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lundi 2 novembre 2026

Marx, la dette et les défis d’un gouvernement de gauche en 2027 – Une analyse d’Eric Toussaint

 

Dette. En février 1848, la révolution renverse la monarchie et proclame la République. Mais le Gouvernement provisoire, soucieux de rassurer les créanciers, choisit de maintenir les engagements financiers de l’État et de préserver les intérêts de la bourgeoisie, au détriment des aspirations populaires. Dans son livre, Les Luttes de classes en France, Marx analyse cette contradiction et montre comment la soumission au pouvoir de l’argent a contribué à l’échec des espoirs révolutionnaires. Cette analyse conserve toute son actualité à l’approche de 2027.

En 1848, la République cherche à rassurer les créanciers de la monarchie

« Le Gouvernement provisoire voulait dépouiller la République de son apparence antibourgeoise. Il lui fallut donc, avant tout, chercher à assurer la valeur d’échange de cette nouvelle forme d’État, son cours en Bourse. Avec le prix courant de la République à la Bourse, le crédit privé se releva nécessairement.

Pour écarter jusqu’au soupçon qu’il ne voulait ou ne pouvait satisfaire aux obligations que lui légua la monarchie, pour redonner confiance en la moralité bourgeoise et en la solvabilité de la République, le Gouvernement provisoire eut recours à une fanfaronnade aussi puérile qu’indigne. Avant le terme de l’échéance légale, il paya aux créanciers de l’État les intérêts des 5 %, 4 1/2 % et 4 %. L’aplomb bourgeois, l’assurance des capitalistes se réveillèrent brusquement, quand ils virent la hâte anxieuse avec laquelle on cherchait à acheter leur confiance.

Bien entendu, l’embarras financier du Gouvernement provisoire ne fut pas atténué par ce coup de théâtre qui le privait de l’argent comptant disponible. Il n’était pas possible de dissimuler plus longtemps la gêne financière, et ce fut aux petits bourgeois, employés et ouvriers à payer l’agréable surprise ménagée aux créanciers de l’État.

Les livrets de caisse d’épargne dont le montant dépassait 100 francs furent déclarés non remboursables en argent. Les sommes déposées dans les caisses d’épargne furent confisquées et converties, par voie de décret, en dette d’État non remboursable. Le petit bourgeois, déjà bien assez réduit à la misère, en fut irrité contre la République. Ayant reçu à la place de son livret de caisse d’épargne, des bons du Trésor, il fut contraint d’aller les vendre à la Bourse. » 

Marx avait fait précéder le passage que nous venons de reproduire par cette formule forte : « Le crédit public et le crédit privé sont le thermomètre économique permettant de mesurer l’intensité d’une révolution », avant d’ajouter : « Dans la mesure où ils [=la dette publique et la dette privée] baissent, montent l’ardeur embrasante et la force créatrice de la révolution ». Source : Karl MARX (1850), Les luttes de classes en France 1848-1850, Éditions sociales, Paris, 1974, p. 54

Pour poursuivre le paiement de la dette, le gouvernement fait payer les classes populaires

Ce passage de Marx met en lumière une contradiction fondamentale à laquelle peut se heurter un gouvernement issu d’une révolution populaire : au lieu de s’appuyer sur le mouvement qui l’a porté au pouvoir pour rompre avec les privilèges des classes dominantes, il cherche à les rassurer et à préserver leurs intérêts. C’est précisément ce que fait le Gouvernement provisoire de la République française en 1848.

La monarchie vient d’être renversée. Le nouveau gouvernement bénéficie de la légitimité politique que lui confère la révolution de février. Pourtant, plutôt que de remettre en cause les obligations financières héritées du régime monarchique et d’ouvrir un débat sur la légitimité des dettes accumulées par celui-ci, il s’empresse de démontrer aux créanciers de l’État qu’ils n’ont rien à craindre. Marx souligne l’empressement du gouvernement à payer les intérêts de la dette avant même leur échéance légale. Il ne s’agit pas simplement d’honorer un engagement financier : il s’agit de rétablir la confiance de la bourgeoisie financière dans le nouvel ordre politique et de lui prouver que la République ne remettra pas en question ses créances.

Marx décrit cette opération comme une tentative de faire remonter le « cours en Bourse » de la République. Le nouveau régime veut démontrer sa respectabilité aux yeux des détenteurs de capitaux. Autrement dit, alors même qu’une révolution vient de renverser la monarchie, le gouvernement cherche à obtenir la reconnaissance des classes dont il aurait pu et dû remettre en cause les privilèges. La continuité du service de la dette devient ainsi un moyen de rassurer la bourgeoisie sur la continuité de ses intérêts, par-delà le changement de régime politique.

Mais cette politique de conciliation a un coût social. Le gouvernement, qui a mobilisé ses ressources disponibles pour payer par anticipation les intérêts dus aux créanciers de l’État, se trouve dans une situation financière encore plus difficile. Il fait alors supporter une partie du coût de cette politique aux petits bourgeois, aux employés et aux ouvriers, en limitant la possibilité de récupérer en argent les sommes déposées dans les caisses d’épargne. Marx souligne le contraste : les créanciers de l’État sont rassurés, tandis que les petits épargnants sont lésés. La République contribue ainsi à retourner contre elle une partie de ceux qui constituaient sa base sociale.

La leçon politique est essentielle. En voulant éviter l’affrontement avec les classes dominantes, un gouvernement peut être conduit à prendre des mesures qui frappent les catégories populaires ou qui les déçoivent et érodent le soutien dont il bénéficie. La conciliation ne garantit donc pas la stabilité politique qu’elle prétend assurer. Elle peut, au contraire, affaiblir le gouvernement en le détachant des forces sociales qui ont rendu sa victoire possible, sans pour autant lui assurer la bienveillance durable des puissances économiques et financières.

L’exemple de 1848 invite ainsi à poser une question qui demeure d’actualité : un gouvernement porté au pouvoir par une forte mobilisation populaire peut-il réellement transformer la société s’il s’interdit de remettre en cause les engagements financiers et les privilèges hérités du régime précédent ? La question de la dette publique est ici centrale. Avant de considérer son remboursement comme une obligation intangible, il faut examiner les conditions dans lesquelles elle a été contractée, identifier ceux à qui elle a profité et les catégories sociales qui en supportent effectivement le coût.

Marx nous invite à comprendre que la dette publique n’est pas une question purement comptable. Elle engage un rapport de forces entre classes sociales. Le choix de protéger les créanciers n’est pas neutre : il exprime une orientation politique. En 1848, le Gouvernement provisoire a préféré donner des garanties à la bourgeoisie financière plutôt que de mettre en œuvre une politique de rupture avec les intérêts de l’ancien régime. Cette expérience montre les risques d’une révolution politique qui ne s’accompagne pas d’une remise en cause des rapports économiques et sociaux sur lesquels reposait le pouvoir renversé.

Pour aller plus loin : Dette publique : la vérité sur le déficit et le contre-budget 2027

Banque de France : Marx dénonce la capitulation du Gouvernement provisoire

« Directement menacée par la révolution de Février, non seulement dans sa domination, mais dans son existence, la Banque s’appliqua, dès le début, à discréditer la République en généralisant la fermeture du crédit. Brusquement, elle dénonça tout crédit aux banquiers, aux fabricants, aux commerçants. Comme cette manœuvre ne provoqua pas de contre-révolution immédiate, elle eut nécessairement son contre coup sur la Banque elle-même. Les capitalistes retirèrent l’argent qu’ils avaient déposé dans ses caves. Les possesseurs de billets de banque se précipitèrent à sa caisse pour les échanger contre de l’or et de l’argent. » Idem, p. 55. 

Ce que le gouvernement aurait pu et dû faire : 

« Le Gouvernement provisoire pouvait, sans recourir à la violence de façon légale, acculer la Banque à la banqueroute; il n’avait qu’à observer une attitude passive et à abandonner la Banque à son propre sort. La banqueroute de la Banque, c’était le déluge balayant en un clin d’œil du sol français l’aristocratie financière, le plus puissant et le plus dangereux ennemi de la République, le piédestal d’or de la monarchie de Juillet. Une fois la Banque en faillite, la bourgeoisie était obligée de considérer elle-même comme une dernière tentative de sauvetage désespérée la création par le gouvernement d’une banque nationale et la subordination du crédit national au contrôle de la nation. » Idem p. 56

Qu’a-t-il fait, au contraire ? 

« Le Gouvernement provisoire, au contraire, donna cours forcé aux billets de banque. Il fit mieux. Il transforma toutes les banques de province en succursales de la Banque de France, lui permettant de jeter son réseau sur le pays tout entier. Plus tard, il engagea auprès d’elle les forêts domaniales en garantie de l’emprunt qu’il contracta envers elle. C’est ainsi que la révolution de Février consolida et élargit directement la bancocratie qu’elle devait renverser.

Entre-temps, le Gouvernement provisoire se tordait sous le cauchemar d’un déficit croissant. C’est en vain qu’il mendiait des sacrifices patriotiques. Seuls, les ouvriers lui jetèrent leur aumône. Il fallut recourir à un moyen héroïque, à la promulgation d’un nouvel impôt. Mais qui imposer ? Les loups-cerviers de la Bourse, les rois de la Banque, les créanciers de l’État, les rentiers, les industriels ? Ce n’était point là un moyen de faire accepter en douceur la République par la bourgeoisie. C’était, d’un côté, mettre en péril le crédit de l’État et celui du commerce, que l’on cherchait, d’autre part, à acheter au prix de si grands sacrifices, de si grandes humiliations. Mais il fallait que quelqu’un casquât. Qui fut sacrifié au crédit bourgeois ? Jacques Bonhomme, le paysan.

Le Gouvernement provisoire établit un impôt additionnel de 45 centimes par franc sur les quatre impôts directs. La presse gouvernementale essaya de faire accroire au prolétariat de Paris que cet impôt affecterait de préférence la grosse propriété foncière, les possesseurs du milliard octroyé par la Restauration. Mais, en réalité, l’impôt atteignit avant tout la classe paysanne, c’est-à-dire la grande majorité du peuple français. Ce sont les paysans qui durent payer les frais de la révolution de Février, c’est chez eux que la contre-révolution puisa son principal contingent. L’impôt de 45 centimes, c’était une question de vie ou de mort pour le paysan français, il en fit une question de vie ou de mort pour la République. La République, pour le paysan français, ce fut désormais l’impôt des 45 centimes, et dans le prolétariat de Paris, il vit le dissipateur qui prenait du bon temps à ses frais.

Alors que la Révolution de 1789 avait commencé par délivrer les paysans des charges féodales, la révolution de 1848 s’annonçait par un nouvel impôt sur la population rurale, afin de ne pas mettre en péril le capital et d’assurer le fonctionnement du mécanisme d’État. » Idem p. 56-57

De nouveau, Marx affirme ce que le gouvernement aurait pu faire : 

« Le seul moyen par lequel le Gouvernement provisoire pouvait écarter tous ces inconvénients et tirer l’État de son ancienne voie – c’était de déclarer la banqueroute de l’État. (…)

En reconnaissant les traites que la vieille société bourgeoise avait tirées sur l’État, le Gouvernement provisoire s’était mis à sa discrétion. Il était devenu le débiteur gêné de la société bourgeoise au lieu de se poser en créancier menaçant qui avait à recouvrer des créances révolutionnaires remontant à de nombreuses années. Il lui fallut consolider les rapports bourgeois vacillants pour s’acquitter d’obligations qui ne sont à remplir que dans le cadre de ces rapports. Le crédit devint une condition de son existence et les concessions, les promesses faites au prolétariat autant de chaînes qu’il fallait briser. L’émancipation des travailleurs, même comme simple phrase, devenait un danger intolérable pour la nouvelle République, car elle était une protestation permanente contre le rétablissement du crédit qui repose sur la reconnaissance ininterrompue et inaltérable des rapports économiques de classes existants. Il fallait donc en finir avec les ouvriers. » Idem p. 57-58

Marx ne se contente pas de critiquer la modération du Gouvernement provisoire de 1848 : il montre concrètement ce qu’il aurait pu faire et oppose cette possibilité aux choix qu’il a effectivement opérés. La Banque de France, institution privée créée sous Napoléon Bonaparte, était alors un pilier de la puissance de la bourgeoisie financière. Menacée par la révolution de Février, elle restreignit brutalement le crédit, contribuant à aggraver les difficultés économiques. Pour Marx, le Gouvernement provisoire aurait pu laisser la Banque aller jusqu’à la faillite, puis créer une banque nationale plaçant le crédit sous le contrôle de la nation. Il aurait ainsi pu s’attaquer à l’un des principaux centres de pouvoir de la bourgeoisie financière.

Or, le gouvernement fit exactement le contraire : il consolida la Banque de France, étendit son réseau à l’ensemble du pays et lui accorda de nouvelles garanties. De même, plutôt que de remettre en cause la dette héritée du régime précédent, il s’efforça de préserver le crédit de l’État et de rassurer les créanciers. Pour financer ses dépenses, il finit par instaurer une contribution supplémentaire qui frappa particulièrement les paysans. Marx souligne ainsi le paradoxe d’une révolution qui, au lieu de faire payer les classes privilégiées, fait supporter une partie de son coût à la majorité de la population.

Il tire de cette expérience une conclusion radicale : le Gouvernement provisoire aurait dû déclarer la banqueroute de l’État. En reconnaissant sans remise en cause les créances héritées de l’ancienne société, il s’est placé dans une position de dépendance à l’égard de la bourgeoisie. Le maintien du crédit et la volonté de rassurer les détenteurs de capitaux ont fini par primer sur les engagements pris envers les classes populaires. Pour Marx, cette logique conduisait le gouvernement à briser les aspirations à l’émancipation des travailleurs afin de rétablir la confiance de la bourgeoisie.

Cette analyse mérite d’être méditée à l’approche de 2027. Si, à la suite du grand mouvement social en cours et des élections, un gouvernement de gauche accède au pouvoir avec un large soutien populaire, saura-t-il s’appuyer sur cette légitimité pour remettre en cause les privilèges de la finance et examiner la dette héritée des gouvernements précédents ? Ou cherchera-t-il d’abord à rassurer les marchés financiers, les banques et les grands détenteurs de capitaux, quitte à renoncer à une partie de son programme et à faire supporter aux classes populaires le poids de cette conciliation ?

La leçon de Marx est qu’un changement de gouvernement ne suffit pas à transformer les rapports de pouvoir si l’on préserve les institutions et les engagements financiers qui assurent la domination des classes privilégiées. Cette analyse pose une question décisive : comment un gouvernement de gauche, porté par une puissante mobilisation populaire, pourrait-il mettre en œuvre ses engagements sans examiner la légitimité des dettes héritées des gouvernements précédents ? L’expérience de 1848 montre combien le souci de préserver à tout prix le crédit de l’État peut conduire à sacrifier les droits sociaux et les aspirations populaires aux intérêts des créanciers.

Après la répression des ouvriers, la bourgeoisie livre les petits commerçants à leurs créanciers

« Le projet d’imposition du capital conçu par le Gouvernement provisoire et repris par Goudchaux – sous la forme d’un impôt hypothécaire – fut rejeté par l’Assemblée constituante ; la loi qui limitait à dix heures le temps de travail fut abrogée, la prison pour dettes rétablie ; la majeure partie de la population française, celle qui ne savait ni lire, ni écrire, écartée de l’admission au jury. Pourquoi pas aussi du droit de vote ? Le cautionnement des journaux fut rétabli, le droit d’association restreint. »

Idem, p. 75

La petite bourgeoisie parisienne face à la propriété et aux dettes privées 

« Dans les journées de Juin, personne n’avait lutté plus fanatiquement pour la sauvegarde de la propriété et le rétablissement du crédit que les petits bourgeois parisiens, cafetiers, restaurateurs, marchands de vin, petits commerçants, boutiquiers, artisans, etc. Rassemblant toutes ses forces, la boutique avait marché contre la barricade pour rétablir la circulation qui mène de la rue à la boutique. Mais derrière la barricade, il y avait les clients et les débiteurs, devant elle les créanciers de la boutique. Et quand les barricades furent renversées et les ouvriers écrasés, quand les gardiens des magasins, dans l’ivresse de la victoire, se précipitèrent à nouveau vers leurs boutiques, ils en trouvèrent l’entrée barricadée par un sauveur de la propriété, un agent officiel du crédit qui leur présentait ses lettres comminatoires : traite échue, terme échu, billet échu, boutique déchue, boutiquier déchu !

Sauvegarde de la propriété ! Mais la maison qu’ils habitaient n’était pas leur propriété, le magasin qu’ils gardaient n’était pas leur propriété, les marchandises qu’ils vendaient n’étaient pas leur propriété. Ni leur commerce, ni l’assiette dans laquelle ils mangeaient, ni le lit où ils dormaient ne leur appartenaient encore. C’était justement face à eux qu’il s’agissait de sauver cette propriété au profit du propriétaire qui avait loué la maison, du banquier qui avait escompté la traite, du capitaliste qui avait fait les avances au comptant, du fabricant qui avait confié à ces boutiquiers les marchandises pour les vendre, du gros commerçant qui avait fait à ces artisans crédit des matières premières. Rétablissement du crédit ! Mais, une fois consolidé, le crédit s’affirma un dieu actif et plein de zèle, précisément en jetant hors de ses quatre murs le débiteur insolvable avec sa femme et ses enfants, en livrant son prétendu avoir au capital et en le jetant lui-même dans la prison pour dettes qui s’était dressée à nouveau menaçante sur les cadavres des insurgés de Juin.

Les petits bourgeois reconnurent avec effroi qu’ils s’étaient livrés sans résistance aux mains de leurs créanciers en battant les ouvriers. Leur banqueroute, qui se traînait chroniquement depuis Février et en apparence ignorée, fut déclarée publique après Juin.

On ne leur avait laissé tranquille leur propriété nominale que le temps de les jeter sur le champ de bataille au nom de la propriété. Maintenant qu’on avait réglé la grande affaire avec le prolétariat, on pouvait régler également à son tour le petit compte avec l’épicier. À Paris, la masse des valeurs en souffrance montait à plus de 21 millions de francs ; dans les provinces, à plus de 11 millions. Les propriétaires de plus de 7 000 maisons d’affaires parisiennes n’avaient pas leur loyer payé depuis Février. 

Si l’Assemblée nationale avait fait une enquête sur la dette politique en remontant jusqu’à Février, les petits bourgeois demandaient maintenant de leur côté une enquête sur les dettes civiles jusqu’au 24 février. Ils se rassemblèrent en masse dans le hall de la Bourse et pour chaque commerçant pouvant prouver qu’il n’avait fait faillite que par suite de l’arrêt des affaires provoqué par la révolution et que son commerce marchait bien le 24 février, ils demandèrent avec des menaces une prorogation de ses échéances par un jugement du tribunal de commerce et l’obligation pour le créancier de liquider sa créance à raison d’un pourcentage modéré. Cette question vint en discussion à l’Assemblée nationale comme proposition de loi et sous la forme de concordats à l’amiable. L’Assemblée hésitait, mais voilà qu’elle apprit soudain que, dans le même moment, à la porte Saint-Denis, des milliers de femmes et d’enfants des insurgés préparaient une pétition en faveur de l’amnistie.

En face du spectre ressuscité de Juin, les petits bourgeois tremblèrent et l’Assemblée retrouva son implacabilité. Les concordats à l’amiable entre le créancier et le débiteur furent rejetés dans leurs points essentiels.

Alors, que, au sein de l’Assemblée nationale depuis longtemps, les représentants démocratiques des petits bourgeois étaient repoussés par les représentants républicains de la bourgeoisie, cette rupture parlementaire prit son sens économique réel bourgeois par le fait que les petits bourgeois débiteurs furent livrés aux bourgeois créanciers. Une grande partie des premiers furent complètement ruinés, quant au reste, ils ne furent autorisés à continuer leur commerce qu’à des conditions qui en faisaient des serfs à la merci du capital. Le 22 août 1848, l’Assemblée nationale rejetait les concordats à l’amiable, le 19 septembre 1848, en plein état de siège, le prince Louis Bonaparte, et le détenu de Vincennes, le communiste Raspail, étaient élus représentants de Paris. (…) 

Il n’est pas besoin d’expliquer longuement que la banqueroute en masse des petits bourgeois parisiens eut des répercussions qui s’étendirent bien au-delà du cercle de ceux qui en furent frappés directement, et qu’elle dut nécessairement ébranler à nouveau le trafic bourgeois, en même temps que le déficit public se creusait encore une fois à la suite des frais occasionnés par l’insurrection de Juin et du fait que les recettes de l’État baissaient constamment par suite de la production arrêtée, de la consommation réduite et de l’importation restreinte. Cavaignac et l’Assemblée nationale ne pouvaient recourir à d’autre moyen qu’à un nouvel emprunt qui les mettait encore plus profondément sous le joug de l’aristocratie financière. » Idem, p. 76 à 78 

Marx montre ici les conséquences sociales et politiques de l’orientation suivie par le Gouvernement provisoire, puis par l’Assemblée constituante. Loin de prolonger la dynamique révolutionnaire de février 1848, les nouvelles institutions républicaines remettent en cause plusieurs conquêtes sociales : la limitation de la journée de travail à dix heures est abrogée, la prison pour dettes rétablie, le droit d’association restreint et les garanties financières imposées à la presse rétablies. Le projet d’imposer davantage le capital est abandonné. Au lieu de faire contribuer les classes privilégiées au financement de la nouvelle République, les dirigeants renoncent progressivement à toucher à leurs intérêts.

La répression sanglante des journées de Juin 1848 constitue un tournant décisif. La bourgeoisie a réussi à entraîner une partie de la petite bourgeoisie parisienne dans la lutte contre les ouvriers insurgés, au nom de la défense de la propriété et du rétablissement du crédit. Or, une fois les ouvriers écrasés par la répression, les petits commerçants, artisans et boutiquiers découvrent qu’ils ont combattu ceux avec lesquels ils partageaient des intérêts essentiels, tandis que leurs propres créanciers demeurent leurs adversaires. Les propriétaires réclament leurs loyers, les banquiers le remboursement des traites et les fournisseurs celui de leurs avances. L’Assemblée refuse finalement les mesures qui auraient permis d’alléger les dettes des petits commerçants victimes de la crise.

Marx dévoile ainsi le piège dans lequel tombe la petite bourgeoisie : mobilisée pour défendre la propriété, elle découvre que cette propriété n’est souvent qu’une fiction, puisque son logement, son commerce, ses marchandises et ses moyens de subsistance appartiennent en réalité à ses créanciers. Après avoir contribué à écraser les ouvriers, elle est à son tour sacrifiée aux intérêts du capital financier. La répression n’a donc pas seulement brisé une insurrection ouvrière : elle a également permis de consolider un ordre social qui allait se retourner contre une partie de ceux qui l’avaient défendu.

Cette évolution révèle la logique de la politique de conciliation dénoncée par Marx. En refusant de s’attaquer aux intérêts de la bourgeoisie financière et de remettre en cause les dettes héritées de l’ancien ordre social, le gouvernement et l’Assemblée se privent des moyens de répondre aux besoins populaires. La crise économique s’aggrave, les faillites se multiplient et les recettes de l’État diminuent. Pour financer ses dépenses, notamment celles provoquées par la répression de Juin, le pouvoir doit recourir à de nouveaux emprunts, ce qui accroît encore sa dépendance envers l’aristocratie financière. La politique menée au nom du rétablissement du crédit contribue ainsi à approfondir la crise qu’elle prétend résoudre.

Une révolution qui n’avance pas recule : les leçons de 1848 pour 2027

L’expérience de 1848 confirme qu’une révolution qui n’avance pas recule. Le statu quo, le surplace n’existe pas lorsqu’une société traverse une crise profonde et que les classes dominantes cherchent à reprendre le contrôle de la situation.Lorsqu’une force progressiste renonce à satisfaire les aspirations populaires et à affronter les intérêts qui font obstacle à leur réalisation, elle ne préserve pas un équilibre : elle laisse se renforcer les forces de la réaction. La défaite de la République sociale de 1848, suivie du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851 et de l’instauration du Second Empire autoritaire en 1852, illustre l’ampleur du recul politique qui peut résulter de cet enchaînement.

Cette leçon concerne directement la situation actuelle. Si le grand mouvement social en cours et les élections de 2027 permettent à la gauche d’accéder au gouvernement, comment pourra-t-elle répondre aux aspirations populaires en matière de justice fiscale, de conditions de travail, de pouvoir d’achat, de services publics (enseignement, santé, transports, etc.), de logement et de lutte contre le changement climatique, si elle considère le remboursement intégral de la dette publique comme une obligation intangible ou comme un moyen opportun pour tenter vainement de ne pas provoquer la méfiance des « marchés »? Comment financer une transformation sociale sans mettre à contribution les grandes fortunes et les intérêts financiers, ni remettre en cause les dettes dont le caractère illégitime serait établi ?

L’expérience de 1848 invite ainsi à poser une question stratégique : un gouvernement de gauche peut-il durablement satisfaire les aspirations populaires tout en se soumettant aux exigences des créanciers ? Le débat sur la légitimité de la dette et sur les moyens de desserrer l’emprise des pouvoirs financiers ne relève pas seulement de la politique budgétaire : il engage la possibilité même d’une transformation sociale. L’alternative est politique : engager une rupture avec l’ordre économique et financier dominant ou laisser cet ordre étouffer les transformations promises, au risque de nourrir une nouvelle défaite populaire et de renforcer les forces autoritaires.

Ne pas répéter les défaites du passé

Ce qui s’est produit en France en 1848 s’est reproduit, sous des formes différentes, à plusieurs reprises dans l’histoire. La Commune de Paris, en 1871, est allée beaucoup plus loin que le Gouvernement provisoire de 1848 dans la remise en cause de l’ordre social. Elle a pris des mesures importantes en faveur des classes populaires. Pourtant, elle s’est arrêtée au seuil de la Banque de France : elle n’a pas cherché à s’emparer des moyens financiers qui auraient pu contribuer à financer les réformes engagées et à renforcer sa capacité de résistance face aux troupes versaillaises, alors que Paris était encerclé par les forces allemandes. Cette abstention a privé la Commune d’un levier majeur.

Pour en savoir plus sur La Commune de Paris, la banque et la dette, lire : https://www.cadtm.org/La-Commune-de-Paris-la-banque-et-la-dette  

Plus récemment, en Grèce, en 2015, le gouvernement d’Alexis Tsipras, élu sur la promesse de mettre fin à l’austérité et d’obtenir une annulation d’une grande partie de la dette, a cédé très rapidement aux exigences des créanciers et a poursuivi le remboursement de la dette en vidant les caisses du trésor public pour ce faire. Pourtant, la Commission pour la vérité sur la dette publique, créée à l’initiative de la présidente du Parlement grec avec le soutien initial du gouvernement, avait conclu au caractère illégitime, illégal, odieux ou insoutenable de différentes catégories de dette. La commission avait recommandé notamment la suspension des paiements et apporté des arguments juridiques solides pour soutenir une répudiation de dettes. 

Voir le rapport oral présenté au parlement grec devant le gouvernement : https://www.cadtm.org/Intervention-d-Eric-Toussaint-a-la-presentation-du-rapport-preliminaire-de-la Voir le rapport écrit:
Rapport préliminaire de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque

Pour en savoir plus sur l’expérience grecque :
Généalogie du CADTM et des luttes contre les dettes illégitimes
Le livre d’Éric Toussaint, Capitulation entre adultes, gratuitement en ligne ! 

Plus grave encore, après le référendum du 5 juillet 2015, au cours duquel une majorité de la population a rejeté les conditions imposées par les créanciers, le gouvernement a renié ses engagements à l’égard du peuple, accepté un nouveau programme d’austérité et poursuivi le remboursement de la dette.

Il a ainsi renoncé à mettre en œuvre les conclusions de l’audit, il a trahi le vote populaire et a définitivement mis aux oubliettes une véritable stratégie de rupture au chantage des institutions créancières.

Les conséquences ont été lourdes. La Grèce est restée soumise à une tutelle économique et financière étroite, les politiques d’austérité ont continué à peser sur les conditions de vie et la souveraineté populaire a été profondément limitée. La dette publique a continué d’augmenter et la droite, revenue au pouvoir en 2019, s’y maintient depuis lors. L’expérience grecque montre qu’une victoire électorale, même confortée par une mobilisation populaire massive, ne suffit pas si le gouvernement refuse d’utiliser la légitimité démocratique dont il dispose pour affronter les créanciers.

Ces trois expériences, malgré leurs différences, mettent en évidence un même danger : lorsqu’un gouvernement ou un mouvement populaire renonce à remettre en cause le pouvoir financier et les obligations qui le protègent, il risque de perdre les moyens matériels de réaliser ses objectifs sociaux et politiques. La conciliation avec les classes dominantes ne garantit ni leur coopération ni la stabilité du régime. Au contraire, elle contribue à démobiliser les soutiens populaires, approfondir les difficultés économiques et ouvrir la voie à une réaction politique et sociale.

Il est vital d’éviter que de telles défaites se répètent en France en 2027. Si la gauche accède au gouvernement à la faveur du mouvement social et des élections, elle ne pourra pas promettre une politique de justice fiscale, de meilleurs salaires, des services publics renforcés, des logements accessibles et une bifurcation écologique juste, tout en acceptant dans le même temps que le remboursement de la dette publique se poursuive et que le déficit budgétaire ne s’accroisse pas ou même se réduise. Les expériences de 1848, de la Commune de Paris et de la Grèce en 2015 invitent à tirer les conséquences politiques de cette contradiction. Comment réunir les conditions nécessaires pour tenir les engagements pris devant la population et résister aux pressions des créanciers ?

L’histoire ne se répète jamais à l’identique. Mais elle enseigne que les aspirations populaires ne peuvent triompher durablement si ceux et celles qui ont la responsabilité de les porter renoncent à affronter les pouvoirs qui les entravent. En France, en 1848 et en 1871, puis  en Grèce en 2015, la question du pouvoir financier et de la dette a constitué un enjeu majeur, même si elle n’explique pas à elle seule l’issue de ces expériences. Pour qu’un gouvernement de gauche puisse réellement transformer la société, il devra rompre avec la logique qui consiste à sacrifier les besoins du peuple à la satisfaction des créanciers. Cela suppose notamment d’organiser un audit citoyen de la dette publique, de refuser de faire payer à la population les dettes illégitimes accumulées par les gouvernements de Macron depuis 2017 et de se préparer à imposer aux créanciers les annulations ou les réductions de créances justifiées par cet audit. C’est une condition essentielle pour éviter une nouvelle défaite et ouvrir la voie à une transformation démocratique et sociale à la hauteur des attentes populaires.

Sources:linsoumission.fr  (Par Eric Toussaint)


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vendredi 30 octobre 2026

La grève du 5 novembre se prépare.

  Grève. L’insoumission.fr et Informations Ouvrières s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours aux quatre coins du pays. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et d’Informations ouvrières.

Après le succès des manifestations du 17 et du 24 octobre, qui ont vu défiler des foules immenses partout en France, le gouvernement commence à reculer. La phase écran de fumée est amorcée. Des annonces, dérisoires, sont faites, ce qui n’était pas le cas avant. Ce samedi 31 octobre, de nouvelles mobilisations sont prévues partout en France pour exiger satisfaction des revendications : blocage des prix, hausse des salaires, abrogation de Parcoursup avec ouverture de places à l’université, inscription au budget des 10 milliards nécessaires pour répondre aux revendications des lycéens et des étudiants.

Une autre date vitale est à suivre pour le mouvement, celle du 5 novembre. La grève se prépare. Notre article.

«  Les ports français vont être à l’arrêt à 95 % » vendredi 30 octobre,  (Tony Hautbois, secrétaire général de la CGT des dockers)

L’ensemble des syndicats de l’enseignement privé sous contrat appellent à la grève le 5 novembre, ce qui constitue une « première » dans l’histoire du privé, selon eux.

À la SNCF, les quatre principaux syndicats de la compagnie ferroviaire (CGT-Cheminots, Unsa-Ferroviaire, Sud-Rail et CFDT-Cheminots) ont, dans un communiqué commun, appelé les agents « à se mettre en grève » et « à participer aux manifestations pour (leurs) conditions sociales, de vie et de travail». «Comme beaucoup de salariés dans le pays, les cheminots subissent l’austérité budgétaire. Elle se traduit par un déclassement social et des salaires qui stagnent», dénoncent-ils.

La Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale appelle en effet à la grève, réclamant la hausse du point d’indice des fonctionnaires et des budgets de l’État (PLF) et de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 « à la hauteur des besoins ». La Fédération CFTC Santé Sociaux appelle, elle aussi, les hôpitaux les établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux, publics et privés, à rejoindre l’appel à la mobilisation intersyndicale, demandant « des salaires dignes, de meilleures conditions de travail et des moyens à la hauteur de leurs missions ».

Pour aller plus loin : « Le pouvoir n’aura qu’un seul choix, accepter les revendications ou s’en aller. » – L’entretien de Jean-Luc Mélenchon

La FAPT-CGT, qui représente les salariés des activités postales et de télécommunications, dont ceux de La Poste, Orange, SFR ou Chronopost, a également rejoint l’appel à la mobilisation, dénonçant « salaires insuffisants, emplois supprimés, intensification du travail, dégradation des conditions de travail et remise en cause des missions de service public».

La confédération FO appelle à la grève le jeudi 5 novembre et a déposé un préavis de grève qui « débute le lundi 2 novembre jusqu’au 31 décembre 2026 ».

La Confédération CGT qui a mis en place un compteur des appels à la grève et des préavis pour le 5 novembre, dénombre à ce jour 185 appels émanant de la plupart de ses fédérations nationales (Mines énergie, Commerce, Cheminots, Services publics, Santé, Chimie…) de syndicats d’entreprise, de syndicats de collectivités territoriales…De nombreux préavis, comme c’est le cas dans les services publics territoriaux sont d’ores et déjà étendus aux jours suivants pour permettre les reconductions qui seraient décidées par les grévistes. Plusieurs fédérations constatent une dynamique exceptionnelle dans la période. 

L’Union étudiante appelle à manifester « massivement dans la rue le 31 octobre et aux côtés des travailleuses et travailleurs le jeudi 5 novembre ». 

Dans un appel, les unions départementales CFDT, CGT, FO, FSU, UNSA et Solidaires de Loire-Atlantique appellent à la « grève et aux manifestations le 5 novembre » :

Le gouvernement doit répondre aux revendications ! (…) La brèche ouverte par la jeunesse lycéenne et étudiante doit trouver son relais dans la grève des travailleur·euse·s. Nos organisations syndicales appellent les salarié-es à se réunir dans leurs entreprises et administrations pour discuter de la préparation du 5 novembre 2026 et de ses suites. »

Le syndicat national des médecins hospitaliers Force ouvrière dépose un préavis de grève à compter du 31 octobre 2026 pour une durée illimitée et appelle à se mobiliser le 5 novembre, dans l’unité la plus large. 

Les fédérations CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU et FA de la fonction publique appellent les agents publics à « se mobiliser massivement, par la grève et dans les manifestations, le 5 novembre prochain ».































 

Appel des confédérations CFDT, CGT, FO, UNSA et FSU (5 octobre 2026)

Les travailleurs et les travailleuses vivent un déclassement inédit. Carburant, produits alimentaires, loyers, gaz, électricité… tout augmente sauf les salaires et les pensions. Notre pays est au bord de la récession et les plans de licenciements se multiplient dans l’industrie comme dans le commerce ou les services.

Pourtant, le gouvernement dans son projet de budget aggrave encore la situation en s’attaquant notamment aux plus précaires et aux malades en gelant les prestations sociales et en réduisant le rôle protecteur de la sécurité sociale. Il baisse aussi les moyens de nos services publics et gèle le salaire des fonctionnaires pourtant en première ligne encore cet été pour sauver des vies et répondre aux besoins de la population face aux canicules et aux mégafeux. Face aux défis climatiques et technologiques qui nous attendent, une politique industrielle n’est plus une option : elle est une nécessité absolue qui fait pourtant toujours cruellement défaut. 

La mobilisation des lycéen·nes et des étudiant·es est légitime. Leur colère, leurs inquiétudes et leurs revendications doivent être entendues et prises en considération. Les jeunes doivent pouvoir grandir, apprendre, se former, construire leur avenir et dans des conditions dignes. Dans le respect de l’indépendance du mouvement lycéen, nos organisations partagent les revendications pour de meilleures conditions d’étude et davantage d’égalité. Nous soutenons le droit des lycéen·nes et des étudiant·es à se mobiliser, à manifester et à se réunir pacifiquement, librement et en sécurité.

Après le succès de la journée de grève et de manifestation de la fonction publique du 29 septembre, les organisations syndicales appellent l’ensemble des salarié.e.s du public comme du privé, des jeunes et des retraité.e.s, à franchir une nouvelle étape : faire grève et manifester le jeudi 5 novembre prochain.
Nous demandons :
– L’ouverture immédiate dans toutes les entreprises et dans toutes les branches de négociations pour augmenter les salaires et réaliser l’égalité salariale Femmes -Hommes
– L’augmentation des pensions des retraités, pour le régime de base comme pour les retraites complémentaires AGIRC ARRCO
– L’augmentation de la valeur du point d’indice des fonctionnaires et des mesures de revalorisation des carrières de la fonction publique
– L’augmentation du SMIC et de toutes les aides sociales (APL, allocations familiales, bourses étudiantes, RSA…)
– Une planification environnementale et industrielle pour relocaliser et décarboner notre industrie. Des moyens pour lutter contre le réchauffement climatique et adapter notre société : isoler les bâtiments, végétaliser les villes, développer les transports collectifs décarbonés
– L’augmentation des moyens de nos services publics pour préparer l’avenir, former les jeunes, soigner et accompagner nos aînés et faire face au dérèglement climatique
– Des mesures de justice fiscale pour taxer les patrimoines, les héritages et les dividendes, l’évaluation, le conditionnement et le redéploiement des 211 milliards d’aides publiques.

Les organisations syndicales alertent solennellement gouvernement et patronat. La colère est immense. La situation du pays est fragile. Il faut sans attendre répondre aux urgences sociales et environnementales.

Le 5 novembre, généralisons la grève !

Salaires, emplois, services publics, jeunesse : halte aux sacrifices !

Appel des unions départementales CFDT, CGT, FO, UNSA, FSU, Solidaires et CFDC de la Somme (extraits)

Pendant que les prix flambent, les salaires et les pensions stagnent. Le gouvernement impose des coupes budgétaires, étrangle les services publics et fait payer la facture aux travailleurs, aux jeunes, aux retraités et aux plus précaires. Pendant ce temps, des centaines de milliards d’euros d’aides publiques sont accordés aux entreprises, la fiscalité reste profondément injuste. 

Le projet de budget 2027 confirme une politique qui fait porter l’effort sur la population et les services publics. Le gouvernement annonce 54 milliards d’euros d’efforts budgétaires, maintient le gel du point d’indice des fonctionnaires et prévoit de nouvelles restrictions qui menacent notre protection sociale.

L’argent existe : il doit servir à répondre aux besoins de la population, à rémunérer le travail et à préparer l’avenir, pas à creuser les inégalités !

Face aux revendications légitimes des jeunes et des travailleurs, le président Macron a pris la parole le 18 octobre de façon irresponsable et oppose le mépris, la répression et les menaces sur la liberté de manifester. Nous exigeons des réponses concrètes à la hauteur de la situation !

ÇA SUFFIT ! NOUS REVENDIQUONS :

Des augmentations de salaires, du SMIC, des pensions et des prestations sociales

Des moyens pour la jeunesse, pour étudier, se former, travailler et construire librement son avenir

Des services publics renforcés, avec des moyens et des effectifs à la hauteur des besoins et dégel du point d’indice

La défense de l’emploi et de l’industrie, une véritable transition écologique

Une fiscalité juste, faisant contribuer les plus fortunés et les dividendes à l’effort collectif, contrôle des aides publiques aux entreprises et conditionnement à des engagements sociaux et environnementaux 

L’abrogation de la réforme des retraites

La colère est là, les luttes convergent : poursuivons et amplifions le mouvement !

Sources:linsoumission.fr

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jeudi 29 octobre 2026

Victoire insoumise – AESH : LFI fait voter l’Assemblée nationale en faveur de la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B.

 AESH. Une deuxième victoire insoumise à l’Assemblée nationale ce 29 octobre 2026. Le groupe parlementaire LFI a fait voter l’Assemblée nationale en faveur de la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. « On est toutes contraintes à la précarité ! », relatent nombre d’entre elles. Salaire moyen ? Un peu plus de 1 030 euros par mois.

« Un salaire minable pour des missions indispensables et des conditions de travail difficiles. Nous ne pouvons plus nous contenter de dire qu’elles sont formidables », l’a justement décrit la rapporteure du texte de loi Murielle Lepvraud. La cheffe de file du texte, Nadège Abomangoli, de compléter à l’ouverture des débats dans l’hémicycle : « Elles et ils attendent qu’enfin une réponse soit apportée à la précarité du métier d’AESH. Que leurs enfants soient enfin accompagnés. Que leurs élèves puissent étudier dans des conditions dignes ! ». L’Insoumission vous livre son dossier d’analyse sur la situation des AESH. Notre article.

AESH : pour beaucoup, l’accompagnement prévu n’est pas au rendez-vous

Depuis la loi de 2005, le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés n’a cessé d’augmenter. Mais vingt ans après, des dizaines de milliers d’entre eux restent sans accompagnement, ou ne bénéficient que de quelques heures de scolarisation par semaine. Pour répondre à cette situation, le gouvernement mise sur la mutualisation et la réorganisation des dispositifs. Pourtant, le problème est que l’Éducation nationale ne donne toujours pas aux AESH les conditions nécessaires pour exercer durablement leur métier et dans de bonnes conditions

À chaque rentrée scolaire, le même problème revient. Des élèves en situation de handicap ont obtenu une notification de la MDPH prévoyant un accompagnement humain mais aucune AESH n’est disponible pour les accompagner. Les familles attendent, appellent l’établissement, sollicitent les services académiques. Parfois une solution est trouvée mais l’accompagnement reste instable. Dans la majorité des cas, l’enfant doit même commencer l’année avec moins d’heures de cours faute d’AESH disponible.

Depuis la loi du 11 février 2005, l’école accueille beaucoup plus d’élèves en situation de handicap. Ils étaient 232 400 en 2006, contre 563 400 en 2024. Cette évolution constitue un progrès réel. Elle ne doit pourtant pas masquer une autre réalité : l’école peine toujours à assurer à tous ces élèves les conditions nécessaires pour y apprendre. Pour beaucoup, l’accompagnement prévu n’est pas au rendez-vous.

À la rentrée 2025, 48 726 élèves disposant d’une notification d’accompagnement humain étaient ainsi sans solution contre 36 186 en 2024. En un an, le nombre a augmenté de 35 %. Et encore ces chiffres ne disent pas tout. Avoir une AESH ne signifie pas forcément bénéficier d’un accompagnement permettant une scolarité normale. Une étude de l’UNAPEI publiée en août 2025 montre combien ces situations sont loin d’être isolées. 13 % des élèves concernés ne bénéficient d’aucune heure de scolarisation par semaine. Pour 38 %, la scolarisation ne dépasse pas six heures et à peine 19 % sont scolarisés plus de douze heures par semaine.

Le droit à l’école existe donc bien évidemment dans les textes. Sa mise en œuvre dépend encore trop souvent du nombre de personnels disponibles dans l’établissement. Notre article.

Une école inclusive qui manque de moyens

Ces difficultés ne sont pas seulement liées au nombre d’élèves concernés. Elles tiennent surtout à la manière dont l’État a choisi d’organiser leur accompagnement.

Les AESH constituent aujourd’hui le deuxième métier de l’Éducation nationale. Elles sont à plus de 90 % des femmes. Leur rôle est devenu indispensable au fonctionnement quotidien des établissements mais leur place dans l’institution reste étonnamment fragile.

Les chiffres du ministère de l’Éducation nationale publiés en mars 2026 sont particulièrement parlants. Plus de neuf AESH sur dix considèrent leur rémunération insuffisante au regard du travail réalisé. En 2025, leur rémunération moyenne était de 965 euros par mois. À cela s’ajoute un sentiment très largement partagé de ne pas être reconnues par leur employeur, 78 % déclarent manquer de considération de la part de l’institution.

Derrière ces chiffres, il y a des professionnelles qui peinent concrètement à vivre de leur métier. Lors d’un rassemblement devant le rectorat de Lille en juin 2026, plusieurs AESH ont témoigné de leurs difficultés financières. Marjorie Greuze qui exerce depuis sept ans, expliquait toucher moins de 1 000 euros par mois, une somme avec laquelle elle doit notamment subvenir aux besoins de sa famille et financer les études de ses filles.

Isabelle Lemaire, AESH depuis treize ans, déclarait elle aussi percevoir autour de 1 000 euros mensuels. Elle racontait finir régulièrement le mois à découvert, parfois dès le début du mois une fois les factures payées. Treize ans d’expérience et un salaire qui reste autour de 1 000 euros. La précarité ne concerne donc pas uniquement les débuts dans le métier. Elle peut s’installer dans la durée.

Le témoignage de Marie, AESH à Lyon, publié par Rue89 Lyon en 2022, donne une autre mesure de cette précarité. À 58 ans, elle travaillait à 66 % pour environ 850 euros par mois, après plusieurs années dans le métier. Elle résumait ainsi la situation :

« On est prisonnières d’un travail qui n’est pas suffisamment rémunérateur. »

Pourtant, elle ne décrit pas un métier qu’elle aurait fini par rejeter. Au contraire, elle explique aimer accompagner les enfants et chercher, pour chacun d’eux, la manière de les aider à progresser.

« J’adore ce que je fais. J’aide des enfants qui sont un peu différents à exprimer le meilleur de leurs capacités », racontait-elle.

Ce décalage revient dans son témoignage. Un travail qu’elle juge utile et dans lequel elle s’est investie, mais dont les conditions matérielles l’ont progressivement enfermée dans la précarité. Embauchée d’abord à 50 %, puis en CDI à 66 %, elle expliquait n’avoir jamais réussi à obtenir un temps de travail lui permettant réellement de vivre de son salaire.

Les difficultés ne concernent pas uniquement la rémunération. Plus d’un tiers des AESH jugent leur formation initiale insuffisante ou inadaptée. Elles sont 53 % à porter le même jugement sur leur formation continue. Les manques concernent parfois des équipements aussi basiques que des tables, des chaises ou des espaces de rangement.

Le métier est également physiquement et psychologiquement exigeant. Un tiers des AESH déclarent avoir consulté un professionnel de santé pour des raisons liées à leur travail au cours des douze derniers mois. Et les perspectives professionnelles sont particulièrement faibles, 79 % les jugent insatisfaisantes.

L’Éducation nationale cherche régulièrement de nouvelles AESH tout en maintenant un métier qui offre peu de perspectives et un salaire qui ne permet pas toujours de vivre correctement. Certaines professionnelles sont contraintes de cumuler plusieurs emplois. D’autres travaillent avec des horaires morcelés, parfois sur plusieurs établissements, ce qui rend difficile toute organisation stable.

Le témoignage de Marie permet de comprendre ce que ces temps partiels représentent concrètement. Elle a commencé comme AESH à 50 %, pour environ 600 euros par mois, avant de passer à 66 % en 2017. Depuis, son salaire est resté autour de 850 euros.

« Je ne connais pas d’AESH embauchée à temps plein. On est toutes coincées dans des temps partiels, contraintes à la précarité », explique-t-elle.

Cette précarité a des conséquences qui dépassent largement la seule fiche de paie. Marie raconte avoir dû renoncer à certaines dépenses de santé, notamment attendre près d’un an avant de pouvoir acheter des lunettes à 600 euros.

« Comment suis-je censée apprendre à lire aux enfants quand je ne vois rien ? », interroge-t-elle.

Avec l’inflation, elle explique également avoir réduit ses dépenses alimentaires et dépendre parfois de l’aide de sa fille.

Un métier de femmes, traité comme un petit boulot

La précarité des AESH n’est pas sans rapport avec la manière dont leur travail est considéré.

Il s’agit d’un métier très largement féminin, comme le sont encore une grande partie des professions liées au soin, à l’accompagnement et à l’éducation. Des compétences comme l’écoute, la patience, l’attention aux autres ou l’aide à l’autonomie sont souvent présentées comme des qualités personnelles plutôt que comme de véritables qualifications professionnelles.

Marie raconte d’ailleurs qu’elle n’avait pas choisi ce métier au départ. Après avoir interrompu pendant plusieurs années sa carrière de secrétaire pour élever ses deux enfants, elle devait suivre une formation pour revenir vers son ancien domaine professionnel. C’est finalement Pôle emploi qui lui propose de devenir auxiliaire de vie sociale (AVS).

« Je me suis fait arnaquer », résume-t-elle. Pourtant, au fil des années, elle s’attache à son travail et à ses élèves : « J’adore ce que je fais. J’aide des enfants qui sont un peu différents à exprimer le meilleur de leurs capacités. C’est quand même un boulot dans lequel on se sent utile. »

Cette contradiction revient dans son témoignage. Elle aime son métier et en mesure l’utilité, mais refuse que le caractère « porteur de sens » du travail serve de justification à sa faible rémunération.

« Porteur de sens ça veut dire qu’on te paye une misère et que tu dois encaisser avec le sourire parce que tu sers à quelque chose », dénonce-t-elle.

Avant d’ajouter : « Merci je sais que je sers à quelque chose, maintenant je veux être payée correctement. »

Cette représentation a des conséquences très concrètes. On peut demander à une AESH de connaître les besoins d’un enfant, comprendre ses difficultés, participer à ses apprentissages, travailler avec l’enseignant, avec la famille, parfois avec les professionnels médico-sociaux. Mais lorsqu’il s’agit de reconnaître cette responsabilité, le métier reste cantonné à des grilles salariales faibles et à des contrats longtemps précaires.

Les témoignages des AESH montrent d’ailleurs que leur activité dépasse largement l’image d’une simple présence aux côtés de l’élève. Stéphane Busschaert, AESH depuis neuf ans, décrit un métier qui l’amène à mobiliser des compétences très différentes, de l’accompagnement social à l’écoute psychologique. Cette réalité du métier est pourtant loin d’être reconnue à sa juste valeur, que ce soit dans le statut ou dans la rémunération.

Marie décrit aussi un travail qui demande du temps et une véritable connaissance de chaque enfant. Elle accompagne notamment plusieurs élèves présentant un TDAH et insiste sur le fait qu’ils ne fonctionnent pas tous de la même manière :

« Il faut trouver la porte d’entrée pour comprendre leur fonctionnement. Des fois ça met une heure, des fois six mois. »

Derrière ce témoignage, il y a une réalité difficilement compatible avec une organisation où les AESH doivent constamment passer d’un élève à l’autre ; l’accompagnement nécessite de connaître l’enfant, ses habitudes, ses difficultés et ce qui lui permet de progresser.

La comparaison avec les métiers du soin n’est d’ailleurs pas anodine. Dans ces professions aussi, les femmes sont très nombreuses, les tâches relationnelles sont centrales et la pénibilité est souvent sous-estimée. Le travail est indispensable mais sa valeur économique reste faible.

Cette contradiction finit donc par produire un cercle vicieux. Les conditions de travail rendent le métier peu attractif, le recrutement devient plus difficile, les AESH déjà en poste doivent couvrir davantage d’élèves et donc leurs conditions de travail se dégradent encore.

Le départ d’une AESH interrogée par le SNALC en septembre 2022 illustre également cette difficulté à retenir les professionnelles. Titulaire d’un master 1 en psychologie du développement, elle travaillait 24 heures par semaine pour environ 830 euros nets par mois. Elle a finalement quitté l’Éducation nationale pour un emploi dans le secteur privé, où elle devait toucher 1 600 euros nets pour 37 heures, avec des tickets-restaurant, une mutuelle et une partie des frais de transport pris en charge.

« Je pars… », écrit-elle en expliquant avoir fini par chercher ailleurs une rémunération davantage en rapport avec ses qualifications et son travail.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la généralisation de la mutualisation.

Avec les pôles inclusifs d’accompagnement localisés (PIAL), puis les pôles d’appui à la scolarité (PAS), l’organisation de l’accompagnement a progressivement changé.

Sur le papier, le dispositif doit permettre une meilleure coordination. En pratique, les AESH peuvent être amenées à suivre plusieurs élèves présentant des besoins très différents, parfois dans plusieurs classes et plusieurs établissements.

Le témoignage de cette AESH partie vers le privé montre à quel point cette organisation peut produire des emplois du temps éclatés. Alors qu’elle était contractuellement à 24 heures par semaine, elle devait être disponible du lundi au vendredi de 8 heures à 16 heures, avec le mercredi matin, en raison des emplois du temps des élèves. Entre les cours, les études, l’EPS ou encore la musique, son planning comportait de nombreux « trous » qui empêchaient de transformer ces heures en un véritable temps plein.

Une professionnelle peut donc commencer sa journée auprès d’un élève, changer de classe pour en accompagner un autre, puis se déplacer dans un établissement voisin. Les temps de trajet s’ajoutent aux horaires de travail avec parfois des frais supplémentaires et une organisation difficilement compatible avec les faibles quotités de travail.

Son récit montre aussi la succession de changements auxquels certaines AESH peuvent être confrontées. En septembre 2022, elle devait initialement accompagner deux élèves dans la même classe. Quelques jours plus tard, on lui demande de rejoindre un autre établissement pour accompagner un troisième élève, puis elle est réaffectée auprès d’un nouvel enfant après que le dispositif prévu n’a pas pu être mis en place. Quelques jours plus tard encore, l’arrivée d’une nouvelle AESH entraîne une nouvelle modification de son affectation. En quelques semaines, les élèves accompagnés et la répartition des heures ont ainsi changé plusieurs fois.

Les propos d’Amélie Vincenot permettent de mesurer concrètement cette situation. Intervenir auprès de quinze élèves répartis dans trois établissements signifie nécessairement multiplier les changements de lieux et d’enfants. Elle souligne également que les classes peuvent réunir plusieurs élèves ayant des handicaps différents, ce qui rend encore plus difficile un accompagnement réellement individualisé.

Le problème apparaît alors très concrètement. Comment construire une relation de confiance avec un enfant lorsque les affectations changent régulièrement ?

L’AESH du SNALC raconte ainsi avoir demandé à deux reprises une augmentation de sa quotité de travail, sans obtenir de réponse. Dans son témoignage, elle décrit cette absence de perspective comme une forme de mépris. Elle pouvait travailler davantage, mais aucune possibilité stable ne lui était proposée.

La contradiction est assez nette. On demande aux AESH de construire un accompagnement adapté à chaque enfant tout en les faisant passer d’un élève à l’autre et parfois d’un établissement à l’autre.

La mutualisation peut avoir son utilité lorsqu’elle répond réellement aux besoins des élèves. Elle devient problématique lorsqu’elle sert surtout à pallier le manque de personnels.

Les syndicats du secteur l’ont largement dénoncé. La FSU-SNUipp estime notamment que les pôles d’appui à la scolarité (PAS) risquent de servir à gérer le manque de personnels de l’Éducation nationale et du secteur médico-social plutôt qu’à apporter de nouvelles réponses aux élèves. Cette critique mérite d’être prise au sérieux et conduit à une interrogation centrale : que fait-on lorsque les moyens disponibles ne correspondent pas aux besoins reconnus ?

Le risque est alors de faire évoluer le dispositif pour l’adapter au manque de moyens, plutôt que de donner les moyens nécessaires. C’est précisément ce qui inquiète autour des pôles d’appui à la scolarité (PAS). En faisant intervenir davantage le dispositif local dans l’évaluation et la réponse aux besoins, on risque de glisser progressivement d’une logique fondée sur les droits de l’enfant à une logique fondée sur les ressources disponibles.

Or, une notification de la MDPH acte un besoin d’accompagnement. Elle ne devrait donc pas rester sans réponse faute de personnels disponibles. Lorsqu’un besoin d’accompagnement a été reconnu, l’État doit être en mesure de fournir le personnel nécessaire. La réponse ne peut pas consister à expliquer que l’établissement n’a personne à affecter.

Le droit à l’éducation ne peut dépendre du nombre d’AESH disponibles

Cette situation pose une question plus large sur ce que signifie réellement l’inclusion scolaire.

La loi de 2005 a constitué une avancée majeure. Elle a affirmé que les élèves en situation de handicap avaient leur place dans l’école ordinaire et que leur parcours devait être adapté à leurs besoins. Mais l’inclusion ne peut pas se résumer à une inscription administrative.

Un enfant qui n’est accueilli que quelques heures par semaine parce que personne n’est disponible pour l’accompagner n’a pas réellement accès à l’école dans les mêmes conditions que les autres. Une famille qui doit réorganiser son travail parce que l’accompagnement de son enfant n’est assuré que certains jours supporte une partie du coût de cette politique.

Un enseignant qui doit prendre seul en charge une situation pour laquelle un accompagnement a pourtant été notifié se retrouve lui aussi placé dans une situation impossible.

Dans son témoignage, l’AESH qui a quitté l’Éducation nationale décrit d’ailleurs cette situation depuis l’intérieur de l’établissement. Elle explique que les enseignants sont eux aussi confrontés à des classes nombreuses et à une accumulation de besoins spécifiques. Son départ ne traduit donc pas un désintérêt pour les élèves qu’elle accompagnait. Elle explique au contraire partir avec le sentiment que l’organisation proposée ne lui permettait plus d’exercer son métier dans de bonnes conditions.

Les AESH doivent alors composer avec toutes ces difficultés au quotidien. Elles ne sont responsables ni du manque de postes ni de l’organisation des établissements. Pourtant, ce sont souvent elles qui doivent trouver des solutions lorsque l’accompagnement prévu ne peut pas être assuré dans de bonnes conditions.

Marie résume cette situation d’une autre manière. Malgré les années passées auprès des enfants et l’attachement qu’elle dit avoir pour son métier, elle explique avoir le sentiment d’être « piégée » dans un emploi dont elle ne parvient pas à vivre correctement.

« On m’a piégée dans ce travail, me forçant à travailler pour un salaire indigne qui m’a empêchée d’enterrer correctement ma mère, qui m’empêche de vivre normalement. »

Elle raconte notamment avoir écrit une longue lettre au ministre de l’Éducation nationale pour proposer des solutions, sans obtenir de réponse personnalisée.

Son expérience montre aussi combien le manque de reconnaissance peut finir par épuiser celles qui restent pourtant attachées au sens de leur travail.

Une politique d’inclusion à la hauteur ne peut donc pas se résumer à l’annonce de nouveaux dispositifs. Elle doit d’abord donner aux AESH les moyens de faire leur travail correctement.

Donner enfin un statut aux AESH

La première urgence est donc le recrutement. Les élèves qui disposent d’une notification doivent pouvoir bénéficier de l’accompagnement prévu. Cela suppose de recruter immédiatement les personnels nécessaires et d’établir un plan pluriannuel permettant d’anticiper les besoins.

Mais recruter davantage dans les conditions actuelles ne suffira pas. Il faut sortir les AESH de la précarité.

C’est le sens de la proposition portée par La France insoumise avec la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. Elle prévoit notamment la titularisation des personnels actuellement en poste et la reconnaissance d’un temps plein correspondant à 24 heures de service.

Cette demande de titularisation revient directement dans les témoignages recueillis auprès des AESH. Pour Marjorie Greuze, obtenir un véritable statut permettrait aussi de reconnaître enfin le travail accompli et de sécuriser les postes. Stéphane Busschaert défend ainsi un temps plein à 24 heures et un statut de fonctionnaire, estimant que la précarité actuelle du métier « n’est plus possible ».

Ce point est important. Le temps de travail des AESH est aujourd’hui souvent construit autour de quotités faibles, qui ne permettent pas de vivre correctement de son emploi. Fixer le temps plein à 24 heures permettrait de reconnaître la réalité du temps de présence nécessaire à l’accompagnement des élèves, tout en garantissant un véritable salaire de fonctionnaire.

Le témoignage de Marie donne à cette revendication une dimension très concrète. Après plusieurs années dans le métier, son salaire reste bloqué autour de 850 euros pour une quotité de 66 %. Elle résume ainsi la situation :

« Je suis une indigente alors que je fais un travail “porteur de sens”. »

Pour elle, la reconnaissance du métier ne peut pas rester symbolique. Elle doit aussi passer par la possibilité de vivre de son travail.

Les AESH bénéficient ainsi de 100 % du traitement correspondant à la catégorie B, avec une carrière et des perspectives professionnelles.

La question de la formation doit suivre. Accompagner des élèves en situation de handicap ne s’improvise pas. Les AESH doivent bénéficier d’une formation initiale solide et d’une formation continue réellement accessible. Il faut aussi renforcer la formation de l’ensemble des personnels qui travaillent avec ces élèves : enseignants, personnels éducatifs et autres professionnels de l’école.

Enfin, la politique d’inclusion doit être pensée dans son ensemble. Les moyens consacrés aux ULIS doivent être à la hauteur des besoins. Les classes doivent progressivement voir leurs effectifs diminuer avec un objectif de dix élèves par classe. Et les structures spécialisées doivent disposer de suffisamment de places pour accueillir les enfants qui en ont besoin.

Il ne s’agit pas d’opposer école ordinaire et structures spécialisées. Il s’agit simplement de permettre à chaque enfant d’avoir une solution adaptée.

Une réforme qui concerne toute l’école

La question des AESH dépasse largement celle de leur statut. Elle dit aussi beaucoup de ce que l’on attend de l’école publique et des moyens que l’on est prêt à lui donner.

Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs parlent d’école inclusive. Le nombre d’élèves concernés augmente et les dispositifs administratifs se multiplient. Les intitulés changent mais sur le terrain les effectifs restent insuffisants. À force de chercher comment faire avec les moyens disponibles, on en oublie parfois le point de départ : les besoins de l’enfant.

Une AESH a besoin de temps pour accompagner correctement un élève. Elle doit pouvoir apprendre à le connaître, comprendre ce qui l’aide ou le met en difficulté, suivre son évolution et échanger avec les enseignants. Ce travail ne peut pas être fait correctement si elle doit changer régulièrement d’élève ou d’établissement.

La priorité devrait donc être de donner les moyens nécessaires pour que cet accompagnement puisse réellement fonctionner. Cela veut dire recruter suffisamment d’AESH, limiter la mutualisation lorsqu’elle nuit au suivi des élèves, améliorer leur formation et leurs conditions de travail. Cela veut aussi dire leur donner un véritable statut, en créant un corps de fonctionnaires de catégorie B et en titularisant celles qui exercent déjà ce métier.

Ce sont des choix politiques. Ils demandent des moyens mais surtout de considérer l’accompagnement des élèves en situation de handicap comme une mission à part entière de l’école publique.

Vingt ans après la loi de 2005, les difficultés sont toujours là. Des enfants ont une notification MDPH mais n’obtiennent pas toujours l’accompagnement dont ils ont besoin. Dans le même temps, les AESH continuent d’exercer dans des conditions précaires.

Si l’on veut vraiment une école inclusive, il faut commencer par donner à celles qui accompagnent les élèves les moyens de faire leur travail.

Sources:linsoumission.fr       (Par Mobina Shameli)


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mercredi 28 octobre 2026

24 octobre : comment le gouvernement a laissé passer les milices d’extrême droite.

 Extrême droite. Quand un mouvement populaire comme celui qui traverse le pays se lève, il n’est guère surprenant de voir des milices fascistes se dresser face aux masses en lutte. C’est historiquement le rôle politique de l’extrême droite depuis un siècle, particulièrement des fascistes italiens.

Si le patronat italien subventionne les premiers faisceaux (fasci) de combat de Mussolini dans les années 1920, c’est bien pour briser les grèves ouvrières massives des deux années rouges (biennio rosso, 1919-1920). Deux ans plus tard, les fascistes prennent le pouvoir, aidés par la droite et les libéraux. Il s’en faut de peu pour qu’une bande de brutes (dixit Mussolini) ne devienne une issue politique pour la bourgeoisie en crise. 

Dans la France d’Emmanuel Macron, l’extrême droite et la dérive fasciste sont de nouveau une option sérieuse pour la classe dirigeante. Galvanisés par la répression policière, la colère des possédants et de leurs relais médiatiques, les atteintes portées à la sainte propriété privée, leurs proxys d’extrême droite se sentent en droit de réinvestir les rues. 

Dans plusieurs cortèges ce 24 octobre, les groupuscules d’extrême droite ont voulu se poser en alternative ou en auxiliaire des troupes de Laurent Nuñez, déjà bien occupées à mutiler, nasser, gazer et frapper les manifestants. Partout les forces dites de l’ordre se sont fait attendre : la police ne saurait en rien être un rempart contre les violences d’extrême droite. Loin s’en faut. Notre article. 

Pour aller plus loin : RN : une opération séduction des jeunes qui ne prend pas

« Touche pas à ma ville », une initiative d’extrême droite

Dès avant les mobilisations de samedi dernier, les mots d’ordre ont fusé dans les canaux de l’extrême droite. Si le RN, embarrassé de ses proximités avec eux, les refuse à son congrès d’Orléans, autant se rendre utile à l’ordre établi par d’autres moyens. L’exemple lyonnais en a inspiré plus d’un : on réactive des contacts, on ouvre des fils de messageries pour « protéger les commerçants » de la « racaille », le tout centralisé autour de l’initiative « Alpha rise », lancée par un influenceur de Montpellier. 

Bien vite, l’initiative, qui prévoyait initialement de livrer des « casseurs » aux forces de police, se mue en velléités de s’en prendre physiquement à des personnes non-blanches et/ou de gauche en marge des manifestations. 

Ces supplétifs autoproclamés de la police prennent l’initiative et attaquent directement les manifestants isolés, les cortèges pacifiques dans plusieurs villes comme Nice, Lyon, Rouen, où leurs exactions et défilés ne sont même pas interrompus par les autorités.

Pour aller plus loin : Lyon : l’extrême droite défile pendant le couvre feu liberticide, le gouvernement laisse faire

Nice est l’exemple typique du laisser-faire de la police face à l’extrême droite. Après avoir défilé et répandu leurs immondices sans interdiction préfectorale, les groupuscules fascistes et identitaires locaux s’en sont violemment pris à la manifestation contre la vie chère, à coups de couteaux et de barres de fer ! 


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Pire encore, il semble que la police ait protégé ces nervis après leurs méfaits et agressions. Incompétence ou sympathie politique ? Le maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a été plus réactif que le ministre de l’Intérieur pour condamner les agressions, c’est dire ! « Il en a fait des caisses » sur sa communication, a confié le militant insoumis local Olivier Salerno auprès de L’Insoumission. L’allié de Le Pen veut apparaître avant tout comme un homme d’ordre, y compris face à ses alliés groupusculaires.  











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Pire encore, il semble que la police ait protégé ces nervis après leurs méfaits et agressions. Incompétence ou sympathie politique ? Le maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a été plus réactif que le ministre de l’Intérieur pour condamner les agressions, c’est dire ! « Il en a fait des caisses » sur sa communication, a confié le militant insoumis local Olivier Salerno auprès de L’Insoumission. L’allié de Le Pen veut apparaître avant tout comme un homme d’ordre, y compris face à ses alliés groupusculaires.  



Pire encore, il semble que la police ait protégé ces nervis après leurs méfaits et agressions. Incompétence ou sympathie politique ? Le maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a été plus réactif que le ministre de l’Intérieur pour condamner les agressions, c’est dire ! « Il en a fait des caisses » sur sa communication, a confié le militant insoumis local Olivier Salerno auprès de L’Insoumission. L’allié de Le Pen veut apparaître avant tout comme un homme d’ordre, y compris face à ses alliés groupusculaires.  

Rouen, au fort passif identitaire, a aussi été la cible de ce genre de réseaux créés à la va-vite pour attaquer les manifestations, sans être inquiétés par la police. Une actualité à mettre en lien avec les récentes violences, lors de la « Marche des Normands », pilotée par les identitaires des « Normaux ».  

À Montpellier, ville d’origine « d’Alpha Rise », ils étaient une vingtaine de miliciens à avoir cherché à s’en prendre à des manifestants, là encore en prétendant « protéger les commerces ». Même constat, avec moins de succès heureusement, à Besançon, où des manifestants localisent facilement des militants d’extrême droite aux abords du cortège réprimé par la police. Dans la ville voisine de Dijon, la complicité entre policiers et milices d’extrême droite est en revanche manifeste. 


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Les exemples se multiplient encore à Lyon, Clermont-Ferrand, Nancy : les fascistes attaquent, se replient avant de se retrouver en sous-nombre et se réfugient derrière un cordon de police. Malgré les dénégations du ministère de l’Intérieur, les faits sont têtus et se sont reproduits dans de nombreuses villes.

Ce pot-pourri des tendances de l’extrême droite groupusculaire (royalistes, néofascistes, identitaires voire néomilitants) a bien l’intention de revenir semer le chaos dans les cortèges des prochaines manifestations. Le mouvement de la jeunesse, des Gilets jaunes et des syndicats, soutenu par les Insoumis, ne restera pas passif face aux auxiliaires de police que veulent devenir les groupuscules d’extrême droite. 

Sources:linsoumission.fr (Par Alexis Poyard)

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