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jeudi 25 juin 2026

Scandale sur France Culture – Pour salir Mélenchon et réhabiliter Le Pen, Guillaume Erner diffuse un montage mensonger.

 

 Mélenchon. Ce mercredi 24 juin, Marine Le Pen était reçue sur France Culture pour une interview avec le présentateur de la matinale, Guillaume Erner. Dans une manipulation totale et politicienne, ce journaliste passé au statut de propagandiste a diffusé un montage mensonger visant à accuser d’antisémitisme Jean-Luc Mélenchon et le comparant à Jean-Marie Le Pen. Dans cet extrait, une déclaration sur les élites françaises dénoncées par Jean-Luc Mélenchon est suivie d’une déclaration antisémite de Jean-Marie Le Pen, visant à faire croire à une similarité entre les deux propos.

La manipulation est complète et d’autant plus scandaleuse sur le service public, en pleine période de campagne présidentielle. Le but politique est le même recherché par l’officialité médiatique et politique depuis des années, réhabiliter Marine Le Pen et porter l’accusation infamante d’antisémitisme contre Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis. Sans surprise, le montage mensonger provient d’un média hostile à LFI et tenu par Julia Ganansia, de la chaîne I24News connue pour son apologie de Netanyahu et de ses crimes. Le rédacteur en chef de ce média, Avishai Leger-Tanger, est chargé de mission au CRIF.

« Nous saisissons l’Arcom et la SDJ de Radio France et nous demandons instamment à la direction de France Culture de rétablir la réalité des faits et de présenter des excuses publiques pour une telle désinformation », a déclaré Manuel Bompard, coordinateur national de LFI. À cette heure, France Culture n’a publié aucune excuse publique pour cette entreprise de désinformation. Notre brève.

« Un montage odieux circule pour détourner mes propos. Grossier mais venimeux. Propagé par la fachosphère, il est repris sur le service public par France Culture pour servir la soupe à Mme Le Pen ! » – Jean-Luc Mélenchon

Sources:linsoumission.fr

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mercredi 24 juin 2026

Protéger les salariés sous la canicule, entretien avec l’eurodéputé LFI Anthony Smith.

 Les morts liées à la canicule se multiplient partout en France. Sur les chantiers du bâtiment, dans les cuisines, dans les métiers de la livraison, les salariés sont exposés à des températures extrêmes. Dans cette séquence, de nombreux responsables politiques tentent de faire oublier leurs responsabilités. C’est le cas des macronistes, de la droite, du PS et du RN qui ont fait sabrer les budgets du fonds vert qui servait notamment à la rénovation thermique des écoles.

Dans les mairies qu’ils gèrent, les insoumis sont déjà passés à l’action. Gratuité des piscines municipales, élargissement des horaires d’ouverture de parcs et d’espaces verts, installation de brumisateurs dans plusieurs quartiers, renforcement des espaces de rafraîchissement dans les équipements municipaux.

Aussi, cette semaine, LFI a une nouvelle fois présenté, et actualisé, ses propositions face à la canicule. Parmi elles, la priorisation de la climatisation dans les écoles, les hôpitaux et les EHPAD, mais aussi la création d’un congé rémunéré pour tout parent qui doit garder ses enfants lors d’un événement climatique intense, la rénovation thermique des logements, l’accès gratuit et sur des plages horaires élargies aux lieux publics frais.

Mais aussi, le droit de retrait pour les salariés. L’Insoumission s’est entretenue avec le parlementaire insoumis Anthony Smith, pour tout savoir sur cette mesure et l’urgence de repenser profondément l’organisation du travail pendant les épisodes de canicule. Entretien.

« L’urgence est désormais de repenser profondément l’organisation du travail pendant les épisodes de canicule : pauses supplémentaires payées, horaires aménagés, renforcement des équipes, décalage des travaux aux heures les moins chaudes, télétravail lorsque cela est possible, limitation du temps d’exposition. » – Anthony Smith

Sylvain Noel, rédacteur en chef de l’Insoumission : Que dire des conditions de travail des ouvriers et des salariés pendant les vagues de chaleur ?

Anthony Smith : Aujourd’hui, ni le patronat ni le gouvernement ne prennent véritablement la mesure du danger que représentent les fortes chaleurs pour les travailleur.euse.s. Pourtant, le lien entre exposition à la chaleur et augmentation des accidents, des malaises, des atteintes cardiovasculaires ou de la mortalité est scientifiquement établi.

L’Organisation internationale du travail estime déjà que plus de 2,4 milliards de travailleur.euse.s dans le monde sont exposés à des chaleurs excessives, avec plus de 22,85 millions d’accidents du travail liés à la chaleur chaque année. L’Agence européenne Eurofound rappelle de son côté que 23 % des travailleur.euse.s européen.ne.s sont exposé.e.s à des températures élevées pendant au moins un quart de leur temps de travail, et plus de 35 % dans l’agriculture, l’industrie et la construction.

Bien sûr, il faut renforcer la prévention : accès à l’eau, information, équipements adaptés, espaces de repos. Mais cela ne suffit plus. L’urgence est désormais de repenser profondément l’organisation du travail pendant les épisodes de canicule : pauses supplémentaires payées, horaires aménagés, renforcement des équipes, décalage des travaux aux heures les moins chaudes, télétravail lorsque cela est possible, limitation du temps d’exposition.

Il faut aussi donner de vrais pouvoirs aux inspectrices et inspecteurs du travail afin qu’ils puissent suspendre immédiatement une activité dangereuse, par exemple sur un chantier, lorsque les conditions climatiques mettent en danger la santé ou la vie des travailleur.euse.s sans perte de salaire pour ces derniers.

Les députés insoumis ont déposé plusieurs propositions de loi en ce sens à l’Assemblée nationale. Au Parlement européen également, une résolution a été déposée pour permettre l’arrêt du travail en cas de fortes chaleurs et renforcer la protection des travailleur.euse.s face aux événements climatiques extrêmes.

À l’inverse, le gouvernement continue de refuser des mesures réellement contraignantes. Le décret du 27 mai 2025 relève davantage de la communication que d’une véritable protection des salariés : il ne fixe aucune température maximale de travail, ne crée aucun droit automatique à l’arrêt de l’activité et laisse encore largement les travailleur.euse.s dépendre du bon vouloir de l’employeur.

Des représentants syndicaux du secteur de la construction alertent pourtant depuis des années sur des situations extrêmes : la Fédération Construction, évoque par exemple des températures atteignant jusqu’à 75°C mesurées sur des chantiers routiers en plein été. Elle rappelle également qu’environ 50 % des accidents du travail dans le secteur de la construction sont liés à des malaises, dans un contexte où la chaleur peut fortement aggraver les risques.

L’inspection du travail rappelle également qu’au-delà de 38°C, les risques d’accidents augmentent fortement. Certaines études évoquent une hausse pouvant atteindre 10 % des accidents du travail lors de fortes chaleurs.

Pour aller plus loin : Canicule et hécatombe – Les propositions des Insoumis pour protéger le peuple

Sylvain Noel : Quels sont les professions les plus touchées ?

Anthony Smith : On pense évidemment d’abord aux métiers physiquement pénibles exercés en extérieur : bâtiment, travaux publics, couverture, agriculture, logistique ou voirie. Les travailleur.euse.s y sont massivement exposés, parfois en plein soleil pendant plusieurs heures.

Mais les fortes chaleurs touchent en réalité une multitude de professions.

Les ouvrières et ouvriers travaillant sur des lignes de production industrielles sont exposés à des températures extrêmement élevées à proximité des machines et des « points chauds ». Les caissières et caissiers de petits commerces ou supermarchés travaillent souvent dans des locaux mal ventilés, sans climatisation ni protections adaptées. Les enseignants, les personnels scolaires et les élèves subissent également des températures parfois insupportables dans des établissements qui sont de véritables passoires thermiques.

Les secteurs directement exposés comme la construction ou l’agriculture sont évidemment parmi les plus touchés. Mais les effets des fortes chaleurs concernent aussi des secteurs « indirectement » exposés : restaurants, crèches, hôpitaux, transports ou services d’aide à la personne.

Dans les transports par exemple, certaines études montrent une hausse d’environ 7 % des accidents de la route lors des épisodes de fortes chaleurs. Dans les métiers du soin et du care, exercés majoritairement par des femmes, les effets de la chaleur sont majoritairement différés : fatigue extrême, dégradation des conditions de travail, surcharge physique et psychologique dans des établissements souvent mal adaptés aux canicules.

Les travailleur.euse.s précaires, intérimaires, saisonnier.e.s ou sous-traitant.e.s sont souvent les plus vulnérables, car ils disposent de moins de moyens pour exercer leur droit de retrait ou refuser une tâche dangereuse.

Face au dérèglement climatique, ce sont désormais l’ensemble des postes de travail qui doivent être repensés pour protéger la santé des travailleur.euse.s.

« De la même manière, un arrêt cardiaque ou un malaise survenu pendant une canicule ne sera pas systématiquement reconnu comme lié aux températures extrêmes. » – Anthony Smith

Sylvain Noel : Combien de morts ou de blessés au travail sont-ils dus chaque année à la canicule ? Quels exemples ?

Anthony Smith : Depuis peu, Santé publique France et la Direction générale du travail publient des données sur les accidents et décès liés aux fortes chaleurs. Mais ces chiffres restent très largement sous-estimés.

Pourquoi ? Parce que beaucoup de décès provoqués ou aggravés par la chaleur ne sont pas officiellement comptabilisés comme tels. Un salarié qui chute d’une toiture sous 40°C sera souvent enregistré comme victime d’une chute de hauteur, et non comme victime de la chaleur. De la même manière, un arrêt cardiaque ou un malaise survenu pendant une canicule ne sera pas systématiquement reconnu comme lié aux températures extrêmes.

Santé publique France identifie officiellement seulement entre 5 et 7 décès professionnels liés à la chaleur chaque année. Mais ces chiffres ne reflètent qu’une partie très limitée de la réalité.

Les chiffres disponibles montrent néanmoins déjà une réalité alarmante. Santé publique France a recensé plusieurs dizaines de décès au travail liés à la chaleur ces dernières années. Mais l’ampleur réelle est probablement bien supérieure.

Au niveau mondial, l’Organisation internationale du travail estime que l’exposition à des chaleurs excessives provoque chaque année plus de 22,85 millions d’accidents du travail.

Les fortes chaleurs augmentent fortement les risques de déshydratation, de perte de vigilance, de malaises, de chutes, d’accidents liés à l’utilisation de machines ou de véhicules, ainsi que les risques cardiovasculaires et rénaux.

Ces drames ne sont pas des fatalités climatiques. Ce sont aussi des conséquences directes d’une organisation du travail qui continue trop souvent à faire passer la production avant la santé des travailleur.euse.s.

Les sapeurs-pompiers eux-mêmes alertent aujourd’hui sur des conditions devenues intenables avec le dérèglement climatique : multiplication de nouveaux types de feux extrêmement difficiles à maîtriser, équipements de protection très lourds et particulièrement chauds, absence de pièces rafraîchies dans les centres de secours, et limitation du matériel et des véhicules lors des épisodes de chaleur extrême.

Contrairement à d’autres professions, les pompiers ne disposent pas d’un véritable droit de retrait. On demande donc à des travailleur.euse.s de première ligne d’intervenir dans des conditions de plus en plus dangereuses sans que les moyens matériels et humains suivent réellement. Il faut également repenser la façon dont on répond aux incendies : l’eau utilisée pour éteindre les feux est potable, dans un contexte de fortes chaleurs où les réserves d’eau sont extrêmement limitées, et alors que d’autres solutions existent (par exemple, des bâches qui permettent d’étouffer les feux dans des cas de petits incendies, comme des feux de véhicule).

Sylvain Noel : Que propose LFI pour mettre un terme à cette hécatombe ?

Anthony Smith : La France insoumise défend des mesures immédiates, contraignantes et protectrices pour adapter le travail au dérèglement climatique. Une proposition de loi portée par Mathilde Panot prévoit notamment :

  • l’interdiction, sauf exceptions, de soumettre un salarié à une activité professionnelle lors d’une vigilance rouge canicule ;
  • la limitation à six heures par jour du temps de travail lors d’une vigilance orange ;
  • un droit au télétravail lorsque cela est possible ;
  • des pauses régulières sans perte de salaire au-delà d’un certain seuil de température ;
  • l’obligation pour l’employeur de mettre à disposition des espaces rafraîchis, de l’eau potable, des zones ombragées ou ventilées et, lorsque nécessaire, des douches ;
  • le pouvoir pour l’inspection du travail d’arrêter temporairement une activité dangereuse ;
  • une indemnisation des salariés en cas d’arrêt du travail lié aux conditions climatiques.

Ces mesures ont été complétées par une proposition de loi déposée par Hadrien Clouet, qui fixe notamment une température maximale de 33°C dans les locaux de travail intérieurs, conformément aux recommandations de l’INRS, ainsi qu’une majoration salariale au-delà de la cinquième heure travaillée en période de forte chaleur.

Enfin, une autre proposition portée par Antoine Léaument prévoit un congé rémunéré pour les salariés vivant ou travaillant dans une zone touchée par une catastrophe naturelle ou un événement climatique extrême.

L’objectif global est simple : protéger la santé et la vie des travailleur.euse.s face à des épisodes climatiques qui vont devenir de plus en plus fréquents et violents. Aucun impératif de rentabilité ne devrait justifier qu’un salarié mette sa vie en danger pour travailler sous des températures extrêmes.

Sources:linsoumission.fr

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mardi 23 juin 2026

États-Unis – Écraser Cuba, contrôler le golfe du Mexique et dominer l’Amérique.

 

 États-Unis. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red.

La nouvelle offensive impulsée par Donald Trump contre Cuba répond, dans une large mesure, à des facteurs de politique intérieure. Cela est assez clair. L’influence de Marco Rubio et du lobby historique cubano-américain anticommuniste établi en Floride, conjuguée à la nécessité pour le mouvement MAGA de mettre en avant des succès militaires avant les prochaines élections législatives, joue un rôle prépondérant. Cependant, réduire une éventuelle agression à ces seules circonstances conjoncturelles reviendrait à ignorer des éléments structurels bien plus profonds.

Après le kidnapping de Maduro, et le blocus pétrolier décrété contre Cuba le 29 janvier 2026, le peuple cubain subit une catastrophe humanitaire. La France, première puissance caribéenne européenne, laisse faire en se pliant au trumpisme.

Le détroit de Floride au cœur des préoccupations

Aujourd’hui, le détroit de Floride occupe une place de choix dans les calculs géopolitiques de Washington. Ce passage maritime constitue l’une des deux principales issues naturelles du golfe du Mexique, une étendue d’eau essentielle au fonctionnement de l’économie américaine, car elle donne accès au canal de Panama et à l’océan Atlantique pour de nombreux ports et villes d’importance économique et énergétique majeure.

Les côtes du golfe du Mexique concentrent environ la moitié de la capacité américaine de raffinage du pétrole et de traitement du gaz naturel. La région joue également un rôle crucial dans la production énergétique nationale et dans l’approvisionnement alimentaire du pays. Une part significative du poisson consommé par la population américaine provient de ces eaux, tandis que les plates-formes maritimes installées dans le golfe génèrent des centaines de millions de barils de pétrole chaque année. Garantir la « sécurité » — pour elle-même, bien entendu — des routes de navigation qui relient cette zone aux marchés internationaux constitue une priorité permanente pour Washington. En réalité… il en a toujours été ainsi.

À cette dimension économique s’ajoute un facteur énergétique supplémentaire. Les zones maritimes situées au large des côtes cubaines pourraient receler d’importantes ressources encore inexploitées. Diverses estimations font état de l’existence de milliards de barils de pétrole et de réserves considérables de gaz naturel dans ce que l’on appelle le bassin nord de Cuba.

Après le décret du blocus pétrolier du 26 janvier 2026, les États-Unis — et notamment les secteurs les plus fanatisés du trumpisme MAGA — menacent concrètement Cuba. Depuis plusieurs mois, Donald Trump multiplie les déclarations menaçantes envers Cuba, qu’il considère comme « une menace extraordinaire ». Et ce, même si Washington jouit déjà d’une pleine liberté de navigation dans la zone et maintient une position prédominante dans le golfe du Mexique. Dans une interview publiée début juin, le président cubain Miguel Diaz-Canel estime que les États-Unis envisagent trois scénarios contre Cuba : provoquer une explosion sociale par la pression économique, prendre le contrôle de l’économie ou recourir à une agression militaire.

La logique qui sous-tend la menace américaine répond aussi à des considérations à long terme. Du point de vue de nombreux stratèges américains, garantir la domination de la région, dans le cadre du repli hémisphérique, servirait à empêcher que de futurs acteurs « hostiles » puissent tirer parti de leur situation géographique pour défier la primauté des États-Unis dans l’hémisphère occidental.

Contrôler indirectement l’environnement géopolitique cubain équivaudrait à s’assurer qu’aucun concurrent stratégique (à savoir la Chine) ne puisse utiliser ce corridor maritime pour exercer une pression sur l’économie américaine. Il s’agit d’une logique préventive qui semble s’inspirer des expériences récentes dans le détroit d’Ormuz et à Bab el-Mandeb.

Un intérêt séculaire pour l’impérialisme des États-Unis

Dès le XIXe siècle, alors que les États-Unis commençaient leur expansion en tant que puissance impérialiste, la présence d’empires européens rivaux dans l’Atlantique occidental conditionnait profondément leurs préoccupations sécuritaires. Parmi tous les territoires caribéens, Cuba se distinguait par sa position exceptionnelle entre l’océan Atlantique et le golfe du Mexique, à faible distance des côtes floridiennes.

L’acquisition de la Louisiane en 1803 a donné aux États-Unis le contrôle d’un immense système fluvial articulé autour des fleuves Mississippi, Missouri et Ohio. Grâce à ce réseau de communications intérieures, le pays a réussi à intégrer économiquement de vastes territoires et à faire de La Nouvelle-Orléans un centre névralgique pour l’exportation agricole.

Cependant, le succès de ce modèle économique dépendait du maintien de routes maritimes ouvertes et sûres. Toute puissance capable d’influencer les accès au golfe du Mexique pouvait affecter directement le commerce américain. Le détroit de Floride, complété par le canal du Yucatán, constituait la principale sortie vers les marchés internationaux pour une grande partie de la production en provenance de l’intérieur des États-Unis. Cette réalité géographique a conféré à Cuba une importance stratégique extraordinaire.

Washington a toujours observé avec préoccupation la possibilité qu’une puissance européenne utilise le territoire cubain comme plateforme militaire. Bien que l’Empire espagnol connût un déclin progressif qui limitait sa condition de « menace », la crainte persistait parmi les intellectuels américains que la Grande-Bretagne ou l’Allemagne ne profitent de la position géographique de Cuba pour projeter une force navale sur la région ou bloquer le trafic maritime américain.

Selon cette approche impériale d’hégémonie continentale, Washington devait contrôler le canal du Yucatán, le détroit de Floride et le canal de Panama.

La guerre hispano-américaine a permis d’éliminer la dernière présence impériale européenne significative aux abords du golfe du Mexique et de consolider l’influence américaine sur les corridors maritimes régionaux. Depuis lors, et jusqu’à la révolution socialiste, la souveraineté cubaine est restée conditionnée par une relation profondément asymétrique avec son voisin du nord, obsédé par la maîtrise du passage vers le golfe du Mexique.

Bien que la fin de la Guerre froide, associée à la victoire américaine, ait réduit la perception de la menace liée à Cuba, l’inquiétude de certains secteurs politiques et militaires face à l’existence d’un État souverain, socialiste et anti-impérialiste, situé dans un enclos géographique aussi sensible pour la Maison-Blanche, n’a jamais complètement disparu. Au-delà des facteurs politiques et conjoncturels, la nouvelle campagne impérialiste contre Cuba exprime, au moins en partie, une continuité historique dans la politique étrangère américaine, marquée par le désir de préserver sa prédominance sur un espace maritime considéré comme essentiel pour ses intérêts stratégiques.

Sources:linsoumission.fr (Par Eduardo Garcia Granado)

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lundi 22 juin 2026

« La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir » – Retrouvez la tribune d’Ugo Bernalicis, député LFI.

 La crise de la justice n’est pas un accident de l’histoire récente : elle est le produit de quarante années de gestion managériale d’un service public régalien. Les drames qui l’illustrent ne sont pas des anomalies, ils sont le symptôme d’une doctrine à bout de souffle. La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir, pour assurer l’effectivité des droits, le rétablissement de la dignité des travailleurs et la lutte acharnée contre les inégalités.

Retrouvez la tribune du député LFI Ugo Bernalicis, spécialiste des questions de justice au sein du mouvement insoumis.

I. Une agonie systémique, que les drames viennent rappeler avec une cruelle régularité

La crise de la justice n’est pas nouvelle, et malgré les efforts de communication de la macronie, elle n’est pas réparée. Au terme mal choisi de « clochardisation » de la justice, je préfère celui d’un service public à l’agonie. Cela fait des années que j’appelle, avec mon groupe parlementaire, à rompre avec la gestion managériale de la justice (new public management) pour reconstruire un service de proximité et d’égalité. La sociologue Cécile Vigour a montré, dès le milieu des années 2000, comment cette « gestionnarisation » de l’institution judiciaire avait progressivement substitué aux critères de qualité du jugement des indicateurs de productivité, de délais et de taux d’écoulement des stocks, redéfinissant en profondeur le métier même de juger.

Voilà l’impasse où nous mènent les politiques conduites depuis des décennies. La politique du flux est à son paroxysme et démontre, chaque jour davantage, l’échec de cette doctrine. On ne peut traiter la justice comme un débit à écouler : la dégradation des droits au nom de la cadence, ce sont autant de dossiers mal traités, autant de vies suspendues à une procédure expédiée.

Cette agonie est systémique, et elle s’illustre malheureusement par des drames qui n’ont rien d’anodin et qui se répètent. Je pense à l’appel de plus de 3 000 magistrats, rejoint par plus de 6 000 professionnels et greffiers publié dans Le Monde le 23 novembre 2021, après le suicide de Charlotte, jeune juge de 29 ans dans le Nord, épuisée par des injonctions permanentes de rendement. Je pense à ce greffier de 28 ans du tribunal judiciaire de Mamoudzou qui, en mars 2022, a tenté de mettre fin à ses jours en laissant une lettre dénonçant le manque de moyens humains, l’absence d’accompagnement et l’isolement professionnel imposés par l’institution. Ce mal n’est pas nouveau : il a toujours été illustré par des drames comme celui du 16 septembre 2010, où Philippe Tran-Van, juge d’instruction à Pontoise, épuisé professionnellement et écrasé par une charge de travail qu’il ne pouvait plus assumer, a mis fin à ses jours sur les rails d’une gare du Val-d’Oise.

Les chercheurs Christian Mouhanna et Benoît Bastard, du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CNRS), ont documenté de longue date ce désenchantement professionnel : confrontés à des injonctions contradictoires de productivité et de qualité, beaucoup de magistrats se rallient par défaut à la logique managériale faute d’alternative crédible qui leur soit proposée, ce qui n’éteint en rien la souffrance que cette adhésion forcée engendre.

Ces drames montrent l’étendue d’une crise profonde et, surtout, l’impasse de la trajectoire politique suivie depuis trop longtemps. Une justice maltraitante est une justice qui maltraite, et je sais que ces drames se répercutent aussi sur les justiciables. Les affaires où des proches de victimes ou des mis en cause dénoncent un traitement judiciaire défaillant se multiplient, et celles d’aujourd’hui ne sont, hélas, pas les dernières.

Entre renoncement aux droits faute d’accès effectif à la justice et procédures expédiées, que dit la République à ses citoyennes et à ses citoyens ? Les réponses de surenchère pénale, poussant à l’automaticité des peines et à la répression systématique, ne font qu’accélérer la dégradation continue du service public, car ces propositions portent en elles-mêmes le mal qu’elles prétendent combattre : priorisation à outrance, procédure indigente, professionnels plus sous pression encore. Quand tout est prioritaire, rien n’est prioritaire, et ce sont les usagers du service public, comme les professionnels saturés d’injonctions contradictoires, qui en paient le prix.

Ce qui se joue à chaque étape de la chaîne pénale conduit à des drames : pour les victimes qu’on ne cherche pas à accompagner mais que l’on pousse vers le renoncement ; pour les magistrats rendus responsables de chaque dysfonctionnement ; pour les fonctionnaires de greffe dont les conditions de travail se dégradent pour répondre à des injonctions contradictoires d’accompagnement et de célérité ; pour les avocats sommés de défendre sans jamais être eux-mêmes mis en cause. Ces solutions nous enferment dans l’impasse où nous sommes. Elles ont vocation à nous détourner des problèmes de fond et participent elles-mêmes du problème.

Michel Foucault l’avait montré il y a un demi-siècle : la logique punitive ne se contente jamais de répondre à un fait, elle organise une discipline qui se diffuse et se durcit d’elle-même. Les sociologues Loïc Wacquant et Didier Fassin ont, chacun à leur manière, prolongé cette intuition en montrant comment le tournant punitif contemporain vient précisément combler, par la surenchère pénale, les vides laissés par le retrait de l’État social, déplaçant sur la justice pénale des problèmes que seules des politiques publiques de prévention et d’accompagnement pourraient résoudre. Le pénal devient le hochet des populistes pénaux de notre temps, mais je vous invite à regarder l’état de la justice civile, qui représente l’écrasante majorité de l’activité judiciaire. Cela ne fait pas frémir les médias, et pourtant c’est une dégradation considérable qui en dit long sur l’état de notre République : autant de renoncements au droit, d’injustices non traitées, de violences sociales renforcées. Je suis alerté depuis longtemps sur les délais devant les conseils de prud’hommes, où la durée moyenne de traitement avoisine seize mois au niveau national mais s’étire, dans certaines juridictions et lorsqu’un juge départiteur doit intervenir, à deux, trois, voire quatre ans avant un premier jugement, et davantage encore en cas d’appel. Sur les procédures de tutelle sans moyens, sur les contentieux en responsabilité civile qui s’éternisent, cette crise est boudée par les médias sensationnalistes et par de nombreux responsables politiques. Pourtant cette justice est le socle de l’idée d’égalité de notre devise. Elle garantit notre vivre-ensemble et demeure le refuge de celles et ceux qui ne se résignent pas.

II. Sortir de l’agonie de la Justice en regardant en face la crise qu’elle traverse

Le budget de la justice française est indigent, et les chiffres de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ) le confirment sans ambiguïté dans son rapport d’évaluation 2024. La France consacre 77,2 euros par habitant à son système judiciaire, sous la moyenne européenne, qui s’élève à 85,4 euros, et loin derrière l’Allemagne, qui y investit 136,1 euros par habitant. En proportion du PIB, la France plafonne à 0,2 %, contre 0,3 % pour l’Allemagne ou l’Italie. Ce retard est ancien et structurel : malgré la loi de programmation de novembre 2023 et les annonces de hausses « historiques », le fossé avec nos voisins ne s’est pas refermé.

Sur les ressources humaines, le constat est plus sévère encore. La France compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 17,6 et une moyenne de 21,9. Pour les procureurs, l’écart devient abyssal : 3,2 pour 100 000 habitants en France, contre une médiane de 11,2 et une moyenne de 12,2 en Europe, un calcul réalisé à partir de ces données aboutit à l’estimation qu’il manquerait plus de 5 700 procureurs pour que la France atteigne simplement la moyenne du continent. Le fractionnement des fonctions de juge s’accompagne d’une multiplication des statuts précaires d’assistants de justice et de juristes assistants, pis-aller qui masque sans la résoudre la pénurie de magistrats titulaires.

Le déficit de personnel des greffes judiciaires suit la même pente : la France compte 37,3 personnels non-juges pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 57,9. Ce chiffre donne une traduction statistique exacte à la détresse exprimée par le greffier de Mamoudzou : le manque ne touche pas seulement les magistrats, il frappe l’ensemble de la chaîne judiciaire, jusqu’aux experts judiciaires, psychologues et professionnels de la médecine légale, dont la rareté allonge encore les délais d’instruction et d’expertise. Le nombre d’avocats pour 100 000 habitants, 106,6 en France, est lui aussi parmi les plus faibles d’Europe, loin derrière l’Allemagne (195), l’Espagne (308), le Royaume-Uni (338) ou l’Italie (398,7).

La réalité a toujours été que les marges de manœuvre budgétaires sont grevées par la construction et l’entretien des prisons : puits sans fond du point de vue budgétaire, et illustration même de l’impasse du tout-carcéral. Le gouvernement promet 1 500 magistrats supplémentaires sur le quinquennat, des miettes au regard des besoins réels, quand certains territoires d’outre-mer, comme La Réunion, supportent une charge de travail par magistrat jusqu’à huit fois supérieure à celle constatée dans l’Hexagone.

J’oserai même dire que les communications triomphalistes annonçant une justice « réparée » ont sonné le glas de toute prise de conscience profonde. Après les États généraux de la justice, le gouvernement a officiellement refermé la « phase de réparation » pour ouvrir celle de la « modernisation » et de la « restauration de la confiance », comme si l’urgence était derrière nous. Ce discours infantilise les professionnels de la justice, qui vivent chaque jour la dégradation et l’humiliation, et qui se voient sommés, sinon de se taire, du moins d’intégrer la pérennité de la défaillance comme un horizon normal.

Face aux drames actuels, ministres et responsables politiques, désemparés, poursuivent la fuite en avant : toujours plus de pénal, toujours plus de sévérité. Le concours Lépine des mesures pénales ressurgit avec les mêmes lieux communs et propositions éculées : déterminisme de la peine, fonctionnarisation des juges, peines plancher, abolition des aménagements de peine, imprescriptibilité et hiérarchisation sordide des crimes, renforcement des peines de sûreté, voire rétablissement ciblé de la peine de mort. Ces solutions ne sont pas nouvelles : elles illustrent ce que l’on appelle l’effet cliquet, cette progression graduelle et sans discontinuité qui conduit précisément là où nous sommes, une agonie toujours plus profonde, qui craque de toutes parts. Nous sommes de plus en plus seuls à pointer la surpopulation pénale dans son ensemble et l’inconséquence de la dégradation continue des conditions procédurales de notre droit pénal, notamment au travers de l’embolie des comparutions immédiates.

Pour aller plus loin : Scandale d’État – Les fuites mensongères contre Rima Hassan viennent du porte-parole de Gérald Darmanin

III. La Justice remplit une fonction sociale singulière et nécessite des mesures à la hauteur

Que proposer face à cette agonie ? Plus de budget, plus de magistrats, plus de fonctionnaires : c’est sans conteste une nécessité, mais c’est surtout le « pour quoi faire » qu’il faut investir.

À mes yeux, il y a un continuum de service public à rétablir : il faut réinvestir l’ensemble des services publics que le libéralisme a méthodiquement démantelés. La justice n’est pas seule, et ceux qui, comme moi, défendons le caractère singulier de la justice dans notre modèle républicain, non pas une simple autorité, mais un pouvoir constitué, devons réinvestir massivement dans tous les services publics, pour dire aux professionnels de la justice qu’ils ne sont pas la dernière roue du carrosse, appelés à intervenir seulement quand tous les autres dispositifs ont échoué à permettre l’émancipation d’une personne. C’est à cette condition que nous pourrons sortir de cette agonie.

Mais ce caractère singulier mérite d’être pleinement assumé, car la justice n’est pas un service public comme les autres. Quand un hôpital soigne ou qu’une école instruit, l’administration agit ; quand un tribunal juge, c’est un pouvoir qui s’exerce, au nom du peuple français, selon la formule consacrée de tout jugement rendu dans notre pays. Notre Constitution elle-même hésite encore à la nommer pleinement : elle ne parle pas de « pouvoir judiciaire » mais d’« autorité judiciaire », signe d’une défiance historique de l’exécutif à l’endroit d’un contre-pouvoir qu’il a toujours cherché à tenir en lisière. Cette ambiguïté constitutionnelle permet, depuis des décennies, qu’un parquet nommé et discipliné par la Chancellerie continue de se présenter comme un acteur neutre de l’action publique, et que les besoins des juridictions soient appréciés non par les besoins des justiciables mais par les seules contraintes d’un cadrage budgétaire annuel. La fonction sociale de la justice est pourtant unique parmi les services publics : elle a vocation à pacifier les rapports sociaux quand le lien social se défait, elle protège le faible contre l’arbitraire du fort, et elle est la seule institution dont la légitimité républicaine repose entièrement sur sa capacité à trancher en toute indépendance, y compris contre le pouvoir qui la finance et la nomme. Vouloir la traiter comme une administration gestionnaire ordinaire revient à nier cette fonction constitutionnelle, et c’est précisément ce qui s’est produit avec l’irruption de la nouvelle gestion publique dans les prétoires.

C’est pourquoi les mesures que je porte avec mon groupe ne se limitent pas à un chiffrage budgétaire, si nécessaire soit-il. J’ai eu l’honneur de présider, en 2019 et 2020, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire, dont les conclusions tracent une feuille de route précise : aligner le mode de nomination des magistrats du parquet sur celui des magistrats du siège, en soumettant leur nomination à l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, et harmoniser leur régime disciplinaire pour mettre fin à la subordination hiérarchique du ministère public à la Chancellerie. Cette même commission proposait de renforcer et de démocratiser la composition du CSM pour en faire la pierre angulaire du service public de la justice, une instance capable, à la manière d’une inspection générale indépendante, de déterminer objectivement les besoins réels des juridictions, plutôt que de laisser ce diagnostic aux seuls arbitrages de Bercy ou plus exactement de Beauvau. Nous portons également la consécration du principe de collégialité des formations de jugement, trop souvent sacrifié sur l’autel de la productivité, ainsi qu’une participation directe des citoyennes et des citoyens au fonctionnement de l’institution, par des conseils de juridiction et un jury populaire élargi : la légitimité démocratique de la justice ne se construit pas seulement par son indépendance, mais aussi par la présence du peuple en son sein.

Sur le terrain budgétaire, je demande depuis plusieurs législatures un budget de la justice enfin lisible et transparent, avec un budget opérationnel de programme établi cour d’appel par cour d’appel et une véritable comptabilité analytique permettant de connaître le coût réel de chaque politique judiciaire, faute de quoi le débat parlementaire sur les moyens de la justice reste un débat à l’aveugle. Et lorsque le Gouvernement se félicite d’avoir atteint son « effectif cible » de magistrats, je pose la même question qu’en commission des lois il y a plusieurs années : cet effectif cible est-il seulement l’effectif idéal, ou la simple habileté d’une communication qui maquille l’insuffisance structurelle des moyens ?

C’est sur la qualité de la justice que nous devons porter notre attention : le service public doit apporter une réponse à chaque justiciable, et pour cela il ne suffit pas qu’il dispose des moyens, il doit aussi avoir le souci constant de rendre la justice, et non de gérer un flux. Cela suppose de rompre frontalement avec la doctrine gestionnaire, de revaloriser les métiers de greffe et les fonctions support, de recruter à la hauteur des standards européens en magistrats, procureurs, experts et personnels de greffe, et de cesser de faire de la prison la variable d’ajustement budgétaire de la chaîne pénale. Cela suppose également de sortir le contentieux civil, prud’hommes, tutelles, responsabilité civile, de l’invisibilité médiatique où il est maintenu, alors qu’il concentre, je le rappelle, l’écrasante majorité de l’activité judiciaire totale et l’essentiel des injustices vécues au quotidien par les classes populaires.

Cette reconstruction ne peut être pensée isolément : elle s’inscrit dans un même mouvement de refondation de nos institutions. Je crois, comme beaucoup dans ce pays, qu’il n’y aura pas de transformation sociale durable sans une refondation démocratique des institutions qui exercent un pouvoir au nom du peuple, et la justice en est la première. Passer à une nouvelle République, ce sera aussi se donner une justice digne de ce nom : indépendante de l’exécutif comme des puissances économiques, démocratisée dans sa gouvernance, dotée des moyens humains et budgétaires que ses missions exigent. La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir, pour assurer l’effectivité des droits, le rétablissement de la dignité des travailleurs et la lutte acharnée contre les inégalités.

Sources:linsoumission.fr


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vendredi 19 juin 2026

Mélenchon, personnalité préférée des ouvriers et des jeunes, loin devant Jordan de Monaco.

 

 C’est une nouvelle qui ne va pas arranger l’état de panique de ses adversaires. Un baromètre de popularité IFOP publié cette semaine montre que les ouvriers plébiscitent à 59 % Jean-Luc Mélenchon, juste derrière Dominique de Villepin. En outre, le leader insoumis est confirmé comme personnalité la plus réellement soutenue hors de l’extrême droite, comme Cluster 17 le montrait récemment.

Le leader insoumis se révèle aussi être le candidat des jeunes et des travailleurs. Il est en effet deux fois plus populaire chez les jeunes que Jordan Bardella. Il est la personnalité avec le plus de bonnes opinions chez les moins de 35 ans. Il est aussi le candidat préféré des professions intermédiaires – la classe moyenne – avec 49 % de bonnes opinions. Et il se trouve aussi devant Bardella et Le Pen chez les personnes non diplômées.

Jordan Bardella, désormais surnommé « Jordan de Monaco » par ses propres électeurs, en prend donc pour son grade dans ce dernier baromètre. Les jeunesses du pays n’ont visiblement pas apprécié son goût des yachts, de la principauté de Monaco et des dîners somptueux avec les grands patrons, dont Patrick Pouyanné et ses 10 millions d’euros de revenus annuels.

C’est un coup dur pour le parti fondé par des Waffen SS, et ses cadres, qui constatent la perte massive d’électeurs et de sympathisants liée aux dernières révélations sur leur jeune champion. Au RN, le malaise est total. La réponse de Jordan de Monaco à BFMTV à propos de la marche blanche pour Lyhanna a choqué. « Des marches blanches, il y en a tous les jours », avait déclaré le jeune fasciste avec dédain. « Ça ne va pas du tout comme réponse, c’est une grave erreur », a soufflé un responsable lepéniste. 

Pendant que le RN prend l’eau, Jean-Luc Mélenchon confirme sa puissante dynamique que même les sondages et ce baromètre peinent à dissimuler, malgré une sous-estimation constante du leader insoumis. 26 000 personnes se sont rendues à son meeting du dimanche 7 juin à Saint-Denis. SMIC à 1700 euros net, désarmement des fonds prédateurs, sécurité sociale intégrale, retraite à 60 ans, 6e République, restructuration des régions autour des grands bassins versants des fleuves, le leader insoumis a détaillé de nombreuses propositions pour construire une nouvelle société, collectiviste, gouvernant par les besoins et non plus le capital.

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jeudi 18 juin 2026

Désarmer les fonds prédateurs, sauver les entreprises – Retour sur le travail parlementaire d’Aurélie Trouvé


Ce lundi 15 juin, Aurélie Trouvé a fait le bilan de sa commission d’enquête parlementaire sur les fonds prédateurs. Après plusieurs mois d’auditions et d’investigations, cette dernière a permis de mettre en lumière un phénomène encore peu connu du grand public : la place grandissante et néfaste des fonds d’investissement dans l’économie française et leurs conséquences sur l’emploi, l’industrie et la souveraineté économique du pays. En conférence de presse, la députée insoumise Aurélie Trouvé a livré 40 propositions pour les désarmer et ainsi sauver les entreprises tombées sous leurs coupes, avec la complicité des gouvernements macronistes. Notre article.

Un travail parlementaire inédit, des conclusions édifiantes

L’adoption à l’unanimité de ce rapport d’enquête parlementaire constitue l’aboutissement d’un travail parlementaire inédit. Jusqu’à présent, aucune commission d’enquête ne s’était penchée de manière aussi approfondie sur les mécanismes de la financiarisation de l’économie française, sur les méthodes employées par certains fonds d’investissement et sur leurs effets concrets pour les salariés et les territoires.

Au fil des auditions, un constat s’est progressivement imposé. Une part importante de l’appareil productif français est désormais contrôlée par des fonds financiers. France Invest revendique d’ailleurs pas moins de 2,5 millions d’emplois sous gestion de fonds en France. Une présence qui dépasse largement le cadre de l’industrie traditionnelle, faisant de la France le territoire européen le plus exposé à ces stratégies avec 25 % des montants investis sur le continent.

Sidérurgie, automobile, aéronautique, chimie, numérique, santé, laboratoires médicaux, maisons de retraite ou encore crèches privées : les fonds sont désormais présents dans de nombreux secteurs stratégiques de l’économie française. Parmi les entreprises évoquées durant les auditions figurent notamment Novasco, Valdunes, Polytechnyl, Walor, Latécoère, Atos, Ingenico, Biogaran ou encore Seqens.

L’un des principaux apports de la commission aura été de rendre accessibles au grand public des mécanismes financiers souvent complexes. Au cœur de nombreuses opérations figure le LBO, pour « leveraged buy-out », ou rachat avec effet de levier. Ce montage consiste pour un fonds à acquérir une entreprise en recourant massivement à l’endettement.

Dans la pratique, la dette contractée pour financer le rachat est fréquemment transférée à l’entreprise acquise. Celle-ci doit alors rembourser les emprunts qui ont servi à son propre achat. Une entreprise peut ainsi se retrouver lourdement endettée non parce qu’elle a investi dans de nouveaux équipements ou développé son activité, mais simplement parce qu’elle a été achetée par un fonds d’investissement.

Pour mesurer l’ampleur des risques, la commission s’est appuyée sur une étude choc de la Banque de France publiée en octobre 2025. Le constat est sans appel : un an après un LBO, une entreprise cible voit son taux d’endettement bancaire bondir de 35 % en moyenne.

Plus alarmant encore, sa probabilité de défaut de paiement estimée par les banques grimpe de 44 %, tandis que son risque de faillite pure et simple augmente de 18 %. Le phénomène est aggravé par les « LBO successifs » (la revente d’un fonds à un autre), qui représentent désormais plus de 50 % des sorties de LBO en Europe. Le rapport cite l’impasse de Cerba Healthcare, un géant des laboratoires médicaux soumis à son sixième LBO consécutif et aujourd’hui écrasé par une dette de 4,9 milliards d’euros.

Ce mécanisme permet aux fonds de mobiliser relativement peu de capitaux propres tout en prenant le contrôle d’entreprises parfois importantes. En contrepartie, les sociétés rachetées se retrouvent soumises à une forte pression financière. Les auditions ont mis en évidence plusieurs pratiques récurrentes : versement de dividendes élevés, prélèvements sur la trésorerie, facturation de frais de conseil, ventes d’actifs immobiliers, restructurations ou suppressions d’emplois.

Focus sur les dossiers noirs du retournement

D’autres dossiers ont illustré les conséquences de ces stratégies financières. L’entreprise Novasco, spécialisée dans l’acier bas carbone, avait été reprise en 2024 par le fonds britannique Greybull Capital. Des investissements importants avaient alors été promis afin de moderniser les installations et de sécuriser l’activité. Quelques mois plus tard, le fonds n’avait apporté que 1,5 million d’euros sur les 90 millions promis, tandis que l’État injectait 85 millions d’aides publiques. Face à ce fiasco, plusieurs sites ont été liquidés fin 2025 et l’État a officiellement assigné Greybull en justice en janvier 2026 pour non-respect de ses engagements.

Le rapport pointe un autre exemple d’extraction méthodique de valeur : la holding industrielle allemande Mutares. Qualifiée par certains de « liquidateur en série », la structure applique une mécanique implacable de remontées de trésorerie agressives via des frais de conseil disproportionnés et des ventes d’actifs immobiliers (sale-and-lease-back). Le bilan comptable est édifiant : sur 21 entreprises sorties du portefeuille français de Mutares, 16 ont fini devant le tribunal de commerce, pendant que la holding affichait un bénéfice net de 130,4 millions d’euros en 2025.

Au-delà de ces cas particuliers, les auditions ont mis en évidence des conséquences économiques plus larges. Lorsqu’une entreprise est pilotée avant tout selon des objectifs de rentabilité financière à court terme, les investissements industriels peuvent être réduits, les effectifs diminués et les capacités de production affaiblies. À terme, ce sont parfois des savoir-faire industriels entiers qui disparaissent.

Pour aller plus loin : Fonds prédateurs : ce que la commission d’enquête d’Aurélie Trouvé a mis au jour

Le secteur de la santé en première ligne

Ces enjeux dépassent la seule question de l’emploi. Le rapport révèle avec force que le secteur de la santé et du grand âge est devenu la cible privilégiée des fonds, attirés par des revenus socialisés par la collectivité. Selon les données de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) et de l’IGF (Inspection générale des finances), le capital-investissement a injecté plus de 4 milliards d’euros de fonds propres dans l’offre de soins entre 2020 et 2024. Le taux d’endettement brut de la santé a ainsi atteint le niveau critique de 138 % en 2023, contre 88 % pour le reste de l’économie.

La financiarisation transforme les cabinets de radiologie, les cliniques privées (Ramsay, Almaviva) et les laboratoires de biologie médicale. Même la santé animale est touchée : la part des vétérinaires exerçant dans des structures détenues par des fonds est passée de 2 % en 2019 à environ 35 % en 2026.

Plusieurs entreprises concernées interviennent dans des secteurs stratégiques pour la France. Atos joue un rôle important dans certaines infrastructures numériques sensibles mais est passé fin 2024 sous le contrôle de trois hedge funds anglo-saxons à la suite d’une restructuration financière. Biogaran représente une part significative de la production nationale de médicaments génériques. D’autres entreprises opèrent dans la métallurgie, la chimie ou des activités essentielles à la transition écologique.

La commission s’est donc également intéressée aux questions de souveraineté industrielle. Comment garantir la maîtrise collective de secteurs stratégiques lorsque les décisions sont prises en fonction d’objectifs financiers de court terme ? Comment préserver les capacités productives du pays face à des stratégies dont l’horizon est souvent limité à quelques années ?

Bpifrance et la haute administration sur la sellette

Les travaux ont également porté sur le rôle des pouvoirs publics. Plusieurs auditions ont interrogé les choix effectués par l’État dans le suivi de certaines restructurations industrielles. La question de Bpifrance a notamment été évoquée. Le rapport dresse un véritable réquisitoire contre la gestion de la banque publique, qu’il qualifie de « banque privée d’investissement ».

Menée par Nicolas Dufourcq, l’institution est accusée de se comporter en investisseur financier classique à la recherche d’un rendement à 12 %. En 2025, sur 4,8 milliards d’euros investis en capital, Bpifrance a injecté 1,7 milliard d’euros dans l’activité « fonds de fonds » pour alimenter des structures privées, sans aucun contrôle sur leurs pratiques sociales ou fiscales. À l’inverse, elle n’a alloué qu’un montant dérisoire de 193,7 millions d’euros cumulés depuis 2016 au soutien direct des entreprises en difficulté, laissant le champ libre aux fonds vautours.

Les parlementaires se sont aussi intéressés aux liens existants entre le monde de la finance, la haute administration et certaines grandes entreprises. Plusieurs auditions ont mis en lumière les nombreuses passerelles entre ces différents univers, alimentant le débat sur l’influence croissante des acteurs financiers dans les décisions économiques, le rapport pointant notamment un mouvement de « pantouflage » accéléré de directeurs du Trésor ou d’anciens ministres vers les fonds d’investissement.

L’enquête s’est enfin élargie à un phénomène plus global : le développement de la « finance de l’ombre », ou shadow banking. Depuis la crise financière de 2008, une partie croissante du financement de l’économie mondiale est assurée par des acteurs non bancaires tels que les fonds d’investissement ou les fonds de dette. Ces structures sont souvent moins régulées que les banques traditionnelles.

Le marché du crédit privé illustre particulièrement cette évolution. Des fonds accordent désormais directement des prêts à des entreprises, parfois déjà fortement endettées. Ce secteur connaît une croissance rapide à l’échelle mondiale et suscite des inquiétudes croissantes parmi les économistes et les autorités financières. Plusieurs responsables du secteur ont récemment alerté sur les risques associés à ces nouveaux modes de financement en cas de ralentissement économique ou de hausse des défauts de paiement.

La commission dénonce notamment le naufrage boursier et le caractère « ravageur » des financements par OCABSA (obligations convertibles en actions avec bons de souscription d’actions), des outils dilutifs utilisés pour financer des structures à la dérive. Une étude de l’AMF prouve que 83 % des entreprises utilisant ce mécanisme subissent un effondrement de leur cours de bourse, avec une chute moyenne de 72 %.

40 recommandations avancées pour reprendre le contrôle sur ces fonds

  • La suppression de la déductibilité fiscale des charges financières liées à la dette d’acquisition des LBO, assimilée à une subvention publique au pillage.
  • L’interdiction pure et simple des financements par OCABSA.
  • Le renforcement du contrôle des investissements étrangers (IEF) avec l’extension du filtrage à la sidérurgie, la métallurgie et la chimie.
  • La nationalisation des activités stratégiques d’Atos (cybersécurité et systèmes de missions critiques).
  • La refonte totale de la doctrine de Bpifrance pour la transformer en banque publique démocratique du besoin industriel.

L’adoption du rapport le 9 juin marque une étape importante. Au-delà des clivages politiques, elle reconnaît l’intérêt d’un travail qui a permis de documenter des mécanismes souvent peu visibles mais dont les conséquences sont bien réelles pour les salariés, les territoires et l’avenir industriel du pays.

Alors que les États généraux des entreprises pillées par les fonds prédateurs se tiendront le 16 juin à l’Assemblée nationale, les révélations d’Aurélie Trouvé devraient continuer d’alimenter le débat sur la place de la finance dans l’économie française. Une question devenue centrale au moment où se multiplient les interrogations sur la réindustrialisation, l’emploi et la souveraineté économique.

Sources:linsoumission  (Par Elias Peschier)

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lundi 15 juin 2026

« L’Empire, la République et la Nouvelle France » – L’analyse de Imane El Hamzaoui.

 

 Ces derniers mois, la Nouvelle France a suscité de vives controverses nourries par des lectures aussi lacunaires que fallacieuses du concept insoumis. Certains l’accusent de récuser une France qu’ils seraient bien en peine de définir, d’autres lui reprochent de fracturer le corps social selon des lignes ethniques, et tous s’accordent à la draper de racialisme pour la discréditer.

Dans cette cacophonie médiatique, nous accueillons donc avec intérêt l’article de Vincent Bollenot qui a le mérite de soustraire le débat des anathèmes grotesques et outranciers pour le déplacer vers le terrain de la discussion raisonnée. Pour autant, cet article n’est pas exempt de contresens et il repose à bien des égards sur des prémisses discutables. Ainsi nous reproche-t-il de ne pas « prendre au sérieux la dimension impériale de France », ce qui, selon l’auteur, permettrait de « relativiser la nouveauté que représenterait la présence de populations racisées ». Mais encore faut-il s’assurer que la comparaison soit opérée sous un angle pertinent.

C’est à cette question, et aux autres critiques soulevées dans l’article, que ce texte entend répondre. Un article initialement publié dans la revue Contretemps.

La Nouvelle France n’est pas qu’une affaire de chiffres, elle est aussi perception de soi

Comme le précise Vincent Bollenot, les indigènes des colonies étaient pour la plupart des « sujets ». Rattachés à l’État français par la nationalité, ils étaient dépourvus des droits politiques et civils dont jouit le citoyen. Ce statut d’exception, consacré par le sénatus-consulte de 1865, proclamait une inégalité de droit et de fait : inégalité politique par l’exclusion du suffrage et le déni de la plupart des droits politiques, inégalité fiscale par l’assujettissement des indigènes à des impôts spéciaux tels que l’impôt de « capitation » ou encore inégalité juridique par la promulgation, en 1881, du régime de l’indigénat qui instituait des « infractions spéciales » aux indigènes[1].

S’affranchir de la condition subalterne de sujet supposait un processus de naturalisation qui ne pouvait aboutir qu’au prix du renoncement au « statut personnel », soit le reniement de la communauté d’origine. Mais cet arrachement aussi coûteux fut-il, ne suffisait pas à garantir l’accès à la citoyenneté, il s’en fallait de loin.

En Algérie, exemple paradigmatique car c’est en son sein que nombre de politiques coloniales ont été conçues avant d’être étendues au reste de l’empire, on n’a compté que six mille naturalisations d’« indigènes » musulmans pendant toute la période coloniale. Si la nationalité était la norme, la citoyenneté était une faveur qui rétribuait quelques « serviteurs de la France ».

Le profil de ces rares admis dans la communauté des citoyens de plein droit est révélateur de la fonction politique de ce dispositif. Il s’agissait en majorité de militaires à la loyauté éprouvée sur le champ de bataille, et d’instituteurs récompensés pour avoir répandu « la civilisation française dans les campagnes algériennes »[2]. En somme, l’accès à la citoyenneté nécessitait de participer à l’oblitération de la société précoloniale, que ce soit par le sang versé ou l’acculturation forcée.

La comparaison de la Nouvelle France avec la période coloniale nous paraît tout aussi surprenante que mal posée en ce qu’elle risque, à son insu, de reconduire le cadre discursif colonial. Car on ne saurait reconnaître dans la nationalité accordée aux indigènes autre chose que le sceau de la sujétion forcée à une puissance étrangère qui pille, violente, spolie, viole, massacre et se prévaut de la force de la légalité et du droit.

Mobiliser la « francité coloniale » comme analogue à la citoyenneté actuelle avalise involontairement la fiction juridique coloniale qui se drape des atours de la mission civilisatrice et travestit la violence en générosité. Cela occulte le fait que la revendication de pleine citoyenneté posée par le discours de la Nouvelle France est précisément le contraire du discours colonial puisqu’il porte sur la demande d’égalité prononcée depuis les groupes dominés.

Il ne s’agit pour nous ni de passer sous silence les ruptures et continuités entre ces deux périodes historiques ni d’estomper l’écart entre l’égalité formelle et l’égalité effective. Mais la rigueur intellectuelle, nécessaire à l’action politique, exige de ne pas escamoter hâtivement leurs différences juridiques et politiques au risque de manquer sa cible. Toutefois, là n’est pas encore le cœur de l’erreur d’analyse de Vincent Bollenot.

Si nous prenons au sérieux l’histoire impériale de la France comme nous y invite l’auteur, il convient d’accorder autant d’importance au sujet collectif que constituaient les colonisés hier qu’à celui que constituent les Français racisés aujourd’hui. Or, c’est précisément ce que Bollenot a omis dans son analyse. À ne raisonner qu’en termes de structures et de régimes de domination, on efface les sujets politiques qui les subissent, et qui demeurent pourtant la force motrice de l’histoire.

Si l’on reprend l’exemple des naturalisations en Algérie, l’élément saillant tient en réalité bien moins à la rareté des admissions qu’à celle, plus marquée encore, des demandes. De 1870 à 1919, seuls quelques 2000 Algériens musulmans ont entrepris la démarche car, sous le joug colonial, la naturalisation valait trahison. Pour reprendre les mots du sociologue Abdelmalek Sayad, c’était « une sorte d’acte “contre nature” (socialement et politiquement) » qui « équivalait à se désolidariser de la condition de colonisé »[3]. Et pour cause, le colonisé algérien ne voulait pas se fondre dans le corps national de l’Empire qui le dominait, il n’aspirait qu’à sa libération nationale et au départ du colon de ses terres.

C’est là que se loge le clivage le plus irréductible entre la condition des colonisés, citoyens ou non, et l’expérience des Français racisés. Ces derniers sont français dans leur citoyenneté comme dans leur conscience, ils ne revendiquent d’autre horizon que la reconnaissance sans réserve de ce qu’ils sont déjà, et réclament que les principes républicains qui ont tant failli à l’égard de leurs grands-parents cessent enfin de leur faire défaut. Il n’est, à cet égard, pas anodin que 95 % des descendants d’immigrés déclarent se sentir chez eux en France, soit 2 points de plus que les personnes sans ascendance migratoire[4].

En somme, la nouveauté réside aussi dans les modes de subjectivation que la différence d’expérience produit : la conscience de soi des colonisés se constitue à l’extérieur et en opposition à la France, tandis que celle des Français racisés se forge dans la revendication d’une égalité réelle au sein de la communauté politique française. Qui a participé à la marche contre l’islamophobie de 2019 ou aux manifestations contre les violences policières en 2020 et y a vu le nombre de drapeaux français, comprendra bien que la revendication nationale est devenue un mode de politisation de l’antiracisme pour soi.

Nouvelle France, nouveau roman national ?

Nos détracteurs ont souvent soutenu que la Nouvelle France était « un roman national » dressé en miroir de celui de l’extrême droite. Le procédé est connu : il vise à nous enfermer dans un narratif ethniciste ou alors nationaliste et imprégné de nostalgie coloniale et, ce faisant, disqualifier le concept insoumis[5]. Rappelons de prime abord que la Nouvelle France ne porte pas uniquement sur le fait migratoire. Elle décrit les grands bouleversements qu’a connus le pays depuis 1958, année d’instauration de la Vᵉ République[6].

Par ailleurs, la nouveauté de ces mutations tient souvent moins à leur apparition qu’à leur massification et leur intensification. De ce fait, il ne s’agit ni de consacrer la disparition d’une « vieille France », réelle ou fantasmée, ni d’établir une rupture ontologique entre deux France opposées l’une à l’autre, mais de proposer un contenu progressiste à l’idée de France, ne serait-ce qu’en modifiant son rapport au temps : non plus une France définie par son passé, mais plutôt tournée vers son futur. En cela, le travail sur la Nouvelle France peut s’apparenter à un travail d’hégémonie, à la construction du « national-populaire » » gramscien qui intègre les différentes dimensions de la domination (sexisme, racisme, précariat, etc.).

Si l’article de Bollenot se garde de reprendre cette rengaine éculée, il n’en demeure pas moins que ses critiques portent sur le même thème, celui de la « « France éternelle ». Selon lui, « parler de “Nouvelle France” […] risque d’entériner implicitement le roman national qui dresse le tableau rétrospectif d’une France blanche, homogène et figée ». Mais que vaut cet argument une fois énoncé ?

Prenons Vincent Bollenot au mot. Il pose deux prémisses. D’une part, il postule que parler de « nouveauté » au sens d’une présence accrue des populations racisées en France reviendrait nécessairement à entériner l’idée d’une France blanche et chrétienne. D’autre part, il affirme que cette « nouveauté » ne pourrait être reconnue que dans le cadre d’« une vision […] spécifiquement centrée sur l’Hexagone ».

Si l’on combine ces deux prémisses, on aboutit donc à une conclusion qui ferait le bonheur de l’extrême droite : celle d’une France hexagonale jadis blanche et chrétienne ! Voilà le mirage de la « France éternelle » validé à condition de s’en tenir au sol de l’hexagone. Ce n’est évidemment pas notre thèse mais la conséquence du raisonnement de Bollenot. Nous nous doutons bien que ce n’est pas là la conclusion à laquelle il voulait aboutir mais cette démonstration par l’absurde sert à montrer en quoi son postulat de départ est faux, puisqu’il conduit précisément à ce qu’il voulait dénoncer.

Pour notre part, nous récusons avec force le fantasme d’une « France éternelle » et, comme nous avons pu le dire à de nombreuses reprises[7], nous considérons la France comme une nation politique non pas ethnique, nous savons que sa terre est un creuset d’immigration dont les ancêtres ne sont pas plus les Gaulois que les Francs, les Burgondes, les Wisigoths, les Alamans, les Juifs, les Arabes, les Vikings, les Roms et tant d’autres encore, et que sa langue est une langue romane qui emprunte bien plus de mots à l’arabe qu’au vocabulaire gaulois. La Nouvelle France ne se dresse pas en opposition à cet état de fait, elle en est la continuité.

La Nouvelle France par-delà les polémiques

Il ne fait nul doute que les polémiques successives autour de la Nouvelle France en ont obscurci la compréhension pour certains et il est regrettable que cette confusion n’ait pas épargné ceux qui, partageant nos luttes et préoccupations, n’en ont qu’une lecture partielle. Car la Nouvelle France n’est ni uniquement un « retournement du stigmate » ni une opération pour « présenter sous un jour mélioratif l’état de fait de la présence en France de différentes minorités politiques » comme l’écrit Vincent Bollenot.

La Nouvelle France est avant tout un concept politique qui vise à analyser la réalité du pays dans toute la profondeur de son nouvel état historique. Elle entend penser la société à partir des transformations du capitalisme, des nouvelles fractures qu’il produit au sein des catégories populaires et des formes renouvelées de domination. De ce fait, elle ne saurait être réduite à une rhétorique de riposte contre l’extrême droite ou une énième liturgie d’antiracisme moral sans portée transformatrice.

Cette démarche permet au contraire d’orienter l’action politique à partir des réalités matérielles et des contradictions structurantes de l’époque. Celles-ci se manifestent dans différents registres : nouvelles conditions des femmes, nouvelles conditions ouvrières, nouvelles conditions des jeunes, nouveaux liens sociaux, nouvelle composition de la population ou encore nouvelles migrations internes pour ne citer que celles-ci.

Par conséquent, lorsque Jean-Luc Mélenchon mentionne les migrations internes, il ne s’agit nullement d’ « un amalgame » avec les migrations en provenance de l’étranger mais de restituer les différentes transformations constitutives de la Nouvelle France. Leur évocation ne vise donc pas à minorer la domination raciste par effet de comparaison. Si les migrations internes nous occupent, c’est qu’elles permettent d’éclairer comment l’entrée de la majorité de la population dans la civilisation urbaine a créé une dépendance croissante aux réseaux et le développement du capitalisme tributaire[8]. Car malgré ce qu’en disent nos détracteurs, tout, dans la Nouvelle France, n’est pas une affaire de migrations de l’étranger.

Nous partageons pleinement l’ambition de l’auteur lorsqu’il appelle à « lutter contre la domination blanche en articulation avec le démantèlement du patriarcat, de l’exploitation capitaliste, du ravage écocidaire, de la domination validiste et de toutes les formes d’exploitation et d’oppression ». C’est d’ailleurs dans cette perspective qu’a été développé le concept de Nouvelle France qui permet de penser l’articulation de ces différentes dominations de 1958 à nos jours.

Nous comprenons dès lors difficilement qu’il nous reproche que notre concept « mêle une série d’éléments qui n’ont pas forcément de rapport évident les uns avec les autres » tant cette objection pourrait être adressée à son objectif déclaré. Pour nous, l’action politique ne saurait être dissociée du travail de réflexion sur le monde qu’elle entend transformer, c’est dans cette exigence que s’inscrit la Nouvelle France.

Sources:linsoumission.fr (Par Imane El Hamzaoui)

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vendredi 12 juin 2026

Victoire – La nationalisation d’ArcelorMittal adoptée à l’Assemblée nationale, le RN s’est abstenu

 ArcelorMittal. « Serons-nous une grande nation de l’acier vert ou bien un petit pays qui renonce à sa souveraineté industrielle ? », interrogeait ce matin Aurélie Trouvé à l’Assemblée nationale. La députée LFI était rapporteure de la proposition de loi défendant la nationalisation du sidérurgiste ArcelorMittal, adoptée à 16 h 30 ce jeudi 11 juin. Depuis des mois, les Insoumis se battent pour défendre ce fleuron de l’industrie française. En effet, la multinationale menace de délocaliser sa production, menaçant 15 000 emplois et jusqu’à 80 000 emplois indirects. De plus, le sidérurgiste refuse de mener les investissements nécessaires pour produire un acier vert. Lors de la dernière niche parlementaire en novembre 2025, le groupe LFI avait déjà fait voter l’Assemblée nationale en faveur de cette nationalisation.

Sans surprise, le Gouvernement traîne les pieds pour reprendre cette proposition de loi afin qu’elle puisse aboutir et être appliquée. Pas mieux du côté du Rassemblement national, qui s’est abstenu lors du vote en hémicycle ce jour. Défense de la souveraineté industrielle du pays, avez-vous dit ? Les insoumis, eux, font preuve d’un engagement constant dans la défense d’ArcelorMittal et de ses salariés. Ce 11 juin, le candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon, de nombreux députés et militants insoumis étaient présents aux côtés des salariés du sidérurgiste, rassemblés à proximité de l’Assemblée nationale pour demander d’urgence la nationalisation d’ArcelorMittal.

À l’occasion de l’adoption de cette proposition de loi et du rassemblement des ouvriers pour demander la nationalisation, L’insoumission republie dans ses colonnes une tribune dans laquelle Aurélie Trouvé la défendait avec brio.

« ArcelorMittal produit les deux tiers de l’acier français : que se passerait-il si l’industrie française et européenne devait importer tout ce métal ? » – Aurélie Trouvé

Du métal sans Mittal ! C’est la devise des travailleurs d’ArcelorMittal en France, qui se battent depuis des années pour sauver leur outil de travail, leurs 15.000 emplois et plus encore, la souveraineté industrielle du pays. ArcelorMittal produit les deux tiers de l’acier français, dont dépendent l’industrie automobile, la construction navale, aérospatiale, ferroviaire et nucléaire, du bâtiment… Que se passerait-il si l’industrie française et européenne devait importer tout ce métal ? La dépendance serait complète à l’égard de l’acier des pays tiers, qui pourraient organiser le marché à leur avantage, faire monter les prix en cas de tension, orchestrer des ruptures d’approvisionnement…

Produire l’acier dans notre pays est stratégique. L’Europe s’est construite sur cette idée : l’acier comme base de la sécurité et de l’indépendance. Les années 80 ont été cruelles pour la sidérurgie française, et la France laisse son outil dépérir depuis 40 ans.

Pour aller plus loin : Aditya Mittal : l’héritier d’une multinationale climaticide gavée d’argent public

 

Un acier vert plus compétitif

Mais depuis que le groupe Mittal a récupéré le groupe Arcelor en 2008, ArcelorMittal délocalise plus brutalement la production d’acier. La multinationale a délibérément laissé se dégrader les usines, pour investir massivement au Brésil, en Inde ou aux États-Unis. Un millier d’emplois ont encore été supprimés en France depuis un an. A Fos-sur-Mer, un seul des deux haut-fourneaux reste en marche. Les salariés sont exposés à la dangerosité d’installations vétustes et dangereuses : exposition à l’amiante, fuites de gaz, incendies récents sur des convoyeurs…

Les mois qui viennent sont absolument décisifs : soit la décarbonation des hauts fourneaux est enclenchée, soit la production d’acier est condamnée. Dans quatre ans, les nouvelles règles européennes sanctionneront lourdement l’acier produit à partir de charbon, responsable de 22 % des émissions industrielles de gaz à effet de serre en France. Dans quatre ans, sans décarbonation, ce ne sera plus rentable de produire de l’acier en France, selon les propos du PDG d’ArcelorMittal France lui-même. À l’inverse, l’acier vert, décarboné, sera bien plus compétitif que l’acier conçu avec du charbon, qui sera surtaxé.

ArcelorMitall balade tout le monde

Quatre ans : c’est justement le temps qu’il faut pour construire des fours électriques, produisant de l’acier vert. C’est donc maintenant qu’il faut investir ! Mais ArcelorMittal s’y refuse obstinément. L’Union européenne a pourtant annoncé le doublement de ses droits de douane, en réponse aux grands sidérurgistes. L’État a proposé une aide publique de 850 millions pour faciliter l’opération. Mais ArcelorMittal en demande toujours plus pour investir ne serait-ce que dans un seul four électrique, qui couvrira à peine 30 % de la production du seul site de Dunkerque !

La multinationale continue de balader tout le monde et se cherche des excuses : la concurrence chinoise, la chute des débouchés… Et tout le monde fait semblant d’oublier ses bénéfices mirifiques, qui ruissellent surtout vers les actionnaires et vers la famille Mittal (10 milliards en trois ans), de même que sa stratégie d’optimisation fiscale agressive qui lui permet d’éviter tout impôt sur les sociétés en France ces dernières années. Mystère également sur les aides publiques massives reçues (300 millions d’euros en 2023) dont on ne sait pas à quoi elles ont servi.

Nationaliser pour maintenir la souveraineté industrielle

Force est de constater qu’en dehors de la nationalisation d’ArcelorMittal, il n’y a aucune autre voie légale ou politique qui ne permette de garantir le maintien de l’emploi, de la souveraineté industrielle et des actifs stratégiques, ou encore la transition écologique. C’est d’ailleurs face à un tel constat que le Royaume-Uni ou l’Italie ont récemment procédé à des formes de nationalisations de leur sidérurgie. Sans compter les nombreux autres exemples en Allemagne ou dans les pays nordiques d’entreprises sidérurgiques qui associent puissance publique et salariés et qui investissent et maintiennent les emplois.

En 1982, la France elle-même avait nationalisé cette industrie : ce fut Usinor et Sacilor… privatisés en 1995 pour devenir ensuite ArcelorMittal ! Reste le coût de cette nationalisation. Mais la doxa de l’astreinte budgétaire ne tient pas dans ce cas : 3 milliards environ seraient nécessaires pour nationaliser l’ensemble des actifs français d’ArcelorMittal. Que sont ces 3 milliards à côté des coûts pour toute la société, de la perte de la production d’acier française et de 80.000 emplois perdus de façon directe ou indirecte ?

Et c’est sans comptabiliser les bénéfices qui grossissent aujourd’hui les comptes offshore des grands actionnaires et les recettes fiscales qu’ils généreraient. La reprise en main d’ArcelorMittal France fera de notre pays un leader mondial de l’acier vert. Bien plus que de grands-messes dédiées aux investisseurs, c’est de cette bifurcation écologique et sociale dont l’économie française a besoin.

Sources:linsoumission.fr     (Par Aurélie Trouvé)

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