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lundi 29 juin 2026

« La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir » – Retrouvez la tribune d’Ugo Bernalicis, député LFI.

 

La crise de la justice n’est pas un accident de l’histoire récente : elle est le produit de quarante années de gestion managériale d’un service public régalien. Les drames qui l’illustrent ne sont pas des anomalies, ils sont le symptôme d’une doctrine à bout de souffle. La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir, pour assurer l’effectivité des droits, le rétablissement de la dignité des travailleurs et la lutte acharnée contre les inégalités.

Retrouvez la tribune du député LFI Ugo Bernalicis, spécialiste des questions de justice au sein du mouvement insoumis.

I. Une agonie systémique, que les drames viennent rappeler avec une cruelle régularité

La crise de la justice n’est pas nouvelle, et malgré les efforts de communication de la macronie, elle n’est pas réparée. Au terme mal choisi de « clochardisation » de la justice, je préfère celui d’un service public à l’agonie. Cela fait des années que j’appelle, avec mon groupe parlementaire, à rompre avec la gestion managériale de la justice (new public management) pour reconstruire un service de proximité et d’égalité. La sociologue Cécile Vigour a montré, dès le milieu des années 2000, comment cette « gestionnarisation » de l’institution judiciaire avait progressivement substitué aux critères de qualité du jugement des indicateurs de productivité, de délais et de taux d’écoulement des stocks, redéfinissant en profondeur le métier même de juger.

Voilà l’impasse où nous mènent les politiques conduites depuis des décennies. La politique du flux est à son paroxysme et démontre, chaque jour davantage, l’échec de cette doctrine. On ne peut traiter la justice comme un débit à écouler : la dégradation des droits au nom de la cadence, ce sont autant de dossiers mal traités, autant de vies suspendues à une procédure expédiée.

Cette agonie est systémique, et elle s’illustre malheureusement par des drames qui n’ont rien d’anodin et qui se répètent. Je pense à l’appel de plus de 3 000 magistrats, rejoint par plus de 6 000 professionnels et greffiers publié dans Le Monde le 23 novembre 2021, après le suicide de Charlotte, jeune juge de 29 ans dans le Nord, épuisée par des injonctions permanentes de rendement. Je pense à ce greffier de 28 ans du tribunal judiciaire de Mamoudzou qui, en mars 2022, a tenté de mettre fin à ses jours en laissant une lettre dénonçant le manque de moyens humains, l’absence d’accompagnement et l’isolement professionnel imposés par l’institution. Ce mal n’est pas nouveau : il a toujours été illustré par des drames comme celui du 16 septembre 2010, où Philippe Tran-Van, juge d’instruction à Pontoise, épuisé professionnellement et écrasé par une charge de travail qu’il ne pouvait plus assumer, a mis fin à ses jours sur les rails d’une gare du Val-d’Oise.

Les chercheurs Christian Mouhanna et Benoît Bastard, du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CNRS), ont documenté de longue date ce désenchantement professionnel : confrontés à des injonctions contradictoires de productivité et de qualité, beaucoup de magistrats se rallient par défaut à la logique managériale faute d’alternative crédible qui leur soit proposée, ce qui n’éteint en rien la souffrance que cette adhésion forcée engendre.

Ces drames montrent l’étendue d’une crise profonde et, surtout, l’impasse de la trajectoire politique suivie depuis trop longtemps. Une justice maltraitante est une justice qui maltraite, et je sais que ces drames se répercutent aussi sur les justiciables. Les affaires où des proches de victimes ou des mis en cause dénoncent un traitement judiciaire défaillant se multiplient, et celles d’aujourd’hui ne sont, hélas, pas les dernières.

Entre renoncement aux droits faute d’accès effectif à la justice et procédures expédiées, que dit la République à ses citoyennes et à ses citoyens ? Les réponses de surenchère pénale, poussant à l’automaticité des peines et à la répression systématique, ne font qu’accélérer la dégradation continue du service public, car ces propositions portent en elles-mêmes le mal qu’elles prétendent combattre : priorisation à outrance, procédure indigente, professionnels plus sous pression encore. Quand tout est prioritaire, rien n’est prioritaire, et ce sont les usagers du service public, comme les professionnels saturés d’injonctions contradictoires, qui en paient le prix.

Ce qui se joue à chaque étape de la chaîne pénale conduit à des drames : pour les victimes qu’on ne cherche pas à accompagner mais que l’on pousse vers le renoncement ; pour les magistrats rendus responsables de chaque dysfonctionnement ; pour les fonctionnaires de greffe dont les conditions de travail se dégradent pour répondre à des injonctions contradictoires d’accompagnement et de célérité ; pour les avocats sommés de défendre sans jamais être eux-mêmes mis en cause. Ces solutions nous enferment dans l’impasse où nous sommes. Elles ont vocation à nous détourner des problèmes de fond et participent elles-mêmes du problème.

Michel Foucault l’avait montré il y a un demi-siècle : la logique punitive ne se contente jamais de répondre à un fait, elle organise une discipline qui se diffuse et se durcit d’elle-même. Les sociologues Loïc Wacquant et Didier Fassin ont, chacun à leur manière, prolongé cette intuition en montrant comment le tournant punitif contemporain vient précisément combler, par la surenchère pénale, les vides laissés par le retrait de l’État social, déplaçant sur la justice pénale des problèmes que seules des politiques publiques de prévention et d’accompagnement pourraient résoudre. Le pénal devient le hochet des populistes pénaux de notre temps, mais je vous invite à regarder l’état de la justice civile, qui représente l’écrasante majorité de l’activité judiciaire. Cela ne fait pas frémir les médias, et pourtant c’est une dégradation considérable qui en dit long sur l’état de notre République : autant de renoncements au droit, d’injustices non traitées, de violences sociales renforcées. Je suis alerté depuis longtemps sur les délais devant les conseils de prud’hommes, où la durée moyenne de traitement avoisine seize mois au niveau national mais s’étire, dans certaines juridictions et lorsqu’un juge départiteur doit intervenir, à deux, trois, voire quatre ans avant un premier jugement, et davantage encore en cas d’appel. Sur les procédures de tutelle sans moyens, sur les contentieux en responsabilité civile qui s’éternisent, cette crise est boudée par les médias sensationnalistes et par de nombreux responsables politiques. Pourtant cette justice est le socle de l’idée d’égalité de notre devise. Elle garantit notre vivre-ensemble et demeure le refuge de celles et ceux qui ne se résignent pas.

II. Sortir de l’agonie de la Justice en regardant en face la crise qu’elle traverse

Le budget de la justice française est indigent, et les chiffres de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ) le confirment sans ambiguïté dans son rapport d’évaluation 2024. La France consacre 77,2 euros par habitant à son système judiciaire, sous la moyenne européenne, qui s’élève à 85,4 euros, et loin derrière l’Allemagne, qui y investit 136,1 euros par habitant. En proportion du PIB, la France plafonne à 0,2 %, contre 0,3 % pour l’Allemagne ou l’Italie. Ce retard est ancien et structurel : malgré la loi de programmation de novembre 2023 et les annonces de hausses « historiques », le fossé avec nos voisins ne s’est pas refermé.

Sur les ressources humaines, le constat est plus sévère encore. La France compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 17,6 et une moyenne de 21,9. Pour les procureurs, l’écart devient abyssal : 3,2 pour 100 000 habitants en France, contre une médiane de 11,2 et une moyenne de 12,2 en Europe, un calcul réalisé à partir de ces données aboutit à l’estimation qu’il manquerait plus de 5 700 procureurs pour que la France atteigne simplement la moyenne du continent. Le fractionnement des fonctions de juge s’accompagne d’une multiplication des statuts précaires d’assistants de justice et de juristes assistants, pis-aller qui masque sans la résoudre la pénurie de magistrats titulaires.

Le déficit de personnel des greffes judiciaires suit la même pente : la France compte 37,3 personnels non-juges pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 57,9. Ce chiffre donne une traduction statistique exacte à la détresse exprimée par le greffier de Mamoudzou : le manque ne touche pas seulement les magistrats, il frappe l’ensemble de la chaîne judiciaire, jusqu’aux experts judiciaires, psychologues et professionnels de la médecine légale, dont la rareté allonge encore les délais d’instruction et d’expertise. Le nombre d’avocats pour 100 000 habitants, 106,6 en France, est lui aussi parmi les plus faibles d’Europe, loin derrière l’Allemagne (195), l’Espagne (308), le Royaume-Uni (338) ou l’Italie (398,7).

La réalité a toujours été que les marges de manœuvre budgétaires sont grevées par la construction et l’entretien des prisons : puits sans fond du point de vue budgétaire, et illustration même de l’impasse du tout-carcéral. Le gouvernement promet 1 500 magistrats supplémentaires sur le quinquennat, des miettes au regard des besoins réels, quand certains territoires d’outre-mer, comme La Réunion, supportent une charge de travail par magistrat jusqu’à huit fois supérieure à celle constatée dans l’Hexagone.

J’oserai même dire que les communications triomphalistes annonçant une justice « réparée » ont sonné le glas de toute prise de conscience profonde. Après les États généraux de la justice, le gouvernement a officiellement refermé la « phase de réparation » pour ouvrir celle de la « modernisation » et de la « restauration de la confiance », comme si l’urgence était derrière nous. Ce discours infantilise les professionnels de la justice, qui vivent chaque jour la dégradation et l’humiliation, et qui se voient sommés, sinon de se taire, du moins d’intégrer la pérennité de la défaillance comme un horizon normal.

Face aux drames actuels, ministres et responsables politiques, désemparés, poursuivent la fuite en avant : toujours plus de pénal, toujours plus de sévérité. Le concours Lépine des mesures pénales ressurgit avec les mêmes lieux communs et propositions éculées : déterminisme de la peine, fonctionnarisation des juges, peines plancher, abolition des aménagements de peine, imprescriptibilité et hiérarchisation sordide des crimes, renforcement des peines de sûreté, voire rétablissement ciblé de la peine de mort. Ces solutions ne sont pas nouvelles : elles illustrent ce que l’on appelle l’effet cliquet, cette progression graduelle et sans discontinuité qui conduit précisément là où nous sommes, une agonie toujours plus profonde, qui craque de toutes parts. Nous sommes de plus en plus seuls à pointer la surpopulation pénale dans son ensemble et l’inconséquence de la dégradation continue des conditions procédurales de notre droit pénal, notamment au travers de l’embolie des comparutions immédiates.

Pour aller plus loin : Scandale d’État – Les fuites mensongères contre Rima Hassan viennent du porte-parole de Gérald Darmanin

III. La Justice remplit une fonction sociale singulière et nécessite des mesures à la hauteur

Que proposer face à cette agonie ? Plus de budget, plus de magistrats, plus de fonctionnaires : c’est sans conteste une nécessité, mais c’est surtout le « pour quoi faire » qu’il faut investir.

À mes yeux, il y a un continuum de service public à rétablir : il faut réinvestir l’ensemble des services publics que le libéralisme a méthodiquement démantelés. La justice n’est pas seule, et ceux qui, comme moi, défendons le caractère singulier de la justice dans notre modèle républicain, non pas une simple autorité, mais un pouvoir constitué, devons réinvestir massivement dans tous les services publics, pour dire aux professionnels de la justice qu’ils ne sont pas la dernière roue du carrosse, appelés à intervenir seulement quand tous les autres dispositifs ont échoué à permettre l’émancipation d’une personne. C’est à cette condition que nous pourrons sortir de cette agonie.

Mais ce caractère singulier mérite d’être pleinement assumé, car la justice n’est pas un service public comme les autres. Quand un hôpital soigne ou qu’une école instruit, l’administration agit ; quand un tribunal juge, c’est un pouvoir qui s’exerce, au nom du peuple français, selon la formule consacrée de tout jugement rendu dans notre pays. Notre Constitution elle-même hésite encore à la nommer pleinement : elle ne parle pas de « pouvoir judiciaire » mais d’« autorité judiciaire », signe d’une défiance historique de l’exécutif à l’endroit d’un contre-pouvoir qu’il a toujours cherché à tenir en lisière. Cette ambiguïté constitutionnelle permet, depuis des décennies, qu’un parquet nommé et discipliné par la Chancellerie continue de se présenter comme un acteur neutre de l’action publique, et que les besoins des juridictions soient appréciés non par les besoins des justiciables mais par les seules contraintes d’un cadrage budgétaire annuel. La fonction sociale de la justice est pourtant unique parmi les services publics : elle a vocation à pacifier les rapports sociaux quand le lien social se défait, elle protège le faible contre l’arbitraire du fort, et elle est la seule institution dont la légitimité républicaine repose entièrement sur sa capacité à trancher en toute indépendance, y compris contre le pouvoir qui la finance et la nomme. Vouloir la traiter comme une administration gestionnaire ordinaire revient à nier cette fonction constitutionnelle, et c’est précisément ce qui s’est produit avec l’irruption de la nouvelle gestion publique dans les prétoires.

C’est pourquoi les mesures que je porte avec mon groupe ne se limitent pas à un chiffrage budgétaire, si nécessaire soit-il. J’ai eu l’honneur de présider, en 2019 et 2020, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire, dont les conclusions tracent une feuille de route précise : aligner le mode de nomination des magistrats du parquet sur celui des magistrats du siège, en soumettant leur nomination à l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, et harmoniser leur régime disciplinaire pour mettre fin à la subordination hiérarchique du ministère public à la Chancellerie. Cette même commission proposait de renforcer et de démocratiser la composition du CSM pour en faire la pierre angulaire du service public de la justice, une instance capable, à la manière d’une inspection générale indépendante, de déterminer objectivement les besoins réels des juridictions, plutôt que de laisser ce diagnostic aux seuls arbitrages de Bercy ou plus exactement de Beauvau. Nous portons également la consécration du principe de collégialité des formations de jugement, trop souvent sacrifié sur l’autel de la productivité, ainsi qu’une participation directe des citoyennes et des citoyens au fonctionnement de l’institution, par des conseils de juridiction et un jury populaire élargi : la légitimité démocratique de la justice ne se construit pas seulement par son indépendance, mais aussi par la présence du peuple en son sein.

Sur le terrain budgétaire, je demande depuis plusieurs législatures un budget de la justice enfin lisible et transparent, avec un budget opérationnel de programme établi cour d’appel par cour d’appel et une véritable comptabilité analytique permettant de connaître le coût réel de chaque politique judiciaire, faute de quoi le débat parlementaire sur les moyens de la justice reste un débat à l’aveugle. Et lorsque le Gouvernement se félicite d’avoir atteint son « effectif cible » de magistrats, je pose la même question qu’en commission des lois il y a plusieurs années : cet effectif cible est-il seulement l’effectif idéal, ou la simple habileté d’une communication qui maquille l’insuffisance structurelle des moyens ?

C’est sur la qualité de la justice que nous devons porter notre attention : le service public doit apporter une réponse à chaque justiciable, et pour cela il ne suffit pas qu’il dispose des moyens, il doit aussi avoir le souci constant de rendre la justice, et non de gérer un flux. Cela suppose de rompre frontalement avec la doctrine gestionnaire, de revaloriser les métiers de greffe et les fonctions support, de recruter à la hauteur des standards européens en magistrats, procureurs, experts et personnels de greffe, et de cesser de faire de la prison la variable d’ajustement budgétaire de la chaîne pénale. Cela suppose également de sortir le contentieux civil, prud’hommes, tutelles, responsabilité civile, de l’invisibilité médiatique où il est maintenu, alors qu’il concentre, je le rappelle, l’écrasante majorité de l’activité judiciaire totale et l’essentiel des injustices vécues au quotidien par les classes populaires.

Cette reconstruction ne peut être pensée isolément : elle s’inscrit dans un même mouvement de refondation de nos institutions. Je crois, comme beaucoup dans ce pays, qu’il n’y aura pas de transformation sociale durable sans une refondation démocratique des institutions qui exercent un pouvoir au nom du peuple, et la justice en est la première. Passer à une nouvelle République, ce sera aussi se donner une justice digne de ce nom : indépendante de l’exécutif comme des puissances économiques, démocratisée dans sa gouvernance, dotée des moyens humains et budgétaires que ses missions exigent. La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir, pour assurer l’effectivité des droits, le rétablissement de la dignité des travailleurs et la lutte acharnée contre les inégalités.

Sources:linsoumission.fr ( Par Hugo Bernalicis)

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samedi 27 juin 2026

Tests de QI, droit de vote, personnes handicapées : l’extrême droite assume son projet eugéniste.

 

Validisme/personnes handicapées. Sur le plateau du streamer d’extrême droite Kroc Blanc, la militante identitaire Thaïs d’Escufon et plusieurs autres figures de la fachosphère ont tenu des propos ouvertement validistes, remettant en cause le droit de vote des personnes en situation de handicap. Des déclarations qui ne sont pas seulement odieuses, elles sont rétrogrades et illégales. Décryptage et mode d’emploi pour agir.

Ce qui a été dit

Dans un extrait circulant sur les réseaux sociaux, on peut entendre Thaïs d’Escufon, militante identitaire et ancienne porte parole de Génération identitaire (dissoute en 2021), ainsi que plusieurs autres comptes d’extrême droite (@KbgStream, @Psyhodelikus, @Nosferathuoff) tenir les propos suivants lors d’une émission sur le plateau de Kroc Blanc :

« Le système démocratique me déprime, parce qu’à partir du moment où ma voix vaut autant que celle d’un trisomique… Puisque les trisomiques ont le droit de voter… »

« Il faudrait faire passer un test de QI aux personnes avant de pouvoir voter, pour voir si tu as de la pleine capacité de raisonnement, est ce que tu as une capacité de projection dans le futur au delà de 5 ans ? »

Ces propos remettent en question le droit de vote de citoyens français au motif de leur handicap. Derrière le déguisement pseudo intellectuel du « test de QI », il s’agit ni plus ni moins de nier la pleine humanité et la citoyenneté des personnes ayant un développement intellectuel atypique.

Qui est Thaïs d’Escufon

Thaïs d’Escufon, de son vrai nom Anne Thaïs du Tertre d’Escoeuffant, est une militante d’extrême droite née en 1999 à Toulouse, issue de la mouvance identitaire. Elle a été porte-parole de Génération Identitaire, organisation dissoute par décret gouvernemental en mars 2021 pour ses activités de provocation et ses actions paramilitaires contre les migrations. Depuis, elle s’est reconvertie en influenceuse sur YouTube et les réseaux sociaux, ciblant notamment un public masculin en déshérence, et se réclamant ouvertement du mouvement tradwife et de la défense de la « race blanche ». Elle relaie régulièrement la théorie complotiste du Grand Remplacement.

Sa présence sur le plateau de Kroc Blanc, un rappeur identitaire actif dans les milieux de la fachosphère française, illustre la porosité entre les espaces culturels alternatifs de l’extrême-droite et ses discours ouvertement discriminatoires.

Ces propos interviennent dans un contexte qui ne peut être ignoré. Thaïs d’Escufon, leur principale auteure, fait l’objet d’un casier judiciaire déjà consistant : condamnée en octobre 2022 à huit mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Marseille pour son intrusion violente dans les locaux de SOS Méditerranée en 2018 (Le Parisien, InfoMigrants), cette peine ayant été confirmée en mars 2026 par la cour d’appel d’Aix-en-Provence, assortie d’une interdiction de séjour à Marseille pendant trois ans ; condamnée le 18 juin 2026 à 1 000 euros d’amende par le tribunal judiciaire de Paris pour injure publique à raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation ou de la race, à la suite de propos tenus sur BFMTV en décembre 2023 désignant comme groupe homogènement dangereux les « hommes immigrés africains, noirs et arabes » (Blast). 

Le tribunal a explicitement relevé son absence de remise en question. Ces condamnations successives dessinent le profil d’une militante qui ne change pas de méthode, mais change de cible : après les personnes racisées, les personnes en situation de handicap. La logique d’exclusion est identique, seul le groupe visé varie. 

Recyclage habituel d’idées nauséabondes d’un passé français fantasmé

Ce que ces militants présentent comme une provocation originale n’est en réalité que le recyclage d’une logique d’exclusion vieille de plus de deux cents ans. Le Code civil de 1804 prévoyait déjà, en son article 489, qu’une personne majeure en état habituel d’imbécillité, de démence ou de fureur pouvait être frappée d’interdiction judiciaire. Le vocabulaire de l’époque désignait ces personnes par le terme d’« aliéné », catégorie juridique floue qui ne distinguait pas le handicap intellectuel de la maladie psychiatrique, de la sénilité, ou même de la simple excentricité : elle servait avant tout à exclure de la pleine citoyenneté quiconque pouvait être déclaré incapable de raisonner, souvent à la demande de la famille pour des motifs patrimoniaux.

La loi du 30 juin 1838 sur les aliénés a ensuite structuré cette mise à l’écart pendant tout le XIXe siècle, en l’institutionnalisant par un système de certificats médicaux et d’internement. Mais cette loi, conçue pour encadrer la psychiatrie, a aussi servi d’arme de contrôle social bien au-delà de son objet affiché. Des travaux historiques documentent que des milliers de femmes ont été internées au XIXe siècle sur la demande de leur mari pour des motifs aussi vagues que le refus du devoir conjugal, le refus de faire le ménage, l’agitation politique, ou la lecture de romans. Le certificat médical pouvait être obtenu sur simple sollicitation d’un proche ayant intérêt à se débarrasser d’une épouse jugée trop indépendante.

Cette même catégorie de l’« aliéné » a aussi absorbé, pêle mêle, des personnes âgées devenues encombrantes pour leur famille, des personnes que l’on identifierait aujourd’hui comme autistes ou neuroatypiques et qui passaient alors pour simplement dérangeantes, des opposants politiques gênants, et bien sûr les personnes ayant un développement intellectuel atypique. Le point commun était un même filtre : qui est jugé suffisamment rationnel par une autorité, le mari, le médecin, le juge, pour conserver sa pleine citoyenneté, et qui ne l’est pas. C’est cette même logique de tri que d’Escufon ressuscite avec son test de QI, en l’habillant simplement d’un vocabulaire qui se voudrait moderne et scientifique.

Les mots ont changé, mais le mécanisme d’exclusion a perduré sous la Vᵉ République. L’article L5 du Code électoral, dans sa rédaction héritée d’un décret du 2 février 1852 puis reprise par le Code électoral de 1964, permettait au juge des tutelles de retirer le droit de vote d’un majeur protégé à chaque ouverture ou renouvellement de sa mesure de protection. Ce n’est qu’avec la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées qu’une autorisation de vote au cas par cas est devenue possible, sans renverser le principe d’exclusion par défaut. Dans les faits, environ 80 % des majeurs sous tutelle se voyaient privés de leur droit de vote par le juge sur la seule base de préconisations médicales.

Il a fallu attendre la loi du 23 mars 2019 de programmation et de réforme pour la justice pour que l’exclusion par défaut soit enfin inversée : le vote devient la règle, et plus aucune décision de justice ne peut retirer ce droit à un majeur protégé. Environ 300 000 personnes ont ainsi recouvré leur pleine citoyenneté électorale, certaines après en avoir été privées pendant des décennies.

Un point mérite d’être souligné, car il change la portée du propos de d’Escufon. Cette loi de 2019 ne concerne pas seulement les personnes ayant un développement intellectuel atypique ou une trisomie. Elle s’applique à l’ensemble des majeurs placés sous tutelle, quelle que soit l’origine de leur vulnérabilité : personnes âgées atteintes de troubles neurodégénératifs comme la maladie d’Alzheimer, personnes ayant subi un traumatisme crânien, personnes en situation de handicap psychique, etc. En s’attaquant au principe même du vote des personnes trisomiques, d’Escufon s’attaque en réalité, sans le dire, à la pleine citoyenneté de centaines de milliers de Français aux situations très diverses, et propose de réinstaller une logique d’exclusion que la République a mis plus de deux siècles à démanteler.

Le test de QI, un outil nazi documenté

L’argument du « test de QI » n’est pas une curiosité philosophique ou une provocation inoffensive. Il renvoie à une histoire précise et documentée, et constitue l’aboutissement le plus extrême de cette même logique de tri par la rationalité que l’on vient de décrire.

Sous le Troisième Reich, les tests psychométriques ont été massivement utilisés dans le cadre du programme Aktion T4, le programme d’extermination des personnes handicapées lancé en 1939. Des psychiatres et médecins nazis évaluaient les capacités cognitives des patients internés pour déterminer leur « valeur productive » : ceux jugés inaptes au travail étaient envoyés dans les centres de mise à mort. Entre 200 000 et 300 000 personnes handicapées, dont des personnes autistes, des personnes trisomiques, des malades… Ont été assassinées dans ce cadre, souvent gazées ou affamées. Les tests d’aptitude intellectuelle constituaient l’un des outils de ce tri. C’est l’histoire, et c’est le point d’arrivée logique d’un raisonnement qui commence toujours par une question en apparence anodine : qui est assez rationnel pour compter pleinement.

Suggérer aujourd’hui de conditionner le droit de vote à un « test de QI », c’est convoquer, consciemment ou non, cet héritage. Et face à des militantes identitaires qui revendiquent leurs références idéologiques, le doute sur la conscience de la référence est mince.

Ce que dit la loi

Le validisme, discrimination envers les personnes en situation de handicap, est interdit par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances. Mais ici, on va plus loin.

Les propos tenus dans cet extrait peuvent relever de l’incitation à la haine et à la discrimination en raison du handicap, punie par l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. La provocation publique à la discrimination envers un groupe de personnes à raison de leur handicap est passible d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Suggérer publiquement qu’une catégorie de citoyens, définie par leur handicap, ne devrait pas avoir le droit de voter, c’est de la discrimination caractérisée.

Pourquoi ces discours sont dangereux

Ces propos s’inscrivent dans une offensive idéologique qui cherche à naturaliser la hiérarchie entre les êtres humains. En ciblant les personnes trisomiques, ces militants dégradent publiquement leur humanité et leur valeur en tant que citoyens, et le font devant une audience.

Le paradoxe démocratique invoqué par d’Escufon, « ma voix vaut autant que celle d’un trisomique », révèle une conception élitiste et méprisante de la démocratie. La démocratie repose précisément sur l’égalité de valeur de chaque voix, indépendamment de l’intelligence mesurée, du statut social ou de la capacité à se projeter à cinq ans. C’est son principe fondateur. Le remettre en cause, c’est vouloir une aristocratie cognitive, avec eux mêmes comme étalon, et c’est surtout vouloir revenir en arrière sur l’une des conquêtes démocratiques les plus tardives de notre histoire récente, conquête qui a mis deux siècles à émerger et qui a, en chemin, servi à exclure bien plus de monde que les seules personnes visées nommément par le texte.

Que faire quand on tombe sur ce type de contenu

Le premier réflexe, partager pour dénoncer, est une erreur. Relayer un contenu haineux, même pour le critiquer, en amplifie la diffusion et expose davantage les personnes visées. Plusieurs leviers, distincts et complémentaires, existent pour agir.

Signaler à PHAROS

PHAROS (Plateforme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements) est le portail officiel du ministère de l’Intérieur pour signaler des contenus illicites sur internet. L’incitation à la haine en raison du handicap en fait explicitement partie. Il suffit de copier l’URL du contenu, de se rendre sur https://internet-signalement.gouv.fr/etape/contenu , de cliquer sur « Signaler », puis de choisir la catégorie « Incitation à la haine ». Le signalement est transmis à des officiers de police judiciaire spécialisés, qui peuvent orienter le dossier vers le parquet.

Signaler directement sur la plateforme

Twitter (devenu X) dispose d’un outil de signalement intégré sur chaque post, dans le menu situé en haut à droite de la publication. La catégorie pertinente est généralement « contenu haineux » ou « propos visant un groupe protégé en raison d’un handicap ».  Les autres plateformes disposent d’outils similaires. 

Ces signalements sont traités par les plateformes elles-mêmes, indépendamment de PHAROS, et peuvent conduire à un retrait ou à une suspension de compte selon ses règles internes.

Solliciter son député pour un signalement article 40

L’article 40 alinéa 2 du Code de procédure pénale impose à toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire, qui acquiert dans l’exercice de ses fonctions la connaissance d’un crime ou d’un délit, d’en informer sans délai le procureur de la République. Un député est considéré comme une autorité constituée au sens de ce texte. Un citoyen peut donc lui signaler l’extrait, par mail, lors d’une permanence, ou via tout canal relevant de son mandat, afin qu’il transmette lui-même un signalement article 40 au procureur. Cette démarche est juridique. Elle a même un poids procédural supérieur à un signalement PHAROS classique, puisqu’elle émane directement d’une autorité constituée et s’adresse au procureur, sans passer par une plateforme de tri.

Question écrite ou question au gouvernement

Un député peut également être sollicité pour porter le sujet sur le terrain politique, via deux outils distincts de l’article 40 et entre eux. 

La question écrite est déposée par un parlementaire et adressée à un ministre ; la question et sa réponse sont publiées au Journal officiel. La réponse est en principe attendue sous deux mois, délai souvent dépassé en pratique. L’intérêt n’est pas la rapidité, mais la trace officielle et publique qu’elle crée, utile pour documenter la récurrence de ce type de discours, ou pour interroger le gouvernement sur les moyens réellement alloués à PHAROS. 

La question au gouvernement, posée oralement en séance avec réponse immédiate du ministre, est plus visible médiatiquement, mais chaque groupe politique ne dispose que d’un nombre limité de questions par séance.

Ce sont des leviers de pression politique et de mise à l’agenda, complémentaires d’un signalement article 40 mais ne s’y substituent pas.

Conclusion

Derrière l’irritation de façade d’une militante qui trouverait le système électoral « déprimant », c’est un projet politique précis qui se dessine, et qui n’a rien de neuf : une démocratie réservée à ceux qui satisferaient à des critères de « valeur » définis par une élite, la leur.

Ce projet a un nom, une histoire de plus de deux siècles, et des victimes nombreuses et diverses : des femmes jugées trop indépendantes, des vieillards encombrants, des personnes neuroatypiques avant que le mot n’existe, des opposants politiques gênants, et, lorsqu’il a été poussé jusqu’à son terme le plus sombre, des centaines de milliers de personnes handicapées assassinées au nom de leur absence de « valeur productive ».

Ces discours ne restent jamais sur un plateau de streaming. En avril 2025, le député Sébastien Peytavie, élu en fauteuil roulant, a déposé plainte pour appel au meurtre après qu’un blogueur néonazi l’avait désigné comme cible d’une future « Aktion T4 ». Entre le plateau de Kroc Blanc et cette menace de mort, il y a une continuité idéologique. Le validisme de salon ouvre la voie au validisme de rue, puis au validisme d’État. L’histoire l’a déjà montré.

Les personnes trisomiques, comme l’ensemble des personnes placées sous protection juridique, sont des citoyens à part entière. Elles ont le droit de voter, de participer à la vie de la cité, d’avoir une opinion politique, un droit que la République a mis deux cents ans à leur reconnaître pleinement. Aucun test de QI ne peut légitimement retirer ce droit à quiconque. Et ceux qui le suggèrent publiquement s’exposent à des poursuites judiciaires.

À nous de ne pas laisser ces discours se normaliser.

Sources:linsoumission.fr (Par Ti Racoon)

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jeudi 25 juin 2026

Scandale sur France Culture – Pour salir Mélenchon et réhabiliter Le Pen, Guillaume Erner diffuse un montage mensonger.

 

 Mélenchon. Ce mercredi 24 juin, Marine Le Pen était reçue sur France Culture pour une interview avec le présentateur de la matinale, Guillaume Erner. Dans une manipulation totale et politicienne, ce journaliste passé au statut de propagandiste a diffusé un montage mensonger visant à accuser d’antisémitisme Jean-Luc Mélenchon et le comparant à Jean-Marie Le Pen. Dans cet extrait, une déclaration sur les élites françaises dénoncées par Jean-Luc Mélenchon est suivie d’une déclaration antisémite de Jean-Marie Le Pen, visant à faire croire à une similarité entre les deux propos.

La manipulation est complète et d’autant plus scandaleuse sur le service public, en pleine période de campagne présidentielle. Le but politique est le même recherché par l’officialité médiatique et politique depuis des années, réhabiliter Marine Le Pen et porter l’accusation infamante d’antisémitisme contre Jean-Luc Mélenchon et les Insoumis. Sans surprise, le montage mensonger provient d’un média hostile à LFI et tenu par Julia Ganansia, de la chaîne I24News connue pour son apologie de Netanyahu et de ses crimes. Le rédacteur en chef de ce média, Avishai Leger-Tanger, est chargé de mission au CRIF.

« Nous saisissons l’Arcom et la SDJ de Radio France et nous demandons instamment à la direction de France Culture de rétablir la réalité des faits et de présenter des excuses publiques pour une telle désinformation », a déclaré Manuel Bompard, coordinateur national de LFI. À cette heure, France Culture n’a publié aucune excuse publique pour cette entreprise de désinformation. Notre brève.

« Un montage odieux circule pour détourner mes propos. Grossier mais venimeux. Propagé par la fachosphère, il est repris sur le service public par France Culture pour servir la soupe à Mme Le Pen ! » – Jean-Luc Mélenchon

Sources:linsoumission.fr

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mercredi 24 juin 2026

Protéger les salariés sous la canicule, entretien avec l’eurodéputé LFI Anthony Smith.

 Les morts liées à la canicule se multiplient partout en France. Sur les chantiers du bâtiment, dans les cuisines, dans les métiers de la livraison, les salariés sont exposés à des températures extrêmes. Dans cette séquence, de nombreux responsables politiques tentent de faire oublier leurs responsabilités. C’est le cas des macronistes, de la droite, du PS et du RN qui ont fait sabrer les budgets du fonds vert qui servait notamment à la rénovation thermique des écoles.

Dans les mairies qu’ils gèrent, les insoumis sont déjà passés à l’action. Gratuité des piscines municipales, élargissement des horaires d’ouverture de parcs et d’espaces verts, installation de brumisateurs dans plusieurs quartiers, renforcement des espaces de rafraîchissement dans les équipements municipaux.

Aussi, cette semaine, LFI a une nouvelle fois présenté, et actualisé, ses propositions face à la canicule. Parmi elles, la priorisation de la climatisation dans les écoles, les hôpitaux et les EHPAD, mais aussi la création d’un congé rémunéré pour tout parent qui doit garder ses enfants lors d’un événement climatique intense, la rénovation thermique des logements, l’accès gratuit et sur des plages horaires élargies aux lieux publics frais.

Mais aussi, le droit de retrait pour les salariés. L’Insoumission s’est entretenue avec le parlementaire insoumis Anthony Smith, pour tout savoir sur cette mesure et l’urgence de repenser profondément l’organisation du travail pendant les épisodes de canicule. Entretien.

« L’urgence est désormais de repenser profondément l’organisation du travail pendant les épisodes de canicule : pauses supplémentaires payées, horaires aménagés, renforcement des équipes, décalage des travaux aux heures les moins chaudes, télétravail lorsque cela est possible, limitation du temps d’exposition. » – Anthony Smith

Sylvain Noel, rédacteur en chef de l’Insoumission : Que dire des conditions de travail des ouvriers et des salariés pendant les vagues de chaleur ?

Anthony Smith : Aujourd’hui, ni le patronat ni le gouvernement ne prennent véritablement la mesure du danger que représentent les fortes chaleurs pour les travailleur.euse.s. Pourtant, le lien entre exposition à la chaleur et augmentation des accidents, des malaises, des atteintes cardiovasculaires ou de la mortalité est scientifiquement établi.

L’Organisation internationale du travail estime déjà que plus de 2,4 milliards de travailleur.euse.s dans le monde sont exposés à des chaleurs excessives, avec plus de 22,85 millions d’accidents du travail liés à la chaleur chaque année. L’Agence européenne Eurofound rappelle de son côté que 23 % des travailleur.euse.s européen.ne.s sont exposé.e.s à des températures élevées pendant au moins un quart de leur temps de travail, et plus de 35 % dans l’agriculture, l’industrie et la construction.

Bien sûr, il faut renforcer la prévention : accès à l’eau, information, équipements adaptés, espaces de repos. Mais cela ne suffit plus. L’urgence est désormais de repenser profondément l’organisation du travail pendant les épisodes de canicule : pauses supplémentaires payées, horaires aménagés, renforcement des équipes, décalage des travaux aux heures les moins chaudes, télétravail lorsque cela est possible, limitation du temps d’exposition.

Il faut aussi donner de vrais pouvoirs aux inspectrices et inspecteurs du travail afin qu’ils puissent suspendre immédiatement une activité dangereuse, par exemple sur un chantier, lorsque les conditions climatiques mettent en danger la santé ou la vie des travailleur.euse.s sans perte de salaire pour ces derniers.

Les députés insoumis ont déposé plusieurs propositions de loi en ce sens à l’Assemblée nationale. Au Parlement européen également, une résolution a été déposée pour permettre l’arrêt du travail en cas de fortes chaleurs et renforcer la protection des travailleur.euse.s face aux événements climatiques extrêmes.

À l’inverse, le gouvernement continue de refuser des mesures réellement contraignantes. Le décret du 27 mai 2025 relève davantage de la communication que d’une véritable protection des salariés : il ne fixe aucune température maximale de travail, ne crée aucun droit automatique à l’arrêt de l’activité et laisse encore largement les travailleur.euse.s dépendre du bon vouloir de l’employeur.

Des représentants syndicaux du secteur de la construction alertent pourtant depuis des années sur des situations extrêmes : la Fédération Construction, évoque par exemple des températures atteignant jusqu’à 75°C mesurées sur des chantiers routiers en plein été. Elle rappelle également qu’environ 50 % des accidents du travail dans le secteur de la construction sont liés à des malaises, dans un contexte où la chaleur peut fortement aggraver les risques.

L’inspection du travail rappelle également qu’au-delà de 38°C, les risques d’accidents augmentent fortement. Certaines études évoquent une hausse pouvant atteindre 10 % des accidents du travail lors de fortes chaleurs.

Pour aller plus loin : Canicule et hécatombe – Les propositions des Insoumis pour protéger le peuple

Sylvain Noel : Quels sont les professions les plus touchées ?

Anthony Smith : On pense évidemment d’abord aux métiers physiquement pénibles exercés en extérieur : bâtiment, travaux publics, couverture, agriculture, logistique ou voirie. Les travailleur.euse.s y sont massivement exposés, parfois en plein soleil pendant plusieurs heures.

Mais les fortes chaleurs touchent en réalité une multitude de professions.

Les ouvrières et ouvriers travaillant sur des lignes de production industrielles sont exposés à des températures extrêmement élevées à proximité des machines et des « points chauds ». Les caissières et caissiers de petits commerces ou supermarchés travaillent souvent dans des locaux mal ventilés, sans climatisation ni protections adaptées. Les enseignants, les personnels scolaires et les élèves subissent également des températures parfois insupportables dans des établissements qui sont de véritables passoires thermiques.

Les secteurs directement exposés comme la construction ou l’agriculture sont évidemment parmi les plus touchés. Mais les effets des fortes chaleurs concernent aussi des secteurs « indirectement » exposés : restaurants, crèches, hôpitaux, transports ou services d’aide à la personne.

Dans les transports par exemple, certaines études montrent une hausse d’environ 7 % des accidents de la route lors des épisodes de fortes chaleurs. Dans les métiers du soin et du care, exercés majoritairement par des femmes, les effets de la chaleur sont majoritairement différés : fatigue extrême, dégradation des conditions de travail, surcharge physique et psychologique dans des établissements souvent mal adaptés aux canicules.

Les travailleur.euse.s précaires, intérimaires, saisonnier.e.s ou sous-traitant.e.s sont souvent les plus vulnérables, car ils disposent de moins de moyens pour exercer leur droit de retrait ou refuser une tâche dangereuse.

Face au dérèglement climatique, ce sont désormais l’ensemble des postes de travail qui doivent être repensés pour protéger la santé des travailleur.euse.s.

« De la même manière, un arrêt cardiaque ou un malaise survenu pendant une canicule ne sera pas systématiquement reconnu comme lié aux températures extrêmes. » – Anthony Smith

Sylvain Noel : Combien de morts ou de blessés au travail sont-ils dus chaque année à la canicule ? Quels exemples ?

Anthony Smith : Depuis peu, Santé publique France et la Direction générale du travail publient des données sur les accidents et décès liés aux fortes chaleurs. Mais ces chiffres restent très largement sous-estimés.

Pourquoi ? Parce que beaucoup de décès provoqués ou aggravés par la chaleur ne sont pas officiellement comptabilisés comme tels. Un salarié qui chute d’une toiture sous 40°C sera souvent enregistré comme victime d’une chute de hauteur, et non comme victime de la chaleur. De la même manière, un arrêt cardiaque ou un malaise survenu pendant une canicule ne sera pas systématiquement reconnu comme lié aux températures extrêmes.

Santé publique France identifie officiellement seulement entre 5 et 7 décès professionnels liés à la chaleur chaque année. Mais ces chiffres ne reflètent qu’une partie très limitée de la réalité.

Les chiffres disponibles montrent néanmoins déjà une réalité alarmante. Santé publique France a recensé plusieurs dizaines de décès au travail liés à la chaleur ces dernières années. Mais l’ampleur réelle est probablement bien supérieure.

Au niveau mondial, l’Organisation internationale du travail estime que l’exposition à des chaleurs excessives provoque chaque année plus de 22,85 millions d’accidents du travail.

Les fortes chaleurs augmentent fortement les risques de déshydratation, de perte de vigilance, de malaises, de chutes, d’accidents liés à l’utilisation de machines ou de véhicules, ainsi que les risques cardiovasculaires et rénaux.

Ces drames ne sont pas des fatalités climatiques. Ce sont aussi des conséquences directes d’une organisation du travail qui continue trop souvent à faire passer la production avant la santé des travailleur.euse.s.

Les sapeurs-pompiers eux-mêmes alertent aujourd’hui sur des conditions devenues intenables avec le dérèglement climatique : multiplication de nouveaux types de feux extrêmement difficiles à maîtriser, équipements de protection très lourds et particulièrement chauds, absence de pièces rafraîchies dans les centres de secours, et limitation du matériel et des véhicules lors des épisodes de chaleur extrême.

Contrairement à d’autres professions, les pompiers ne disposent pas d’un véritable droit de retrait. On demande donc à des travailleur.euse.s de première ligne d’intervenir dans des conditions de plus en plus dangereuses sans que les moyens matériels et humains suivent réellement. Il faut également repenser la façon dont on répond aux incendies : l’eau utilisée pour éteindre les feux est potable, dans un contexte de fortes chaleurs où les réserves d’eau sont extrêmement limitées, et alors que d’autres solutions existent (par exemple, des bâches qui permettent d’étouffer les feux dans des cas de petits incendies, comme des feux de véhicule).

Sylvain Noel : Que propose LFI pour mettre un terme à cette hécatombe ?

Anthony Smith : La France insoumise défend des mesures immédiates, contraignantes et protectrices pour adapter le travail au dérèglement climatique. Une proposition de loi portée par Mathilde Panot prévoit notamment :

  • l’interdiction, sauf exceptions, de soumettre un salarié à une activité professionnelle lors d’une vigilance rouge canicule ;
  • la limitation à six heures par jour du temps de travail lors d’une vigilance orange ;
  • un droit au télétravail lorsque cela est possible ;
  • des pauses régulières sans perte de salaire au-delà d’un certain seuil de température ;
  • l’obligation pour l’employeur de mettre à disposition des espaces rafraîchis, de l’eau potable, des zones ombragées ou ventilées et, lorsque nécessaire, des douches ;
  • le pouvoir pour l’inspection du travail d’arrêter temporairement une activité dangereuse ;
  • une indemnisation des salariés en cas d’arrêt du travail lié aux conditions climatiques.

Ces mesures ont été complétées par une proposition de loi déposée par Hadrien Clouet, qui fixe notamment une température maximale de 33°C dans les locaux de travail intérieurs, conformément aux recommandations de l’INRS, ainsi qu’une majoration salariale au-delà de la cinquième heure travaillée en période de forte chaleur.

Enfin, une autre proposition portée par Antoine Léaument prévoit un congé rémunéré pour les salariés vivant ou travaillant dans une zone touchée par une catastrophe naturelle ou un événement climatique extrême.

L’objectif global est simple : protéger la santé et la vie des travailleur.euse.s face à des épisodes climatiques qui vont devenir de plus en plus fréquents et violents. Aucun impératif de rentabilité ne devrait justifier qu’un salarié mette sa vie en danger pour travailler sous des températures extrêmes.

Sources:linsoumission.fr

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mardi 23 juin 2026

États-Unis – Écraser Cuba, contrôler le golfe du Mexique et dominer l’Amérique.

 

 États-Unis. L’Insoumission et le média espagnol Diario Red (Canal Red) s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours en France, en Espagne et en Amérique du Sud. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et de Diario Red.

La nouvelle offensive impulsée par Donald Trump contre Cuba répond, dans une large mesure, à des facteurs de politique intérieure. Cela est assez clair. L’influence de Marco Rubio et du lobby historique cubano-américain anticommuniste établi en Floride, conjuguée à la nécessité pour le mouvement MAGA de mettre en avant des succès militaires avant les prochaines élections législatives, joue un rôle prépondérant. Cependant, réduire une éventuelle agression à ces seules circonstances conjoncturelles reviendrait à ignorer des éléments structurels bien plus profonds.

Après le kidnapping de Maduro, et le blocus pétrolier décrété contre Cuba le 29 janvier 2026, le peuple cubain subit une catastrophe humanitaire. La France, première puissance caribéenne européenne, laisse faire en se pliant au trumpisme.

Le détroit de Floride au cœur des préoccupations

Aujourd’hui, le détroit de Floride occupe une place de choix dans les calculs géopolitiques de Washington. Ce passage maritime constitue l’une des deux principales issues naturelles du golfe du Mexique, une étendue d’eau essentielle au fonctionnement de l’économie américaine, car elle donne accès au canal de Panama et à l’océan Atlantique pour de nombreux ports et villes d’importance économique et énergétique majeure.

Les côtes du golfe du Mexique concentrent environ la moitié de la capacité américaine de raffinage du pétrole et de traitement du gaz naturel. La région joue également un rôle crucial dans la production énergétique nationale et dans l’approvisionnement alimentaire du pays. Une part significative du poisson consommé par la population américaine provient de ces eaux, tandis que les plates-formes maritimes installées dans le golfe génèrent des centaines de millions de barils de pétrole chaque année. Garantir la « sécurité » — pour elle-même, bien entendu — des routes de navigation qui relient cette zone aux marchés internationaux constitue une priorité permanente pour Washington. En réalité… il en a toujours été ainsi.

À cette dimension économique s’ajoute un facteur énergétique supplémentaire. Les zones maritimes situées au large des côtes cubaines pourraient receler d’importantes ressources encore inexploitées. Diverses estimations font état de l’existence de milliards de barils de pétrole et de réserves considérables de gaz naturel dans ce que l’on appelle le bassin nord de Cuba.

Après le décret du blocus pétrolier du 26 janvier 2026, les États-Unis — et notamment les secteurs les plus fanatisés du trumpisme MAGA — menacent concrètement Cuba. Depuis plusieurs mois, Donald Trump multiplie les déclarations menaçantes envers Cuba, qu’il considère comme « une menace extraordinaire ». Et ce, même si Washington jouit déjà d’une pleine liberté de navigation dans la zone et maintient une position prédominante dans le golfe du Mexique. Dans une interview publiée début juin, le président cubain Miguel Diaz-Canel estime que les États-Unis envisagent trois scénarios contre Cuba : provoquer une explosion sociale par la pression économique, prendre le contrôle de l’économie ou recourir à une agression militaire.

La logique qui sous-tend la menace américaine répond aussi à des considérations à long terme. Du point de vue de nombreux stratèges américains, garantir la domination de la région, dans le cadre du repli hémisphérique, servirait à empêcher que de futurs acteurs « hostiles » puissent tirer parti de leur situation géographique pour défier la primauté des États-Unis dans l’hémisphère occidental.

Contrôler indirectement l’environnement géopolitique cubain équivaudrait à s’assurer qu’aucun concurrent stratégique (à savoir la Chine) ne puisse utiliser ce corridor maritime pour exercer une pression sur l’économie américaine. Il s’agit d’une logique préventive qui semble s’inspirer des expériences récentes dans le détroit d’Ormuz et à Bab el-Mandeb.

Un intérêt séculaire pour l’impérialisme des États-Unis

Dès le XIXe siècle, alors que les États-Unis commençaient leur expansion en tant que puissance impérialiste, la présence d’empires européens rivaux dans l’Atlantique occidental conditionnait profondément leurs préoccupations sécuritaires. Parmi tous les territoires caribéens, Cuba se distinguait par sa position exceptionnelle entre l’océan Atlantique et le golfe du Mexique, à faible distance des côtes floridiennes.

L’acquisition de la Louisiane en 1803 a donné aux États-Unis le contrôle d’un immense système fluvial articulé autour des fleuves Mississippi, Missouri et Ohio. Grâce à ce réseau de communications intérieures, le pays a réussi à intégrer économiquement de vastes territoires et à faire de La Nouvelle-Orléans un centre névralgique pour l’exportation agricole.

Cependant, le succès de ce modèle économique dépendait du maintien de routes maritimes ouvertes et sûres. Toute puissance capable d’influencer les accès au golfe du Mexique pouvait affecter directement le commerce américain. Le détroit de Floride, complété par le canal du Yucatán, constituait la principale sortie vers les marchés internationaux pour une grande partie de la production en provenance de l’intérieur des États-Unis. Cette réalité géographique a conféré à Cuba une importance stratégique extraordinaire.

Washington a toujours observé avec préoccupation la possibilité qu’une puissance européenne utilise le territoire cubain comme plateforme militaire. Bien que l’Empire espagnol connût un déclin progressif qui limitait sa condition de « menace », la crainte persistait parmi les intellectuels américains que la Grande-Bretagne ou l’Allemagne ne profitent de la position géographique de Cuba pour projeter une force navale sur la région ou bloquer le trafic maritime américain.

Selon cette approche impériale d’hégémonie continentale, Washington devait contrôler le canal du Yucatán, le détroit de Floride et le canal de Panama.

La guerre hispano-américaine a permis d’éliminer la dernière présence impériale européenne significative aux abords du golfe du Mexique et de consolider l’influence américaine sur les corridors maritimes régionaux. Depuis lors, et jusqu’à la révolution socialiste, la souveraineté cubaine est restée conditionnée par une relation profondément asymétrique avec son voisin du nord, obsédé par la maîtrise du passage vers le golfe du Mexique.

Bien que la fin de la Guerre froide, associée à la victoire américaine, ait réduit la perception de la menace liée à Cuba, l’inquiétude de certains secteurs politiques et militaires face à l’existence d’un État souverain, socialiste et anti-impérialiste, situé dans un enclos géographique aussi sensible pour la Maison-Blanche, n’a jamais complètement disparu. Au-delà des facteurs politiques et conjoncturels, la nouvelle campagne impérialiste contre Cuba exprime, au moins en partie, une continuité historique dans la politique étrangère américaine, marquée par le désir de préserver sa prédominance sur un espace maritime considéré comme essentiel pour ses intérêts stratégiques.

Sources:linsoumission.fr (Par Eduardo Garcia Granado)

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lundi 22 juin 2026

« La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir » – Retrouvez la tribune d’Ugo Bernalicis, député LFI.

 La crise de la justice n’est pas un accident de l’histoire récente : elle est le produit de quarante années de gestion managériale d’un service public régalien. Les drames qui l’illustrent ne sont pas des anomalies, ils sont le symptôme d’une doctrine à bout de souffle. La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir, pour assurer l’effectivité des droits, le rétablissement de la dignité des travailleurs et la lutte acharnée contre les inégalités.

Retrouvez la tribune du député LFI Ugo Bernalicis, spécialiste des questions de justice au sein du mouvement insoumis.

I. Une agonie systémique, que les drames viennent rappeler avec une cruelle régularité

La crise de la justice n’est pas nouvelle, et malgré les efforts de communication de la macronie, elle n’est pas réparée. Au terme mal choisi de « clochardisation » de la justice, je préfère celui d’un service public à l’agonie. Cela fait des années que j’appelle, avec mon groupe parlementaire, à rompre avec la gestion managériale de la justice (new public management) pour reconstruire un service de proximité et d’égalité. La sociologue Cécile Vigour a montré, dès le milieu des années 2000, comment cette « gestionnarisation » de l’institution judiciaire avait progressivement substitué aux critères de qualité du jugement des indicateurs de productivité, de délais et de taux d’écoulement des stocks, redéfinissant en profondeur le métier même de juger.

Voilà l’impasse où nous mènent les politiques conduites depuis des décennies. La politique du flux est à son paroxysme et démontre, chaque jour davantage, l’échec de cette doctrine. On ne peut traiter la justice comme un débit à écouler : la dégradation des droits au nom de la cadence, ce sont autant de dossiers mal traités, autant de vies suspendues à une procédure expédiée.

Cette agonie est systémique, et elle s’illustre malheureusement par des drames qui n’ont rien d’anodin et qui se répètent. Je pense à l’appel de plus de 3 000 magistrats, rejoint par plus de 6 000 professionnels et greffiers publié dans Le Monde le 23 novembre 2021, après le suicide de Charlotte, jeune juge de 29 ans dans le Nord, épuisée par des injonctions permanentes de rendement. Je pense à ce greffier de 28 ans du tribunal judiciaire de Mamoudzou qui, en mars 2022, a tenté de mettre fin à ses jours en laissant une lettre dénonçant le manque de moyens humains, l’absence d’accompagnement et l’isolement professionnel imposés par l’institution. Ce mal n’est pas nouveau : il a toujours été illustré par des drames comme celui du 16 septembre 2010, où Philippe Tran-Van, juge d’instruction à Pontoise, épuisé professionnellement et écrasé par une charge de travail qu’il ne pouvait plus assumer, a mis fin à ses jours sur les rails d’une gare du Val-d’Oise.

Les chercheurs Christian Mouhanna et Benoît Bastard, du Centre de recherches sociologiques sur le droit et les institutions pénales (CNRS), ont documenté de longue date ce désenchantement professionnel : confrontés à des injonctions contradictoires de productivité et de qualité, beaucoup de magistrats se rallient par défaut à la logique managériale faute d’alternative crédible qui leur soit proposée, ce qui n’éteint en rien la souffrance que cette adhésion forcée engendre.

Ces drames montrent l’étendue d’une crise profonde et, surtout, l’impasse de la trajectoire politique suivie depuis trop longtemps. Une justice maltraitante est une justice qui maltraite, et je sais que ces drames se répercutent aussi sur les justiciables. Les affaires où des proches de victimes ou des mis en cause dénoncent un traitement judiciaire défaillant se multiplient, et celles d’aujourd’hui ne sont, hélas, pas les dernières.

Entre renoncement aux droits faute d’accès effectif à la justice et procédures expédiées, que dit la République à ses citoyennes et à ses citoyens ? Les réponses de surenchère pénale, poussant à l’automaticité des peines et à la répression systématique, ne font qu’accélérer la dégradation continue du service public, car ces propositions portent en elles-mêmes le mal qu’elles prétendent combattre : priorisation à outrance, procédure indigente, professionnels plus sous pression encore. Quand tout est prioritaire, rien n’est prioritaire, et ce sont les usagers du service public, comme les professionnels saturés d’injonctions contradictoires, qui en paient le prix.

Ce qui se joue à chaque étape de la chaîne pénale conduit à des drames : pour les victimes qu’on ne cherche pas à accompagner mais que l’on pousse vers le renoncement ; pour les magistrats rendus responsables de chaque dysfonctionnement ; pour les fonctionnaires de greffe dont les conditions de travail se dégradent pour répondre à des injonctions contradictoires d’accompagnement et de célérité ; pour les avocats sommés de défendre sans jamais être eux-mêmes mis en cause. Ces solutions nous enferment dans l’impasse où nous sommes. Elles ont vocation à nous détourner des problèmes de fond et participent elles-mêmes du problème.

Michel Foucault l’avait montré il y a un demi-siècle : la logique punitive ne se contente jamais de répondre à un fait, elle organise une discipline qui se diffuse et se durcit d’elle-même. Les sociologues Loïc Wacquant et Didier Fassin ont, chacun à leur manière, prolongé cette intuition en montrant comment le tournant punitif contemporain vient précisément combler, par la surenchère pénale, les vides laissés par le retrait de l’État social, déplaçant sur la justice pénale des problèmes que seules des politiques publiques de prévention et d’accompagnement pourraient résoudre. Le pénal devient le hochet des populistes pénaux de notre temps, mais je vous invite à regarder l’état de la justice civile, qui représente l’écrasante majorité de l’activité judiciaire. Cela ne fait pas frémir les médias, et pourtant c’est une dégradation considérable qui en dit long sur l’état de notre République : autant de renoncements au droit, d’injustices non traitées, de violences sociales renforcées. Je suis alerté depuis longtemps sur les délais devant les conseils de prud’hommes, où la durée moyenne de traitement avoisine seize mois au niveau national mais s’étire, dans certaines juridictions et lorsqu’un juge départiteur doit intervenir, à deux, trois, voire quatre ans avant un premier jugement, et davantage encore en cas d’appel. Sur les procédures de tutelle sans moyens, sur les contentieux en responsabilité civile qui s’éternisent, cette crise est boudée par les médias sensationnalistes et par de nombreux responsables politiques. Pourtant cette justice est le socle de l’idée d’égalité de notre devise. Elle garantit notre vivre-ensemble et demeure le refuge de celles et ceux qui ne se résignent pas.

II. Sortir de l’agonie de la Justice en regardant en face la crise qu’elle traverse

Le budget de la justice française est indigent, et les chiffres de la Commission européenne pour l’efficacité de la justice (CEPEJ) le confirment sans ambiguïté dans son rapport d’évaluation 2024. La France consacre 77,2 euros par habitant à son système judiciaire, sous la moyenne européenne, qui s’élève à 85,4 euros, et loin derrière l’Allemagne, qui y investit 136,1 euros par habitant. En proportion du PIB, la France plafonne à 0,2 %, contre 0,3 % pour l’Allemagne ou l’Italie. Ce retard est ancien et structurel : malgré la loi de programmation de novembre 2023 et les annonces de hausses « historiques », le fossé avec nos voisins ne s’est pas refermé.

Sur les ressources humaines, le constat est plus sévère encore. La France compte 11,3 juges professionnels pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 17,6 et une moyenne de 21,9. Pour les procureurs, l’écart devient abyssal : 3,2 pour 100 000 habitants en France, contre une médiane de 11,2 et une moyenne de 12,2 en Europe, un calcul réalisé à partir de ces données aboutit à l’estimation qu’il manquerait plus de 5 700 procureurs pour que la France atteigne simplement la moyenne du continent. Le fractionnement des fonctions de juge s’accompagne d’une multiplication des statuts précaires d’assistants de justice et de juristes assistants, pis-aller qui masque sans la résoudre la pénurie de magistrats titulaires.

Le déficit de personnel des greffes judiciaires suit la même pente : la France compte 37,3 personnels non-juges pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 57,9. Ce chiffre donne une traduction statistique exacte à la détresse exprimée par le greffier de Mamoudzou : le manque ne touche pas seulement les magistrats, il frappe l’ensemble de la chaîne judiciaire, jusqu’aux experts judiciaires, psychologues et professionnels de la médecine légale, dont la rareté allonge encore les délais d’instruction et d’expertise. Le nombre d’avocats pour 100 000 habitants, 106,6 en France, est lui aussi parmi les plus faibles d’Europe, loin derrière l’Allemagne (195), l’Espagne (308), le Royaume-Uni (338) ou l’Italie (398,7).

La réalité a toujours été que les marges de manœuvre budgétaires sont grevées par la construction et l’entretien des prisons : puits sans fond du point de vue budgétaire, et illustration même de l’impasse du tout-carcéral. Le gouvernement promet 1 500 magistrats supplémentaires sur le quinquennat, des miettes au regard des besoins réels, quand certains territoires d’outre-mer, comme La Réunion, supportent une charge de travail par magistrat jusqu’à huit fois supérieure à celle constatée dans l’Hexagone.

J’oserai même dire que les communications triomphalistes annonçant une justice « réparée » ont sonné le glas de toute prise de conscience profonde. Après les États généraux de la justice, le gouvernement a officiellement refermé la « phase de réparation » pour ouvrir celle de la « modernisation » et de la « restauration de la confiance », comme si l’urgence était derrière nous. Ce discours infantilise les professionnels de la justice, qui vivent chaque jour la dégradation et l’humiliation, et qui se voient sommés, sinon de se taire, du moins d’intégrer la pérennité de la défaillance comme un horizon normal.

Face aux drames actuels, ministres et responsables politiques, désemparés, poursuivent la fuite en avant : toujours plus de pénal, toujours plus de sévérité. Le concours Lépine des mesures pénales ressurgit avec les mêmes lieux communs et propositions éculées : déterminisme de la peine, fonctionnarisation des juges, peines plancher, abolition des aménagements de peine, imprescriptibilité et hiérarchisation sordide des crimes, renforcement des peines de sûreté, voire rétablissement ciblé de la peine de mort. Ces solutions ne sont pas nouvelles : elles illustrent ce que l’on appelle l’effet cliquet, cette progression graduelle et sans discontinuité qui conduit précisément là où nous sommes, une agonie toujours plus profonde, qui craque de toutes parts. Nous sommes de plus en plus seuls à pointer la surpopulation pénale dans son ensemble et l’inconséquence de la dégradation continue des conditions procédurales de notre droit pénal, notamment au travers de l’embolie des comparutions immédiates.

Pour aller plus loin : Scandale d’État – Les fuites mensongères contre Rima Hassan viennent du porte-parole de Gérald Darmanin

III. La Justice remplit une fonction sociale singulière et nécessite des mesures à la hauteur

Que proposer face à cette agonie ? Plus de budget, plus de magistrats, plus de fonctionnaires : c’est sans conteste une nécessité, mais c’est surtout le « pour quoi faire » qu’il faut investir.

À mes yeux, il y a un continuum de service public à rétablir : il faut réinvestir l’ensemble des services publics que le libéralisme a méthodiquement démantelés. La justice n’est pas seule, et ceux qui, comme moi, défendons le caractère singulier de la justice dans notre modèle républicain, non pas une simple autorité, mais un pouvoir constitué, devons réinvestir massivement dans tous les services publics, pour dire aux professionnels de la justice qu’ils ne sont pas la dernière roue du carrosse, appelés à intervenir seulement quand tous les autres dispositifs ont échoué à permettre l’émancipation d’une personne. C’est à cette condition que nous pourrons sortir de cette agonie.

Mais ce caractère singulier mérite d’être pleinement assumé, car la justice n’est pas un service public comme les autres. Quand un hôpital soigne ou qu’une école instruit, l’administration agit ; quand un tribunal juge, c’est un pouvoir qui s’exerce, au nom du peuple français, selon la formule consacrée de tout jugement rendu dans notre pays. Notre Constitution elle-même hésite encore à la nommer pleinement : elle ne parle pas de « pouvoir judiciaire » mais d’« autorité judiciaire », signe d’une défiance historique de l’exécutif à l’endroit d’un contre-pouvoir qu’il a toujours cherché à tenir en lisière. Cette ambiguïté constitutionnelle permet, depuis des décennies, qu’un parquet nommé et discipliné par la Chancellerie continue de se présenter comme un acteur neutre de l’action publique, et que les besoins des juridictions soient appréciés non par les besoins des justiciables mais par les seules contraintes d’un cadrage budgétaire annuel. La fonction sociale de la justice est pourtant unique parmi les services publics : elle a vocation à pacifier les rapports sociaux quand le lien social se défait, elle protège le faible contre l’arbitraire du fort, et elle est la seule institution dont la légitimité républicaine repose entièrement sur sa capacité à trancher en toute indépendance, y compris contre le pouvoir qui la finance et la nomme. Vouloir la traiter comme une administration gestionnaire ordinaire revient à nier cette fonction constitutionnelle, et c’est précisément ce qui s’est produit avec l’irruption de la nouvelle gestion publique dans les prétoires.

C’est pourquoi les mesures que je porte avec mon groupe ne se limitent pas à un chiffrage budgétaire, si nécessaire soit-il. J’ai eu l’honneur de présider, en 2019 et 2020, la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire, dont les conclusions tracent une feuille de route précise : aligner le mode de nomination des magistrats du parquet sur celui des magistrats du siège, en soumettant leur nomination à l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, et harmoniser leur régime disciplinaire pour mettre fin à la subordination hiérarchique du ministère public à la Chancellerie. Cette même commission proposait de renforcer et de démocratiser la composition du CSM pour en faire la pierre angulaire du service public de la justice, une instance capable, à la manière d’une inspection générale indépendante, de déterminer objectivement les besoins réels des juridictions, plutôt que de laisser ce diagnostic aux seuls arbitrages de Bercy ou plus exactement de Beauvau. Nous portons également la consécration du principe de collégialité des formations de jugement, trop souvent sacrifié sur l’autel de la productivité, ainsi qu’une participation directe des citoyennes et des citoyens au fonctionnement de l’institution, par des conseils de juridiction et un jury populaire élargi : la légitimité démocratique de la justice ne se construit pas seulement par son indépendance, mais aussi par la présence du peuple en son sein.

Sur le terrain budgétaire, je demande depuis plusieurs législatures un budget de la justice enfin lisible et transparent, avec un budget opérationnel de programme établi cour d’appel par cour d’appel et une véritable comptabilité analytique permettant de connaître le coût réel de chaque politique judiciaire, faute de quoi le débat parlementaire sur les moyens de la justice reste un débat à l’aveugle. Et lorsque le Gouvernement se félicite d’avoir atteint son « effectif cible » de magistrats, je pose la même question qu’en commission des lois il y a plusieurs années : cet effectif cible est-il seulement l’effectif idéal, ou la simple habileté d’une communication qui maquille l’insuffisance structurelle des moyens ?

C’est sur la qualité de la justice que nous devons porter notre attention : le service public doit apporter une réponse à chaque justiciable, et pour cela il ne suffit pas qu’il dispose des moyens, il doit aussi avoir le souci constant de rendre la justice, et non de gérer un flux. Cela suppose de rompre frontalement avec la doctrine gestionnaire, de revaloriser les métiers de greffe et les fonctions support, de recruter à la hauteur des standards européens en magistrats, procureurs, experts et personnels de greffe, et de cesser de faire de la prison la variable d’ajustement budgétaire de la chaîne pénale. Cela suppose également de sortir le contentieux civil, prud’hommes, tutelles, responsabilité civile, de l’invisibilité médiatique où il est maintenu, alors qu’il concentre, je le rappelle, l’écrasante majorité de l’activité judiciaire totale et l’essentiel des injustices vécues au quotidien par les classes populaires.

Cette reconstruction ne peut être pensée isolément : elle s’inscrit dans un même mouvement de refondation de nos institutions. Je crois, comme beaucoup dans ce pays, qu’il n’y aura pas de transformation sociale durable sans une refondation démocratique des institutions qui exercent un pouvoir au nom du peuple, et la justice en est la première. Passer à une nouvelle République, ce sera aussi se donner une justice digne de ce nom : indépendante de l’exécutif comme des puissances économiques, démocratisée dans sa gouvernance, dotée des moyens humains et budgétaires que ses missions exigent. La justice doit être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir, pour assurer l’effectivité des droits, le rétablissement de la dignité des travailleurs et la lutte acharnée contre les inégalités.

Sources:linsoumission.fr


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vendredi 19 juin 2026

Mélenchon, personnalité préférée des ouvriers et des jeunes, loin devant Jordan de Monaco.

 

 C’est une nouvelle qui ne va pas arranger l’état de panique de ses adversaires. Un baromètre de popularité IFOP publié cette semaine montre que les ouvriers plébiscitent à 59 % Jean-Luc Mélenchon, juste derrière Dominique de Villepin. En outre, le leader insoumis est confirmé comme personnalité la plus réellement soutenue hors de l’extrême droite, comme Cluster 17 le montrait récemment.

Le leader insoumis se révèle aussi être le candidat des jeunes et des travailleurs. Il est en effet deux fois plus populaire chez les jeunes que Jordan Bardella. Il est la personnalité avec le plus de bonnes opinions chez les moins de 35 ans. Il est aussi le candidat préféré des professions intermédiaires – la classe moyenne – avec 49 % de bonnes opinions. Et il se trouve aussi devant Bardella et Le Pen chez les personnes non diplômées.

Jordan Bardella, désormais surnommé « Jordan de Monaco » par ses propres électeurs, en prend donc pour son grade dans ce dernier baromètre. Les jeunesses du pays n’ont visiblement pas apprécié son goût des yachts, de la principauté de Monaco et des dîners somptueux avec les grands patrons, dont Patrick Pouyanné et ses 10 millions d’euros de revenus annuels.

C’est un coup dur pour le parti fondé par des Waffen SS, et ses cadres, qui constatent la perte massive d’électeurs et de sympathisants liée aux dernières révélations sur leur jeune champion. Au RN, le malaise est total. La réponse de Jordan de Monaco à BFMTV à propos de la marche blanche pour Lyhanna a choqué. « Des marches blanches, il y en a tous les jours », avait déclaré le jeune fasciste avec dédain. « Ça ne va pas du tout comme réponse, c’est une grave erreur », a soufflé un responsable lepéniste. 

Pendant que le RN prend l’eau, Jean-Luc Mélenchon confirme sa puissante dynamique que même les sondages et ce baromètre peinent à dissimuler, malgré une sous-estimation constante du leader insoumis. 26 000 personnes se sont rendues à son meeting du dimanche 7 juin à Saint-Denis. SMIC à 1700 euros net, désarmement des fonds prédateurs, sécurité sociale intégrale, retraite à 60 ans, 6e République, restructuration des régions autour des grands bassins versants des fleuves, le leader insoumis a détaillé de nombreuses propositions pour construire une nouvelle société, collectiviste, gouvernant par les besoins et non plus le capital.

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