Deux mois après les élections municipales, les maires du Rassemblement national (RN) se sont empressés d’appliquer à l’échelle locale leur programme rétrograde et xénophobe. Dès leurs premières semaines de mandat, les mesures contre les plus précaires, les associations et la culture pleuvent et donnent un aperçu de ce à quoi ressemblerait un pays gouverné par le RN : une France plus inégalitaire que jamais, où les plus riches dorment sur leurs deux oreilles.
Heureusement, des initiatives se font jour à gauche, non seulement pour contrer l’avancée de l’extrême droite, mais surtout pour inverser le rapport de force politique, conquérir de nouveaux droits et libertés. Le seul débouché politique crédible en est la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle.
Une autre initiative, celle de l’Observatoire national de l’extrême droite (ONED), fournit un important travail de veille des décisions catastrophiques pour le peuple que prennent les élus du RN dans le pays. Cet Observatoire des mairies RN est appelé à être un outil important dans la lutte contre l’extrême droite. Notre article.
Pour aller plus loin : « L’urgence, c’est le blocage des prix des carburants » – L’interview de Jean-Luc Mélenchon face à La Tribune Dimanche
Une politique de chasse aux pauvres
Dès ses premiers jours en tant que maire de Carcassonne, l’ex-député Christophe Barthès a décrété la chasse aux pauvres en signant un arrêté anti-mendicité, et en menaçant des lycéens en lutte pour leurs droits. La Ligue des Droits de l’Homme (LDH) locale avait alors dénoncé cette mesure de haine des pauvres ; en réaction, le nouveau maire lui coupe des subventions. Les syndicats de travailleurs manifestent contre l’extrême droite ? L’édile leur retire leurs locaux, et ajoute tout en finesse « Ils peuvent me combattre tant qu’ils veulent, mais pas avec notre pognon. Quand on me met une gifle, je mets un marron ! »
Pour les nouveaux maires RN, la priorité affichée dans la presse locale est le désendettement de leurs communes…au risque d’y sacrifier (déjà) leurs promesses de campagne. Ainsi les baisses d’impôts locaux se font attendre dans les communes RN, de même pour les rénovations d’école. En revanche, la construction de places de parking explose ! Un sens des priorités qui en dit long, d’autant, évidemment, que les maires d’extrême droite ne prennent pas la peine de développer les transports en commun.
Autres priorités budgétaires du RN : recruter des policiers municipaux et les armer, des assistants d’élus. Sans oublier que presque tous les maires RN se sont auto-augmentés : les indemnités de certains maires atteignent le plafond légal. Il n’y a pas de petits profits… à mille lieues des maires LFI qui, eux, changent concrètement la vie des gens.
Pour aller plus loin : Cantine et périscolaire gratuits, taxis solidaires, aides d’urgence pour les plus précaires… Les maires LFI changent déjà la vie
Les décisions et propos racistes des maires RN : la nostalgie du temps des colonies
Dans le Doubs, le maire de Chevroz, Franck Bernard, adhérent RN notoire, a été élu Vice-Président à l’agglomération de Besançon, avec le soutien du maire de cette dernière, Ludovic Fagaut (LR). Seul hic : F. Bernard, sur un page Facebook anonymisée, se lâche sur les propos racistes et homophobes : il y relaie la carte des QI (censée prouver que les habitants des pays du Sud sont moins intelligents que ceux du Nord), et appuie que l’homosexualité menace la famille traditionnelle. Pour l’heure, le RN n’a pas réagi.
Les propos racistes, qui hiérarchisent les peuples et les cultures, sont en effet monnaie courante à l’extrême droite. Ainsi du maire de Moissac pour qui « nos racines et notre patrimoine » sont si supérieures à la culture Papou : des propos que les chantres de la colonisation et du suprémacisme blanc n’auraient pas renié.
Autre symbole colonial et suprémaciste, la décision de Yannick Le Roux. Le maire de Vierzon a en effet annulé la commémoration municipale de l’abolition de l’esclavage, le 10 mai, sous un prétexte fumeux d’économies budgétaires et de date de commémoration officielle. Le 10 Mai fait pourtant bien partie de ces dates officielles. Au RN, on a le sens de l’Histoire, le tortionnaire Jean-Marie Le Pen serait fier.
A Liévin, le maire Denis Paiva a décidé de mettre en place une « priorité nationale » pour le logement : l’attribution des logements ne dépend plus de critères sociaux, mais de la nationalité des bénéficiaires. Une xénophobie à peine déguisée, qui va plonger des familles entières dans la précarité, au seul prétexte qu’ils n’ont pas les bons papiers. Avec l’annulation de la cérémonie du 1er Mai et le retrait des drapeaux des pays alliés face aux nazis au 8 Mai, on devine que M. Paiva est, comme ces derniers, très National, mais pas très Socialiste.
Contre la culture, les maires RN sortent leurs décrets réac’
L’annulation des cérémonies du 1er Mai, vue dans d’autres communes RN comme Grenay, est témoin du mépris de l’extrême droite pour l’Histoire de France, et pour les masses populaires. Mais rien de surprenant quand on sait que le RN, une fois n’est pas coutume, avait soutenu le gouvernement pour voler du temps de loisir aux travailleurs le 1er Mai.
En guise de propositions culturelles, le RN fait preuve d’un manque terrible d’imagination. En plus d’un fétichisme du drapeau tricolore paresseux, les édiles lepénistes ont des goûts musicaux d’un autre âge. Ainsi, le 8 Mai, commémoration de la capitulation des nazis, la ville de Carpentras, pour la première fois en 80 ans, a entendu résonner l’air de « Maréchal nous voilà », hymne de la dictature de Vichy et Pétain. Le maire RN (dont le parti a été fondé par d’ex cadres vichystes) a plaidé non coupable, pointant la responsabilité de la radio locale. Qui veut tuer son chien l’accuse d’avoir la rage.
L’édile d’Harnes a lui aussi envoyé un symbole historique fort, en retirant un buste de Robespierre, le révolutionnaire à qui l’on doit entre autres notre devise républicaine, le blocage des prix… Il faut se rappeler de l’historien Johann Chapoutot, pour qui les nazis avaient trois personnages historiques en horreur : Rousseau, Robespierre et Karl Marx. On peut étendre cette haine d’un des fondateurs de la République au RN.
Mais la politique culturelle favorite des sbires de Bardella consiste à supprimer la culture. On ne compte plus le nombre de festivals annulés, de subventions à des associations culturelles annulées, de cinémas communaux menacés pour diffuser des films trop favorables à la Palestine, comme à Salernes. A La Flèche, Romain Le Moigne retire des milliers d’euros de subventions à une association qui apprend le français aux étrangers, et à une autre qui accueille les exilés : le mélange entre racisme et austérité.
Dans le Var, le maire de Seyne-sur-Mer annule un festival sur… Napoléon Bonaparte, pourtant apprécié à l’extrême droite. Pour raisons budgétaires. Mais d’autres élus RN instrumentalisent l’Histoire pour leurs idées nauséabondes. A Moissac, on s’inspire ouvertement du Puy du Fou pour une fête médiévale, et à Castres, l’ombre des Identitaires et de Pierre Edouard Stérin plane derrière les initiatives culturelles du nouveau maire.
Pour aller plus loin : Gard : un maire RN censure un important festival de jazz et s’en vante
Comme les excuses budgétaires ne suffisent pas toujours, le maire d’extrême droite de Seyne sur Mer invoque un faux motif anti-élitiste : les événements annulés ne seraient pas assez accessibles aux milieux populaires. Quand on voit sa contre-proposition, on voit son mépris desdits milieux. Pour lui, « culture populaire » signifie la fin des manifestations artistiques, qui se voient remplacées par des événements sportifs (lutte, MMA…) financés par… RedBull !
Sous-traiter ainsi la culture et le sport à une marque privée, et au détriment de l’art, montre le mépris de l’extrême droite pour ses administrés : elle leur prête un désintérêt pour ces questions de culture et d’art. Le maire Dorian Munoz conforte ce cliché de classes populaires insensibles à l’art, et s’adresse à leur prétendue ignorance et manque d’ouverture d’esprit. En réalité, la culture « légitime » et dominante n’est telle que pour maintenir la distance entre dominants et dominés, pour que chacun reste à sa place : le RN confirme et renforce ce statu quo.
Il faut se souvenir ce qu’écrivait, en 1933, le philosophe et militant révolutionnaire Antonio Gramsci. « Si le contenu populaire est exprimé par les grands artistes, ce sont ceux-là qui sont préférés [par le peuple] » (Cahiers de prison, 17, § 29), avant de citer la popularité, dès son époque, de Shakespeare, des classiques grecs, Tolstoï, Dostoïevski… lesquels reviennent eux-mêmes à la mode par les réseaux sociaux. N’en déplaise au RN et autres réactionnaires, il n’y a pas de fatalité en matière de goûts culturels et esthétiques.
Comment les maires RN poursuivent la mise au pas de la société
L’autoritarisme est le pendant de la rétractation de la culture. La ligne est simple : couper tout ce qui dépasse, y compris les symboles LGBTI+. Comme le maire lepéniste de Tarascon qui refuse de prêter une table et un barnum à une association dont la présidente aurait été « particulièrement critique » envers le RN : aucun autre motif à cette mesquinerie politicienne n’a été avancé.
Toujours à la pointe des sales coups, C. Barthès, à Carcassonne, non content de persécuter associations et syndicats, mène aussi la vie dure à la presse locale, en lui retirant des aides. Ces corps intermédiaires paient, selon le RN, des années d’opposition à l’extrême droite ; une fois le pouvoir pris dans la commune, le RN se lâche et se venge.
Même son de cloche à Saint-Avold, ou Hervé Simon interdit la fête populaire de la CGT locale. Mettre fin aux subventions et aides aux associations et syndicats est l’un des leviers favoris pour museler l’opposition qui, soit se dresse ouvertement contre elle, soit a le malheur d’avoir une autre vision de la société, moins aigrie que celle de Le Pen et Bardella.
En pleine euphorie après leur victoire dans leurs communes, les maires RN s’en donnent à cœur joie pour censurer les oppositions syndicales, politiques et associatives. Leur rhétorique anti-système et anti-élites cache mal leurs règlements de comptes politiciens. Par ailleurs, la même saignée pour les associations était déjà dans le contre budget austéritaire de la maison-mère à l’automne 2025, ce qui confirme une récente déclaration de la députée RN Edwige Diaz : tout ce que font les nouveaux édiles du parti est conforme à son programme.
Le chercheur Emmanuel Négrier note, chez ces nouveaux élus, et contrairement aux maires FN élus en 2014, l’abandon de toute image dédiabolisée : ils pensent sentir le vent souffler dans leur dos. Cette attitude inquiète y compris dans les rangs du RN : certains députés craignent que cette image bourrine nuise au candidat ou à la candidate à la présidentielle de 2027.
Mais déjà des faiblesses apparaissent. Les candidats du RN ont fait campagne, entre autres, sur la baisse des impôts locaux. Aujourd’hui, les maires élus prennent prétexte d’un surendettement de leurs communes pour retarder ces cadeaux fiscaux, et « seulement » une commune met en place une « priorité nationale » pour le moment. Peut-être les sympathisants lepénistes se rendront compte que taper sur les « assistés » et les étrangers n’améliorera en rien leur situation.
Ils regretteront leur suprémacisme si les nouvelles villes du RN prennent la même direction que les vieux bastions frontistes. En 12 ans de gouvernance d’extrême droite, Fréjus a vu ses impôts locaux passer de 147 à 476 euros pour les logements de 50 à 150m². Idem pour Hayange qui, sur la même période a augmenté ses impôts locaux de 6%. De quoi, à terme, mettre à mal le mythe du RN, qui veut que la pénurie serait compensée par une préférence nationale raciste et suprématiste.
Quand une maire RN invite à condamné pour corruption de mineures
L’information a été révélée ce jeudi 21 mai par nos collègues de StreetPress. La mairie RN d’Hénin-Beaumont prévoit un concert de l’ex-star des années 80 Jean-Luc Lahaye, condamné à de multiples reprises pour corruption de mineures. Un spectacle qui ne passe pas pour l’opposition et les féministes. Voilà ce qu’est le RN lorsqu’il dirige. La solution ? Rejoindre la campagne de Jean-Luc Mélenchon pour battre les fascistes en 2027.
Sources:linsoumission.fr (Par Alexis Poyard)




























