nombre
suffisant de Canadair. En France, on sait faire le meilleur avion de
combat du monde, mais on n’est toujours pas capable d’en construire un
pour ramasser de l’eau et aller la jeter en vrac sur des arbres ! Comment est-ce possible ? Les gens ne peuvent pas croire que ce soit un hasard.
Reporterre – Fin juin, lors de la première canicule, le débat a été phagocyté par le Rassemblement national et son « plan clim »,
qui prévoyait la climatisation des bâtiments publics et le
remboursement des pompes à chaleur réversibles. Vos propositions
sont-elles fondamentalement différentes ?
Jean-Luc Mélenchon — Je
crois bien. Il faut arrêter d’annoncer des propositions pour les dix
prochaines minutes ou le prochain JT de 20 heures. Il faut s’obliger à
penser le temps long. Faut-il mettre des climatiseurs dans les Ehpad ? Bien sûr. Faut-il de la climatisation dans les écoles ?
Bien entendu. Mais ce n’est pas le sujet de fond. Il faut que le bâti
soit transformé car rien n’est actuellement prêt pour l’isolation des
logements. Cela fait des milliers d’années qu’en Méditerranée les
logements sont construits de façon à maîtriser la chaleur. Par exemple
avec des cours centrales qui créent des puits de fraîcheur.
Inspirons-nous des savoir-faire ! Une réforme de fond est nécessaire pour repenser tout notre modèle de société.
Désormais, il faut le dire : non, vous n’aurez plus jamais une année sans canicule. Ça n’existera plus ! Le changement climatique met au défi toute la civilisation humaine. Tout doit changer. Y compris la forme et le fonctionnement de l’État.
Reporterre – Début
juillet, vous dévoiliez votre proposition de remplacer les régions
actuelles par treize écorégions organisées autour des bassins versants.
En quoi le niveau régional serait plus adapté pour protéger l’eau,
l’air, la terre et la biodiversité ?
Jean-Luc Mélenchon — Les treize régions créées par François Hollande sont vouées à l’absurde compétition « d’attractivité des régions en Europe ».
Elles doivent être remplacées. L’idée des écorégions figurait déjà dans
notre programme de 2022. Nous nous étions inspirés des travaux des
penseurs de l’écologie politique et du concept de biorégions. Mais nous n’étions pas parvenus à en faire un sujet de débat.
Nous voulions aussi coller à la réalité
culturelle des populations pour rendre l’idée acceptable. Le but est de
confier à ces nouvelles structures la gestion complète du cycle de
l’eau, des politiques liées à sa qualité, la protection des sols, la
biodiversité, les forêts, la qualité de l’air, les mobilités, la
prévention des risques climatiques.
Pour autant, nous ne croyons pas à un
découpage limité aux bassins versants pris en compte par les agences de
l’eau. Cela reviendrait à créer sept super grandes écorégions. L’une
d’entre elles étant même faite de l’ensemble des territoires
d’outre-mer… Cela effacerait la réalité culturelle vécue par les gens.
Donc nous travaillons à un découpage mieux centré sur les « sous-bassins versants ».
Reporterre – La France insoumise était présente, samedi 11 juillet, à la mobilisation contre le canal Seine-Nord Europe.
Pourquoi s’opposer à un projet fluvial dont l’un des principaux
arguments est la décarbonation du transport de marchandises puisqu’il
s’agit de transporter des marchandises sur l’eau plutôt que sur des
routes ?
Jean-Luc Mélenchon — Ne laissons pas repeindre en vert des choses qui ne le sont guère. Le canal Seine-Nord n’est pas un canal écologique quand
il demande de déblayer dix fois plus de terre que pour creuser le
tunnel sous la Manche, éradiquer des centaines d’espèces vivantes et
détruire 3 000 hectares arables ! Ici, nous partageons la
vision des associations depuis longtemps. Et nous la plaçons dans un
registre plus large d’aménagement du territoire. Actuellement, les
marchandises provenant d’Asie remontent du canal de Suez jusqu’à
Rotterdam. Elles devraient débarquer à Fos-Marseille.
Avec la fonte des glaces, de nouvelles
voies marines vont aussi s’ouvrir au nord. Il faut donc raisonner sur le
long terme pour les futures grandes voies de liaisons coûteuses comme
les canaux. Pour les navires passant au nord, pourquoi ne pas les faire
débarquer au port du Havre qui peut être connecté directement avec la
Seine ? Actuellement, les vagues de mer empêchent les
bateaux fluviaux d’accoster au port du Havre. Alors créons un passage
direct pour résoudre ce problème. L’investissement ne coûte pas tant que
ça et il fonctionnera pour des siècles.
Reporterre – Vous
multipliez depuis plusieurs semaines les appels aux Écologistes. C’est
une stratégie très différente des alliances élargies au Parti socialiste
(PS) et au Parti communiste français (PCF) lors des législatives de
2022 (Nupes) et de 2024 (Nouveau Front populaire). Votre démarche
fonctionne-t-elle et peut-elle produire un élan similaire à ces unions
qui avaient remporté de bons scores et suscité beaucoup d’espoir à
gauche ?
Jean-Luc Mélenchon — Souvenez-vous-en : c’est nous, les insoumis, qui avons proposé de faire la Nupes en 2022, après avoir réuni 22 % des votes à la présidentielle alors que les socialistes avaient fait 1,7 %, les communistes 2,2 % et les écologistes 4,6 %. Ces organisations étaient à terre. Avec nous, elles ont obtenu chacune un groupe parlementaire !
Mais tout a immédiatement dégénéré. Les uns nous ont traités d’« hégémonistes »,
d’autres ont dit qu’ils ne partageaient pas nos valeurs quand nous
défendions les jeunes des révoltes urbaines après le tir policier qui a
tué Nahel [le 27 juin 2023]. Nous avons surmonté tout cela. En
2024, où nous avons offert une deuxième fois un accord : le NFP. Mais le
travail sur le programme commun s’est, alors, encore plus mal passé
avec les socialistes. Puis ce fut leurs dix refus de censurer les
gouvernements Macron…
Et les calomnies ont recommencé. Nous serions « pro-Russes », « pro-Chinois »,
et ainsi de suite. Puis il y a eu le génocide à Gaza. Un crime
structurant aussi bien moralement que politiquement. Nous avons dû faire
face à une stratégie politique visant à fracturer la gauche. Par
exemple en instrumentalisant la question de l’emploi ou non du mot « terrorisme » pour parler du 7 octobre. Nous avons été pourchassés à la moindre occasion pour « apologie du terrorisme », sans jamais aucun soutien des composantes du NFP qui croyaient y trouver une bonne différenciation.
Depuis deux mois, la campagne contre nous a repris sur le thème « Mélenchon est sûr de perdre au second tour ». Ici [le premier secrétaire du PS] Olivier
Faure et François Hollande aident directement au vote RN du second
tour. Ils ont fait des dégâts considérables parmi leurs électeurs et
chez les insoumis. Beaucoup ne veulent plus ni du PS ni de sa préférence
pour le centre et la droite.
Actons l’échec de la « recomposition unitaire de toute la gauche » que nous voulions. Que vienne avec nous qui veut !
On verra qui répond dans un délai utile. L’essentiel est ailleurs. Il
faut assumer la situation inédite en cours : une menace de guerre
généralisée, une catastrophe climatique et bientôt une crise financière.
Il s’agit d’animer une alternative dans les consciences de millions de
gens.
Reporterre – Est-ce différent avec Les Écologistes ?
Jean-Luc Mélenchon — Oui, complètement.
La social-démocratie et le communisme, qui
formaient la gauche historique, se sont effondrés parce qu’ils n’ont
plus d’autre logiciel que leur survie d’organisation. La
social-démocratie, pour exister, avait besoin de syndicats forts qui
négocient avec une bourgeoisie nationale des avantages pour les
travailleurs les plus qualifiés. Cette situation a disparu.
Le communisme a besoin que l’accumulateur
de la plus-value soit aussi le propriétaire des moyens de production et
puisse être directement dépossédé. Cela n’est plus opérant aujourd’hui.
Les fonds de pension comme BlackRock et le capitalisme transnational,
globalisé et numérisé, ne se limitent plus à un lieu de production.
Nous, nous avons revu tout notre logiciel
en partant de ce que la vie nous faisait découvrir. À savoir que
l’écologie politique avait raison : la refondation du collectivisme doit
s’appuyer sur la conscience et la maîtrise des biens communs menacés.
Quand chacun s’accorde pour protéger les biens communs [comme l’eau, les forêts, le vivant], cela produit plus de « communisme spontané » que
n’importe quelle discussion pendant des heures sur l’exploitation
capitaliste. Aujourd’hui, la conscience populaire, c’est-à-dire la
manière dont les gens fabriquent leur conviction, en est là. C’est une
grande révolution culturelle.
Les verts sont les seuls capables d’avoir
comme nous un programme et une perspective de société. Nous l’avons vu
lorsque nous avons invité Cyrielle Chatelain,
présidente du groupe Écologiste et Social à l’Assemblée nationale, en
avril. Elle travaille sérieusement. Nous le voyons également sur le
terrain, dans les luttes contre les grands projets inutiles, etc. Quand
nous y croisons d’autres responsables politiques, ce sont des verts. Une
nouvelle gauche d’action a surgi, elle est faite d’insoumis et de
verts, tous écologistes.
Nous ne renonçons donc pas à une stratégie unitaire. Notre main tendue, c’est la « Nouvelle alliance populaire ».
Mais nous devons continuer à faire campagne, à avancer, à gagner des
votes. Nous ne voulons pas nous enfermer dans les palabres. Les uns et
les autres vont y réfléchir sans pression de notre part. Nous avons
encore deux ou trois mois à patienter. Après, on fera ensemble ou seuls,
mais toujours aussi déterminés.
L’offre que nous faisons est adressée au
parti Les Écologistes lui-même, sur la base du programme de la Nupes.
Nous ne souhaitons pas que nos partenaires se dissolvent dans nos rangs
en nous rejoignant. Chacun reste lui-même pour être convaincant. Si des
verts se mettent en mouvement pour faire cause commune avec nous, cela
passera par un accord global et au carré sur la présidentielle, les
législatives et les écorégionales de 2028. De toute façon, des groupes ad hoc comme les « verts populaires » ou « les communistes insoumis » se déploieront. On verra bien.
C’est maintenant à chacun de décider s’il
se met en mouvement ou pas, s’il préfère s’allier au PS ou rester seul.
Nous ne nous en mêlons pas. Notre train redémarre à nos Amfis [l’université d’été de La France insoumise]. Après l’heure, ce ne sera plus l’heure.
Reporterre – Si
vous parvenez à l’Élysée, il est probable que vous affrontiez des vents
contraires, voire une alliance du monde de la finance, des affaires, et
même de certaines institutions pour entraver votre action. Comment
gouverner dans ces conditions et, à titre personnel également, au regard
de votre caractère décrit comme tempétueux ?
Jean-Luc Mélenchon — Me
réduire aux ragots sur mon caractère est très limite. Comment quelqu’un
qui aurait un caractère insupportable, qui serait un « tyran » ou même un « gourou » comme
j’ai pu le lire, pourrait-il avoir réussi à agglomérer des gens aussi
nombreux, aussi jeunes et divers, une équipe aussi large et qualifiée,
capables d’avancer ensemble sans dispute ? La médisance
vient des jaloux. À La France insoumise, nous choisissons d’être
disciplinés et bosseurs. La querelle permanente des égos chez les autres
ne nous attire pas. Et nous avons toujours respecté les divergences de
vue, toujours délibéré et voté sur presque tout.
Encore ce mois-ci, il y a eu par exemple
une clause de conscience sur la fin de vie et récemment sur l’autonomie
de la Corse. Quant à moi, j’ai montré combien je pouvais renouveler ma
vision, assumer de nouveaux paradigmes, rassembler des gens, trouver les
mots d’ordre mobilisateurs et assumer les provocations utiles lorsque
la conflictualité s’impose. Mais je ne cède jamais au chantage d’un
pouvoir de nuisance. Et puis, personne ne sera obligé de participer au
gouvernement !
Quant à la façon de gouverner en cas de
victoire, nous nous y préparons de manière méthodique. Nous devinons les
attaques possibles des fonds de pension et de ceux qui détiennent la
dette publique. Ils profiteront peut-être de l’occasion pour vouloir
prendre aux Français davantage d’argent. La riposte aura lieu alors.
Nous avons prouvé combien nous sommes capables de tenir bon dans
l’épreuve ! Après le 7 octobre 2023, nous n’avons jamais cédé, si violente qu’ait été la pression ! Cela parce que nous avions une position juste : le droit international [1].
D’ici là, nous continuons à élaborer nos plans d’investissements domaine par domaine, réforme par réforme.
Enfin, nous ne nous laisserons pas isoler.
Nous chercherons des alliances pour des causes communes, en Europe et
dans le monde, sur l’orientation du non-alignement. Le matériel de
guerre sous contrôle des Américains sera libéré. Nous refuserons
également la proposition des Allemands de constituer une superarmée car
en toute hypothèse aucune guerre conventionnelle ne devra jamais avoir
lieu en Europe. Les Russes doivent évacuer l’Ukraine. Pour cela, il faut
nous donner des garanties mutuelles de sécurité. Il faut engager la
discussion avec la Russie pour la réintégrer dans la coopération avec
les Européens, et ne pas la laisser collée aux Chinois ou même aux
Iraniens comme aujourd’hui. Avec la Chine, nous visons un partenariat
actif.
Reporterre – On voit que les questions de maladies environnementales sont devenues un axe important de votre campagne. Comment les enrayer ?
Jean-Luc Mélenchon — Ces
maladies sont un signal d’alerte politique. Voyez comment, avec la loi
d’urgence agricole, des parlementaires votent de sang-froid
l’autorisation d’un produit qui atteint le cerveau des fœtus ! Cela quand nous avons déjà 1 couple sur 5 qui n’arrive pas à avoir d’enfant !
L’espèce humaine elle-même est menacée. Ces maladies parlent une langue
commune pour tous les êtres humains. Nous avons donc une audience de
masse sur ce sujet.
Quand on comprend que le diabète ou le
cancer sont d’origine politique, on sait qu’il faut engager des
décisions de long terme. Arrêter d’empoisonner la terre et refuser
l’importation de produits cultivés avec des pesticides interdits chez
nous. Cela nous oblige à regagner notre souveraineté alimentaire et donc
à désobéir aux règles européennes. Le jour où nous le ferons, d’autres
suivront, j’en suis certain, et les règles devront changer partout.
Enfin, les maladies environnementales
modifient complètement le compromis social. Pour y répondre,
l’instrument, ce sera le plan, organisé sur l’impératif écologique qui
doit devenir premier. Les acteurs économiques qui entrent dans le plan
seront aidés. Ceux qui ne veulent pas en gardent le droit. Mais ils ne
seront pas aidés. Et on le leur rappellera à chaque demande…
Reporterre – Êtes-vous
favorable à un moratoire sur les projets de data centers et à un
ralentissement du développement de l’intelligence artificielle (IA) ?
Jean-Luc Mélenchon — Oui, avec plusieurs précautions inscrites dans la loi que nous préparons.
L’intelligence artificielle offre des
possibilités considérables, pour le capital comme pour le travail, les
réactionnaires ou les humanistes. C’est un choc équivalent à ce qu’a été
l’invention de la machine à vapeur et ensuite du moteur thermique. Nous
devons être capables de stocker de manière souveraine nos données. Il
faut donc d’abord un moratoire sur la construction des centres de
données destinés à des entreprises privées étrangères, soumises au droit
américain.
Ensuite, ces data centers soulèvent une
question écologique importante. Ils consomment énormément d’énergie et
aggravent les conflits d’usage de l’eau. On ne peut pas l’ignorer.
Troisièmement, l’IA va supprimer des
milliers d’heures de travail nécessaires. La question posée est donc :
est-ce qu’on décide de répartir du chômage ou du temps libre ?
Je fais le choix optimiste. Cela réglerait la grande crise que le
capitalisme a créée, en imposant que les tâches de reproduction sociale
soient faites à titre gratuit par des gens, principalement les femmes,
qui doivent assumer en même temps un travail salarié. Bref : la bataille
de l’Histoire semblait perdue pour nous après la débandade du
communisme d’État et de la social-démocratie ! Nous
retrouvons un rôle central dans l’Histoire. Nous avons les outils pour
nous passer du capitalisme. C’est une opportunité extraordinaire.
Sans être aveuglés par elle, ne pensons
pas que la technique soit mauvaise en soi. Mais on a déjà vu par le
passé des pulsions conservatrices parmi des gens sympathiques. Platon
critiquait l’écriture de peur qu’elle nous fasse oublier d’entraîner
notre mémoire…