« Nous opposons le cercle vertueux de la relance écologique et sociale, qui tirera notre pays d’affaire, au cercle morbide créé par les budgets macronistes et la démolition de l’État et des services publics », résume le leader insoumis. L’insoumission republie dans ses colonnes sa dernière note de blog.
« Tous ceux qui sont candidats à l’élection présidentielle ont, je suppose, au moins le même espoir de gagner et donc de devoir présenter aussitôt un projet de loi de finances rectificative. Personne à part nous n’a l’air de s’en soucier. » – Jean-Luc Mélenchon
Cette année encore, les Insoumis se sont mis au défi de présenter, comme nous le faisons depuis 2017, un contre-budget pour répondre à la présentation du budget par le gouvernement. Mais cette année, il y a un contexte bien différent. L’Assemblée va délibérer au mois d’octobre, mais il y a une élection présidentielle au mois d’avril, en cours d’année d’exécution du budget. Nous savons avoir une possibilité de gagner cette élection. Par conséquent tout ce qui aura été décidé maintenant ne servira à rien. Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls dans cette perspective. Tous ceux qui sont candidats à l’élection présidentielle ont, je suppose, au moins le même espoir de gagner et donc de devoir présenter aussitôt un projet de loi de finances rectificative. Personne à part nous n’a l’air de s’en soucier.
Nous avons donc dû préparer un projet qui soit non seulement raccord avec le projet général contenu dans L’Avenir en commun, mais aussi raccord avec une séquence dans le temps. Les élections législatives suivront quasi immédiatement, et nous aurons un projet de loi de finances rectificative, avant de passer à d’autres choses, comme le démantèlement de l’empire Bolloré, pendant l’été 2027. C’est ce « raccord » qu’il s’agissait d’organiser. Si bien que le document préparé cette année par Éric Coquerel et plusieurs équipes du mouvement insoumis au travail sur ce sujet, se présente quasiment comme l’avant projet de cette loi de finances rectificative.
L’autre culture de la dette publique
Dans ce domaine, nous sommes à l’aise, parce que l’ensemble des animateurs du mouvement insoumis ont une culture économique commune. Certes, ce n’est pas la culture dominante. Cette culture s’est construite au début des années 2000, pendant toute la période de l’altermondialisme, quand on commençait à mettre en cause les bases techniques sur lesquelles fonctionnait le modèle néolibéral. Ce modèle s’achève en ce moment par une débâcle générale. Tous les pays qui l’ont appliqué sont endettés jusqu’au cou. Ils voient leurs équipements publics saccagés et leurs populations clivées entre deux extrêmes : ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien. Le nombre des milliardaires augmente et celui des pauvres explose.
Dès cette époque, notre approche a porté sur ces sujets qui apparaissent aujourd’hui comme neufs. Ils ne le sont pas du tout. Beaucoup ont oublié qu’il y a eu, sur la question des dettes des États, une période d’amples discussions au niveau international, quand l’ensemble des pays d’Amérique latine ont été pris à la gorge par ce fléau. Il y avait même eu une mission décidée par l’ONU, à l’initiative de l’Afrique du Sud et de l’Équateur, dont le président était à l’époque Rafael Correa. Elle avait assumé un mandat pour discuter de la manière d’affronter le poids de la dette publique en empêchant les différentes économies nationales d’être asphyxiées. On se rappellera peut-être que j’avais été invité à témoigner à Genève devant cette commission de l’ONU, précisément sur la question des dettes et de leur annulation. Le terme utilisé à l’époque était celui de « dette odieuse ». La discussion sur ce sujet ne commence donc pas aujourd’hui. Pour nombre d’entre nous, elle a déjà une longue histoire de luttes, d’opposition, de réflexion, de travail et de mise au point. Nous ne débarquons donc pas.
Cela nous évite de commettre des erreurs comme madame Le Pen. Tout d’un coup ils improvisent en proposant une « règle d’or ». Ils pensent s’offrir de cette façon une crédibilité des « marchés ». Ils en attendent des résultats merveilleux, en se moquant du fait qu’ils sont absolument intenables et ingérables. Et en oubliant pourquoi tous les pays qui l’avaient annoncée y ont finalement renoncé.
Nous sommes donc dans la filiation de cette autre histoire critique qui, depuis le surgissement et la domination du néolibéralisme, a travaillé la pensée de gauche et, d’une manière générale, celle des économistes hétérodoxes.
La stratégie libérale de la dette
La situation de la France a plusieurs particularités révélatrices de la méthode de la dette comme stratégie des libéraux. Je l’ai résumée devant le MEDEF, si vous voulez bien vous en souvenir : le total des « aides » apportées aux entreprises, c’est-à-dire en fait aux actionnaires, équivaut au déficit, et que le déficit, c’est le montant de la dette. Elle n’a pas d’autre origine que l’appauvrissement méthodiquement organisé de l’État par le macronisme, à la suite des deux précédents présidents de la République.
Tout un temps, partout dans le monde, le néolibéralisme avait la même stratégie. Il fallait couler les comptes publics en appauvrissant l’État. Puis dénoncer la dette, et donc couper dans les dépenses publiques consacrées aux services publics. Et enfin subventionner le « marché » pour remplacer tout ce qui avait été socialisé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Rien n’est donc arrivé ensuite par hasard. Ce n’est pas que les gouvernements libéraux se soient laissés aller ou qu’ils n’aient pas compris la situation : ils l’ont voulue et organisée délibérément. C’était, en Europe, le projet allemand en particulier, celui de l’ordolibéralisme. Pour cela, la politique ne doit plus jamais se mêler d’économie. C’est ce qu’ils ont appliqué, et cela s’est terminé partout par un désastre.
Car il ne faudrait pas croire que seule la France a quatre mille ponts à réparer, des milliers d’établissements scolaires en ruine et des hôpitaux publics dans le pire des états. Les Allemands sont dans une situation comparable, et à maints égards, pire que la nôtre. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils relancent à coup de dettes à leur tour.
Aides, déficit et dette : c’est tout un !
En attendant, la formule que j’ai utilisée devant le MEDEF était la bonne : les aides sans contreparties ont fait le déficit, et le déficit a fait la dette. C’est une stratégie, et c’est cette stratégie que nous voulons renverser. Si vous nous jugez d’après les critères du néolibéralisme, nos projets sont inacceptables. Mais nous pensons que l’histoire peut sans cesse renouveler ses formules. Et elle le fait.
Jusqu’à présent, ce que je viens de dire, c’était en quelque sorte un slogan présenté devant le MEDEF. C’est maintenant une réalité que plus personne ne peut discuter. Quand le rapport sénatorial de Fabien Gay est sorti, il parlait de 210 milliards d’aides, et il expliquait par là le déficit et l’appauvrissement volontaire de l’État. Le président de cette commission, qui est LR, disait : « Non, ce n’est que 120 milliards. » J’avais alors répondu que je m’en contentais ! Avec cela, on réduit sérieusement le déficit, puisqu’il est de 150 milliards. Mais voici du neuf. Depuis avant-hier, Bercy a établi que les aides s’élevaient à 166 milliards, c’est-à-dire 16 milliards de plus que le déficit du budget de l’État. Il est donc établi, par ceux-là mêmes qui ont creusé le trou, que ce trou dans la caisse est exclusivement dû aux aides.
Quand on dit « les aides », ce sont les faveurs, les niches, tous ces moyens par lesquels le capital concentré de notre pays a échappé à l’impôt, échappé à toutes ses obligations, et abondé sans limite l’actionnariat. Sous cette dictature de l’actionnariat, dont le régime Macron aura été l’accélérateur irresponsable, voici nos comptes publics mis en impasse.
Mais apprécions tout de même ceci, et j’en suis un témoin, ma mémoire est donc encore fraîche sur le sujet : il doit bien rester quelques personnes en politique pour se souvenir d’avoir vécu à une époque où l’impôt sur les sociétés était de 50 %. Et à cette époque le profit réinvesti dans l’entreprise n’était pas taxé au même taux tarif que la part distribuée aux actionnaires ! Je le rappelle, ce n’était pas le communisme à l’époque en France. Au demeurant, si l’on appliquait la fiscalité qui avait cours sous le président Chirac, il n’y aurait pas de déficit aujourd’hui. Tout montre donc que notre raisonnement de base est le bon : le désastre actuel a été créé volontairement, comme une stratégie. On peut en venir à bout en inversant la méthode.
Le capital peut payer
Monsieur Macron a trouvé l’impôt sur les sociétés à 33 % et l’a amené à 25 %. Mais tout le monde sait que ce taux de 25 % est bidon. Les grandes multinationales paient 15 %. Seules les petites entreprises en France paient plus de 20 % ; les grands groupes et les compagnies financières, non. D’ailleurs, le taux sur lequel on s’était entendu à un moment donné pour limiter l’ampleur du scandale des différences d’imposition au niveau mondial, avant que Trump n’envoie tout balader, était de 12 %. Voilà d’où nous sommes partis, voilà où nous sommes arrivés, et voilà pourquoi il y a le gouffre, le trou, l’impasse. Il y a une cohérence de cette politique et Monsieur Macron la maintient dans les pires circonstances. Et c’est ce que continue le budget de Monsieur Lecornu, son commis actuel.
Déstabiliser la France coûterait cher
On voudrait faire de la France une sorte d’exception calamiteuse pour justifier que nous soyons traités comme des Grecs des années passées. Les Grecs pèsent 2 % de l’économie européenne, les Français 18 %. Je redis aussi solennellement que je le peux à tous ceux qui voudraient, par leurs complots ou pour faire de bonnes et juteuses affaires, précipiter la France à terre : ils auraient eux-mêmes à en payer chèrement les conséquences. Autrement dit, il n’existe pas de « malaise français » sans malaise européen. J’utilise des formules arrondies pour que personne ne ressente une panique excessive. Mais j’appelle à méditer ce que je viens d’écrire là. Car en toute hypothèse, je rappelle aussi à tout le monde que depuis 2012, on a voté au même moment le mécanisme européen de stabilité financière. Autrement dit, si par malheur quelqu’un faisait trébucher la France, toute l’Europe paierait, à commencer par nos voisins allemands. Je rappelle : si la Grèce avait fini par une banqueroute, il y en aurait eu pour 45 milliards pour nous et 65 milliards pour les Allemands au nom de ce mécanisme.
La hausse des taux est universelle.
La terre entière est soumise à une augmentation des taux qui, du point de vue de l’économie capitaliste contemporaine, ne présente aucun mystère. Pourquoi ? Parce que en dépit des masses financières considérables disponibles dans le monde, il y a une compétition des investissements. D’abord aux États-Unis d’Amérique, entre l’argent investi dans le numérique et l’intelligence artificielle, et les emprunts du Trésor nord-américain, qui portent sur la somme faramineuse de 40 000 milliards. Même quand on peut fabriquer de la monnaie tous les jours, comme les Nord-Américains ont le pouvoir de le faire, cela fait une rude concurrence.
Une deuxième concurrence existe. Nos amis et voisins allemands empruntent cette année beaucoup. Vraiment beaucoup. À leur tour, ils viennent avec leur paille boire l’eau délicieuse du déficit impuni. Il justifiera ensuite l’affrontement avec la puissante organisation syndicale de leur pays et avec les niveaux de salaire allemands jugés incompatibles avec la compétition internationale, notamment avec l’Asie. L’Allemagne a besoin d’un choc social, et elle est en train de s’en offrir le terrain en empruntant pour relancer son activité avec l’économie d’armement. Cela crée une compétition qui aggrave la situation particulière en Europe. Car l’Europe est déjà placée sous le feu des États-Unis d’Amérique. Ils font tout pour l’appauvrir, la dominer, la vassaliser et la coloniser, comme sur le plan du numérique ou d’approvisionnement en carburant.
La trahison des élites
En France, s’y ajoute quelque chose de traditionnel dans la vie des Français : la trahison des élites. Cette méthode, c’est Monsieur Bayrou qui l’a remise au goût du jour. Avant lui, il y avait eu Fillon : « La France est en faillite ». Ces gens cherchent à provoquer des effets de panique pour ramener le troupeau vers la bonne sortie. Ce fut Monsieur Fillon, et l’artiste suprême fut Monsieur Bayrou, qui s’est tout d’un coup inventé une rigueur qu’il n’avait jamais pratiquée lorsqu’il gouvernait. Il a délibérément expliqué que la France était en faillite. Deux semaines après, toutes les agences de notation baissaient la note de la France. Et cela pour une raison que tout le monde comprend : les notes données par les agences de notation sont une référence obligée pour nombre d’acteurs financiers de toutes sortes. Dès lors, quand le Premier ministre lui-même dit que c’est la catastrophe, pourquoi voudriez-vous qu’une agence dise autre chose que lui ? Aujourd’hui, cela s’aggrave.
Ainsi, lorsque nous parlons d’abroger la dette française détenue dans les caisses de la BCE, qui est de l’argent que nous nous devons à nous-mêmes, on voit par exemple une certaine presse courir voir le banquier allemand pour lui demander ce qu’il en pense. Puis on voit se succéder dans le même sens tous les hauts personnages. Ils ne discutent ni n’argumentent : ils insultent, admonestent et travaillent ouvertement au ralliement à l’extrême droite. À commencer par Monsieur Moulin, gouverneur de la Banque de France. Je veux rappeler qu’il n’est là que parce que son prédécesseur est parti avant la fin de son mandat, pour que Monsieur Macron puisse nommer le suivant et que ce ne soit pas éventuellement à moi de le faire. Cet homme, qui n’a jamais obtenu la majorité du vote des députés, lesquels représentent pourtant le peuple français, a fini par être nommé faute d’avoir trouvé deux tiers des voix pour le repousser. Auparavant, il était directeur du Trésor, et secrétaire général de l’Élysée, c’est-à-dire personnellement responsable de la mise en place et de l’exécution de la politique calamiteuse dont nous parlons.
Il en va de même des deux anciens Premiers ministres qui se présentent à l’élection présidentielle. Car c’est sous leur gouvernement que la dette a été triplée par rapport à ce qu’elle était avant la présidence de Monsieur Sarkozy, qui lui-même a fait 600 milliards de dette. Puis Monsieur Hollande, c’est 398 milliards ! Et ensuite Macron 1 300 milliards, un peu plus. Tous ces gens-là se tiennent par la barbichette. Ils sont tous responsables. Ce n’est jamais nous qui avons gouverné ce pays. La seule éclaircie dans les malheurs des comptes publics a été l’épisode du gouvernement Jospin, où, sur la base d’une certaine politique de relance, tous les comptes sociaux ont été remis au vert. Je le rappelle pour ceux qui n’ont pas de mémoire. Moi, j’en ai une car j’y étais.
Le capital doit réparer ses dégâts
Pour remettre en ordre les comptes publics, il faut se concentrer sur l’essentiel. Je dois résumer, et donc peut-être d’une certaine manière dessiner à gros traits, mais on comprend ce que je veux dire : il est nécessaire de mettre à contribution le capital financier, parce que c’est lui qui a profité de la dette à plein, tout le temps, sous toutes les formes : les baisses de salaires, les baisses de revenus, les faveurs fiscales de toutes sortes, jusqu’à aujourd’hui encore. Ceux qui ne veulent pas l’admettre feraient bien de démontrer leur thèse au lieu d’accuser la nôtre. Le capital financier a profité, et c’est lui qui doit maintenant prendre sa part et combler les déficits qu’il a provoqué.
Pourquoi lui ? Parce que c’est le seul prélèvement qui n’a pas d’effet récessif. Quand on taxe un fonds financier ou une quelconque institution financière de cette nature, cela ne provoque pas de recul de l’activité. Tandis que lorsqu’on prélève sur ceux qui produisent, cela a, par la force des choses, un impact récessif. C’est le cas de l’actuel budget Lecornu. Il enfoncerait le pays dans un effet récessif plus important.
En tout cas, vous verrez que nous avons deux fers au feu concernant la dette. Et nous sommes les seuls à en avoir. Tous ceux qui, avec des airs supérieurs, nous demandent comment nous finançons ceci ou cela ne tiennent jamais aucun compte de ce que nous disons, ni des recettes supplémentaires que nous allons tirer de nos impôts sur le capital et avec lesquelles nous avons l’intention de financer les besoins.
Payer la dette ?
Sur la dette, nous actionnons deux leviers depuis le début. Premier levier : la dette française détenue par la BCE. J’insiste sur le fait qu’il s’agit purement et simplement d’un trait à tirer. Par conséquent, je ne vois pas pourquoi on va demander au président d’Euronext, c’est-à-dire président d’une Bourse qui passe sa vie à vivre de la spéculation, de venir nous donner des leçons de gestion de l’économie. Je ne vais pas vous ressortir De Gaulle pour vous dire que la politique de la France ne se fait pas à la corbeille, mais celui-là est le plus mal placé pour expliquer comment se gère la dette publique. Il ferait bien d’aller réviser ses propres comptes avant de venir me faire la leçon en disant que, soit je ne sais pas, soit je mens volontairement. C’est un spéculateur, un profiteur de crise et un exploiteur du peuple. Quel est l’intérêt du témoignage de cette personne ? Zéro. Pourtant, il a occupé toute une journée de commentaires. Et j’en passe, parce que maintenant cela défile : le gouverneur de la Banque de France, le chef de je ne sais quelle compagnie d’investissement qui termine en disant que si le capital doit choisir, quelle surprise, il préférera Le Pen à Mélenchon. On connaît toute cette musique. Ils défilent les uns derrière les autres comme des comploteurs contre notre pays.
Voilà donc le premier fer au feu. Le deuxième, ce sont les recettes nouvelles que produit la réorientation de l’épargne de notre pays, qui est considérable. J’insiste sur le mot réorientation, que l’on considère l’assurance-vie ou la Caisse des dépôts et consignations. Comme vous pourriez être surpris et vous méprendre sur les mots, je précise : j’ai dit réorientation, pas imposition, pas taxation, pas confiscation, pas nationalisation. Réorienter veut dire que les propriétaires resteront propriétaires, mais qu’au lieu de voir un euro sur deux de l’assurance-vie partir à l’étranger, cet argent viendra s’investir en France, parce que des conditions plus favorables y seront faites. Lesquelles ? Celles qui résulteront de l’annulation de l’avantage financier accordé à l’euro qui quitte la France. Naturellement, cela ne concernera pas la totalité de cette somme disponible. Car il n’y a pas où investir 1 000 milliards séance tenante en France. Mais tout le monde a bien compris : réorientation !
Cette réorientation a pour effet de procurer des recettes supplémentaires à l’État. Comment ? Le taux moyen de la TVA est de 18 %. Dès lors que de l’argent, qui appartient toujours à l’un ou à l’autre, est investi dans des entreprises qui achètent des matières premières, louent des bâtiments et emploient des salariés, tout le monde comprend que l’ensemble de cette production est taxé à ce taux moyen. C’est ce taux moyen qui va nous aider aussi à financer le recul de la dette publique.
De manière symbolique, mais parlante, nous avons décidé que, dans le budget que nous présentons, 25 milliards seraient consacrés à la diminution de la dette. Nous sommes donc dans l’épure des quatre spécialistes qui avaient été nommés pour faire des recommandations, et qui parlaient, eux, de 125 milliards. Très bien : en voici le cinquième. À cela s’ajoutera un allègement de la charge annuelle auquel s’ajoutera l’annulation de l’effet récessif. Car l’effet récessif des budgets Macron va faire diminuer les recettes de l’État. Par conséquent, quand le budget Lecornu aura été appliqué, la situation sera pire qu’avant.
Deux visions de l’économie actuelle
Éric Coquerel a eu totalement raison de dire que mieux aurait valu une loi spéciale plutôt que ce budget. On aurait alors maintenu l’épure précédente, qui n’était déjà pas bonne, mais qu’on n’aurait pas aggravée, et on aurait laissé à la prochaine équipe, qui arrivera en avril prochain, le soin de fixer ce que sera en définitive le budget de 2027. Car, en toute hypothèse, le budget de l’année prochaine ne sera pas celui que l’on va décider cette fois-ci, quel que soit le vainqueur. Il pourra être pire si c’est Attal ou Philippe qui gagne, puisque ce sont eux qui ont déjà creusé un trou de 1 300 milliards. C’est leur spécialité, c’est ce qu’ils savent faire. Ou dément si c’est madame Le Pen et ses apprentis sorciers qui l’emporte.
Je vais terminer en vous disant ce à quoi vous êtes confrontés : deux visions globales, chiffrées, argumentées, appuyées sur l’expérience et sur la démonstration donnée par nos voisins. Depuis que l’Espagne a adopté un budget de croissance écologique et sociale, elle connaît une croissance franche et un recul de sa dette, puisqu’elle est passée sous les 100 %. Ce que nous vous disons n’est donc pas un pur schéma idéologique : c’est quelque chose qui s’applique ailleurs et qui donne des résultats. Les Allemands, cette fois-ci, ont pris eux aussi une autre direction : ils ont compris que trois ans de récession finiraient par les tuer, et ils en étaient à la quatrième année. Eh bien, dès qu’ils se sont remis à réinvestir, cette année, en empruntant un peu plus de 60 milliards, leur économie est sortie de la récession pour entrer dans une autre phase.
Notre budget injecte au compte-gouttes de l’argent qui se remet en circulation. J’insiste sur ces deux termes : injecter au compte-gouttes, et de l’argent qui se remet en circulation. C’est par exemple l’allocation jeunes, qui, après déduction des autres allocations, leur donne 1 300 euros par mois. C’est le même schéma appliqué sous Lionel Jospin, avec l’embauche de 350 000 emplois jeunes au SMIC, et j’ai rappelé tout à l’heure le résultat. Il y a ensuite le point d’indice des fonctionnaires, et toute une série d’autres mesures. Et il y a la politique de réorientation de l’épargne : comme il s’agit de 100 milliards dans le premier budget, cela fait 18 milliards qui reviennent dans la poche de l’Etat.
Et la BCE ? Elle doit agir !
Je termine sur la BCE. Nous sommes en droit de demander aux euro-enthousiastes à quoi sert l’Europe dans les circonstances que nous vivons ? Elle ne fait strictement rien, et le banquier central de chez nous dit que le rôle de la Banque centrale européenne n’est pas de venir au secours du budget de la France. Personne ne lui a donc dit que la Banque centrale européenne est déjà venue au secours du budget de l’Espagne et du Portugal quand elle a baissé ses taux ? Personne ne lui a dit qu’à plusieurs reprises déjà, la BCE a mené des politiques de relance, assorties de conditions qui n’ont jamais fonctionné, jusqu’au jour où elle a donné de l’argent gratuit et sans condition à toutes les banques qui voulaient bien lui en demander ou lui vendre des titres de dette d’État ? La Banque centrale européenne a déjà fait tout cela, en particulier en 2008, pour tirer d’affaire le système bancaire mondial qui menaçait de s’effondrer. Elle peut donc encore le faire. Si elle ne le fait pas, elle ferait payer à toute l’Europe le prix des dégâts.
Car la France n’est pas la seule à dépasser les 100 % selon cette règle absurde qui veut que 100 % du PIB égale la catastrophe. Ce à quoi nous ne croyons pas, parce que des étudiants en économie ont démontré que le calcul du brillant économiste qui a inventé cela était faux. D’autres pays sont dans la même situation, à des degrés divers: la Grèce, l’Italie, la Belgique, la France bien sûr, l’Espagne. Ces pays représentent 50 % du PIB de la zone euro. Si la doctrine absurde de Monsieur Moulin, selon laquelle la BCE ne s’occupe que de la stabilité des prix, s’appliquait, la catastrophe serait assurée, garantie. Car à ce stade, tout le monde paiera plus de 4 %. C’est un taux monstrueux. On peut toujours dire que 4,80 % est encore plus monstrueux, mais 4,18 actuels % l’est déjà, Tous ces pays sont mis en situation de fragilité.
Notre démarche n’est pas idéologique. C’est une démarche de rationalité économique. Nous opposons le cercle vertueux de la relance écologique et sociale, qui tirera notre pays d’affaire, au cercle morbide créé par les budgets macronistes et la démolition de l’État et des services publics.
Sources:linsoumission.fr




















