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vendredi 30 octobre 2026

La grève du 5 novembre se prépare.

  Grève. L’insoumission.fr et Informations Ouvrières s’associent pour proposer à leurs lecteurs des contenus sur les résistances et les luttes en cours aux quatre coins du pays. À retrouver sur tous les réseaux de l’Insoumission et d’Informations ouvrières.

Après le succès des manifestations du 17 et du 24 octobre, qui ont vu défiler des foules immenses partout en France, le gouvernement commence à reculer. La phase écran de fumée est amorcée. Des annonces, dérisoires, sont faites, ce qui n’était pas le cas avant. Ce samedi 31 octobre, de nouvelles mobilisations sont prévues partout en France pour exiger satisfaction des revendications : blocage des prix, hausse des salaires, abrogation de Parcoursup avec ouverture de places à l’université, inscription au budget des 10 milliards nécessaires pour répondre aux revendications des lycéens et des étudiants.

Une autre date vitale est à suivre pour le mouvement, celle du 5 novembre. La grève se prépare. Notre article.

«  Les ports français vont être à l’arrêt à 95 % » vendredi 30 octobre,  (Tony Hautbois, secrétaire général de la CGT des dockers)

L’ensemble des syndicats de l’enseignement privé sous contrat appellent à la grève le 5 novembre, ce qui constitue une « première » dans l’histoire du privé, selon eux.

À la SNCF, les quatre principaux syndicats de la compagnie ferroviaire (CGT-Cheminots, Unsa-Ferroviaire, Sud-Rail et CFDT-Cheminots) ont, dans un communiqué commun, appelé les agents « à se mettre en grève » et « à participer aux manifestations pour (leurs) conditions sociales, de vie et de travail». «Comme beaucoup de salariés dans le pays, les cheminots subissent l’austérité budgétaire. Elle se traduit par un déclassement social et des salaires qui stagnent», dénoncent-ils.

La Fédération CGT de la Santé et de l’Action sociale appelle en effet à la grève, réclamant la hausse du point d’indice des fonctionnaires et des budgets de l’État (PLF) et de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027 « à la hauteur des besoins ». La Fédération CFTC Santé Sociaux appelle, elle aussi, les hôpitaux les établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux, publics et privés, à rejoindre l’appel à la mobilisation intersyndicale, demandant « des salaires dignes, de meilleures conditions de travail et des moyens à la hauteur de leurs missions ».

Pour aller plus loin : « Le pouvoir n’aura qu’un seul choix, accepter les revendications ou s’en aller. » – L’entretien de Jean-Luc Mélenchon

La FAPT-CGT, qui représente les salariés des activités postales et de télécommunications, dont ceux de La Poste, Orange, SFR ou Chronopost, a également rejoint l’appel à la mobilisation, dénonçant « salaires insuffisants, emplois supprimés, intensification du travail, dégradation des conditions de travail et remise en cause des missions de service public».

La confédération FO appelle à la grève le jeudi 5 novembre et a déposé un préavis de grève qui « débute le lundi 2 novembre jusqu’au 31 décembre 2026 ».

La Confédération CGT qui a mis en place un compteur des appels à la grève et des préavis pour le 5 novembre, dénombre à ce jour 185 appels émanant de la plupart de ses fédérations nationales (Mines énergie, Commerce, Cheminots, Services publics, Santé, Chimie…) de syndicats d’entreprise, de syndicats de collectivités territoriales…De nombreux préavis, comme c’est le cas dans les services publics territoriaux sont d’ores et déjà étendus aux jours suivants pour permettre les reconductions qui seraient décidées par les grévistes. Plusieurs fédérations constatent une dynamique exceptionnelle dans la période. 

L’Union étudiante appelle à manifester « massivement dans la rue le 31 octobre et aux côtés des travailleuses et travailleurs le jeudi 5 novembre ». 

Dans un appel, les unions départementales CFDT, CGT, FO, FSU, UNSA et Solidaires de Loire-Atlantique appellent à la « grève et aux manifestations le 5 novembre » :

Le gouvernement doit répondre aux revendications ! (…) La brèche ouverte par la jeunesse lycéenne et étudiante doit trouver son relais dans la grève des travailleur·euse·s. Nos organisations syndicales appellent les salarié-es à se réunir dans leurs entreprises et administrations pour discuter de la préparation du 5 novembre 2026 et de ses suites. »

Le syndicat national des médecins hospitaliers Force ouvrière dépose un préavis de grève à compter du 31 octobre 2026 pour une durée illimitée et appelle à se mobiliser le 5 novembre, dans l’unité la plus large. 

Les fédérations CGT, FO, CFDT, UNSA, FSU et FA de la fonction publique appellent les agents publics à « se mobiliser massivement, par la grève et dans les manifestations, le 5 novembre prochain ».































 

Appel des confédérations CFDT, CGT, FO, UNSA et FSU (5 octobre 2026)

Les travailleurs et les travailleuses vivent un déclassement inédit. Carburant, produits alimentaires, loyers, gaz, électricité… tout augmente sauf les salaires et les pensions. Notre pays est au bord de la récession et les plans de licenciements se multiplient dans l’industrie comme dans le commerce ou les services.

Pourtant, le gouvernement dans son projet de budget aggrave encore la situation en s’attaquant notamment aux plus précaires et aux malades en gelant les prestations sociales et en réduisant le rôle protecteur de la sécurité sociale. Il baisse aussi les moyens de nos services publics et gèle le salaire des fonctionnaires pourtant en première ligne encore cet été pour sauver des vies et répondre aux besoins de la population face aux canicules et aux mégafeux. Face aux défis climatiques et technologiques qui nous attendent, une politique industrielle n’est plus une option : elle est une nécessité absolue qui fait pourtant toujours cruellement défaut. 

La mobilisation des lycéen·nes et des étudiant·es est légitime. Leur colère, leurs inquiétudes et leurs revendications doivent être entendues et prises en considération. Les jeunes doivent pouvoir grandir, apprendre, se former, construire leur avenir et dans des conditions dignes. Dans le respect de l’indépendance du mouvement lycéen, nos organisations partagent les revendications pour de meilleures conditions d’étude et davantage d’égalité. Nous soutenons le droit des lycéen·nes et des étudiant·es à se mobiliser, à manifester et à se réunir pacifiquement, librement et en sécurité.

Après le succès de la journée de grève et de manifestation de la fonction publique du 29 septembre, les organisations syndicales appellent l’ensemble des salarié.e.s du public comme du privé, des jeunes et des retraité.e.s, à franchir une nouvelle étape : faire grève et manifester le jeudi 5 novembre prochain.
Nous demandons :
– L’ouverture immédiate dans toutes les entreprises et dans toutes les branches de négociations pour augmenter les salaires et réaliser l’égalité salariale Femmes -Hommes
– L’augmentation des pensions des retraités, pour le régime de base comme pour les retraites complémentaires AGIRC ARRCO
– L’augmentation de la valeur du point d’indice des fonctionnaires et des mesures de revalorisation des carrières de la fonction publique
– L’augmentation du SMIC et de toutes les aides sociales (APL, allocations familiales, bourses étudiantes, RSA…)
– Une planification environnementale et industrielle pour relocaliser et décarboner notre industrie. Des moyens pour lutter contre le réchauffement climatique et adapter notre société : isoler les bâtiments, végétaliser les villes, développer les transports collectifs décarbonés
– L’augmentation des moyens de nos services publics pour préparer l’avenir, former les jeunes, soigner et accompagner nos aînés et faire face au dérèglement climatique
– Des mesures de justice fiscale pour taxer les patrimoines, les héritages et les dividendes, l’évaluation, le conditionnement et le redéploiement des 211 milliards d’aides publiques.

Les organisations syndicales alertent solennellement gouvernement et patronat. La colère est immense. La situation du pays est fragile. Il faut sans attendre répondre aux urgences sociales et environnementales.

Le 5 novembre, généralisons la grève !

Salaires, emplois, services publics, jeunesse : halte aux sacrifices !

Appel des unions départementales CFDT, CGT, FO, UNSA, FSU, Solidaires et CFDC de la Somme (extraits)

Pendant que les prix flambent, les salaires et les pensions stagnent. Le gouvernement impose des coupes budgétaires, étrangle les services publics et fait payer la facture aux travailleurs, aux jeunes, aux retraités et aux plus précaires. Pendant ce temps, des centaines de milliards d’euros d’aides publiques sont accordés aux entreprises, la fiscalité reste profondément injuste. 

Le projet de budget 2027 confirme une politique qui fait porter l’effort sur la population et les services publics. Le gouvernement annonce 54 milliards d’euros d’efforts budgétaires, maintient le gel du point d’indice des fonctionnaires et prévoit de nouvelles restrictions qui menacent notre protection sociale.

L’argent existe : il doit servir à répondre aux besoins de la population, à rémunérer le travail et à préparer l’avenir, pas à creuser les inégalités !

Face aux revendications légitimes des jeunes et des travailleurs, le président Macron a pris la parole le 18 octobre de façon irresponsable et oppose le mépris, la répression et les menaces sur la liberté de manifester. Nous exigeons des réponses concrètes à la hauteur de la situation !

ÇA SUFFIT ! NOUS REVENDIQUONS :

Des augmentations de salaires, du SMIC, des pensions et des prestations sociales

Des moyens pour la jeunesse, pour étudier, se former, travailler et construire librement son avenir

Des services publics renforcés, avec des moyens et des effectifs à la hauteur des besoins et dégel du point d’indice

La défense de l’emploi et de l’industrie, une véritable transition écologique

Une fiscalité juste, faisant contribuer les plus fortunés et les dividendes à l’effort collectif, contrôle des aides publiques aux entreprises et conditionnement à des engagements sociaux et environnementaux 

L’abrogation de la réforme des retraites

La colère est là, les luttes convergent : poursuivons et amplifions le mouvement !

Sources:linsoumission.fr

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jeudi 29 octobre 2026

Victoire insoumise – AESH : LFI fait voter l’Assemblée nationale en faveur de la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B.

 AESH. Une deuxième victoire insoumise à l’Assemblée nationale ce 29 octobre 2026. Le groupe parlementaire LFI a fait voter l’Assemblée nationale en faveur de la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. « On est toutes contraintes à la précarité ! », relatent nombre d’entre elles. Salaire moyen ? Un peu plus de 1 030 euros par mois.

« Un salaire minable pour des missions indispensables et des conditions de travail difficiles. Nous ne pouvons plus nous contenter de dire qu’elles sont formidables », l’a justement décrit la rapporteure du texte de loi Murielle Lepvraud. La cheffe de file du texte, Nadège Abomangoli, de compléter à l’ouverture des débats dans l’hémicycle : « Elles et ils attendent qu’enfin une réponse soit apportée à la précarité du métier d’AESH. Que leurs enfants soient enfin accompagnés. Que leurs élèves puissent étudier dans des conditions dignes ! ». L’Insoumission vous livre son dossier d’analyse sur la situation des AESH. Notre article.

AESH : pour beaucoup, l’accompagnement prévu n’est pas au rendez-vous

Depuis la loi de 2005, le nombre d’élèves en situation de handicap scolarisés n’a cessé d’augmenter. Mais vingt ans après, des dizaines de milliers d’entre eux restent sans accompagnement, ou ne bénéficient que de quelques heures de scolarisation par semaine. Pour répondre à cette situation, le gouvernement mise sur la mutualisation et la réorganisation des dispositifs. Pourtant, le problème est que l’Éducation nationale ne donne toujours pas aux AESH les conditions nécessaires pour exercer durablement leur métier et dans de bonnes conditions

À chaque rentrée scolaire, le même problème revient. Des élèves en situation de handicap ont obtenu une notification de la MDPH prévoyant un accompagnement humain mais aucune AESH n’est disponible pour les accompagner. Les familles attendent, appellent l’établissement, sollicitent les services académiques. Parfois une solution est trouvée mais l’accompagnement reste instable. Dans la majorité des cas, l’enfant doit même commencer l’année avec moins d’heures de cours faute d’AESH disponible.

Depuis la loi du 11 février 2005, l’école accueille beaucoup plus d’élèves en situation de handicap. Ils étaient 232 400 en 2006, contre 563 400 en 2024. Cette évolution constitue un progrès réel. Elle ne doit pourtant pas masquer une autre réalité : l’école peine toujours à assurer à tous ces élèves les conditions nécessaires pour y apprendre. Pour beaucoup, l’accompagnement prévu n’est pas au rendez-vous.

À la rentrée 2025, 48 726 élèves disposant d’une notification d’accompagnement humain étaient ainsi sans solution contre 36 186 en 2024. En un an, le nombre a augmenté de 35 %. Et encore ces chiffres ne disent pas tout. Avoir une AESH ne signifie pas forcément bénéficier d’un accompagnement permettant une scolarité normale. Une étude de l’UNAPEI publiée en août 2025 montre combien ces situations sont loin d’être isolées. 13 % des élèves concernés ne bénéficient d’aucune heure de scolarisation par semaine. Pour 38 %, la scolarisation ne dépasse pas six heures et à peine 19 % sont scolarisés plus de douze heures par semaine.

Le droit à l’école existe donc bien évidemment dans les textes. Sa mise en œuvre dépend encore trop souvent du nombre de personnels disponibles dans l’établissement. Notre article.

Une école inclusive qui manque de moyens

Ces difficultés ne sont pas seulement liées au nombre d’élèves concernés. Elles tiennent surtout à la manière dont l’État a choisi d’organiser leur accompagnement.

Les AESH constituent aujourd’hui le deuxième métier de l’Éducation nationale. Elles sont à plus de 90 % des femmes. Leur rôle est devenu indispensable au fonctionnement quotidien des établissements mais leur place dans l’institution reste étonnamment fragile.

Les chiffres du ministère de l’Éducation nationale publiés en mars 2026 sont particulièrement parlants. Plus de neuf AESH sur dix considèrent leur rémunération insuffisante au regard du travail réalisé. En 2025, leur rémunération moyenne était de 965 euros par mois. À cela s’ajoute un sentiment très largement partagé de ne pas être reconnues par leur employeur, 78 % déclarent manquer de considération de la part de l’institution.

Derrière ces chiffres, il y a des professionnelles qui peinent concrètement à vivre de leur métier. Lors d’un rassemblement devant le rectorat de Lille en juin 2026, plusieurs AESH ont témoigné de leurs difficultés financières. Marjorie Greuze qui exerce depuis sept ans, expliquait toucher moins de 1 000 euros par mois, une somme avec laquelle elle doit notamment subvenir aux besoins de sa famille et financer les études de ses filles.

Isabelle Lemaire, AESH depuis treize ans, déclarait elle aussi percevoir autour de 1 000 euros mensuels. Elle racontait finir régulièrement le mois à découvert, parfois dès le début du mois une fois les factures payées. Treize ans d’expérience et un salaire qui reste autour de 1 000 euros. La précarité ne concerne donc pas uniquement les débuts dans le métier. Elle peut s’installer dans la durée.

Le témoignage de Marie, AESH à Lyon, publié par Rue89 Lyon en 2022, donne une autre mesure de cette précarité. À 58 ans, elle travaillait à 66 % pour environ 850 euros par mois, après plusieurs années dans le métier. Elle résumait ainsi la situation :

« On est prisonnières d’un travail qui n’est pas suffisamment rémunérateur. »

Pourtant, elle ne décrit pas un métier qu’elle aurait fini par rejeter. Au contraire, elle explique aimer accompagner les enfants et chercher, pour chacun d’eux, la manière de les aider à progresser.

« J’adore ce que je fais. J’aide des enfants qui sont un peu différents à exprimer le meilleur de leurs capacités », racontait-elle.

Ce décalage revient dans son témoignage. Un travail qu’elle juge utile et dans lequel elle s’est investie, mais dont les conditions matérielles l’ont progressivement enfermée dans la précarité. Embauchée d’abord à 50 %, puis en CDI à 66 %, elle expliquait n’avoir jamais réussi à obtenir un temps de travail lui permettant réellement de vivre de son salaire.

Les difficultés ne concernent pas uniquement la rémunération. Plus d’un tiers des AESH jugent leur formation initiale insuffisante ou inadaptée. Elles sont 53 % à porter le même jugement sur leur formation continue. Les manques concernent parfois des équipements aussi basiques que des tables, des chaises ou des espaces de rangement.

Le métier est également physiquement et psychologiquement exigeant. Un tiers des AESH déclarent avoir consulté un professionnel de santé pour des raisons liées à leur travail au cours des douze derniers mois. Et les perspectives professionnelles sont particulièrement faibles, 79 % les jugent insatisfaisantes.

L’Éducation nationale cherche régulièrement de nouvelles AESH tout en maintenant un métier qui offre peu de perspectives et un salaire qui ne permet pas toujours de vivre correctement. Certaines professionnelles sont contraintes de cumuler plusieurs emplois. D’autres travaillent avec des horaires morcelés, parfois sur plusieurs établissements, ce qui rend difficile toute organisation stable.

Le témoignage de Marie permet de comprendre ce que ces temps partiels représentent concrètement. Elle a commencé comme AESH à 50 %, pour environ 600 euros par mois, avant de passer à 66 % en 2017. Depuis, son salaire est resté autour de 850 euros.

« Je ne connais pas d’AESH embauchée à temps plein. On est toutes coincées dans des temps partiels, contraintes à la précarité », explique-t-elle.

Cette précarité a des conséquences qui dépassent largement la seule fiche de paie. Marie raconte avoir dû renoncer à certaines dépenses de santé, notamment attendre près d’un an avant de pouvoir acheter des lunettes à 600 euros.

« Comment suis-je censée apprendre à lire aux enfants quand je ne vois rien ? », interroge-t-elle.

Avec l’inflation, elle explique également avoir réduit ses dépenses alimentaires et dépendre parfois de l’aide de sa fille.

Un métier de femmes, traité comme un petit boulot

La précarité des AESH n’est pas sans rapport avec la manière dont leur travail est considéré.

Il s’agit d’un métier très largement féminin, comme le sont encore une grande partie des professions liées au soin, à l’accompagnement et à l’éducation. Des compétences comme l’écoute, la patience, l’attention aux autres ou l’aide à l’autonomie sont souvent présentées comme des qualités personnelles plutôt que comme de véritables qualifications professionnelles.

Marie raconte d’ailleurs qu’elle n’avait pas choisi ce métier au départ. Après avoir interrompu pendant plusieurs années sa carrière de secrétaire pour élever ses deux enfants, elle devait suivre une formation pour revenir vers son ancien domaine professionnel. C’est finalement Pôle emploi qui lui propose de devenir auxiliaire de vie sociale (AVS).

« Je me suis fait arnaquer », résume-t-elle. Pourtant, au fil des années, elle s’attache à son travail et à ses élèves : « J’adore ce que je fais. J’aide des enfants qui sont un peu différents à exprimer le meilleur de leurs capacités. C’est quand même un boulot dans lequel on se sent utile. »

Cette contradiction revient dans son témoignage. Elle aime son métier et en mesure l’utilité, mais refuse que le caractère « porteur de sens » du travail serve de justification à sa faible rémunération.

« Porteur de sens ça veut dire qu’on te paye une misère et que tu dois encaisser avec le sourire parce que tu sers à quelque chose », dénonce-t-elle.

Avant d’ajouter : « Merci je sais que je sers à quelque chose, maintenant je veux être payée correctement. »

Cette représentation a des conséquences très concrètes. On peut demander à une AESH de connaître les besoins d’un enfant, comprendre ses difficultés, participer à ses apprentissages, travailler avec l’enseignant, avec la famille, parfois avec les professionnels médico-sociaux. Mais lorsqu’il s’agit de reconnaître cette responsabilité, le métier reste cantonné à des grilles salariales faibles et à des contrats longtemps précaires.

Les témoignages des AESH montrent d’ailleurs que leur activité dépasse largement l’image d’une simple présence aux côtés de l’élève. Stéphane Busschaert, AESH depuis neuf ans, décrit un métier qui l’amène à mobiliser des compétences très différentes, de l’accompagnement social à l’écoute psychologique. Cette réalité du métier est pourtant loin d’être reconnue à sa juste valeur, que ce soit dans le statut ou dans la rémunération.

Marie décrit aussi un travail qui demande du temps et une véritable connaissance de chaque enfant. Elle accompagne notamment plusieurs élèves présentant un TDAH et insiste sur le fait qu’ils ne fonctionnent pas tous de la même manière :

« Il faut trouver la porte d’entrée pour comprendre leur fonctionnement. Des fois ça met une heure, des fois six mois. »

Derrière ce témoignage, il y a une réalité difficilement compatible avec une organisation où les AESH doivent constamment passer d’un élève à l’autre ; l’accompagnement nécessite de connaître l’enfant, ses habitudes, ses difficultés et ce qui lui permet de progresser.

La comparaison avec les métiers du soin n’est d’ailleurs pas anodine. Dans ces professions aussi, les femmes sont très nombreuses, les tâches relationnelles sont centrales et la pénibilité est souvent sous-estimée. Le travail est indispensable mais sa valeur économique reste faible.

Cette contradiction finit donc par produire un cercle vicieux. Les conditions de travail rendent le métier peu attractif, le recrutement devient plus difficile, les AESH déjà en poste doivent couvrir davantage d’élèves et donc leurs conditions de travail se dégradent encore.

Le départ d’une AESH interrogée par le SNALC en septembre 2022 illustre également cette difficulté à retenir les professionnelles. Titulaire d’un master 1 en psychologie du développement, elle travaillait 24 heures par semaine pour environ 830 euros nets par mois. Elle a finalement quitté l’Éducation nationale pour un emploi dans le secteur privé, où elle devait toucher 1 600 euros nets pour 37 heures, avec des tickets-restaurant, une mutuelle et une partie des frais de transport pris en charge.

« Je pars… », écrit-elle en expliquant avoir fini par chercher ailleurs une rémunération davantage en rapport avec ses qualifications et son travail.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la généralisation de la mutualisation.

Avec les pôles inclusifs d’accompagnement localisés (PIAL), puis les pôles d’appui à la scolarité (PAS), l’organisation de l’accompagnement a progressivement changé.

Sur le papier, le dispositif doit permettre une meilleure coordination. En pratique, les AESH peuvent être amenées à suivre plusieurs élèves présentant des besoins très différents, parfois dans plusieurs classes et plusieurs établissements.

Le témoignage de cette AESH partie vers le privé montre à quel point cette organisation peut produire des emplois du temps éclatés. Alors qu’elle était contractuellement à 24 heures par semaine, elle devait être disponible du lundi au vendredi de 8 heures à 16 heures, avec le mercredi matin, en raison des emplois du temps des élèves. Entre les cours, les études, l’EPS ou encore la musique, son planning comportait de nombreux « trous » qui empêchaient de transformer ces heures en un véritable temps plein.

Une professionnelle peut donc commencer sa journée auprès d’un élève, changer de classe pour en accompagner un autre, puis se déplacer dans un établissement voisin. Les temps de trajet s’ajoutent aux horaires de travail avec parfois des frais supplémentaires et une organisation difficilement compatible avec les faibles quotités de travail.

Son récit montre aussi la succession de changements auxquels certaines AESH peuvent être confrontées. En septembre 2022, elle devait initialement accompagner deux élèves dans la même classe. Quelques jours plus tard, on lui demande de rejoindre un autre établissement pour accompagner un troisième élève, puis elle est réaffectée auprès d’un nouvel enfant après que le dispositif prévu n’a pas pu être mis en place. Quelques jours plus tard encore, l’arrivée d’une nouvelle AESH entraîne une nouvelle modification de son affectation. En quelques semaines, les élèves accompagnés et la répartition des heures ont ainsi changé plusieurs fois.

Les propos d’Amélie Vincenot permettent de mesurer concrètement cette situation. Intervenir auprès de quinze élèves répartis dans trois établissements signifie nécessairement multiplier les changements de lieux et d’enfants. Elle souligne également que les classes peuvent réunir plusieurs élèves ayant des handicaps différents, ce qui rend encore plus difficile un accompagnement réellement individualisé.

Le problème apparaît alors très concrètement. Comment construire une relation de confiance avec un enfant lorsque les affectations changent régulièrement ?

L’AESH du SNALC raconte ainsi avoir demandé à deux reprises une augmentation de sa quotité de travail, sans obtenir de réponse. Dans son témoignage, elle décrit cette absence de perspective comme une forme de mépris. Elle pouvait travailler davantage, mais aucune possibilité stable ne lui était proposée.

La contradiction est assez nette. On demande aux AESH de construire un accompagnement adapté à chaque enfant tout en les faisant passer d’un élève à l’autre et parfois d’un établissement à l’autre.

La mutualisation peut avoir son utilité lorsqu’elle répond réellement aux besoins des élèves. Elle devient problématique lorsqu’elle sert surtout à pallier le manque de personnels.

Les syndicats du secteur l’ont largement dénoncé. La FSU-SNUipp estime notamment que les pôles d’appui à la scolarité (PAS) risquent de servir à gérer le manque de personnels de l’Éducation nationale et du secteur médico-social plutôt qu’à apporter de nouvelles réponses aux élèves. Cette critique mérite d’être prise au sérieux et conduit à une interrogation centrale : que fait-on lorsque les moyens disponibles ne correspondent pas aux besoins reconnus ?

Le risque est alors de faire évoluer le dispositif pour l’adapter au manque de moyens, plutôt que de donner les moyens nécessaires. C’est précisément ce qui inquiète autour des pôles d’appui à la scolarité (PAS). En faisant intervenir davantage le dispositif local dans l’évaluation et la réponse aux besoins, on risque de glisser progressivement d’une logique fondée sur les droits de l’enfant à une logique fondée sur les ressources disponibles.

Or, une notification de la MDPH acte un besoin d’accompagnement. Elle ne devrait donc pas rester sans réponse faute de personnels disponibles. Lorsqu’un besoin d’accompagnement a été reconnu, l’État doit être en mesure de fournir le personnel nécessaire. La réponse ne peut pas consister à expliquer que l’établissement n’a personne à affecter.

Le droit à l’éducation ne peut dépendre du nombre d’AESH disponibles

Cette situation pose une question plus large sur ce que signifie réellement l’inclusion scolaire.

La loi de 2005 a constitué une avancée majeure. Elle a affirmé que les élèves en situation de handicap avaient leur place dans l’école ordinaire et que leur parcours devait être adapté à leurs besoins. Mais l’inclusion ne peut pas se résumer à une inscription administrative.

Un enfant qui n’est accueilli que quelques heures par semaine parce que personne n’est disponible pour l’accompagner n’a pas réellement accès à l’école dans les mêmes conditions que les autres. Une famille qui doit réorganiser son travail parce que l’accompagnement de son enfant n’est assuré que certains jours supporte une partie du coût de cette politique.

Un enseignant qui doit prendre seul en charge une situation pour laquelle un accompagnement a pourtant été notifié se retrouve lui aussi placé dans une situation impossible.

Dans son témoignage, l’AESH qui a quitté l’Éducation nationale décrit d’ailleurs cette situation depuis l’intérieur de l’établissement. Elle explique que les enseignants sont eux aussi confrontés à des classes nombreuses et à une accumulation de besoins spécifiques. Son départ ne traduit donc pas un désintérêt pour les élèves qu’elle accompagnait. Elle explique au contraire partir avec le sentiment que l’organisation proposée ne lui permettait plus d’exercer son métier dans de bonnes conditions.

Les AESH doivent alors composer avec toutes ces difficultés au quotidien. Elles ne sont responsables ni du manque de postes ni de l’organisation des établissements. Pourtant, ce sont souvent elles qui doivent trouver des solutions lorsque l’accompagnement prévu ne peut pas être assuré dans de bonnes conditions.

Marie résume cette situation d’une autre manière. Malgré les années passées auprès des enfants et l’attachement qu’elle dit avoir pour son métier, elle explique avoir le sentiment d’être « piégée » dans un emploi dont elle ne parvient pas à vivre correctement.

« On m’a piégée dans ce travail, me forçant à travailler pour un salaire indigne qui m’a empêchée d’enterrer correctement ma mère, qui m’empêche de vivre normalement. »

Elle raconte notamment avoir écrit une longue lettre au ministre de l’Éducation nationale pour proposer des solutions, sans obtenir de réponse personnalisée.

Son expérience montre aussi combien le manque de reconnaissance peut finir par épuiser celles qui restent pourtant attachées au sens de leur travail.

Une politique d’inclusion à la hauteur ne peut donc pas se résumer à l’annonce de nouveaux dispositifs. Elle doit d’abord donner aux AESH les moyens de faire leur travail correctement.

Donner enfin un statut aux AESH

La première urgence est donc le recrutement. Les élèves qui disposent d’une notification doivent pouvoir bénéficier de l’accompagnement prévu. Cela suppose de recruter immédiatement les personnels nécessaires et d’établir un plan pluriannuel permettant d’anticiper les besoins.

Mais recruter davantage dans les conditions actuelles ne suffira pas. Il faut sortir les AESH de la précarité.

C’est le sens de la proposition portée par La France insoumise avec la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH. Elle prévoit notamment la titularisation des personnels actuellement en poste et la reconnaissance d’un temps plein correspondant à 24 heures de service.

Cette demande de titularisation revient directement dans les témoignages recueillis auprès des AESH. Pour Marjorie Greuze, obtenir un véritable statut permettrait aussi de reconnaître enfin le travail accompli et de sécuriser les postes. Stéphane Busschaert défend ainsi un temps plein à 24 heures et un statut de fonctionnaire, estimant que la précarité actuelle du métier « n’est plus possible ».

Ce point est important. Le temps de travail des AESH est aujourd’hui souvent construit autour de quotités faibles, qui ne permettent pas de vivre correctement de son emploi. Fixer le temps plein à 24 heures permettrait de reconnaître la réalité du temps de présence nécessaire à l’accompagnement des élèves, tout en garantissant un véritable salaire de fonctionnaire.

Le témoignage de Marie donne à cette revendication une dimension très concrète. Après plusieurs années dans le métier, son salaire reste bloqué autour de 850 euros pour une quotité de 66 %. Elle résume ainsi la situation :

« Je suis une indigente alors que je fais un travail “porteur de sens”. »

Pour elle, la reconnaissance du métier ne peut pas rester symbolique. Elle doit aussi passer par la possibilité de vivre de son travail.

Les AESH bénéficient ainsi de 100 % du traitement correspondant à la catégorie B, avec une carrière et des perspectives professionnelles.

La question de la formation doit suivre. Accompagner des élèves en situation de handicap ne s’improvise pas. Les AESH doivent bénéficier d’une formation initiale solide et d’une formation continue réellement accessible. Il faut aussi renforcer la formation de l’ensemble des personnels qui travaillent avec ces élèves : enseignants, personnels éducatifs et autres professionnels de l’école.

Enfin, la politique d’inclusion doit être pensée dans son ensemble. Les moyens consacrés aux ULIS doivent être à la hauteur des besoins. Les classes doivent progressivement voir leurs effectifs diminuer avec un objectif de dix élèves par classe. Et les structures spécialisées doivent disposer de suffisamment de places pour accueillir les enfants qui en ont besoin.

Il ne s’agit pas d’opposer école ordinaire et structures spécialisées. Il s’agit simplement de permettre à chaque enfant d’avoir une solution adaptée.

Une réforme qui concerne toute l’école

La question des AESH dépasse largement celle de leur statut. Elle dit aussi beaucoup de ce que l’on attend de l’école publique et des moyens que l’on est prêt à lui donner.

Depuis plusieurs années, les gouvernements successifs parlent d’école inclusive. Le nombre d’élèves concernés augmente et les dispositifs administratifs se multiplient. Les intitulés changent mais sur le terrain les effectifs restent insuffisants. À force de chercher comment faire avec les moyens disponibles, on en oublie parfois le point de départ : les besoins de l’enfant.

Une AESH a besoin de temps pour accompagner correctement un élève. Elle doit pouvoir apprendre à le connaître, comprendre ce qui l’aide ou le met en difficulté, suivre son évolution et échanger avec les enseignants. Ce travail ne peut pas être fait correctement si elle doit changer régulièrement d’élève ou d’établissement.

La priorité devrait donc être de donner les moyens nécessaires pour que cet accompagnement puisse réellement fonctionner. Cela veut dire recruter suffisamment d’AESH, limiter la mutualisation lorsqu’elle nuit au suivi des élèves, améliorer leur formation et leurs conditions de travail. Cela veut aussi dire leur donner un véritable statut, en créant un corps de fonctionnaires de catégorie B et en titularisant celles qui exercent déjà ce métier.

Ce sont des choix politiques. Ils demandent des moyens mais surtout de considérer l’accompagnement des élèves en situation de handicap comme une mission à part entière de l’école publique.

Vingt ans après la loi de 2005, les difficultés sont toujours là. Des enfants ont une notification MDPH mais n’obtiennent pas toujours l’accompagnement dont ils ont besoin. Dans le même temps, les AESH continuent d’exercer dans des conditions précaires.

Si l’on veut vraiment une école inclusive, il faut commencer par donner à celles qui accompagnent les élèves les moyens de faire leur travail.

Sources:linsoumission.fr       (Par Mobina Shameli)


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mercredi 28 octobre 2026

24 octobre : comment le gouvernement a laissé passer les milices d’extrême droite.

 Extrême droite. Quand un mouvement populaire comme celui qui traverse le pays se lève, il n’est guère surprenant de voir des milices fascistes se dresser face aux masses en lutte. C’est historiquement le rôle politique de l’extrême droite depuis un siècle, particulièrement des fascistes italiens.

Si le patronat italien subventionne les premiers faisceaux (fasci) de combat de Mussolini dans les années 1920, c’est bien pour briser les grèves ouvrières massives des deux années rouges (biennio rosso, 1919-1920). Deux ans plus tard, les fascistes prennent le pouvoir, aidés par la droite et les libéraux. Il s’en faut de peu pour qu’une bande de brutes (dixit Mussolini) ne devienne une issue politique pour la bourgeoisie en crise. 

Dans la France d’Emmanuel Macron, l’extrême droite et la dérive fasciste sont de nouveau une option sérieuse pour la classe dirigeante. Galvanisés par la répression policière, la colère des possédants et de leurs relais médiatiques, les atteintes portées à la sainte propriété privée, leurs proxys d’extrême droite se sentent en droit de réinvestir les rues. 

Dans plusieurs cortèges ce 24 octobre, les groupuscules d’extrême droite ont voulu se poser en alternative ou en auxiliaire des troupes de Laurent Nuñez, déjà bien occupées à mutiler, nasser, gazer et frapper les manifestants. Partout les forces dites de l’ordre se sont fait attendre : la police ne saurait en rien être un rempart contre les violences d’extrême droite. Loin s’en faut. Notre article. 

Pour aller plus loin : RN : une opération séduction des jeunes qui ne prend pas

« Touche pas à ma ville », une initiative d’extrême droite

Dès avant les mobilisations de samedi dernier, les mots d’ordre ont fusé dans les canaux de l’extrême droite. Si le RN, embarrassé de ses proximités avec eux, les refuse à son congrès d’Orléans, autant se rendre utile à l’ordre établi par d’autres moyens. L’exemple lyonnais en a inspiré plus d’un : on réactive des contacts, on ouvre des fils de messageries pour « protéger les commerçants » de la « racaille », le tout centralisé autour de l’initiative « Alpha rise », lancée par un influenceur de Montpellier. 

Bien vite, l’initiative, qui prévoyait initialement de livrer des « casseurs » aux forces de police, se mue en velléités de s’en prendre physiquement à des personnes non-blanches et/ou de gauche en marge des manifestations. 

Ces supplétifs autoproclamés de la police prennent l’initiative et attaquent directement les manifestants isolés, les cortèges pacifiques dans plusieurs villes comme Nice, Lyon, Rouen, où leurs exactions et défilés ne sont même pas interrompus par les autorités.

Pour aller plus loin : Lyon : l’extrême droite défile pendant le couvre feu liberticide, le gouvernement laisse faire

Nice est l’exemple typique du laisser-faire de la police face à l’extrême droite. Après avoir défilé et répandu leurs immondices sans interdiction préfectorale, les groupuscules fascistes et identitaires locaux s’en sont violemment pris à la manifestation contre la vie chère, à coups de couteaux et de barres de fer ! 


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Pire encore, il semble que la police ait protégé ces nervis après leurs méfaits et agressions. Incompétence ou sympathie politique ? Le maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a été plus réactif que le ministre de l’Intérieur pour condamner les agressions, c’est dire ! « Il en a fait des caisses » sur sa communication, a confié le militant insoumis local Olivier Salerno auprès de L’Insoumission. L’allié de Le Pen veut apparaître avant tout comme un homme d’ordre, y compris face à ses alliés groupusculaires.  











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Pire encore, il semble que la police ait protégé ces nervis après leurs méfaits et agressions. Incompétence ou sympathie politique ? Le maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a été plus réactif que le ministre de l’Intérieur pour condamner les agressions, c’est dire ! « Il en a fait des caisses » sur sa communication, a confié le militant insoumis local Olivier Salerno auprès de L’Insoumission. L’allié de Le Pen veut apparaître avant tout comme un homme d’ordre, y compris face à ses alliés groupusculaires.  



Pire encore, il semble que la police ait protégé ces nervis après leurs méfaits et agressions. Incompétence ou sympathie politique ? Le maire d’extrême droite de Nice, Éric Ciotti, a été plus réactif que le ministre de l’Intérieur pour condamner les agressions, c’est dire ! « Il en a fait des caisses » sur sa communication, a confié le militant insoumis local Olivier Salerno auprès de L’Insoumission. L’allié de Le Pen veut apparaître avant tout comme un homme d’ordre, y compris face à ses alliés groupusculaires.  

Rouen, au fort passif identitaire, a aussi été la cible de ce genre de réseaux créés à la va-vite pour attaquer les manifestations, sans être inquiétés par la police. Une actualité à mettre en lien avec les récentes violences, lors de la « Marche des Normands », pilotée par les identitaires des « Normaux ».  

À Montpellier, ville d’origine « d’Alpha Rise », ils étaient une vingtaine de miliciens à avoir cherché à s’en prendre à des manifestants, là encore en prétendant « protéger les commerces ». Même constat, avec moins de succès heureusement, à Besançon, où des manifestants localisent facilement des militants d’extrême droite aux abords du cortège réprimé par la police. Dans la ville voisine de Dijon, la complicité entre policiers et milices d’extrême droite est en revanche manifeste. 


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Les exemples se multiplient encore à Lyon, Clermont-Ferrand, Nancy : les fascistes attaquent, se replient avant de se retrouver en sous-nombre et se réfugient derrière un cordon de police. Malgré les dénégations du ministère de l’Intérieur, les faits sont têtus et se sont reproduits dans de nombreuses villes.

Ce pot-pourri des tendances de l’extrême droite groupusculaire (royalistes, néofascistes, identitaires voire néomilitants) a bien l’intention de revenir semer le chaos dans les cortèges des prochaines manifestations. Le mouvement de la jeunesse, des Gilets jaunes et des syndicats, soutenu par les Insoumis, ne restera pas passif face aux auxiliaires de police que veulent devenir les groupuscules d’extrême droite. 

Sources:linsoumission.fr (Par Alexis Poyard)

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lundi 26 octobre 2026

Attentat raciste de Trappes : des tracts du RN dans la voiture du terroriste, les médias complices.

 Des tracts du Rassemblement national ont été retrouvés dans la voiture de l’auteur de l’attentat raciste et islamophobe à Trappes. C’est ce que révélait le journal Le Monde ce matin, avant de… modifier son titre et ses informations. Sous pression de Marine Le Pen ou Jordan Bardella ?

Dans le même temps, Sébastien Chenu était l’invité en grande pompe de France Inter ce matin où il a pu déverser ses discours haineux à une heure de grande écoute. De même que pour deux autres responsables du RN sur France Info. La journaliste de France Inter a tendu la perche à Sébastien Chenu : « Est-ce que vous redites que Trappes est une république islamiste en miniature ? »

Le député RN a répondu « Trappes est un foyer de djihadistes », puis il a confirmé la formule de Jordan Bardella qui, en 2021, avait qualifié Trappes de « capitale européenne du djihad ». Cette rhétorique fasciste et meurtrière, qui conduit aux attentats racistes, est non seulement connue par les émetteurs médiatiques mais encouragée par eux. Sur LCI, quelques heures plus tard, des éditorialistes sont allés jusqu’à remettre en cause la motivation raciste du terroriste. Et sans étonnement, aucun de ces éditorialistes n’a fait état de la découverte de tracts du RN dans sa voiture. Notre article.

À Trappes, le racisme a tué

Vendredi 23 octobre, un homme ouvre le feu à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Une personne est tuée et cinq autres blessées. Selon Le Monde, le terroriste raciste aurait déclaré vouloir venger les commerçants victimes des violences urbaines du 17 octobre en ciblant des personnes noires et arabes. Un exemplaire de Mein Kampf a été retrouvé à son domicile, ainsi que des tracts du Rassemblement national dans son véhicule. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête pour assassinats et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste, avec une circonstance liée à l’appartenance réelle ou supposée des victimes à une race, une ethnie, une nation ou une religion.

Ces éléments devront être établis par la justice. Mais ils soulèvent une question politique majeure. Dès vendredi, le maire de Trappes, Ali Rabeh, a dénoncé les discours racistes qui « arment idéologiquement » ceux qui sont susceptibles de passer à l’acte.

Depuis des années, l’extrême droite désigne les personnes noires et arabes, les musulmans et les habitants des quartiers populaires comme responsables des maux du pays. À force de répéter les mêmes amalgames, elle banalise une vision raciste de la société. Lorsque cette haine se traduit par des actes meurtriers, ses représentants récusent pourtant toute responsabilité.

Pour aller plus loin : Devise SS sur le bras, casquette nazie, ces actes antisémites du RN invisibilisés par les médias 

France Inter et France Info déroulent le tapis rouge au RN

Ce lundi 26 octobre, France Inter a invité et reçu Sébastien Chenu, député RN du Nord et vice-président de l’Assemblée nationale. France Info invite également Thomas Ménagé et Andréa Kotarac.

Sur France Inter, la journaliste demande à Sébastien Chenu s’il maintient que la France est une « République islamiste en miniature ». Le député répond que « Trappes est un foyer de djihadistes », reprenant la formule raciste de Jordan Bardella en 2021. Sur France Info, Thomas Ménagé reproche à la gauche de faire de la « politique politicienne » et remet en avant la question de « l’islamisme dans certains quartiers ».

Ces invitations interviennent alors que, selon Le Monde, des tracts du RN auraient été retrouvés dans le véhicule du suspect. Cela rend d’autant plus frappante la décision de laisser ses représentants imposer leur lecture de l’événement, sans placer au centre du débat la progression du racisme et les mécanismes de stigmatisation.

Une attaque visant des personnes noires et arabes devient ainsi une nouvelle occasion de désigner les quartiers populaires comme le problème. Le racisme du passage à l’acte est relégué derrière les obsessions habituelles de l’extrême droite, tandis que les habitants de Trappes sont de nouveau renvoyés à une prétendue menace islamiste.

Cette complaisance ne date pas d’hier. En 2021, Jordan Bardella avait qualifié Trappes de « capitale européenne du djihad », avant de décrire la ville comme une « République islamique en miniature » en 2022. Ces déclarations avaient suscité une vive controverse et une plainte pour diffamation du maire. La commune était transformée en symbole d’un prétendu péril islamiste, au prix d’un amalgame entre une religion, des phénomènes politiques et des milliers d’habitants.

Il ne s’agit pas d’affirmer qu’une invitation médiatique provoque mécaniquement un passage à l’acte. Mais la répétition de ces discours contribue à façonner le débat public. Lorsqu’une ville entière est régulièrement associée au djihadisme, les représentations qui pèsent sur ses habitants se banalisent. L’officialité médiatico-politique ne peut ignorer sa responsabilité dans ce processus.


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Quand LFI est coupable par association, le RN réclame l’immunité politique

Le deux poids, deux mesures est flagrant. Après le 17 octobre, Édouard Philippe déclarait : « La responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable ». Le procès politique de La France insoumise était engagé, les actes de certains individus devenant un motif de mise en cause du mouvement.

Après l’attentat raciste de Trappes, le raisonnement change. Le RN récuse toute responsabilité collective et dénonce les amalgames. Pourtant, si les responsables de LFI peuvent être interrogés sur le climat politique auquel ils contribuent, pourquoi ceux du RN échapperaient-ils à toute question sur leurs propres discours ?

La responsabilité politique suppose aussi de répondre des représentations que l’on diffuse et du climat que l’on contribue à installer. Si les responsables de LFI peuvent être publiquement mis en cause au lendemain de violences commises par des individus, les responsables du RN doivent pouvoir être interrogés sur les discours de stigmatisation qu’ils portent depuis des années.

Le RN ne peut pas réclamer l’absence d’amalgame tout en participant à la stigmatisation de populations entières. Et les médias ne peuvent pas appliquer des exigences différentes selon que les accusations visent la gauche ou l’extrême droite.

Pour aller plus loin : Éric Zemmour : le raciste récidiviste frappe encore

Le racisme n’est pas une opinion, mais un délit

Depuis des années, l’extrême droite ramène les débats sur l’immigration, l’islam et l’insécurité à une même explication : hiérarchie ente les êtres humains et construire une menace que représenteraient les personnes étrangères ou supposées telles. Des quartiers entiers sont présentés comme des territoires perdus, des populations sont soupçonnées collectivement et des citoyens français sont sommés de prouver leur appartenance à la nation.

Cette entreprise de stigmatisation dépasse les meetings du RN. Elle est amplifiée par une partie de l’écosystème médiatique, où les thèmes de l’extrême droite deviennent des sujets permanents. Les choix des invités, les questions posées et les affirmations laissées sans contradiction contribuent à déplacer les frontières du débat public.

Quand des responsables politiques qualifient une ville de « foyer de djihadistes », ils ne font pas qu’exprimer une opinion : ils contribuent à construire un imaginaire dans lequel des populations deviennent suspectes par nature. Face à cette mécanique, les médias ne peuvent se retrancher derrière une conception du pluralisme qui laisserait les amalgames se banaliser.

Le problème est celui d’un système médiatique où la surenchère et la confrontation permanente occupent une place centrale, tandis que les conséquences sociales et humaines des discours racistes restent trop souvent reléguées au second plan.

 Le lien
  
 Pour une Nouvelle France, reprendre le pouvoir sur l’information

À Trappes, une personne a perdu la vie et cinq autres ont été blessées dans l’attentat raciste. Dénoncer le passage à l’acte ne suffit pas : il faut aussi s’attaquer au climat dans lequel les discours racistes prospèrent. L’officialité politico-médiatique ne peut pas condamner le racisme lorsqu’il tue, puis continuer d’offrir une place centrale à ceux qui contribuent à le banaliser.

À l’approche de la présidentielle de 2027, cette question engage le fonctionnement même de notre démocratie. Qui décide des sujets dont on débat ? Qui choisit les voix qui occupent les plateaux ? Et comment garantir que l’information ne soit pas confisquée par quelques intérêts privés ?

La bataille pour la Nouvelle France, portée par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise, pose aussi ces questions. Elle implique de lutter contre la concentration de la propriété des médias, afin que le débat public ne soit pas dominé par une poignée de milliardaires. Elle suppose également une véritable charte déontologique garantissant l’indépendance des rédactions, le pluralisme et la responsabilité dans le traitement des discours racistes, ainsi qu’un audiovisuel public pleinement indépendant.

La démocratie ne se résume pas à glisser un bulletin dans une urne tous les cinq ans. Elle exige une information pluraliste et rigoureuse, ainsi que les mêmes exigences envers tous les responsables politiques. La lutte contre le racisme doit s’attaquer aux mécanismes politiques, économiques et médiatiques qui favorisent sa banalisation.

Les mots ne sont pas des balles. Mais ils peuvent désigner des cibles, légitimer la haine et préparer les esprits à la violence. Lorsque le racisme tue, il est temps de demander des comptes à ceux qui le propagent comme à ceux qui leur déroulent le tapis rouge. Construire une Nouvelle France, c’est aussi faire de l’information un bien commun, au service des citoyens, et non un instrument de pouvoir entre les mains de quelques-uns

Sources:linsoumission.fr (Par Elias Peschier)

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samedi 24 octobre 2026

« Le pouvoir n’aura qu’un seul choix, accepter les revendications ou s’en aller. » – L’entretien de Jean-Luc Mélenchon.

Mélenchon. Le leader insoumis s’est exprimé dans un entretien paru à Médiapart ce vendredi 23 octobre. Celui qui recueille désormais plus de 445 000 soutiens populaires livre son analyse sur les évènements actuels avec le renfort des ondes longues de l’histoire. Il rappelle le fond de classe du mouvement et ses revendications. Avec méthode, il identifie plusieurs niveaux de réponse du pouvoir macroniste : le pourrissement, la répression et la diabolisation de LFI. Toutes ont échoués.

Ce samedi 24 octobre, de nouvelles mobilisations sont prévues partout en France, pour le blocage des prix, l’abrogation de Parcoursup, la hausse des salaires, et l’inscription au budget des 10 milliards d’euros pour répondre aux revendications des lycéens et des étudiants. L’Insoumission relaye dans ses colonnes son entretien.

Vous lisez cet entretien avant d’aller manifester ? Rendez-vous sur la carte des mobilisations pour vous guider.

« Le pouvoir a actionné trois leviers pour répondre aux mobilisations : le pourrissement, la répression disproportionnée et la diabolisation de LFI. »

« Mediapart » : Quelle lecture faites-vous du moment que nous vivons ? Est-ce une révolte, un moment insurrectionnel ?

ean-Luc Mélenchon : On a déjà vu par le passé la mécanique à l’œuvre aujourd’hui. C’est une crise sociale devenue crise politique qui peut désormais devenir une crise de régime. Toute la structure politique est mise en cause parce qu’elle est incapable de proposer une sortie par le haut à une situation de blocage. Dans le passé, des présidents ont su reculer quand la situation devenait critique : François Mitterrand en 1984, Jacques Chirac en 1986 ou en 2006.

Là, Emmanuel Macron parle après quinze jours de mépris mais ne propose rien. Ce fut une erreur monumentale. Il n’a donné aucun appui au mouvement pour un compromis. Il crée lui- même l’impasse. Le fait central de ce mouvement est son expansion par les secteurs où la maltraitance sociale est la plus grande. La révolte lycéenne a commencé à Mayotte, puis a gagné les Antilles et ensuite la banlieue parisienne avant d’atteindre les quartiers centraux et les étudiants.

Ensuite, la jonction avec les syndicats de salariés s’est faite à la première manifestation, ce qui est sans précédent. Le pouvoir a actionné trois leviers pour y répondre : le pourrissement, la répression disproportionnée et la diabolisation de LFI. Dès le départ, il choisit de faire très peur par sa violence et il s’est installé dans ce registre. Il faut craindre le pire quand Laurent Nuñez dit « Rassurez-vous, samedi, ça sera la fermeté ! », compte tenu du niveau de violence répressive déjà atteint avec des jeunes éborgnés, des mutilations et un mort.

Il y a un emploi d’effectifs de police qui ne sont pas des professionnels de ce type de situation : la BAC [brigade anticriminalité – ndlr], police-secours, le commissariat du coin. Exemples : ce tir à bout portant sur un jeune de 17 ans ou cette grenade jetée d’un toit, ce ne sont pas des comportements professionnels. C’est celui d’une troupe d’hommes jeunes dans une bagarre de rue, mal dirigés par des commandements politiques débordés.

Cela confirme ce que je disais la dernière fois dans vos colonnes : le pouvoir ne maîtrise pas sa police. Le président de la République, nous dit-on, s’en est alarmé. Toutefois, quand il demande le retrait des grenades assourdissantes, ce moratoire ne dure pas plus de vingt-quatre heures. Mais voilà : la répression disproportionnée a rencontré l’opposition de la société. Même chez les plus répressifs, tirer dans la figure d’un jeune de 17 ans, ça ne passe pas !

La stratégie du pourrissement exaspère, et l’incrimination permanente de LFI saoule. Et puis la gauche sociale a fait bloc. Total : plus les jours passent, plus le pouvoir n’aura plus qu’un seul choix, signer en bas du cahier de revendications ou s’en aller.

Le gouvernement et l’extrême droite vous accusent, à longueur d’antenne, d’instrumentaliser les jeunes et d’attiser la violence. Que leur répondez-vous ? Quelle place doit occuper La France insoumise dans un tel moment ?

Pourquoi l’aurions-nous fait ? Quel intérêt aurions- nous à commencer une campagne électorale avec un tel niveau de tension, avec des blessés et même un mort ? Oui, nous soutenons la jeunesse et ses revendications. Et alors ? C’est une activité normale pour un mouvement politique parlementaire. Nous avons surtout protégé des jeunes en allant à leur contact, en nous interposant face aux violences chaque fois que nous avons été sollicités.

Dans les faits, nous sommes appelés de toutes parts par les jeunes ou leurs parents pour nous interposer, sortir des nasses, surveiller les conditions de garde à vue, interpeller le gouvernement directement au Parlement. Notre but n’est pas la récupération d’un mouvement. Nous savons que c’est impossible. Le vieux modèle des années où les partis instrumentalisaient un mouvement de jeunes façon Baron noir, ça n’existe plus. L’époque où les dirigeants socialistes se battaient entre eux pour contrôler telle ou telle faction de la mobilisation est terminée.

Le seul but possible pour nous, c’est d’être assez utiles pour être nous-mêmes « récupérés » par le mouvement et qu’il nous utilise jusqu’au point de nous faire siens. Nous avons théorisé cette rupture avec cinquante ans d’histoire de la gauche traditionnelle. Notre but n’est pas de diriger un mouvement mais d’être en osmose avec ses acteurs. C’est notre ligne d’action. Et c’est très exigeant sur le plan pratique.

Justement, le débat sur l’interdiction de votre mouvement refait surface, porté par le président du Sénat. Et jeudi, vous étiez convoqué à Matignon pour condamner les violences devant le reste des formations politiques…

Nous vivons une surenchère verbale qui échappe maintenant aux médias et aux politiciens qui l’ont enclenchée. Le moment est dangereux. La France n’a pas intérêt à un mouvement social qui se termine mal. Le monde entier nous regarde. Mais le scénario des provocateurs ne fonctionne pas. Partout, il y a des démocrates de tous bords politiques qui aiment leur pays et refusent de dédouaner le pouvoir macroniste en diabolisant LFI.

Quant à nous, nous sommes devenus une troupe endurcie. Nous avons déjà subi le guet- apens de l’affaire Deranque à Lyon, la grêle d’incriminations sous prétexte d’« apologie du terrorisme » après le 7-Octobre et j’en passe. À présent, l’opinion est même devenue moqueuse face à ceux qui se défaussent de tous les problèmes avec l’excuse « c’est la faute à Mélenchon ».

Cette fois-ci, beaucoup ne s’attendaient pas à ce que la charge soit sonnée contre nous, des gens de toutes sortes refusent d’y aider (même s’ils ne sont pas de notre bord) et nous défendent. Et qui pensait possible de voir la gauche traditionnelle faire bloc autour du mouvement des jeunes après avoir vu il y a si peu sa condamnation des révoltes urbaines ?

Dès lors, la manœuvre macroniste a échoué. Tout le monde le sait et le dit : le sujet, ce n’est pas LFI, ce sont les revendications. Et au tout premier rang, l’abrogation de Parcoursup, mais aussi le plan de 10 milliards pour les conditions d’étude. Sans oublier le blocage des prix contre la vie chère. Le pouvoir a réuni contre lui toutes les indignations : sociale, humaine, politique, citoyenne…

La question des violences et des pillages est au centre du débat depuis samedi. On vous demande depuis plusieurs jours de les condamner. Mais une fois qu’on les a condamnées, quelle signification leur donner ?

La violence populaire, l’émeute ou l’émotion insurrectionnelle ont-elles une place dans la longue histoire des mobilisations sociales de gauche ? Les insoumis n’adhèrent pas aux stratégies de guérilla urbaine ou de harcèlement des « symboles bourgeois ». J’appartiens à une génération qui en a vu l’échec et les conséquences jusqu’au bout, en Amérique latine notamment. Nous plaidons pour la non-violence. Non pour être plus gentils mais pour être plus efficaces. Ne confondons pas nous aussi la brutalité et l’efficacité. La révolution citoyenne des insoumis, c’est une révolution qu’on doit pouvoir faire gagner en gardant son enfant dans les bras en manif.

Sa victoire, ce n’est pas un coup de force de centaines d’intervenants violents mais c’est celle du nombre et de la force insurmontable des liens unissant par l’action des centaines de milliers de gens. Or, la violence introduit l’effet exactement inverse : elle réduit la surface de la participation et de l’implication populaire. Mettre à distance certaines formes de lutte, ce n’est pas se mettre à distance de la lutte. Nous ne voulons pas être une avant-garde qui injecte de la conscience, des mots d’ordre et des objectifs venus d’ailleurs que du mouvement social lui-même.

Notre rôle est de nous mettre au service du mouvement, de l’aider dans les transitions de ses phases et d’être identifiés comme débouché politique dans les institutions de pouvoir. Parce qu’au bout de la crise de régime, nous avons une solution pacifique et positive. Je la résume : la 6ème République et la Constituante. Cette société néolibérale est violente en milieu populaire. Elle affame, appauvrit et maltraite les jeunes. Un pauvre sur deux a moins de 30 ans. La jeunesse est passée d’une catégorie d’âge au statut de classe sociale précaire. Dans les années 1980, on avait son premier emploi stable à 20 ans ; maintenant à 27. Les jeunes voient bien le parcours des obligations mais pas celui des droits.

Et quand on les engage dans le droit à l’éducation, on leur en refuse le droit à l’accomplissement avec la loterie cruelle qu’est Parcoursup. On a résumé Mai-68 à la génération du plaisir de vivre, la génération d’aujourd’hui devient celle de l’inconvénient de vivre à cette époque. De quelque côté qu’elle se tourne, il n’y a que des discriminations. Et pourtant l’envie de vivre autrement reste toujours la plus forte !

Comment caractérisez-vous la réponse du gouvernement, dont le socle a été une répression brutale des mobilisations ?

Il y a une volonté de Macron d’afficher la « fermeté », à coups de gazages, de mutilations sans regrets et de phrases grandiloquentes. Mais on parle de nos jeunes gens qui bloquent la porte d’un lycée, pas d’une troupe d’ennemis. Et on doit constater qu’il existe désormais une culture de la lutte en « format Gilets jaunes ». On pouvait deviner qu’un des scénarios possibles serait la reprise d’un cycle avec des « actes successifs », samedi après samedi. C’est devenu une tradition populaire. Nous y sommes. Sans chefs, sans porte-parole. Le mouvement est une autoproduction permanente.

La priorité du pouvoir est de lui interdire absolument le sens politique qu’il porte : la condamnation de la politique néolibérale qui a ruiné le système éducatif français. La jeunesse tire sur le fil d’une pelote emblématique. À l’approche du 17 octobre, tout le monde sentait que ça allait être énorme. La date était présente depuis plus d’un mois sur les réseaux sociaux. On voyait ce qui nous remontait de partout. La surprise est venue quand la négociation sur l’organisation matérielle de la manifestation, conduite par les syndicats de jeunes et de salariés, a buté jusqu’à la veille de l’événement.

Le préfet de police, visiblement inexpérimenté, ou bien manipulateur, a fini hors délai par autoriser un rassemblement et un départ place de la République pour arriver place de Clichy. On redoutait la place de Clichy : elle est très étroite, et surtout elle oriente les débordements vers l’Élysée. Là, c’était la pagaille garantie. Or c’est quelque chose de vieux comme les manifestations à Paris : on n’a jamais le droit d’approcher l’Élysée et la place Beauvau. Franchement, il faut être très amateur pour ne pas comprendre ce qui se jouait avec un tel parcours autorisé.

Mais le jour dit, le commandement a tout aggravé lui-même en interdisant d’accéder au point de départ à grands coups de lacrymo. Au total, au départ comme à l’arrivée, il a lui-même provoqué la formation de dizaines de cortèges sauvages et construit la pagaille en préférant la chasse aux manifestants à la protection des commerces.

Que faites-vous de la police une fois que vous accédez au pouvoir ? Comment la mettre au service d’un projet politique comme le vôtre ?

J’étais en alerte sur la police depuis l’affaire Traoré. Mais la mort de la jeune Rayana, en 2022, a été pour moi un déclic. Un jeune policier qui tire dans une voiture et provoque la mort de la passagère au nom du refus d’obtempérer du conducteur, j’en suis toujours aussi révolté. Si plus personne ne réagissait, c’est qu’on aurait changé de monde. Ce n’est plus la France, ce n’est plus une police républicaine, c’est autre chose. Depuis ce jour-là, j’ai changé.

Beaucoup d’insoumis étaient déjà dans cet état d’esprit. Nous avons compris la nécessité de refondre la police de la cave au grenier. Elle s’est tellement compromise et déshonorée qu’il faudra refonder une tout autre autorité pour qu’elle soit respectée par la population. Au pouvoir, on reconstituera une force tranquille de proximité. On s’assurera de sa formation permanente. On lui offrira une perspective de carrière et même de changement de parcours professionnel dans laquelle il sera possible de progresser en faisant des efforts de formation.

On arrêtera de faire des carrières à l’envers, où les plus jeunes commencent dans les endroits les plus difficiles. On en fera une police qui vit avec la population, tout en s’en tenant à une certaine distance. Et chacun de ses membres sera sensibilisé au problème que posent dans une société libre le racisme, le sexisme et les discriminations qui minent la vie collective. On prendra au sérieux les gens qui en feront partie, et on leur demandera de prendre au sérieux la population au service de laquelle ils seront placés.

Allez-vous vous attaquer au sujet des armes dont dispose la police ?

Oui. Quelles armes ? Pour quoi faire ? Des grenades assourdissantes, abrutissantes, désencerclantes ou que sais-je encore ? Il y a beaucoup de pays où il n’y a rien de tout ça. Ces armes-là finissent toujours par être des armes mortelles. Il y a besoin d’armes pour certaines missions de police ? C’est l’affaire des spécialistes de nous dire exactement qui a besoin de quelles armes, dans quelles circonstances.

Et il est temps d’avoir une instance crédible de recours. L’IGPN ne l’est pas. Au total, on le sait tous : la situation actuelle n’est pas tenable. On doit et on peut faire autrement pour construire la confiance. Les méthodes pour y arriver sont d’une banalité absolue : l’éducation, la formation tout au long de la vie, une doctrine d’emploi de la police qui nous épargne le plus possible le recours à la force.

À quels points de repère historiques rattachez-vous l’analyse de la situation ?

On a beaucoup comparé le mouvement lycéen à Mai-68, mais ça n’a rien à voir. C’est plutôt aux Gilets jaunes que je le rattache : ce sont les mêmes mécanismes, la même spontanéité. En mai 68, il y a beaucoup moins d’étudiants qu’aujourd’hui, c’est une période d’ascension sociale. Et il y a 10 millions de travailleurs en grève, emmenés par la CGT de la charte d’Amiens révolutionnaire et la CFDT du socialisme autogestionnaire. Une autre planète ! Les dégâts sont cent fois ceux d’aujourd’hui dans les rues de Paris.

L’autre différence est dans la réponse : en face, à l’époque, il y a l’autorité de De Gaulle et un premier ministre, Georges Pompidou, qui fait la seule chose raisonnable, à savoir discuter et lâcher en une nuit des choses incroyables comme l’augmentation de 35 % du Smig (ancêtre du smic) et le droit de faire des sections syndicales dans les entreprises. Aujourd’hui, nous avons un président discrédité, en bout de course, qui a pris la parole pour ne rien dire. Et un premier ministre sans capacité d’initiative ni autorité, ni dans l’État ni face à l’opinion.

Tous les voyants sont au rouge. Enfin, la jeunesse à la manœuvre fonctionne différemment du passé. Des milliers de lycéens ont raconté sans fard à leurs parents la brutalité policière. Les parents, c’est la génération victorieuse du CPE. Et notre époque est aussi celle d’un renversement de la prescription sociale entre les générations. Les jeunes influencent leurs parents. Cela joue un énorme rôle dans l’enracinement populaire et familial de la sympathie pour le mouvement. Et en période d’activité populaire de masse, cela génère beaucoup d’organisation et de solidarités spontanées.

Le retour des couvre-feux, le débat sur l’état d’urgence, la sévérité des comparutions immédiates hier… Tout cela rappelle la façon dont l’État a géré les révoltes en Kanaky Nouvelle-Calédonie, les révoltes des quartiers populaires et d’autres encore par le passé. Jusqu’à la répression coloniale des mouvements indépendantistes, le 17 octobre 1961 par exemple. Tout cela fait-il un continuum ?

Vous avez vu David Lisnard qui dit « je m’en fous, je n’étais pas né » au sujet du 17 octobre 1961 ? Dans ce cas, on s’en fout de l’Alsace et de la Lorraine parce qu’on n’était pas né pendant l’occupation allemande ? Plus sérieusement, c’est un signal alarmant d’indifférence à l’histoire de son propre pays. Tous les mécanismes de la répression sont hérités des luttes coloniales. L’état d’urgence a été inventé pour la guerre d’Algérie dans un moment où l’on confond le peuple avec l’ennemi. Cette histoire, cette compréhension, cette connaissance s’est diluée, auto-occultée.

Sébastien Lecornu est caractéristique de cette amnésie. Il est déjà celui qui a envoyé des moyens militaires en Kanaky Nouvelle-Calédonie, la CRS 8 en Guadeloupe et en Martinique. Il est pétri de mentalité coloniale face aux catégories populaires, sans même s’en rendre compte. Nous, à l’inverse, nous avons compris la génération qui chante La Marseillaise devant les lycées comme à la fin de nos meetings. C’est la nouvelle France, celle du jamais-vu où l’action commence à Créteil et reçoit le soutien de la Catho ou d’Assas à Paris qui se mobilisent en solidarité avec les lycées de la banlieue.

Donc ce rapport qui s’est créé entre nous et le grand nombre n’a besoin d’aucune préparation, d’aucune instrumentalisation, propagande ou je ne sais quoi. La stratégie du pourrissement choisie par Lecornu et Macron n’a produit qu’un résultat politique : faire coïncider le calendrier du mouvement avec celui du budget à l’Assemblée nationale. Désormais, si le gouvernement ne sait pas comment arrêter le mouvement, le mouvement sait qu’il peut compter sur une motion de censure pour arrêter le gouvernement.

Car la motion de censure est inévitable si Lecornu refuse de mettre dans le budget les revendications. Il ne peut être sauvé que par le RN. Mais pour cela, il faut d’un côté que la diabolisation de LFI fonctionne et, de l’autre, que le RN soit accepté comme le parti de l’ordre par la force. Et prenons aussi de la hauteur : le pays veut-il infliger une défaite à sa jeunesse et lui promettre une vie sur le mode de Parcoursup ? Au total, oui, le moment est fondateur à sa façon.

Sources:linsoumission.fr       (Propos recueillis par Sarah Benhaïda et Ilyes Ramdani)

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