''Il existe des conceptions vulgaires tout à fait suffisantes pour la vie pratique:elles doivent même être la nourriture des hommes.Elles ne suffisent cependant pas à l’intelligence''.
États-Unis. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red)
s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les
résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique
du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario
Red.
La nouvelle offensive impulsée par Donald
Trump contre Cuba répond, dans une large mesure, à des facteurs de
politique intérieure. Cela est assez clair. L’influence de Marco Rubio
et du lobby historique cubano-américain anticommuniste établi en
Floride, conjuguée à la nécessité pour le mouvement MAGA de mettre en
avant des succès militaires avant les prochaines élections législatives,
joue un rôle prépondérant. Cependant, réduire une éventuelle agression à
ces seules circonstances conjoncturelles reviendrait à ignorer des
éléments structurels bien plus profonds.
Après le kidnapping de Maduro, et le
blocus pétrolier décrété contre Cuba le 29 janvier 2026, le peuple
cubain subit une catastrophe humanitaire. La France, première puissance
caribéenne européenne, laisse faire en se pliant au trumpisme.
Le détroit de Floride au cœur des préoccupations
Aujourd’hui, le détroit de Floride occupe
une place de choix dans les calculs géopolitiques de Washington. Ce
passage maritime constitue l’une des deux principales issues naturelles
du golfe du Mexique, une étendue d’eau essentielle au fonctionnement de
l’économie américaine, car elle donne accès au canal de Panama et à
l’océan Atlantique pour de nombreux ports et villes d’importance
économique et énergétique majeure.
Les côtes du golfe du Mexique concentrent
environ la moitié de la capacité américaine de raffinage du pétrole et
de traitement du gaz naturel. La région joue également un rôle crucial
dans la production énergétique nationale et dans l’approvisionnement
alimentaire du pays. Une part significative du poisson consommé par la
population américaine provient de ces eaux, tandis que les plates-formes
maritimes installées dans le golfe génèrent des centaines de millions
de barils de pétrole chaque année. Garantir la « sécurité » — pour
elle-même, bien entendu — des routes de navigation qui relient cette
zone aux marchés internationaux constitue une priorité permanente pour
Washington. En réalité… il en a toujours été ainsi.
À cette dimension économique s’ajoute un
facteur énergétique supplémentaire. Les zones maritimes situées au large
des côtes cubaines pourraient receler d’importantes ressources encore
inexploitées. Diverses estimations font état de l’existence de milliards
de barils de pétrole et de réserves considérables de gaz naturel dans
ce que l’on appelle le bassin nord de Cuba.
Après le décret du blocus pétrolier du 26
janvier 2026, les États-Unis — et notamment les secteurs les plus
fanatisés du trumpisme MAGA — menacent concrètement Cuba. Depuis
plusieurs mois, Donald Trump multiplie les déclarations menaçantes
envers Cuba, qu’il considère comme « une menace extraordinaire ».
Et ce, même si Washington jouit déjà d’une pleine liberté de navigation
dans la zone et maintient une position prédominante dans le golfe du
Mexique. Dans une interview publiée début juin, le président cubain
Miguel Diaz-Canel estime que les États-Unis envisagent trois scénarios
contre Cuba : provoquer une explosion sociale par la pression
économique, prendre le contrôle de l’économie ou recourir à une
agression militaire.
La logique qui sous-tend la menace
américaine répond aussi à des considérations à long terme. Du point de
vue de nombreux stratèges américains, garantir la domination de la
région, dans le cadre du repli hémisphérique, servirait à empêcher que
de futurs acteurs « hostiles » puissent tirer parti de leur situation
géographique pour défier la primauté des États-Unis dans l’hémisphère
occidental.
Contrôler indirectement l’environnement
géopolitique cubain équivaudrait à s’assurer qu’aucun concurrent
stratégique (à savoir la Chine) ne puisse utiliser ce corridor maritime
pour exercer une pression sur l’économie américaine. Il s’agit d’une
logique préventive qui semble s’inspirer des expériences récentes dans
le détroit d’Ormuz et à Bab el-Mandeb.
Un intérêt séculaire pour l’impérialisme des États-Unis
Dès le XIXe siècle, alors que les
États-Unis commençaient leur expansion en tant que puissance
impérialiste, la présence d’empires européens rivaux dans l’Atlantique
occidental conditionnait profondément leurs préoccupations sécuritaires.
Parmi tous les territoires caribéens, Cuba se distinguait par sa
position exceptionnelle entre l’océan Atlantique et le golfe du Mexique,
à faible distance des côtes floridiennes.
L’acquisition de la Louisiane en 1803 a
donné aux États-Unis le contrôle d’un immense système fluvial articulé
autour des fleuves Mississippi, Missouri et Ohio. Grâce à ce réseau de
communications intérieures, le pays a réussi à intégrer économiquement
de vastes territoires et à faire de La Nouvelle-Orléans un centre
névralgique pour l’exportation agricole.
Cependant, le succès de ce modèle
économique dépendait du maintien de routes maritimes ouvertes et sûres.
Toute puissance capable d’influencer les accès au golfe du Mexique
pouvait affecter directement le commerce américain. Le détroit de
Floride, complété par le canal du Yucatán,
constituait la principale sortie vers les marchés internationaux pour
une grande partie de la production en provenance de l’intérieur des
États-Unis. Cette réalité géographique a conféré à Cuba une importance
stratégique extraordinaire.
Washington a toujours observé avec
préoccupation la possibilité qu’une puissance européenne utilise le
territoire cubain comme plateforme militaire. Bien que l’Empire espagnol
connût un déclin progressif qui limitait sa condition de « menace », la
crainte persistait parmi les intellectuels américains que la
Grande-Bretagne ou l’Allemagne ne profitent de la position géographique
de Cuba pour projeter une force navale sur la région ou bloquer le
trafic maritime américain.
« La France compte-t-elle prendre des mesures pour empêcher les
États-Unis d’Amérique de commettre le pire à Cuba ? » – Le député LFI
Rodrigo Arenas somme le gouvernement de condamner les menaces de Donald
Trump contre Cuba et son ancien dirigeant, Raúl Castro
Selon cette approche impériale d’hégémonie
continentale, Washington devait contrôler le canal du Yucatán, le
détroit de Floride et le canal de Panama.
La guerre hispano-américaine a permis
d’éliminer la dernière présence impériale européenne significative aux
abords du golfe du Mexique et de consolider l’influence américaine sur
les corridors maritimes régionaux. Depuis lors, et jusqu’à la révolution
socialiste, la souveraineté cubaine est restée conditionnée par une
relation profondément asymétrique avec son voisin du nord, obsédé par la
maîtrise du passage vers le golfe du Mexique.
Bien que la fin de la Guerre froide,
associée à la victoire américaine, ait réduit la perception de la menace
liée à Cuba, l’inquiétude de certains secteurs politiques et militaires
face à l’existence d’un État souverain, socialiste et
anti-impérialiste, situé dans un enclos géographique aussi sensible pour
la Maison-Blanche, n’a jamais complètement disparu. Au-delà des
facteurs politiques et conjoncturels, la nouvelle campagne impérialiste
contre Cuba exprime, au moins en partie, une continuité historique dans
la politique étrangère américaine, marquée par le désir de préserver sa
prédominance sur un espace maritime considéré comme essentiel pour ses
intérêts stratégiques.
La crise de la justice n’est pas un
accident de l’histoire récente : elle est le produit de quarante années
de gestion managériale d’un service public régalien. Les drames qui
l’illustrent ne sont pas des anomalies, ils sont le symptôme d’une
doctrine à bout de souffle. La justice doit être le pilier de cette
nouvelle France que nous voulons bâtir, pour assurer l’effectivité des
droits, le rétablissement de la dignité des travailleurs et la lutte
acharnée contre les inégalités.
Retrouvez la tribune du député LFI Ugo Bernalicis, spécialiste des questions de justice au sein du mouvement insoumis.
I. Une agonie systémique, que les drames viennent rappeler avec une cruelle régularité
La crise de la justice n’est pas nouvelle,
et malgré les efforts de communication de la macronie, elle n’est pas
réparée. Au terme mal choisi de « clochardisation » de la justice, je
préfère celui d’un service public à l’agonie. Cela fait des années que
j’appelle, avec mon groupe parlementaire, à rompre avec la gestion
managériale de la justice (new public management) pour reconstruire un
service de proximité et d’égalité. La sociologue Cécile Vigour a montré,
dès le milieu des années 2000, comment cette « gestionnarisation » de
l’institution judiciaire avait progressivement substitué aux critères de
qualité du jugement des indicateurs de productivité, de délais et de
taux d’écoulement des stocks, redéfinissant en profondeur le métier même
de juger.
Voilà l’impasse où nous mènent les
politiques conduites depuis des décennies. La politique du flux est à
son paroxysme et démontre, chaque jour davantage, l’échec de cette
doctrine. On ne peut traiter la justice comme un débit à écouler : la
dégradation des droits au nom de la cadence, ce sont autant de dossiers
mal traités, autant de vies suspendues à une procédure expédiée.
Cette agonie est systémique, et elle
s’illustre malheureusement par des drames qui n’ont rien d’anodin et qui
se répètent. Je pense à l’appel de plus de 3 000 magistrats, rejoint
par plus de 6 000 professionnels et greffiers publié dans Le Monde le 23
novembre 2021, après le suicide de Charlotte, jeune juge de 29 ans dans
le Nord, épuisée par des injonctions permanentes de rendement. Je pense
à ce greffier de 28 ans du tribunal judiciaire de Mamoudzou qui, en
mars 2022, a tenté de mettre fin à ses jours en laissant une lettre
dénonçant le manque de moyens humains, l’absence d’accompagnement et
l’isolement professionnel imposés par l’institution. Ce mal n’est pas
nouveau : il a toujours été illustré par des drames comme celui du 16
septembre 2010, où Philippe Tran-Van, juge d’instruction à Pontoise,
épuisé professionnellement et écrasé par une charge de travail qu’il ne
pouvait plus assumer, a mis fin à ses jours sur les rails d’une gare du
Val-d’Oise.
Les chercheurs Christian Mouhanna et
Benoît Bastard, du Centre de recherches sociologiques sur le droit et
les institutions pénales (CNRS), ont documenté de longue date ce
désenchantement professionnel : confrontés à des injonctions
contradictoires de productivité et de qualité, beaucoup de magistrats se
rallient par défaut à la logique managériale faute d’alternative
crédible qui leur soit proposée, ce qui n’éteint en rien la souffrance
que cette adhésion forcée engendre.
Ces drames montrent l’étendue d’une crise
profonde et, surtout, l’impasse de la trajectoire politique suivie
depuis trop longtemps. Une justice maltraitante est une justice qui
maltraite, et je sais que ces drames se répercutent aussi sur les
justiciables. Les affaires où des proches de victimes ou des mis en
cause dénoncent un traitement judiciaire défaillant se multiplient, et
celles d’aujourd’hui ne sont, hélas, pas les dernières.
Entre renoncement aux droits faute d’accès
effectif à la justice et procédures expédiées, que dit la République à
ses citoyennes et à ses citoyens ? Les réponses de surenchère pénale,
poussant à l’automaticité des peines et à la répression systématique, ne
font qu’accélérer la dégradation continue du service public, car ces
propositions portent en elles-mêmes le mal qu’elles prétendent combattre
: priorisation à outrance, procédure indigente, professionnels plus
sous pression encore. Quand tout est prioritaire, rien n’est
prioritaire, et ce sont les usagers du service public, comme les
professionnels saturés d’injonctions contradictoires, qui en paient le
prix.
Ce qui se joue à chaque étape de la chaîne
pénale conduit à des drames : pour les victimes qu’on ne cherche pas à
accompagner mais que l’on pousse vers le renoncement ; pour les
magistrats rendus responsables de chaque dysfonctionnement ; pour les
fonctionnaires de greffe dont les conditions de travail se dégradent
pour répondre à des injonctions contradictoires d’accompagnement et de
célérité ; pour les avocats sommés de défendre sans jamais être
eux-mêmes mis en cause. Ces solutions nous enferment dans l’impasse où
nous sommes. Elles ont vocation à nous détourner des problèmes de fond
et participent elles-mêmes du problème.
Michel Foucault l’avait montré il y a un
demi-siècle : la logique punitive ne se contente jamais de répondre à un
fait, elle organise une discipline qui se diffuse et se durcit
d’elle-même. Les sociologues Loïc Wacquant et Didier Fassin ont, chacun à
leur manière, prolongé cette intuition en montrant comment le tournant
punitif contemporain vient précisément combler, par la surenchère
pénale, les vides laissés par le retrait de l’État social, déplaçant sur
la justice pénale des problèmes que seules des politiques publiques de
prévention et d’accompagnement pourraient résoudre. Le pénal devient le
hochet des populistes pénaux de notre temps, mais je vous invite à
regarder l’état de la justice civile, qui représente l’écrasante
majorité de l’activité judiciaire. Cela ne fait pas frémir les médias,
et pourtant c’est une dégradation considérable qui en dit long sur
l’état de notre République : autant de renoncements au droit,
d’injustices non traitées, de violences sociales renforcées. Je suis
alerté depuis longtemps sur les délais devant les conseils de
prud’hommes, où la durée moyenne de traitement avoisine seize mois au
niveau national mais s’étire, dans certaines juridictions et lorsqu’un
juge départiteur doit intervenir, à deux, trois, voire quatre ans avant
un premier jugement, et davantage encore en cas d’appel. Sur les
procédures de tutelle sans moyens, sur les contentieux en responsabilité
civile qui s’éternisent, cette crise est boudée par les médias
sensationnalistes et par de nombreux responsables politiques. Pourtant
cette justice est le socle de l’idée d’égalité de notre devise. Elle
garantit notre vivre-ensemble et demeure le refuge de celles et ceux qui
ne se résignent pas.
« Quand on le proposait, personne n'était pour et aujourd'hui, tout le
monde soutient ! » – L'insoumis Ugo Bernalicis défend le rétablissement
d'une police proximité en France
« Nous sommes pour le rétablissement d'une police de proximité dans le pays. Elle a été supprimée… pic.twitter.com/hleod5cOrh
II. Sortir de l’agonie de la Justice en regardant en face la crise qu’elle traverse
Le budget de la justice française est
indigent, et les chiffres de la Commission européenne pour l’efficacité
de la justice (CEPEJ) le confirment sans ambiguïté dans son rapport
d’évaluation 2024. La France consacre 77,2 euros par habitant à son
système judiciaire, sous la moyenne européenne, qui s’élève à 85,4
euros, et loin derrière l’Allemagne, qui y investit 136,1 euros par
habitant. En proportion du PIB, la France plafonne à 0,2 %, contre 0,3 %
pour l’Allemagne ou l’Italie. Ce retard est ancien et structurel :
malgré la loi de programmation de novembre 2023 et les annonces de
hausses « historiques », le fossé avec nos voisins ne s’est pas refermé.
Sur les ressources humaines, le constat
est plus sévère encore. La France compte 11,3 juges professionnels pour
100 000 habitants, contre une médiane européenne de 17,6 et une moyenne
de 21,9. Pour les procureurs, l’écart devient abyssal : 3,2 pour 100 000
habitants en France, contre une médiane de 11,2 et une moyenne de 12,2
en Europe, un calcul réalisé à partir de ces données aboutit à
l’estimation qu’il manquerait plus de 5 700 procureurs pour que la
France atteigne simplement la moyenne du continent. Le fractionnement
des fonctions de juge s’accompagne d’une multiplication des statuts
précaires d’assistants de justice et de juristes assistants, pis-aller
qui masque sans la résoudre la pénurie de magistrats titulaires.
Le déficit de personnel des greffes
judiciaires suit la même pente : la France compte 37,3 personnels
non-juges pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 57,9.
Ce chiffre donne une traduction statistique exacte à la détresse
exprimée par le greffier de Mamoudzou : le manque ne touche pas
seulement les magistrats, il frappe l’ensemble de la chaîne judiciaire,
jusqu’aux experts judiciaires, psychologues et professionnels de la
médecine légale, dont la rareté allonge encore les délais d’instruction
et d’expertise. Le nombre d’avocats pour 100 000 habitants, 106,6 en
France, est lui aussi parmi les plus faibles d’Europe, loin derrière
l’Allemagne (195), l’Espagne (308), le Royaume-Uni (338) ou l’Italie
(398,7).
La réalité a toujours été que les marges
de manœuvre budgétaires sont grevées par la construction et l’entretien
des prisons : puits sans fond du point de vue budgétaire, et
illustration même de l’impasse du tout-carcéral. Le gouvernement promet 1
500 magistrats supplémentaires sur le quinquennat, des miettes au
regard des besoins réels, quand certains territoires d’outre-mer, comme
La Réunion, supportent une charge de travail par magistrat jusqu’à huit
fois supérieure à celle constatée dans l’Hexagone.
J’oserai même dire que les communications
triomphalistes annonçant une justice « réparée » ont sonné le glas de
toute prise de conscience profonde. Après les États généraux de la
justice, le gouvernement a officiellement refermé la « phase de
réparation » pour ouvrir celle de la « modernisation » et de la «
restauration de la confiance », comme si l’urgence était derrière nous.
Ce discours infantilise les professionnels de la justice, qui vivent
chaque jour la dégradation et l’humiliation, et qui se voient sommés,
sinon de se taire, du moins d’intégrer la pérennité de la défaillance
comme un horizon normal.
Face aux drames actuels, ministres et
responsables politiques, désemparés, poursuivent la fuite en avant :
toujours plus de pénal, toujours plus de sévérité. Le concours Lépine
des mesures pénales ressurgit avec les mêmes lieux communs et
propositions éculées : déterminisme de la peine, fonctionnarisation des
juges, peines plancher, abolition des aménagements de peine,
imprescriptibilité et hiérarchisation sordide des crimes, renforcement
des peines de sûreté, voire rétablissement ciblé de la peine de mort.
Ces solutions ne sont pas nouvelles : elles illustrent ce que l’on
appelle l’effet cliquet, cette progression graduelle et sans
discontinuité qui conduit précisément là où nous sommes, une agonie
toujours plus profonde, qui craque de toutes parts. Nous sommes de plus
en plus seuls à pointer la surpopulation pénale dans son ensemble et
l’inconséquence de la dégradation continue des conditions procédurales
de notre droit pénal, notamment au travers de l’embolie des comparutions
immédiates.
III. La Justice remplit une fonction sociale singulière et nécessite des mesures à la hauteur
Que proposer face à cette agonie ? Plus de
budget, plus de magistrats, plus de fonctionnaires : c’est sans
conteste une nécessité, mais c’est surtout le « pour quoi faire » qu’il
faut investir.
À mes yeux, il y a un continuum de service
public à rétablir : il faut réinvestir l’ensemble des services publics
que le libéralisme a méthodiquement démantelés. La justice n’est pas
seule, et ceux qui, comme moi, défendons le caractère singulier de la
justice dans notre modèle républicain, non pas une simple autorité, mais
un pouvoir constitué, devons réinvestir massivement dans tous les
services publics, pour dire aux professionnels de la justice qu’ils ne
sont pas la dernière roue du carrosse, appelés à intervenir seulement
quand tous les autres dispositifs ont échoué à permettre l’émancipation
d’une personne. C’est à cette condition que nous pourrons sortir de
cette agonie.
Mais ce caractère singulier mérite d’être
pleinement assumé, car la justice n’est pas un service public comme les
autres. Quand un hôpital soigne ou qu’une école instruit,
l’administration agit ; quand un tribunal juge, c’est un pouvoir qui
s’exerce, au nom du peuple français, selon la formule consacrée de tout
jugement rendu dans notre pays. Notre Constitution elle-même hésite
encore à la nommer pleinement : elle ne parle pas de « pouvoir
judiciaire » mais d’« autorité judiciaire », signe d’une défiance
historique de l’exécutif à l’endroit d’un contre-pouvoir qu’il a
toujours cherché à tenir en lisière. Cette ambiguïté constitutionnelle
permet, depuis des décennies, qu’un parquet nommé et discipliné par la
Chancellerie continue de se présenter comme un acteur neutre de l’action
publique, et que les besoins des juridictions soient appréciés non par
les besoins des justiciables mais par les seules contraintes d’un
cadrage budgétaire annuel. La fonction sociale de la justice est
pourtant unique parmi les services publics : elle a vocation à pacifier
les rapports sociaux quand le lien social se défait, elle protège le
faible contre l’arbitraire du fort, et elle est la seule institution
dont la légitimité républicaine repose entièrement sur sa capacité à
trancher en toute indépendance, y compris contre le pouvoir qui la
finance et la nomme. Vouloir la traiter comme une administration
gestionnaire ordinaire revient à nier cette fonction constitutionnelle,
et c’est précisément ce qui s’est produit avec l’irruption de la
nouvelle gestion publique dans les prétoires.
C’est pourquoi les mesures que je porte
avec mon groupe ne se limitent pas à un chiffrage budgétaire, si
nécessaire soit-il. J’ai eu l’honneur de présider, en 2019 et 2020, la
commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les obstacles à
l’indépendance du pouvoir judiciaire, dont les conclusions tracent une
feuille de route précise : aligner le mode de nomination des magistrats
du parquet sur celui des magistrats du siège, en soumettant leur
nomination à l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, et
harmoniser leur régime disciplinaire pour mettre fin à la subordination
hiérarchique du ministère public à la Chancellerie. Cette même
commission proposait de renforcer et de démocratiser la composition du
CSM pour en faire la pierre angulaire du service public de la justice,
une instance capable, à la manière d’une inspection générale
indépendante, de déterminer objectivement les besoins réels des
juridictions, plutôt que de laisser ce diagnostic aux seuls arbitrages
de Bercy ou plus exactement de Beauvau. Nous portons également la
consécration du principe de collégialité des formations de jugement,
trop souvent sacrifié sur l’autel de la productivité, ainsi qu’une
participation directe des citoyennes et des citoyens au fonctionnement
de l’institution, par des conseils de juridiction et un jury populaire
élargi : la légitimité démocratique de la justice ne se construit pas
seulement par son indépendance, mais aussi par la présence du peuple en
son sein.
Sur le terrain budgétaire, je demande
depuis plusieurs législatures un budget de la justice enfin lisible et
transparent, avec un budget opérationnel de programme établi cour
d’appel par cour d’appel et une véritable comptabilité analytique
permettant de connaître le coût réel de chaque politique judiciaire,
faute de quoi le débat parlementaire sur les moyens de la justice reste
un débat à l’aveugle. Et lorsque le Gouvernement se félicite d’avoir
atteint son « effectif cible » de magistrats, je pose la même question
qu’en commission des lois il y a plusieurs années : cet effectif cible
est-il seulement l’effectif idéal, ou la simple habileté d’une
communication qui maquille l’insuffisance structurelle des moyens ?
C’est sur la qualité de la justice que
nous devons porter notre attention : le service public doit apporter une
réponse à chaque justiciable, et pour cela il ne suffit pas qu’il
dispose des moyens, il doit aussi avoir le souci constant de rendre la
justice, et non de gérer un flux. Cela suppose de rompre frontalement
avec la doctrine gestionnaire, de revaloriser les métiers de greffe et
les fonctions support, de recruter à la hauteur des standards européens
en magistrats, procureurs, experts et personnels de greffe, et de cesser
de faire de la prison la variable d’ajustement budgétaire de la chaîne
pénale. Cela suppose également de sortir le contentieux civil,
prud’hommes, tutelles, responsabilité civile, de l’invisibilité
médiatique où il est maintenu, alors qu’il concentre, je le rappelle,
l’écrasante majorité de l’activité judiciaire totale et l’essentiel des
injustices vécues au quotidien par les classes populaires.
Cette reconstruction ne peut être pensée
isolément : elle s’inscrit dans un même mouvement de refondation de nos
institutions. Je crois, comme beaucoup dans ce pays, qu’il n’y aura pas
de transformation sociale durable sans une refondation démocratique des
institutions qui exercent un pouvoir au nom du peuple, et la justice en
est la première. Passer à une nouvelle République, ce sera aussi se
donner une justice digne de ce nom : indépendante de l’exécutif comme
des puissances économiques, démocratisée dans sa gouvernance, dotée des
moyens humains et budgétaires que ses missions exigent. La justice doit
être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir, pour
assurer l’effectivité des droits, le rétablissement de la dignité des
travailleurs et la lutte acharnée contre les inégalités.
C’est une nouvelle qui ne va pas arranger
l’état de panique de ses adversaires. Un baromètre de popularité IFOP
publié cette semaine montre que les ouvriers plébiscitent à 59 %
Jean-Luc Mélenchon, juste derrière Dominique de Villepin. En outre, le
leader insoumis est confirmé comme personnalité la plus réellement
soutenue hors de l’extrême droite, comme Cluster 17 le montrait
récemment.
Le leader insoumis se révèle aussi être le
candidat des jeunes et des travailleurs. Il est en effet deux fois plus
populaire chez les jeunes que Jordan Bardella. Il est la personnalité
avec le plus de bonnes opinions chez les moins de 35 ans. Il est aussi
le candidat préféré des professions intermédiaires – la classe moyenne –
avec 49 % de bonnes opinions. Et il se trouve aussi devant Bardella et
Le Pen chez les personnes non diplômées.
Jordan Bardella, désormais surnommé
« Jordan de Monaco » par ses propres électeurs, en prend donc pour son
grade dans ce dernier baromètre. Les jeunesses du pays n’ont visiblement
pas apprécié son goût des yachts, de la principauté de Monaco et des
dîners somptueux avec les grands patrons, dont Patrick Pouyanné et ses
10 millions d’euros de revenus annuels.
« Vous avez déjà oublié 2024 ? 27 sondages sur 27 donnaient le RN
largement gagnants, nous les avons battu ! » – Manuel Bompard recadre
méthodiquement le plateau de BFMTV
« Nous pouvons le refaire, Jean-Luc Mélenchon a déjà rassemblé près de 315 000 parrainages citoyens,… pic.twitter.com/tPR3eL0aYZ
C’est un coup dur pour le parti fondé par
des Waffen SS, et ses cadres, qui constatent la perte massive
d’électeurs et de sympathisants liée aux dernières révélations sur leur
jeune champion. Au RN, le malaise est total. La réponse de Jordan de
Monaco à BFMTV à propos de la marche blanche pour Lyhanna a choqué. « Des marches blanches, il y en a tous les jours », avait déclaré le jeune fasciste avec dédain. « Ça ne va pas du tout comme réponse, c’est une grave erreur », a soufflé un responsable lepéniste.
Pendant que le RN prend l’eau, Jean-Luc
Mélenchon confirme sa puissante dynamique que même les sondages et ce
baromètre peinent à dissimuler, malgré une sous-estimation constante du
leader insoumis. 26 000 personnes se sont rendues à son meeting du dimanche 7 juin à Saint-Denis.
SMIC à 1700 euros net, désarmement des fonds prédateurs, sécurité
sociale intégrale, retraite à 60 ans, 6e République, restructuration des
régions autour des grands bassins versants des fleuves, le leader
insoumis a détaillé de nombreuses propositions pour construire une
nouvelle société, collectiviste, gouvernant par les besoins et non plus
le capital.
Ce lundi 15 juin, Aurélie Trouvé a fait le
bilan de sa commission d’enquête parlementaire sur les fonds
prédateurs. Après plusieurs mois d’auditions et d’investigations, cette
dernière a permis de mettre en lumière un phénomène encore peu connu du
grand public : la place grandissante et néfaste des fonds
d’investissement dans l’économie française et leurs conséquences sur
l’emploi, l’industrie et la souveraineté économique du pays. En conférence de presse,
la députée insoumise Aurélie Trouvé a livré 40 propositions pour les
désarmer et ainsi sauver les entreprises tombées sous leurs coupes, avec
la complicité des gouvernements macronistes. Notre article.
Un travail parlementaire inédit, des conclusions édifiantes
L’adoption à l’unanimité de ce rapport
d’enquête parlementaire constitue l’aboutissement d’un travail
parlementaire inédit. Jusqu’à présent, aucune commission d’enquête ne
s’était penchée de manière aussi approfondie sur les mécanismes de la
financiarisation de l’économie française, sur les méthodes employées par
certains fonds d’investissement et sur leurs effets concrets pour les
salariés et les territoires.
Au fil des auditions, un constat s’est progressivement imposé. Une part importante de l’appareil productif français est désormais contrôlée par des fonds financiers. France Invest revendique d’ailleurs pas moins de 2,5 millions d’emplois sous gestion de fonds en France.
Une présence qui dépasse largement le cadre de l’industrie
traditionnelle, faisant de la France le territoire européen le plus
exposé à ces stratégies avec 25 % des montants investis sur le continent.
Sidérurgie, automobile, aéronautique,
chimie, numérique, santé, laboratoires médicaux, maisons de retraite ou
encore crèches privées : les fonds sont désormais présents dans de
nombreux secteurs stratégiques de l’économie française. Parmi
les entreprises évoquées durant les auditions figurent notamment
Novasco, Valdunes, Polytechnyl, Walor, Latécoère, Atos, Ingenico,
Biogaran ou encore Seqens.
L’un des principaux apports de la
commission aura été de rendre accessibles au grand public des mécanismes
financiers souvent complexes. Au cœur de nombreuses opérations figure le LBO, pour « leveraged buy-out », ou rachat avec effet de levier. Ce montage consiste pour un fonds à acquérir une entreprise en recourant massivement à l’endettement.
Dans la pratique, la dette contractée pour financer le rachat est fréquemment transférée à l’entreprise acquise. Celle-ci doit alors rembourser les emprunts qui ont servi à son propre achat.
Une entreprise peut ainsi se retrouver lourdement endettée non parce
qu’elle a investi dans de nouveaux équipements ou développé son
activité, mais simplement parce qu’elle a été achetée par un fonds
d’investissement.
Pour mesurer l’ampleur des risques, la
commission s’est appuyée sur une étude choc de la Banque de France
publiée en octobre 2025. Le constat est sans appel : un an après un LBO,
une entreprise cible voit son taux d’endettement bancaire bondir de 35 %
en moyenne.
Plus alarmant encore, sa probabilité de
défaut de paiement estimée par les banques grimpe de 44 %, tandis que
son risque de faillite pure et simple augmente de 18 %. Le phénomène est
aggravé par les « LBO successifs » (la revente d’un fonds à un autre),
qui représentent désormais plus de 50 % des sorties de LBO en Europe. Le
rapport cite l’impasse de Cerba Healthcare, un géant des laboratoires
médicaux soumis à son sixième LBO consécutif et aujourd’hui écrasé par
une dette de 4,9 milliards d’euros.
Ce mécanisme permet aux fonds de mobiliser
relativement peu de capitaux propres tout en prenant le contrôle
d’entreprises parfois importantes. En contrepartie, les sociétés rachetées se retrouvent soumises à une forte pression financière.
Les auditions ont mis en évidence plusieurs pratiques récurrentes :
versement de dividendes élevés, prélèvements sur la trésorerie,
facturation de frais de conseil, ventes d’actifs immobiliers,
restructurations ou suppressions d’emplois.
« Les fonds prédateurs constituent une raison majeure des défaillances
d'entreprise et de la multiplication des plans de licenciement.
Leur
but : enrichir toujours plus les financiers. Ces fonds prospèrent grâce
à la quasi-absence de règles. Ils agissent dans le Far West… pic.twitter.com/KNmJeYZfw4
D’autres dossiers ont illustré les conséquences de ces stratégies financières.
L’entreprise Novasco, spécialisée dans l’acier bas carbone, avait été
reprise en 2024 par le fonds britannique Greybull Capital. Des investissements importants avaient alors été promis afin de moderniser les installations et de sécuriser l’activité.
Quelques mois plus tard, le fonds n’avait apporté que 1,5 million
d’euros sur les 90 millions promis, tandis que l’État injectait 85
millions d’aides publiques. Face à ce fiasco, plusieurs sites
ont été liquidés fin 2025 et l’État a officiellement assigné Greybull
en justice en janvier 2026 pour non-respect de ses engagements.
Le rapport pointe un autre exemple d’extraction méthodique de valeur : la holding industrielle allemande Mutares.
Qualifiée par certains de « liquidateur en série », la structure
applique une mécanique implacable de remontées de trésorerie agressives
via des frais de conseil disproportionnés et des ventes d’actifs
immobiliers (sale-and-lease-back). Le bilan comptable est
édifiant : sur 21 entreprises sorties du portefeuille français de
Mutares, 16 ont fini devant le tribunal de commerce, pendant que la
holding affichait un bénéfice net de 130,4 millions d’euros en 2025.
Au-delà de ces cas particuliers, les auditions ont mis en évidence des conséquences économiques plus larges.
Lorsqu’une entreprise est pilotée avant tout selon des objectifs de
rentabilité financière à court terme, les investissements industriels
peuvent être réduits, les effectifs diminués et les capacités de
production affaiblies. À terme, ce sont parfois des savoir-faire industriels entiers qui disparaissent.
Ces enjeux dépassent la seule question de
l’emploi. Le rapport révèle avec force que le secteur de la santé et du
grand âge est devenu la cible privilégiée des fonds, attirés par des
revenus socialisés par la collectivité. Selon les données de l’IGAS
(Inspection générale des affaires sociales) et de l’IGF (Inspection
générale des finances), le capital-investissement a injecté plus de 4
milliards d’euros de fonds propres dans l’offre de soins entre 2020 et
2024. Le taux d’endettement brut de la santé a ainsi atteint le niveau
critique de 138 % en 2023, contre 88 % pour le reste de l’économie.
La financiarisation transforme les
cabinets de radiologie, les cliniques privées (Ramsay, Almaviva) et les
laboratoires de biologie médicale. Même la santé animale est touchée :
la part des vétérinaires exerçant dans des structures détenues par des
fonds est passée de 2 % en 2019 à environ 35 % en 2026.
Plusieurs entreprises concernées interviennent dans des secteurs stratégiques pour la France.
Atos joue un rôle important dans certaines infrastructures numériques
sensibles mais est passé fin 2024 sous le contrôle de trois hedge funds
anglo-saxons à la suite d’une restructuration financière. Biogaran représente une part significative de la production nationale de médicaments génériques. D’autres entreprises opèrent dans la métallurgie, la chimie ou des activités essentielles à la transition écologique.
La commission s’est donc également intéressée aux questions de souveraineté industrielle.
Comment garantir la maîtrise collective de secteurs stratégiques
lorsque les décisions sont prises en fonction d’objectifs financiers de
court terme ? Comment préserver les capacités productives du pays face à
des stratégies dont l’horizon est souvent limité à quelques années ?
Bpifrance et la haute administration sur la sellette
Les travaux ont également porté sur le
rôle des pouvoirs publics. Plusieurs auditions ont interrogé les choix
effectués par l’État dans le suivi de certaines restructurations
industrielles. La question de Bpifrance a notamment été évoquée. Le
rapport dresse un véritable réquisitoire contre la gestion de la banque
publique, qu’il qualifie de « banque privée d’investissement ».
Menée par Nicolas Dufourcq, l’institution
est accusée de se comporter en investisseur financier classique à la
recherche d’un rendement à 12 %. En 2025, sur 4,8 milliards d’euros
investis en capital, Bpifrance a injecté 1,7 milliard d’euros dans
l’activité « fonds de fonds » pour alimenter des structures privées,
sans aucun contrôle sur leurs pratiques sociales ou fiscales. À
l’inverse, elle n’a alloué qu’un montant dérisoire de 193,7 millions
d’euros cumulés depuis 2016 au soutien direct des entreprises en
difficulté, laissant le champ libre aux fonds vautours.
Les parlementaires se sont aussi
intéressés aux liens existants entre le monde de la finance, la haute
administration et certaines grandes entreprises. Plusieurs auditions ont
mis en lumière les nombreuses passerelles entre ces différents univers,
alimentant le débat sur l’influence croissante des acteurs financiers
dans les décisions économiques, le rapport pointant notamment un
mouvement de « pantouflage » accéléré de directeurs du Trésor ou
d’anciens ministres vers les fonds d’investissement.
« Bruno Le Maire a dit que les insoumis étaient des menteurs et des
coupeurs de tête. Il s’est comporté avec un mépris de classe
hallucinant, contre la représentation nationale.
C'est tout ce qu'il a trouvé à dire lorsque je l'ai interrogé sur les fonds prédateurs qui pillent… pic.twitter.com/iblQ5DLuuZ
L’enquête s’est enfin élargie à un phénomène plus global : le développement de la « finance de l’ombre », ou shadow banking.
Depuis la crise financière de 2008, une partie croissante du
financement de l’économie mondiale est assurée par des acteurs non
bancaires tels que les fonds d’investissement ou les fonds de dette. Ces structures sont souvent moins régulées que les banques traditionnelles.
Le marché du crédit privé illustre particulièrement cette évolution. Des fonds accordent désormais directement des prêts à des entreprises, parfois déjà fortement endettées.
Ce secteur connaît une croissance rapide à l’échelle mondiale et
suscite des inquiétudes croissantes parmi les économistes et les
autorités financières. Plusieurs responsables du secteur ont
récemment alerté sur les risques associés à ces nouveaux modes de
financement en cas de ralentissement économique ou de hausse des défauts
de paiement.
La commission dénonce notamment le
naufrage boursier et le caractère « ravageur » des financements par
OCABSA (obligations convertibles en actions avec bons de souscription
d’actions), des outils dilutifs utilisés pour financer des structures à
la dérive. Une étude de l’AMF prouve que 83 % des entreprises
utilisant ce mécanisme subissent un effondrement de leur cours de
bourse, avec une chute moyenne de 72 %.
« Ces fonds prédateurs prospèrent sur les failles et les complaisances
de l'État. Tout un système a été mis en place sous Emmanuel Macron, même
depuis 2014, alors qu'il était ministre de l'Économie.
40 recommandations avancées pour reprendre le contrôle sur ces fonds
La suppression de la déductibilité fiscale des charges financières
liées à la dette d’acquisition des LBO, assimilée à une subvention
publique au pillage.
L’interdiction pure et simple des financements par OCABSA.
Le renforcement du contrôle des investissements étrangers (IEF) avec
l’extension du filtrage à la sidérurgie, la métallurgie et la chimie.
La nationalisation des activités stratégiques d’Atos (cybersécurité et systèmes de missions critiques).
La refonte totale de la doctrine de Bpifrance pour la transformer en banque publique démocratique du besoin industriel.
L’adoption du rapport le 9 juin marque une étape importante.
Au-delà des clivages politiques, elle reconnaît l’intérêt d’un travail
qui a permis de documenter des mécanismes souvent peu visibles mais dont
les conséquences sont bien réelles pour les salariés, les territoires
et l’avenir industriel du pays.
Alors que les États généraux des
entreprises pillées par les fonds prédateurs se tiendront le 16 juin à
l’Assemblée nationale, les révélations d’Aurélie Trouvé devraient
continuer d’alimenter le débat sur la place de la finance dans
l’économie française. Une question devenue centrale au moment
où se multiplient les interrogations sur la réindustrialisation,
l’emploi et la souveraineté économique.
Ces derniers mois, la Nouvelle France a
suscité de vives controverses nourries par des lectures aussi lacunaires
que fallacieuses du concept insoumis. Certains l’accusent de récuser
une France qu’ils seraient bien en peine de définir, d’autres lui
reprochent de fracturer le corps social selon des lignes ethniques, et
tous s’accordent à la draper de racialisme pour la discréditer.
Dans cette cacophonie médiatique, nous accueillons donc avec intérêt l’article de Vincent Bollenot qui
a le mérite de soustraire le débat des anathèmes grotesques et
outranciers pour le déplacer vers le terrain de la discussion raisonnée.
Pour autant, cet article n’est pas exempt de contresens et il repose à
bien des égards sur des prémisses discutables. Ainsi nous reproche-t-il
de ne pas « prendre au sérieux la dimension impériale de France », ce
qui, selon l’auteur, permettrait de « relativiser la nouveauté que
représenterait la présence de populations racisées ». Mais encore
faut-il s’assurer que la comparaison soit opérée sous un angle
pertinent.
C’est à cette question, et aux autres critiques soulevées dans l’article, que ce texte entend répondre. Un article initialement publié dans la revue Contretemps.
La Nouvelle France n’est pas qu’une affaire de chiffres, elle est aussi perception de soi
Comme le précise Vincent Bollenot, les
indigènes des colonies étaient pour la plupart des « sujets ». Rattachés
à l’État français par la nationalité, ils étaient dépourvus des droits
politiques et civils dont jouit le citoyen. Ce statut d’exception,
consacré par le sénatus-consulte de 1865, proclamait une inégalité de
droit et de fait : inégalité politique par l’exclusion du suffrage et le
déni de la plupart des droits politiques, inégalité fiscale par
l’assujettissement des indigènes à des impôts spéciaux tels que l’impôt
de « capitation » ou encore inégalité juridique par la promulgation, en
1881, du régime de l’indigénat qui instituait des « infractions
spéciales » aux indigènes[1].
S’affranchir de la condition subalterne de
sujet supposait un processus de naturalisation qui ne pouvait aboutir
qu’au prix du renoncement au « statut personnel », soit le reniement de
la communauté d’origine. Mais cet arrachement aussi coûteux fut-il, ne
suffisait pas à garantir l’accès à la citoyenneté, il s’en fallait de
loin.
En Algérie, exemple paradigmatique car
c’est en son sein que nombre de politiques coloniales ont été conçues
avant d’être étendues au reste de l’empire, on n’a compté que six mille
naturalisations d’« indigènes » musulmans pendant toute la période
coloniale. Si la nationalité était la norme, la citoyenneté était une
faveur qui rétribuait quelques « serviteurs de la France ».
Le profil de ces rares admis dans la
communauté des citoyens de plein droit est révélateur de la fonction
politique de ce dispositif. Il s’agissait en majorité de militaires à la
loyauté éprouvée sur le champ de bataille, et d’instituteurs
récompensés pour avoir répandu « la civilisation française dans les
campagnes algériennes »[2]. En somme, l’accès à la citoyenneté
nécessitait de participer à l’oblitération de la société précoloniale,
que ce soit par le sang versé ou l’acculturation forcée.
La comparaison de la Nouvelle France avec
la période coloniale nous paraît tout aussi surprenante que mal posée en
ce qu’elle risque, à son insu, de reconduire le cadre discursif
colonial. Car on ne saurait reconnaître dans la nationalité accordée aux
indigènes autre chose que le sceau de la sujétion forcée à une
puissance étrangère qui pille, violente, spolie, viole, massacre et se
prévaut de la force de la légalité et du droit.
Mobiliser la « francité coloniale » comme
analogue à la citoyenneté actuelle avalise involontairement la fiction
juridique coloniale qui se drape des atours de la mission civilisatrice
et travestit la violence en générosité. Cela occulte le fait que la
revendication de pleine citoyenneté posée par le discours de la Nouvelle
France est précisément le contraire du discours colonial puisqu’il
porte sur la demande d’égalité prononcée depuis les groupes dominés.
Il ne s’agit pour nous ni de passer sous
silence les ruptures et continuités entre ces deux périodes historiques
ni d’estomper l’écart entre l’égalité formelle et l’égalité effective.
Mais la rigueur intellectuelle, nécessaire à l’action politique, exige
de ne pas escamoter hâtivement leurs différences juridiques et
politiques au risque de manquer sa cible. Toutefois, là n’est pas encore
le cœur de l’erreur d’analyse de Vincent Bollenot.
Si nous prenons au sérieux l’histoire
impériale de la France comme nous y invite l’auteur, il convient
d’accorder autant d’importance au sujet collectif que constituaient les
colonisés hier qu’à celui que constituent les Français racisés
aujourd’hui. Or, c’est précisément ce que Bollenot a omis dans son
analyse. À ne raisonner qu’en termes de structures et de régimes de
domination, on efface les sujets politiques qui les subissent, et qui
demeurent pourtant la force motrice de l’histoire.
Si l’on reprend l’exemple des
naturalisations en Algérie, l’élément saillant tient en réalité bien
moins à la rareté des admissions qu’à celle, plus marquée encore, des
demandes. De 1870 à 1919, seuls quelques 2000 Algériens musulmans ont
entrepris la démarche car, sous le joug colonial, la naturalisation
valait trahison. Pour reprendre les mots du sociologue Abdelmalek Sayad,
c’était « une sorte d’acte “contre nature” (socialement et
politiquement) » qui « équivalait à se désolidariser de la condition de
colonisé »[3]. Et pour cause, le colonisé algérien ne voulait pas se
fondre dans le corps national de l’Empire qui le dominait, il n’aspirait
qu’à sa libération nationale et au départ du colon de ses terres.
C’est là que se loge le clivage le plus
irréductible entre la condition des colonisés, citoyens ou non, et
l’expérience des Français racisés. Ces derniers sont français dans leur
citoyenneté comme dans leur conscience, ils ne revendiquent d’autre
horizon que la reconnaissance sans réserve de ce qu’ils sont déjà, et
réclament que les principes républicains qui ont tant failli à l’égard
de leurs grands-parents cessent enfin de leur faire défaut. Il n’est, à
cet égard, pas anodin que 95 % des descendants d’immigrés déclarent se
sentir chez eux en France, soit 2 points de plus que les personnes sans
ascendance migratoire[4].
En somme, la nouveauté réside aussi dans
les modes de subjectivation que la différence d’expérience produit : la
conscience de soi des colonisés se constitue à l’extérieur et en
opposition à la France, tandis que celle des Français racisés se forge
dans la revendication d’une égalité réelle au sein de la communauté
politique française. Qui a participé à la marche contre l’islamophobie
de 2019 ou aux manifestations contre les violences policières en 2020 et
y a vu le nombre de drapeaux français, comprendra bien que la
revendication nationale est devenue un mode de politisation de
l’antiracisme pour soi.
Nouvelle France, nouveau roman national ?
Nos détracteurs ont souvent soutenu que la
Nouvelle France était « un roman national » dressé en miroir de celui
de l’extrême droite. Le procédé est connu : il vise à nous enfermer dans
un narratif ethniciste ou alors nationaliste et imprégné de nostalgie
coloniale et, ce faisant, disqualifier le concept insoumis[5]. Rappelons
de prime abord que la Nouvelle France ne porte pas uniquement sur le
fait migratoire. Elle décrit les grands bouleversements qu’a connus le
pays depuis 1958, année d’instauration de la Vᵉ République[6].
Par ailleurs, la nouveauté de ces
mutations tient souvent moins à leur apparition qu’à leur massification
et leur intensification. De ce fait, il ne s’agit ni de consacrer la
disparition d’une « vieille France », réelle ou fantasmée, ni d’établir
une rupture ontologique entre deux France opposées l’une à l’autre, mais
de proposer un contenu progressiste à l’idée de France, ne serait-ce
qu’en modifiant son rapport au temps : non plus une France définie par
son passé, mais plutôt tournée vers son futur. En cela, le travail sur
la Nouvelle France peut s’apparenter à un travail d’hégémonie, à la
construction du « national-populaire » » gramscien qui intègre les
différentes dimensions de la domination (sexisme, racisme, précariat,
etc.).
Si l’article de Bollenot se garde de
reprendre cette rengaine éculée, il n’en demeure pas moins que ses
critiques portent sur le même thème, celui de la « « France éternelle ».
Selon lui, « parler de “Nouvelle France” […] risque d’entériner
implicitement le roman national qui dresse le tableau rétrospectif d’une
France blanche, homogène et figée ». Mais que vaut cet argument une
fois énoncé ?
Prenons Vincent Bollenot au mot. Il pose
deux prémisses. D’une part, il postule que parler de « nouveauté » au
sens d’une présence accrue des populations racisées en France
reviendrait nécessairement à entériner l’idée d’une France blanche et
chrétienne. D’autre part, il affirme que cette « nouveauté » ne pourrait
être reconnue que dans le cadre d’« une vision […] spécifiquement
centrée sur l’Hexagone ».
Si l’on combine ces deux prémisses, on
aboutit donc à une conclusion qui ferait le bonheur de l’extrême droite :
celle d’une France hexagonale jadis blanche et chrétienne ! Voilà le
mirage de la « France éternelle » validé à condition de s’en tenir au
sol de l’hexagone. Ce n’est évidemment pas notre thèse mais la
conséquence du raisonnement de Bollenot. Nous nous doutons bien que ce
n’est pas là la conclusion à laquelle il voulait aboutir mais cette
démonstration par l’absurde sert à montrer en quoi son postulat de
départ est faux, puisqu’il conduit précisément à ce qu’il voulait
dénoncer.
Pour notre part, nous récusons avec force
le fantasme d’une « France éternelle » et, comme nous avons pu le dire à
de nombreuses reprises[7], nous considérons la France comme une nation
politique non pas ethnique, nous savons que sa terre est un creuset
d’immigration dont les ancêtres ne sont pas plus les Gaulois que les
Francs, les Burgondes, les Wisigoths, les Alamans, les Juifs, les
Arabes, les Vikings, les Roms et tant d’autres encore, et que sa langue
est une langue romane qui emprunte bien plus de mots à l’arabe qu’au
vocabulaire gaulois. La Nouvelle France ne se dresse pas en opposition à
cet état de fait, elle en est la continuité.
La Nouvelle France par-delà les polémiques
Il ne fait nul doute que les polémiques
successives autour de la Nouvelle France en ont obscurci la
compréhension pour certains et il est regrettable que cette confusion
n’ait pas épargné ceux qui, partageant nos luttes et préoccupations,
n’en ont qu’une lecture partielle. Car la Nouvelle France n’est ni
uniquement un « retournement du stigmate » ni une opération pour «
présenter sous un jour mélioratif l’état de fait de la présence en
France de différentes minorités politiques » comme l’écrit Vincent
Bollenot.
La Nouvelle France est avant tout un
concept politique qui vise à analyser la réalité du pays dans toute la
profondeur de son nouvel état historique. Elle entend penser la société à
partir des transformations du capitalisme, des nouvelles fractures
qu’il produit au sein des catégories populaires et des formes
renouvelées de domination. De ce fait, elle ne saurait être réduite à
une rhétorique de riposte contre l’extrême droite ou une énième liturgie
d’antiracisme moral sans portée transformatrice.
Cette démarche permet au contraire
d’orienter l’action politique à partir des réalités matérielles et des
contradictions structurantes de l’époque. Celles-ci se manifestent dans
différents registres : nouvelles conditions des femmes, nouvelles
conditions ouvrières, nouvelles conditions des jeunes, nouveaux liens
sociaux, nouvelle composition de la population ou encore nouvelles
migrations internes pour ne citer que celles-ci.
Par conséquent, lorsque Jean-Luc Mélenchon
mentionne les migrations internes, il ne s’agit nullement d’ « un
amalgame » avec les migrations en provenance de l’étranger mais de
restituer les différentes transformations constitutives de la Nouvelle
France. Leur évocation ne vise donc pas à minorer la domination raciste
par effet de comparaison. Si les migrations internes nous occupent,
c’est qu’elles permettent d’éclairer comment l’entrée de la majorité de
la population dans la civilisation urbaine a créé une dépendance
croissante aux réseaux et le développement du capitalisme tributaire[8].
Car malgré ce qu’en disent nos détracteurs, tout, dans la Nouvelle
France, n’est pas une affaire de migrations de l’étranger.
Nous partageons pleinement l’ambition de
l’auteur lorsqu’il appelle à « lutter contre la domination blanche en
articulation avec le démantèlement du patriarcat, de l’exploitation
capitaliste, du ravage écocidaire, de la domination validiste et de
toutes les formes d’exploitation et d’oppression ». C’est d’ailleurs
dans cette perspective qu’a été développé le concept de Nouvelle France
qui permet de penser l’articulation de ces différentes dominations de
1958 à nos jours.
Nous comprenons dès lors difficilement
qu’il nous reproche que notre concept « mêle une série d’éléments qui
n’ont pas forcément de rapport évident les uns avec les autres » tant
cette objection pourrait être adressée à son objectif déclaré. Pour
nous, l’action politique ne saurait être dissociée du travail de
réflexion sur le monde qu’elle entend transformer, c’est dans cette
exigence que s’inscrit la Nouvelle France.
ArcelorMittal. « Serons-nous une grande nation de l’acier vert ou bien un petit pays qui renonce à sa souveraineté industrielle ? », interrogeait ce matin Aurélie Trouvé
à l’Assemblée nationale. La députée LFI était rapporteure de la
proposition de loi défendant la nationalisation du sidérurgiste
ArcelorMittal, adoptée à 16 h 30 ce jeudi 11 juin. Depuis des mois, les
Insoumis se battent pour défendre ce fleuron de l’industrie française.
En effet, la multinationale menace de délocaliser sa production,
menaçant 15 000 emplois et jusqu’à 80 000 emplois indirects. De plus, le
sidérurgiste refuse de mener les investissements nécessaires pour
produire un acier vert. Lors de la dernière niche parlementaire en
novembre 2025, le groupe LFI avait déjà fait voter l’Assemblée nationale
en faveur de cette nationalisation.
Sans surprise, le Gouvernement traîne les
pieds pour reprendre cette proposition de loi afin qu’elle puisse
aboutir et être appliquée. Pas mieux du côté du Rassemblement national,
qui s’est abstenu lors du vote en hémicycle ce jour. Défense de la
souveraineté industrielle du pays, avez-vous dit ? Les insoumis, eux,
font preuve d’un engagement constant dans la défense d’ArcelorMittal et
de ses salariés. Ce 11 juin, le candidat à l’élection présidentielle
Jean-Luc Mélenchon, de nombreux députés et militants insoumis étaient
présents aux côtés des salariés du sidérurgiste, rassemblés à proximité
de l’Assemblée nationale pour demander d’urgence la nationalisation
d’ArcelorMittal.
À l’occasion de l’adoption de cette
proposition de loi et du rassemblement des ouvriers pour demander la
nationalisation, L’insoumission republie dans ses colonnes une tribune
dans laquelle Aurélie Trouvé la défendait avec brio.
« ArcelorMittal produit les deux tiers de
l’acier français : que se passerait-il si l’industrie française et
européenne devait importer tout ce métal ? » – Aurélie Trouvé
Du métal sans Mittal ! C’est la devise des
travailleurs d’ArcelorMittal en France, qui se battent depuis des
années pour sauver leur outil de travail, leurs 15.000 emplois et plus
encore, la souveraineté industrielle du pays. ArcelorMittal produit les
deux tiers de l’acier français, dont dépendent l’industrie automobile,
la construction navale, aérospatiale, ferroviaire et nucléaire, du
bâtiment… Que se passerait-il si l’industrie française et européenne
devait importer tout ce métal ? La dépendance serait complète à l’égard
de l’acier des pays tiers, qui pourraient organiser le marché à leur
avantage, faire monter les prix en cas de tension, orchestrer des
ruptures d’approvisionnement…
Produire l’acier dans notre pays est
stratégique. L’Europe s’est construite sur cette idée : l’acier comme
base de la sécurité et de l’indépendance. Les années 80 ont été cruelles
pour la sidérurgie française, et la France laisse son outil dépérir
depuis 40 ans.
Mais depuis que le groupe Mittal a
récupéré le groupe Arcelor en 2008, ArcelorMittal délocalise plus
brutalement la production d’acier. La multinationale a délibérément
laissé se dégrader les usines, pour investir massivement au Brésil, en
Inde ou aux États-Unis. Un millier d’emplois ont encore été supprimés en
France depuis un an. A Fos-sur-Mer, un seul des deux haut-fourneaux
reste en marche. Les salariés sont exposés à la dangerosité
d’installations vétustes et dangereuses : exposition à l’amiante, fuites
de gaz, incendies récents sur des convoyeurs…
Les mois qui viennent sont absolument
décisifs : soit la décarbonation des hauts fourneaux est enclenchée,
soit la production d’acier est condamnée. Dans quatre ans, les nouvelles
règles européennes sanctionneront lourdement l’acier produit à partir
de charbon, responsable de 22 % des émissions industrielles de gaz à
effet de serre en France. Dans quatre ans, sans décarbonation, ce ne
sera plus rentable de produire de l’acier en France, selon les propos du
PDG d’ArcelorMittal France lui-même. À l’inverse, l’acier vert,
décarboné, sera bien plus compétitif que l’acier conçu avec du charbon,
qui sera surtaxé.
ArcelorMitall balade tout le monde
Quatre ans : c’est justement le temps
qu’il faut pour construire des fours électriques, produisant de l’acier
vert. C’est donc maintenant qu’il faut investir ! Mais ArcelorMittal s’y
refuse obstinément. L’Union européenne a pourtant annoncé le doublement
de ses droits de douane, en réponse aux grands sidérurgistes. L’État a
proposé une aide publique de 850 millions pour faciliter l’opération.
Mais ArcelorMittal en demande toujours plus pour investir ne serait-ce
que dans un seul four électrique, qui couvrira à peine 30 % de la
production du seul site de Dunkerque !
La multinationale continue de balader tout
le monde et se cherche des excuses : la concurrence chinoise, la chute
des débouchés… Et tout le monde fait semblant d’oublier ses bénéfices
mirifiques, qui ruissellent surtout vers les actionnaires et vers la
famille Mittal (10 milliards en trois ans), de même que sa stratégie
d’optimisation fiscale agressive qui lui permet d’éviter tout impôt sur
les sociétés en France ces dernières années. Mystère également sur les
aides publiques massives reçues (300 millions d’euros en 2023) dont on
ne sait pas à quoi elles ont servi.
Nationaliser pour maintenir la souveraineté industrielle
Force est de constater qu’en dehors de la
nationalisation d’ArcelorMittal, il n’y a aucune autre voie légale ou
politique qui ne permette de garantir le maintien de l’emploi, de la
souveraineté industrielle et des actifs stratégiques, ou encore la
transition écologique. C’est d’ailleurs face à un tel constat que le
Royaume-Uni ou l’Italie ont récemment procédé à des formes de
nationalisations de leur sidérurgie. Sans compter les nombreux autres
exemples en Allemagne ou dans les pays nordiques d’entreprises
sidérurgiques qui associent puissance publique et salariés et qui
investissent et maintiennent les emplois.
En 1982, la France elle-même avait
nationalisé cette industrie : ce fut Usinor et Sacilor… privatisés en
1995 pour devenir ensuite ArcelorMittal ! Reste le coût de cette
nationalisation. Mais la doxa de l’astreinte budgétaire ne tient pas
dans ce cas : 3 milliards environ seraient nécessaires pour nationaliser
l’ensemble des actifs français d’ArcelorMittal. Que sont ces 3
milliards à côté des coûts pour toute la société, de la perte de la
production d’acier française et de 80.000 emplois perdus de façon
directe ou indirecte ?
Et c’est sans comptabiliser les bénéfices
qui grossissent aujourd’hui les comptes offshore des grands actionnaires
et les recettes fiscales qu’ils généreraient. La reprise en main
d’ArcelorMittal France fera de notre pays un leader mondial de l’acier
vert. Bien plus que de grands-messes dédiées aux investisseurs, c’est de
cette bifurcation écologique et sociale dont l’économie française a
besoin.
Mélenchon. Ce dimanche 7 juin, la
place Victor-Hugo de Saint-Denis s’est transformée en démonstration de
force populaire. Plus de 26 000 personnes se sont réunies pour le
meeting de lancement de la campagne présidentielle de Jean-Luc
Mélenchon. Le candidat insoumis, Bally Bagayoko, Annie Ernaux et Éric Vuillard
ont esquissé une alternative au « suprémacisme » et au « néolibéralisme
», celle de la Nouvelle France et de la VIᵉ République. Le leader
insoumis a aussi dessiné les contours de l’autre monde possible : SMIC à
1700 euros net, retraite à 60 ans, sécurité sociale intégrale,
restructuration des régions autour des grands bassins versants des
fleuves et bien d’autres propositions.
Un mois seulement après l’annonce de sa
candidature, le 3 mai dernier, le fondateur de La France insoumise a
rassemblé bien au-delà des attentes, faisant trembler ses adversaires.
Plus de 300 000 personnes le soutiennent déjà. Et vous ? Rendez-vous sur
melenchon2027.fr pour signer et faire signer ! Notre article.
26 000 personnes, Annie Ernaux et Éric Vuillard pour lancer la campagn HISTORIQUE !
Vous êtes 26 000 à notre meeting de lancement de la campagne présidentielle 2027 !
Drapeaux, pancartes, costumes, slogans et
créations militantes ont envahi la place dans une ambiance qui rappelait
davantage une fin de campagne qu’un lancement. Parmi la foule, on
apercevait notamment un maillot de l’équipe de France floqué « Mélenchon
2027 », à quelques jours du début de la Coupe du monde.
Avant l’intervention du candidat,
plusieurs personnalités sont montées à la tribune. La prix Nobel de
littérature Annie Ernaux et le prix Goncourt Éric Vuillard ont livré des
discours mêlant mémoire populaire et espérance politique. Dans le
public se trouvaient également l’actrice Liliane Rovère et la chanteuse
Zaho de Sagazan.
En amont du meeting de Saint-Denis, Jean-Luc Mélenchon s’entretient avec Annie Ernaux et Bally Bagayoko
Le
leader insoumis tient ce dimanche, à 15h30, son meeting de lancement de
campagne présidentielle, deux jours après que le cap des 300 000
soutiens populaires ait été… pic.twitter.com/VqyrQbuC9z
Le maire de Saint-Denis-Pierrefitte, Bally Bagayoko, a ouvert la soirée en rappelant la portée symbolique du lieu : « la ville des rois morts et du peuple vivant ».
Une formule qui a donné le ton du meeting. Tout au long de la soirée,
les intervenants ont établi un lien entre les combats historiques du
peuple français contre le fascisme, le racisme ou la domination sociale
et le projet porté par les Insoumis.
«
Saint-Denis, la ville des rois et reines de France et du peuple vivant.
Cette formule dit tout. D’un côté, le tombeau des rois et reines de
France à la basilique.
De l’autre, le peuple vivant ! C’est lui qui travaille, crée, lutte, espère et écrit de l’Histoire ! Cette… pic.twitter.com/KYzpNEkNXR
— La France insoumise (@FranceInsoumise) June 7, 2026
Un pont entre les « mémoires de ceux qui ont combattu le racisme, le fascisme, l’occupation et la barbarie ! » et du projet politique. Car, selon Annie Ernaux, cette phrase « unit le passé et le présent, mais le « et » oppose aussi ! ».
La nouvelle France demande l’abolition des privilèges, ceux des
dirigeants sur le peuple, des riches sur les pauvres, des hommes sur les
femmes.
«
La ville des rois morts et du peuple vivant, ce sont les mots que vous
avez prononcés, Bally Bagayoko, le soir de votre élection.
Cette
phrase est d’une vérité inouïe, à la fois politique et poétique. Elle
unit le passé et le présent, mais le "et" oppose aussi.
— La France insoumise (@FranceInsoumise) June 7, 2026
« Après la Révolution française, la Commune de Paris, le Front populaire, aujourd’hui le quartier qui fait l’Histoire, c’est ici », a lancé Éric Vuillard sous les acclamations d’une foule répondant : « Résistance ! »
«
Après la Révolution française, la Commune de Paris, le Front populaire,
aujourd’hui le quartier qui fait l’Histoire c’est ici !
Le 14
juillet 1789, la foule encercla la place forte du pouvoir royal, la
Bastille. On combattit tout le jour. Le soir, la forteresse tomba.
— La France insoumise (@FranceInsoumise) June 7, 2026
Rassemblement National, « secteurs patronaux irresponsables » et « élites médiatiques » : le suprémacisme et ses avatars comme adversaire politique
Et l’Histoire semble précisément s’accélérer. « Dans le chaos naissant, un nouveau projet politique germe : le suprémacisme », alerte Jean-Luc Mélenchon. Il décrit celui-ci comme une « volonté de hiérarchisation humaine visant à dominer les peuples en les divisant selon leurs ethnies et leurs religions ».
Dans le chaos naissant, un nouveau projet politique germe : le suprémacisme.
C'est-à-dire
une volonté de hiérarchisation humaine pour dominer les peuples en les
divisant en ethnies et en religions. L'économie de guerre est son
modèle, le numérique son vecteur.
Se posant en adversaire résolu de ce
projet, le candidat insoumis entend battre le Rassemblement national,
qu’il accuse de porter cette vision du monde et de rallier à lui « d’amples secteurs patronaux irresponsables et une large partie des élites médiatiques, regroupées par l’islamophobie ».
La rupture sociale et écologique face au « champ de ruines sociales » du macronisme
Face à cette menace, le néolibéralisme et
les différentes tentatives d’accommodement avec lui ne constituent,
selon lui, aucune réponse crédible. « La France est un champ de ruines sociales depuis Macron », affirme-t-il, avant de poursuivre : « Le
macronisme restera celui de la régression sociale et de la misère pour
le plus grand nombre, au profit de l’accumulation des richesses ».
La France est un champ de ruines social depuis Macron.
Le macronisme restera la régression sociale et la misère pour le plus grand nombre par l'accumulation des richesses.
L’homme qui a réalisé 22% des suffrages en
2022 – à un point du second tour – a dévoilé plusieurs mesures phares
de son programme : le SMIC à 1 700 euros net, le retour de la retraite à
60 ans, une loi contre les monopoles médiatiques, une loi globale
contre la pédocriminalité ou encore la création d’une sécurité sociale
intégrale, étendue à « d’autres domaines de l’existence ».
Il a également développé sa vision de la planification écologique et de la régionalisation comme réponse à ce qu’il nomme « l’ère des maladies écologiques ». « Les
régions seront entièrement restructurées autour des grands bassins
versants des fleuves. Elles seront dédiées à la bifurcation écologique
et constitueront la première ligne d’alerte et de mise en œuvre de la
planification écologique », a-t-il expliqué.
Face à l’augmentation du diabète, des cancers, de l’obésité ou encore de l’infertilité, il estime que «
la sauvegarde et donc la continuité de l’espèce humaine passe désormais
par sa santé, devenue une nouvelle frontière de l’humanité ».
Nous sommes dans l'ère des maladies écologiques : épidémies de cancer, de diabète, d'obésité et d'infertilité.
Aujourd'hui,
la sauvegarde et donc la continuité de l'espèce humaine, passe par sa
santé, qui est devenue une nouvelle frontière de l'humanité.
De la « Nouvelle France » à la VIe République : une société en mutation, un projet de refondation démocratique et sociale
« On est chez nous ! » scande
alors une foule enthousiaste. Jean-Luc Mélenchon a tenu à répondre aux
caricatures visant le concept de Nouvelle France. S’appuyant sur les
transformations de la société française depuis 1958, développées dans
son ouvrage Nouveau peuple, nouvelle gauche, il décrit une France plus
éduquée, plus urbanisée, plus connectée, plus créolisée, mais aussi plus
âgée, plus féminisée, davantage tertiarisée et ubérisée.
Oui, la France est nouvelle comparée à celle de 1958 quand a été créé la cinquième République !
Depuis,
tout a changé, sauf la Constitution. Nous parlons de la Nouvelle France
pour obliger à parler de la vie concrète et réelle.
Ce peuple en mouvement revendique de
nouveaux droits : ceux des femmes, des personnes LGBT+, des enfants, des
adolescents ou encore des habitants des quartiers populaires. Il ne se
satisfait plus de la monarchie présidentielle de la Ve République et
aspire à une nouvelle Constitution : celle d’une « VIe République sociale et écologique ».
Les gens aspirent à plus de contrôle politique sur les décisions de pouvoir.
Ils ne supportent plus l'autorité confisquée par les puissants du patriarcat et des fortunes, ni la négation de leurs votes.
Jean-Luc Mélenchon a également annoncé
vouloir avancer vers une « autonomie étendue » de la Corse et vers
l’indépendance de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie. « Notre présidence
gouvernera avec un principe commun, celui du respect des populations et
de la volonté de les aider à se libérer de toutes les dépendances et
dominations ! » a t-il déclaré, en donnant une perspective, celle du
« droit complet à l’autonomie quand et seulement quand les populations
concernées la souhaitent et au rythme qu’elles auront choisi. »
L’avenir
des territoires insulaires et éloignés est en discussion. Les
populations concernées exigent la clarté de ceux qui se proposent pour
présider la patrie commune.
Nous accompagnerons spécifiquement la Corse vers l’autonomie étendue.
Le projet de la Nouvelle France est aussi
celui des prouesses technologiques. Sans céder à une confiance aveugle
dans la technique, Jean-Luc Mélenchon défend des innovations capables de
soulager les travailleurs, de renforcer la souveraineté numérique du
pays et de répondre aux grands défis de notre temps. Parmi les objectifs
qu’il fixe à la France figure notamment la maîtrise de l’ordinateur
quantique.
À
une révolution numérique déjà bien engagée, nous répondons par la
décolonisation numérique vis-à-vis des États-Unis d'Amérique !
Nous
répondons par la souveraineté complète du peuple de France sur le
stockage des données, les supercalculateurs, les câbles et les systèmes…
pic.twitter.com/4hE7QkStyG
« C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne »
Dans la dernière partie de son discours, le fondateur de La France insoumise s’est félicité du « dévouement », de « l’acharnement dans la lutte » et du « sérieux dans le travail
» des députés et eurodéputés insoumis. Nationalisation d’ArcelorMittal,
loi interdisant les produits pollués, pétition européenne contre
l’accord d’association avec Israël, constitutionnalisation du droit à
l’IVG ou encore reconnaissance de l’esclavage comme crime contre
l’Humanité : autant de combats qui constituent déjà le bilan de l’équipe
candidate.
Il a également salué « la capacité à agir
» des militants et sympathisants qui ont contribué à renforcer le
mouvement. À chaque échéance électorale, a-t-il rappelé, les scores de
La France insoumise ont progressé : à la présidentielle, aux
législatives, aux européennes comme aux municipales.
Ce moment ensemble à Saint-Denis nous fait devoir.
Un grand changement est à portée de main.
L'Unité populaire se fera à la base dans le combat commun pour la 6e République écologique et sociale.
« Pour une fois, les étoiles sont
alignées. Sans contestation possible, la première force politique de la
gauche et du changement, la voici ! », a-t-il lancé. Il a alors appelé à la responsabilité des électeurs, des élus et des organisations politiques. Alors que « la primaire est finie
», tous ceux qui souhaitent participer à la bataille pour la VIe
République sociale et écologique sont les bienvenus, a-t-il répété,
rappelant qu’une proposition de Nouvelle Alliance populaire avait déjà
été adressée aux autres forces de gauche.
« Ce type de train de l’Histoire ne passe pas deux fois », a conclu Jean-Luc Mélenchon sous les applaudissements de la foule.
Vers 18 heures, les dizaines de milliers
de personnes présentes place Victor-Hugo ont quitté les lieux avec le
sentiment d’avoir assisté à l’ouverture d’une nouvelle séquence
politique pour le pays. Un mois après l’annonce de sa candidature, le
candidat insoumis a transformé son premier grand rendez-vous de campagne
en démonstration de force populaire.