A la marge,celle qui relie les pages

vendredi 15 mai 2026

Fonds prédateurs : ce que la commission d’enquête d’Aurélie Trouvé a mis au jour.

 Pendant plusieurs mois, la commission d’enquête parlementaire sur la prédation des capacités productives françaises par les fonds spéculatifs, a tenté de documenter un phénomène encore peu débattu publiquement : la prise de contrôle croissante d’entreprises françaises par des fonds financiers spécialisés dans les opérations de rachat. Initiée par Aurélie Trouvé, cette commission constitue une première. Jusqu’ici, aucune mission parlementaire n’avait étudié de manière approfondie le rôle de ces fonds dans l’évolution du tissu industriel français, leurs méthodes de financement, leurs stratégies de rentabilité ou leurs conséquences sur l’emploi et la souveraineté économique.

Au fil des auditions, un constat s’est progressivement imposé : une part importante de l’économie française est désormais détenue par des acteurs financiers dont les logiques diffèrent fortement de celles de l’investissement industriel traditionnel. Selon plusieurs estimations évoquées durant les travaux, entre 10 % et 15 % de la production française seraient aujourd’hui sous le contrôle de fonds d’investissement. Cette présence dépasse largement le seul secteur industriel. Les auditions ont montré que ces fonds sont désormais actifs dans des domaines très variés : sidérurgie, chimie, automobile, aéronautique, numérique, santé, maisons de retraite, laboratoires médicaux ou encore crèches privées.

Parmi les entreprises mentionnées lors des travaux figurent notamment Novasco, Valdunes, Polytechnyl, Walor, Latécoère, Ingenico, Atos, Biogaran ou Seqens. Plusieurs groupes liés au secteur du soin, comme Colisée ou Cerba, ont également été cités. Derrière ces opérations apparaissent régulièrement de grands acteurs internationaux du capital-investissement comme Apollo Global Management, KKR, Blackstone, EQT, Mutares ou encore Ardian. Ces acteurs gèrent des centaines de milliards d’euros d’actifs et fonctionnent selon une logique très différente de celle d’un actionnariat industriel classique. Leur objectif principal est généralement de garantir à leurs investisseurs des rendements élevés (environ 15 %) sur une période relativement courte, souvent de cinq à sept ans. Notre article.

« LBO » : comment les fonds prennent le contrôle sur des entreprises détenant peu de capitaux… en faisant porter l’essentiel du coût du rachat sur l’entreprise elle-même !

L’un des apports centraux de la commission a été de rendre plus compréhensibles des mécanismes financiers souvent peu connus du grand public. Le principal outil utilisé dans ces opérations est le LBO, pour « leveraged buy-out » ou rachat avec effet de levier. Concrètement, un fonds rachète une entreprise en recourant massivement à l’endettement. Mais cette dette n’est généralement pas supportée directement par le fonds : elle est transférée à l’entreprise rachetée, qui doit ensuite rembourser les emprunts contractés pour son propre achat.

Autrement dit, une entreprise peut se retrouver fortement endettée, non pas parce qu’elle a investi dans de nouveaux outils de production ou développé son activité, mais simplement parce qu’elle a été achetée par un fonds. Ce mécanisme permet surtout aux fonds d’investissement de prendre le contrôle d’entreprises avec peu de capitaux propres, en faisant porter l’essentiel du coût du rachat sur l’entreprise elle-même. Souvent très endettées après l’opération, ces sociétés se retrouvent soumises à une forte pression financière, avec des exigences de rentabilité élevées qui se traduisent par des suppressions d’emplois, des réductions d’investissements ou des ventes d’actifs.


Le lien

   En effet, les auditions ont mis en évidence plusieurs pratiques récurrentes associées à ces opérations : versements de dividendes importants, facturation de frais de conseil par les fonds eux-mêmes, vente d’actifs immobiliers, réduction des coûts, restructurations ou suppressions d’emplois. Ainsi, les capacités d’investissement industriel avaient été affaiblies au profit d’objectifs financiers de court terme. En effet, ces stratégies reposent sur une logique d’extraction rapide de valeur plutôt que sur une stratégie industrielle de long terme.

Le cas de Novasco est frappant. Cet aciériste spécialisé dans l’acier bas carbone avait été repris en 2024 par le fonds britannique Greybull Capital, qui promettait plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissements afin de moderniser les sites et de pérenniser l’activité. Quelques mois plus tard, la situation s’était fortement dégradée : trois sites sur quatre étaient menacés de fermeture et plusieurs centaines d’emplois supprimés.

Pour aller plus loin : Novasco : anatomie d’un saccage industriel organisé par Macron et ses sbires

D’autres dossiers, comme Polytechnyl ou Valdunes, ont alimenté les interrogations des parlementaires sur la capacité de l’État à protéger certaines activités industrielles stratégiques. Ces affaires ont également mis en lumière les conséquences sociales très concrètes de ces restructurations : pertes d’emplois, disparition de savoir-faire industriels, fragilisation de bassins économiques entiers et dépendance accrue aux importations.

Car plusieurs des entreprises concernées jouent un rôle important dans des secteurs sensibles. Atos intervient dans des infrastructures numériques critiques de l’État français. Biogaran représente une part significative de la production française de médicaments génériques. Certaines entreprises liées à l’armement, à la métallurgie ou à la chimie stratégique ont également été évoquées au cours des auditions. La commission s’est donc intéressée non seulement aux conséquences économiques de ces opérations, mais aussi à leurs implications en matière de souveraineté industrielle et technologique.

Les travaux parlementaires ont aussi porté sur le rôle des pouvoirs publics dans ces transformations. Plusieurs auditions ont mis en lumière les critiques adressées à Bercy, accusé par certains intervenants d’avoir privilégié des solutions financières faute de stratégie industrielle de long terme. La question du rôle de Bpifrance a également été débattue, notamment concernant certains cofinancements réalisés avec des fonds d’investissement privés.

Les tribunaux de commerce ont eux aussi été évoqués lors des auditions, plusieurs observateurs estimant que les procédures de reprise favorisent parfois davantage les offres financières que les projets industriels de long terme. Les auditions ont également permis de mettre en lumière les nombreuses passerelles existant entre haute administration, monde politique et finance d’investissement, plusieurs anciens responsables publics ayant rejoint des fonds ou des structures de conseil liées à ces milieux (parmi eux, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet ou encore Cédric O).


Le lien

« Shadow banking », « private credit » et risques systémiques

Par ailleurs, il faut replacer cette évolution dans un contexte plus large de transformation de la finance mondiale depuis la crise de 2008. Une partie croissante des activités de financement ne passe plus aujourd’hui par les banques traditionnelles mais par ce que les économistes appellent le « shadow banking », ou finance de l’ombre. Ce terme désigne l’ensemble des acteurs financiers qui réalisent des activités proches de celles des banques (prêts, refinancement, gestion de dette) sans être soumis aux mêmes obligations réglementaires.

Après la crise des subprimes, les banques ont été davantage encadrées afin de limiter les risques systémiques. Mais une partie des activités risquées s’est progressivement déplacée vers des fonds d’investissement, des fonds de dette ou des véhicules financiers beaucoup moins régulés.

Dans ce cadre, le « private credit » ou crédit privé connaît une croissance particulièrement rapide. Il s’agit de prêts accordés directement par des fonds d’investissement à des entreprises, souvent en échange de taux d’intérêt plus élevés que dans le système bancaire classique. Ce marché mondial représente aujourd’hui plusieurs milliers de milliards de dollars et continue de croître fortement. Pour les entreprises, ce type de financement peut apparaître attractif car il permet d’obtenir rapidement des liquidités, notamment lorsque les banques deviennent plus prudentes.

Mais ce système soulève aussi plusieurs inquiétudes. D’abord parce que ces prêts sont moins transparents et moins régulés que les prêts bancaires traditionnels. Ensuite parce qu’ils concernent parfois des entreprises déjà très endettées ou fragiles économiquement. Enfin parce que les fonds eux-mêmes utilisent souvent un fort levier d’endettement pour financer leurs opérations.

Plusieurs responsables financiers internationaux alertent désormais sur les risques systémiques liés au développement rapide du crédit privé. Le patron de JP Morgan, Jamie Dimon, a récemment estimé que les pertes dans ce secteur pourraient être « plus importantes que prévu ». Des agences de notation comme Fitch ont également relevé une hausse des défauts de paiement parmi les entreprises financées par le private credit. Ces tensions commencent déjà à apparaître concrètement.

Aux États-Unis, plusieurs grands fonds ont dû faire face à des demandes massives de retraits de la part des investisseurs. Certains ont enregistré des demandes de remboursement dépassant largement les plafonds prévus, révélant la fragilité d’un système où une partie importante des actifs est difficilement revendable rapidement.

Tant que les taux restent faibles et que l’économie continue de croître, ces montages peuvent sembler rentables. Mais dans un contexte de ralentissement économique, de hausse des taux d’intérêt ou de faillites en chaîne, toute la mécanique peut devenir extrêmement fragile. Des entreprises déjà très endettées peuvent rapidement se retrouver incapables de rembourser leurs prêts, ce qui fragilise à son tour les fonds qui les financent. Certains observateurs redoutent ainsi que cette finance de l’ombre puisse jouer un rôle majeur dans une future crise financière mondiale, comme les subprimes avaient pu le faire avant 2008.

À l’issue de ses travaux, la commission a ouvert plusieurs pistes de réflexion : encadrement plus strict des LBO, régulation accrue du « shadow banking », interdiction de ces fonds dans les secteurs stratégiques, ou encore évolution du rôle de Bpifrance pour construire une grande banque publique pour l’économie des besoins sous contrôle démocratique.

Au-delà des désaccords politiques, cette enquête parlementaire aura surtout permis de rendre plus visibles des mécanismes financiers complexes qui jouent désormais un rôle majeur dans l’organisation de l’économie française, tout en posant des questions de plus en plus centrales sur l’avenir de l’industrie, de l’emploi et de la souveraineté économique.

Sources:linsoumission.fr    (Par Elias Peschier)


Share:

mercredi 13 mai 2026

Israël à l’Eurovision : le scandale du deux poids, deux mesures européen.

 Alors que l’Eurovision Song Contest 2026 s’ouvre à Vienne, l’Europe se fracture. Et une question devient impossible à esquiver : comment un concours prétendant célébrer la paix, l’unité et la fraternité peut-il continuer d’offrir une tribune internationale à Israël alors même que les institutions internationales alertent depuis des mois sur des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité et un génocide à Gaza ?

Depuis octobre 2023, les bombardements israéliens ont fait des dizaines de milliers de morts palestiniens. La destruction systématique des infrastructures civiles, les déplacements forcés, le blocus humanitaire, la famine organisée et les attaques contre les journalistes et les soignants sont désormais largement documentés. La Cour internationale de justice a ordonné à plusieurs reprises des mesures conservatoires contre Israël. La Cour pénale internationale a maintenu des mandats visant des dirigeants israéliens. Des ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch parlent désormais ouvertement de crimes contre l’humanité et de génocide.

Et pourtant, Israël est toujours là. Sous les projecteurs. Comme si de rien n’était. « Au-delà du retrait de leur participation en protestation contre la présence d’Israël, l’Irlande, l’Espagne et la Slovénie ne diffuseront pas l’Eurovision. Le boycott d’un concours qui continue de dérouler le tapis rouge à Israël doit être massif », a déclaré l’eurodéputée LFI Rima Hassan. Notre article.

L’argument de la « neutralité culturelle » ne tient plus : l’Eurovision n’a jamais été apolitique

En février 2022, quelques jours seulement après l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne de radio-télévision annonçait l’exclusion immédiate de la Russie au nom des « valeurs » du concours. Quatre ans plus tard, malgré les alertes répétées de la Cour internationale de justice, les mandats de la CPI et les accusations visant Israël, ces mêmes valeurs semblent soudain devenues facultatives.

Contrairement à l’image d’un simple concours musical, l’Eurovision fonctionne comme une véritable institution diplomatique audiovisuelle. Chaque pays y est représenté par sa télévision publique, membre de l’Union européenne de radio-télévision (UER), une organisation qui décide des participations, des sanctions ou des exclusions. Loin d’être neutre, le concours est depuis longtemps un espace d’influence culturelle, médiatique et diplomatique.

Avec près de 170 millions de téléspectateurs dans le monde, l’Eurovision constitue l’une des plus grandes vitrines médiatiques internationales. C’est précisément ce qui en fait aujourd’hui un outil de « soft power » et de blanchiment politique particulièrement stratégique pour le gouvernement israélien. De plus en plus de pays européens refusent désormais cette hypocrisie. L’Espagne, l’Irlande, la Slovénie, l’Islande et les Pays-Bas ont décidé de boycotter l’édition 2026 après le refus de l’UER d’exclure Israël. Certains diffuseurs publics ont même choisi de ne plus retransmettre le concours.

En Slovénie, la télévision publique RTV a préféré remplacer l’Eurovision par une programmation spéciale consacrée aux œuvres et documentaires palestiniens. Un choix hautement symbolique, qui dit beaucoup du malaise européen face à la banalisation des crimes et du génocide commis à Gaza. En Irlande, la chaîne publique RTÉ a également renoncé à diffuser le concours, dénonçant une situation devenue moralement indéfendable. Même en Islande, pays historiquement attaché à l’Eurovision, le directeur de la télévision publique RÚV a déclaré qu’il n’y avait « ni paix ni joie » possibles dans ces conditions.

Pour aller plus loin : Jean-Luc Mélenchon présente la méthode d’un pouvoir insoumis pour faire respecter le droit international et arrêter le génocide en Palestine


Le lien


Le monde culturel lui-même se soulève

Des centaines d’artistes et personnalités dénoncent désormais un véritable « art-washing » : l’utilisation de l’Eurovision comme opération de communication destinée à blanchir l’image internationale d’Israël pendant la destruction de Gaza.

Et les révélations du New York Times publiées cette semaine confirment l’ampleur de cette instrumentalisation politique. Selon une longue enquête du quotidien américain, le gouvernement de Benjamin Netanyahu aurait mené depuis plusieurs années une stratégie assumée de « soft power » autour de l’Eurovision afin d’améliorer l’image d’Israël à l’international. Diplomates mobilisés, campagnes massives sur les réseaux sociaux, dépenses publicitaires financées par les services de propagande gouvernementaux : tout aurait été mis en œuvre pour influencer les votes et transformer le concours en vitrine politique.

Le journal révèle notamment que des responsables israéliens ont contacté plusieurs diffuseurs européens afin d’empêcher un boycott et maintenir Israël dans la compétition. Des campagnes appelant à voter jusqu’à dix ou vingt fois pour les candidats israéliens auraient été relayées directement par des responsables gouvernementaux.
Cette affaire révèle surtout l’effondrement d’un mythe longtemps entretenu par les institutions européennes : celui d’une culture prétendument « neutre », séparée du politique. Mais aujourd’hui, ce vernis craque sous le poids des images venues de Gaza. Car il devient impossible de célébrer la paix tout en normalisant la destruction d’un peuple sous les caméras du monde entier.

Pendant que Gaza et le Liban brûlent, l’Eurovision devient un outil diplomatique au service d’un État accusé des pires violations du droit international

Face à cela, que fait la France ? Rien. Ou plutôt pire : il y a un accompagnement du silence européen. Alors que plusieurs pays ont pris position, que des télévisions publiques refusent désormais de diffuser le concours et que des artistes dénoncent la situation, le gouvernement d’Emmanuel Macron reste dans une passivité totale. Aucune remise en cause publique de la participation israélienne. Aucune pression sur l’UER. Aucun soutien aux initiatives de boycott. Rien.

Le contraste avec d’autres pays européens est saisissant. L’Espagne de Pedro Sánchez a multiplié les prises de position critiques contre le gouvernement israélien. L’Irlande s’est imposée comme l’une des voix européennes les plus fermes sur Gaza. Même des diffuseurs publics prennent désormais leurs responsabilités là où Paris choisit l’alignement et le silence.

Cette lâcheté politique alimente une crise profonde de crédibilité. Car il ne s’agit plus seulement d’un concours musical. Il s’agit du sens même des principes que l’Europe prétend défendre. Peut-on exclure un pays pour l’invasion de l’Ukraine et fermer les yeux face à la destruction de Gaza ? Peut-on parler de paix sur scène pendant que des enfants meurent sous les bombes ? Peut-on défendre le droit international à géométrie variable ?

L’Eurovision 2026 restera comme un révélateur brutal des contradictions européennes. D’un côté, des peuples, des artistes, des télévisions publiques et des pays qui refusent de normaliser l’horreur. De l’autre, des institutions et des gouvernements qui préfèrent préserver leurs équilibres diplomatiques plutôt que leurs principes.
La France aurait pu choisir son camp. Celui du droit international, de la cohérence et de la dignité.
Le macronisme a choisi le silence. En 2027, grâce à Jean-Luc Mélenchon, un pouvoir insoumis rétablira la justice, le respect du droit international, et le châtiment dû aux criminels de guerre. 

Sources:linsoumission.fr (Par Elias Peschier)


Share:

mardi 12 mai 2026

La fumisterie du sondage IPSOS anti-Mélenchon, publié dans La Tribune.

 

 Mélenchon. Le sondage consacré à démolir Mélenchon, paru dans La Tribune du 10 mai est une fumisterie de haut vol. Le libellé de la question posée par le sondage force une lecture défavorable du candidat insoumis, en plus de nombreux autres biais poursuivant le même objectif. Mais le sondage montre malgré lui des atouts considérables pour le leader de la France insoumise.

Avec un puissant niveau d’adhésion interne et un socle idéologique et programmatique, Jean-Luc Mélenchon détient des atouts considérables que n’ont pas ses concurrents. C’est là toute la contradiction du sondage : Mélenchon serait un « handicap », mais ses qualités de campagne sont reconnues. En attestent les plus de 250 000 soutiens populaires obtenus en une semaine, soit un rythme 46 fois supérieur à celui de 2020. Notre article. .

La mascarade « scientifique » du sondage de La Tribune

Commençons par montrer ce que vaut la prétention « scientifique » de cette mascarade. « 18 % » des Français considéreraient le candidat insoumis comme un « atout » pour faire gagner la gauche, contre 70 % comme un « handicap ». Trop gros pour être vrai. En effet le sondage repose sur un échantillon global de mille personnes. Mais les opinions traitées sont en réalité établies à partir de sous-échantillons politiques beaucoup plus faibles et parfois dérisoires. Mais sans qu’on sache de quelles quantités exactes il s’agit.

Car Ipsos bénéficie d’un traitement de faveur exclusif : il ne lui est pas imposé comme aux autres de fournir de publication détaillée de ces bases réellement consultées, ni du croisement par âge, ni de la classe sociale, ni du niveau d’études, ni du vote de 2022, ni du vote de 2024, ni du niveau de politisation de ses sondés.

Pour une question aussi politiquement chargée que « Mélenchon est-il un atout ou un handicap pour faire gagner la gauche ? », ces manques d’information limitent fortement la valeur des conclusions. Voyons pourquoi. Le rapport indique un échantillon national de mille personnes. À ce niveau, la marge d’incertitude théorique sur un score de 20 % est d’environ ±2,5 points. Mais évidemment cette indication vaut seulement pour l’échantillon global de 1000 personnes et pas pour les sous-échantillons classés par préférence partisane, nécessairement beaucoup plus réduits.

Or, toute la lecture politique du sondage repose sur des sous-groupes : sympathisants LFI, écologistes, PS, gauche agrégée, sans sympathie partisane. Dans un échantillon de mille personnes, si environ 40 % des répondants se déclarent sans sympathie partisane — hypothèse très plausible dans ce type de baromètre — alors les bases restantes par famille partisane deviennent rapidement très réduites.

En effet, les sympathisants PS et écologistes, en particulier, peuvent représenter des effectifs très faibles, parfois de l’ordre de quelques dizaines d’individus. Cela rend les comparaisons du type « 14 % chez les sympathisants PS » ou « 21 % chez les écologistes » très… fragiles. La critique est donc simple : un résultat de sous-échantillon politique publié sans qu’on connaisse ses bases en nombre de personnes ne devrait jamais être commenté comme un fait avéré. Voyons cela d’encore plus près.

Le groupe « sympathisants de gauche » est politiquement hétérogène. Le sondage agrège les sympathisants de gauche en un bloc : FI – PCF – PS – EELV. Dans ce bloc, Jean-Luc Mélenchon est jugé « un atout » par 39 % et « un handicap » par 55 %. Mais ce groupe mélange des électorats dont les rapports à Mélenchon sont structurellement opposés à l’instant où on les interroge : sympathisants LFI très favorables, sympathisants PS et écologistes beaucoup plus distants aujourd’hui.

Ce choix d’agrégation produit mécaniquement une lecture défavorable : on ne mesure pas seulement la capacité de Mélenchon à mobiliser le peuple de gauche ; on mesure aussi l’hostilité d’appareils et d’électorats concurrents au sein du champ de gauche. C’est une limite désastreuse pour l’analyse qui se fait à partir de telles bases.

La présidentielle ne se gagne pas uniquement par l’approbation des sympathisants de partis déjà constitués ; elle se joue aussi dans le rapport aux abstentionnistes, aux classes populaires, aux jeunes, aux 5,5 millions de primo-votants en 2027, aux périphéries et aux électeurs peu ou pas affiliés.

Pour aller plus loin : « L’urgence, c’est le blocage des prix des carburants » – L’interview de Jean-Luc Mélenchon face à La Tribune Dimanche

Voyez ensuite le libellé de la question. Il n’est pas du tout neutre ! La question posée est : « Jean-Luc Mélenchon vient d’annoncer sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. Diriez-vous que Jean-Luc Mélenchon est un atout ou un handicap pour faire gagner la gauche en vue de l’élection présidentielle ? » Ce libellé doit être analysé. D’abord, l’expression « vient d’annoncer sa candidature » installe un cadrage d’actualité immédiate, potentiellement conflictuel, et active les réactions médiatiques récentes plutôt qu’un jugement stratégique de moyen terme. Ensuite, l’opposition « atout / handicap » est très binaire et fortement connotée.

Elle force une lecture instrumentale de Mélenchon : non pas « souhaitez-vous sa candidature ? », « pensez-vous qu’il peut être au second tour ? », « peut-il défendre les classes populaires ? », mais « est-il un handicap ? ». Le terme est dur, disqualifiant, et pousse à une réponse négative chez les électeurs déjà exposés à un cadrage médiatique critique.

Enfin, « faire gagner la gauche » suppose que le but stratégique de 2027 serait d’abord l’unification symbolique de la gauche existante. Or la force de Mélenchon et de LFI repose aussi sur une autre hypothèse stratégique : construire un bloc populaire majoritaire au-delà du périmètre partisan traditionnel de la gauche, en mobilisant abstentionnistes, jeunes, quartiers populaires, salariés précarisés, électeurs anti-libéraux et classes populaires urbaines. La question teste donc moins la stratégie réelle de LFI qu’une norme d’acceptabilité dans le champ partisan de gauche.

Ce sondage sur Mélenchon ne fournit pas les croisements qui permettraient de trancher scientifiquement les interprétations. Dans ce domaine qualitatif manquent notamment une évaluation du niveau de politisation des sondés, leur intérêt pour la présidentielle et de leur opinion exprimée sur les enjeux sociaux. Cette absence est centrale. Un score global défavorable peut masquer un profil très fort dans des segments électoralement stratégiques.

Par exemple, si Mélenchon est rejeté par une partie des sympathisants PS âgés mais très puissant chez les jeunes, les actifs précaires, les électeurs populaires urbains ou les anciens abstentionnistes, le diagnostic politique change complètement.

Finalement le résultat le plus important n’est pas le 18 % national ! Ce que le sondage montre malgré lui en faveur de Mélenchon c’est d’abord qu’il reste ultra-dominant dans son propre camp ! Le résultat décisif est que 83 % des sympathisants LFI considèrent Mélenchon comme un atout. C’est un niveau d’adhésion interne exceptionnel. Il montre que Mélenchon n’est pas un candidat subi par son socle : il reste, pour l’électorat insoumis, le leader naturel, le mieux identifié, le plus légitime et le plus mobilisateur.

Or dans une présidentielle, la première condition d’une dynamique est la solidité du noyau électoral. Sur ce point, le sondage est très favorable à Mélenchon : il dispose d’une base extrêmement consolidée. Les autres figures de gauche peuvent être plus « acceptables » dans certains segments, mais très peu disposent d’un tel niveau. Les atouts reconnus à Mélenchon sont précisément ceux d’un grand candidat présidentiel. Le sondage indique que les principaux atouts de Mélenchon sont : ses talents d’orateur : 60 % dans l’ensemble des Français ; son expérience : 41 % ; sa volonté de vraiment changer les choses : 30 % ; son équipe : 28 %.

Ces résultats sont très importants. Même dans une enquête globalement défavorable, les Français reconnaissent massivement à Mélenchon des qualités présidentielles rares : puissance oratoire, expérience, capacité d’incarnation du changement. Chez les sympathisants de gauche, la « volonté de vraiment changer les choses » monte à 40 %, et chez les sympathisants LFI à 58 %. C’est politiquement considérable. Cela signifie que Mélenchon n’est pas seulement identifié comme un tribun : il est perçu par son cœur électoral comme celui qui peut rompre avec l’ordre établi. Le « handicap » principal est un handicap « d’image », pas de fond programmatique.

La présidentielle française est une élection d’incarnation, de conflictualité et de dynamique : Mélenchon a déjà montré sa capacité à agréger un électorat large autour d’un récit

Le sondage liste comme principaux handicaps de Mélenchon « son agressivité » : 64 %, « ses propos qui créent la polémique » : 60 %, « ses difficultés à rassembler le reste de la gauche » : 27 %, « son projet économique » : 16 % seulement. Ce point est essentiel. Le projet économique de Mélenchon n’est cité que par 16 % des Français comme handicap, et seulement 9 % des sympathisants de gauche.

Autrement dit, le rejet n’est pas d’abord programmatique. Il porte principalement sur des dimensions d’image, de style, de conflictualité et de cadrage médiatique dont la valeur objective n’existe pas, surtout mesurée avec de telles lacunes. Mais si on le croit néanmoins, cela reste pour LFI, une donnée plutôt favorable.

En effet on peut travailler une image, une campagne, une incarnation collective, une séquence d’apaisement stratégique ; il est beaucoup plus difficile de corriger un rejet massif du programme. La conclusion favorable est claire : le socle idéologique et programmatique de Mélenchon n’est pas disqualifié par l’opinion. Ce que le sondage pointe, c’est surtout un problème d’acceptabilité médiatique alimentée par un bashing permanent.

On ne peut cependant pas ignorer la contradiction majeure avouée malgré lui par ce sondage : Mélenchon serait un « handicap », mais ses qualités de campagne sont reconnues. Il y a donc une contradiction interne dans les résultats. D’un côté, Mélenchon est présenté comme un handicap pour « faire gagner la gauche ». De l’autre, les répondants lui reconnaissent massivement les deux qualités les plus utiles dans une présidentielle : savoir parler au peuple, avoir l’expérience d’une campagne nationale.

Un candidat peut être contesté, clivant, surexposé ; mais s’il est reconnu comme le meilleur orateur, comme expérimenté et comme porteur d’une volonté de transformation, il possède des ressources présidentielles que les candidats plus consensuels n’ont pas nécessairement. Ceux qui croiront à la valeur de ce sondage devront donc se poser la question stratégique : vaut-il mieux un candidat moins rejeté mais moins incarné, ou un candidat plus clivant mais capable de produire une dynamique de masse ?

Autre biais, et non des moindres, de ce sondage. Les adversaires de Mélenchon pèsent artificiellement dans le jugement global. Le score national de 70 % « handicap » additionne des électeurs de droite, du centre, du RN, des sans parti, et une partie des sympathisants PS/EELV. Il est donc logique qu’un leader de rupture soit jugé négativement par ceux qui ne souhaitent pas son orientation politique. Le sondage montre par exemple que Mélenchon est considéré comme un atout par seulement 5 % des sympathisants Renaissance, 5 % des LR-UDI et 7 % des sympathisants RN.

Mais cela ne prouve pas qu’il ne puisse pas être efficace électoralement. Cela prouve qu’il structure une opposition. Un candidat de rupture n’a pas vocation à être validé par les électeurs macronistes, LR ou RN avant la campagne. Le sondage confirme en creux ce qui fait la force de Mélenchon : il n’est pas un candidat tiède. Il polarise, il structure, il mobilise. Il est massivement reconnu comme orateur, expérimenté, porteur d’un changement réel.

Dans une présidentielle, ces dimensions comptent beaucoup plus qu’une popularité molle. Car la présidentielle française est une élection d’incarnation, de conflictualité et de dynamique. Mélenchon a déjà montré sa capacité à agréger un électorat large autour d’un récit : rupture sociale, souveraineté populaire, planification écologique, VIe République, redistribution, défense des services publics, refus de l’ordre néolibéral.

Le sondage ne mesure pas cette dynamique potentielle. Il photographie un jugement à froid, dans un contexte médiatique défavorable, à partir d’une formulation très chargée.

Ce qu’il faudrait demander à Ipsos pour rendre l’analyse « scientifiquement » complète, il faudrait obtenir : d’abord les bases brutes et pondérées de chaque sous-échantillon. Ensuite les résultats par souvenir de vote Mélenchon 2022… Mais aussi les résultats par vote NFP 2024. Le résultat par vote aux européennes 2024. Les résultats par âge, CSP, diplôme, revenu, type de commune. Les résultats chez les abstentionnistes de 2022 et 2024 et les primo-votants en indiquant leur proportion dans le sondage. Et enfin les résultats selon la priorité accordée au pouvoir d’achat, aux inégalités, à l’écologie ou à l’immigration…

Sources:linsoumision.fr

Share:

samedi 9 mai 2026

8 mai 1945 : comment le rôle décisif de l’URSS dans la victoire des Alliés a été minimisé au profit des États-Unis.

 En ce jour du 8 mai, nous irons rendre hommage aux morts de la plus meurtrière guerre de l’histoire : près de 60 millions de morts dans le monde. Peut-être faudra-t-il décrypter les discours, officiels ou pas, quand il sera rappelé le rôle éminent (et réel) des États-Unis dans la Libération. Sans doute faudra-t-il relever les absences dans ces discours, en particulier celle des 26 millions de morts soviétiques, parce que la conjoncture ne se prête pas à quelque hommage à tout ce qui rappelle la Russie. Et pourtant… Sous le commandement du maréchal Joukov, la victoire du peuple soviétique à Stalingrad – la ville modèle de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques – a été le tournant qui a permis de battre les hyènes fascistes. Notre article.

Des « jours de la victoire » aux États-Unis ?

Donald Trump a déclaré vouloir rebaptiser les 8 mai et 11 novembre en « jours de la victoire », précisant : « Nombre de nos alliés et amis célèbrent le 8 Mai comme le Jour de la Victoire, mais nous avons fait, de loin, plus que tout autre pays, en remportant la victoire lors de la Seconde Guerre mondiale. » (Voir par exemple Libération, 2 mai 2025).


Et c’est bien l’image qui nous reste de la Libération de la France en 1944 : l’arrivée des Américains dans des rues qui se remplissent de monde, la joie après quatre ans d’occupation, l’échange d’un ballon de rouge contre quelques cigarettes made in USA, le jazz de Glenn Miller… 

Libération de Chartres,15 Août 1944
   C’est aussi l’image des combats acharnés sur les plages de Normandie où ils ont débarqué (on oublie un peu vite les Britanniques, les Canadiens, les Australiens…) le 6 juin 1944, et en particulier les pertes lourdes enregistrées sur Omaha, aujourd’hui bien connues par les films comme Le Jour le plus long (1962), Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg (1998) ou encore la série Band of Brothers, produite par Tom Hanks et le même Spielberg (2001). Trump déclare que les États-Unis ont fait « plus que tout autre pays » pour la victoire scellée par la capitulation allemande du 8 mai 1945.

Toutefois, s’il ne s’agit nullement de minimiser les sacrifices consentis et les pertes subies par les soldats d’outre-Atlantique durant la Seconde Guerre mondiale, il convient d’apporter de sérieuses et d’importantes nuances à ces images.

Les États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale 

Il convient de rappeler que les États-uniens ont contribué de manière importante à la lutte contre les puissances de l’Axe (Japon, Allemagne nazie, Italie fasciste et leurs alliés). Dans le Pacifique en particulier, ils ont fourni, de loin, le plus important contingent contre l’expansion impérialiste du Japon, à partir de l’attaque de ces derniers contre la base navale états-unienne de Pearl Harbor (7 décembre 1941).

Plus largement, la mobilisation de l’industrie états-unienne a été considérable : le pays a produit, entre 1942 et 1945, une moyenne de 68 500 avions par an, mais aussi 90 000 chars en 4 ans, 65 000 bateaux de débarquement, 1200 navires de guerre, etc. Selon André Kaspi, « tout en équipant leurs forces, les Américains ont armé ou réarmé leurs alliés, de sorte qu’ils ont fourni 35 % des armements qui ont permis d’abattre l’Allemagne et 86 % de ceux qui ont assuré la défaite du Japon » (André Kaspi, Les Américains, Naissance et essor des Etats-Unis, 1607-1945, Seuil, 1986, p.329).

Ils ont réussi à mobiliser 16 millions de soldats dont plus de 400 000 ont été tués. L’effort de guerre des États-Unis n’est donc pas à remettre en cause.

Cet effort a été facilité par le fait que le pays est le seul des principaux belligérants à ne pas avoir été touché sur son territoire, à l’exception de l’attaque de Pearl Harbor. Ainsi, contrairement au Royaume-Uni pris sous les bombardements allemands, à la France occupée, à la Chine en grande partie envahie par le Japon et, surtout, à l’URSS ravagée par les combats et les massacres, les États-Unis ont pu développer toute leur puissance industrielle sans menace directe de destruction.

Pour aller plus loin : L’autre 8 mai 1945

L'entrée des soldats japonais dans Pékin






















La guerre s’est aussi jouée sans les États-Unis

Il convient de ne pas rester européo-centré, ou plutôt occidento-centré, si l’on nous permet ce néologisme. Ainsi, la guerre n’a pas commencé, comme il est encore écrit jusque dans les manuels scolaires, le 1er septembre 1939 par l’invasion de la Pologne par l’Allemagne nazie.

Elle a débuté a minima au cours de l’été 1937, quand le Japon a attaqué la Chine. Elle s’arrête non pas le 8 mai mais le 2 septembre 1945 avec la capitulation du Japon. On peut à ce sujet s’étonner que le président états-unien décide d’ériger en « fête de la victoire » le 8 mai plutôt que le 2 septembre. Peut-être ne tient-il pas à ce qu’il soit rappelé que cette capitulation a été obtenue après les bombardements atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, en août 1945 ? Des crimes contre l’Humanité, commis dans le seul but d’impressionner les Sovietiques, comme le révèlent des récents documents.

Toujours est-il que la guerre a duré huit ans, au cours desquels les États-Unis n’ont combattu « que » un peu plus de 3 ans et demi. Avant leur entrée en guerre, les pays opposés à l’Axe ont dû tenir : la Chine d’abord, où les communistes de Mao Zedong et les nationalistes de Tchang Kaï-chek se sont réconciliés pour combattre l’ennemi commun japonais ; ils ont réussi, tant bien que mal, à tenir l’intérieur du pays, subissant des pertes considérables, entre 10 et 20 millions de morts dont une grande partie de civils.

Les Britanniques ont su résister aux terribles bombardements allemands, grâce à l’héroïsme des pilotes de la Royal Air Force et à la cohésion nationale, notamment durant le terrible épisode appelé le « Blitz » (l’« Éclair ») par les Allemands, entre septembre 1940 et mai 1941. L’objectif était de faire céder le Royaume-Uni : ce fut peine perdue. Cela n’a pas empêché les Britanniques de combattre partout où cela était nécessaire, comme l’avait promis Churchill dès juin 1940, notamment sur les mers, ou en Afrique du Nord, contraignant Hitler à y envoyer parmi ses meilleures troupes, l’Afrika Korps.

« Nous irons jusqu’au bout, nous nous battrons en France, nous nous battrons sur les mers et les océans, nous nous battrons avec toujours plus de confiance ainsi qu’une force grandissante dans les airs, nous défendrons notre Île, quel qu’en soit le coût, nous nous battrons sur les plages, nous nous battrons sur les terrains d’atterrissage, nous nous battrons dans les champs et dans les rues, nous nous battrons dans les collines ; nous ne nous rendrons jamais. », Winston Churchill, discours devant la Chambre des communes, 4 juin 1940

L’URSS a joué le rôle décisif en Europe

Mais c’est l’attaque de l’URSS par l’Allemagne, le 22 juin 1941 (Opération Barbarossa) qui marque le grand tournant de la guerre. Si l’Armée rouge est, dans un premier temps, submergée, les combats qu’elle livre sont de plus en plus acharnés et finissent par ralentir puis arrêter la Wehrmacht (l’armée allemande).

La population de Léningrad (Saint-Pétersbourg) soutient un siège terrible, un des plus longs de l’histoire, entre le 8 septembre 1941 et le 27 janvier 1944 ; les Allemands sont repoussés devant Moscou, entre octobre 1941 et janvier 1942 ; ils sont fixés à Stalingrad (au sud, sur la Volga) dès l’été 1942. C’est là que les Soviétiques infligent aux Allemands leur première grande défaite : la VIe armée allemande capitule à Stalingrad le 2 février 1943.

Stalingrad:colonne de prisonnier
    L’effort de guerre consenti par l’URSS est considérable,    spectaculaire même, dans la mesure où il s’agit d’un pays   dont les territoires les plus riches sont ravagés par les   combats ou occupés par l’ennemi. 44 % du PIB soviétique   est consacré à l’effort de guerre, les usines sont   massivement reconverties dans l’armement, la plupart des    complexes industriels de l’ouest du pays ont été démontés   face à l’avancée ennemie et reconstitués plus à l’est, vers   l’Oural : 1523 usines en 1941, 1070 en 1942.

 Cela permet à l’URSS de dépasser l’Allemagne en   production de chars dès 1943 ; entre 1942 et la fin de la   guerre, le pays fabrique 120 000 avions, 100 000 chars,   360 000 pièces d’artillerie, 15 millions d’armes i   individuelles… Et il convient de s’ôter de l’esprit la piètre   qualité de la production soviétique en la matière. Les   chars  russes, dont le célèbre T-34, surclassent les panzers   allemands. Ils remportent la plus grande bataille de chars   de l’histoire, dans la région de Koursk, en juillet-août 1943.


Pourtant, les Soviétiques ont peiné à se faire entendre de leurs alliés occidentaux. Dès 1942, Staline réclame au président états-unien Roosevelt et au Premier ministre britannique Churchill l’ouverture rapide d’un front en Europe de l’Ouest. Ils s’y refusent et lancent au contraire une stratégie plus périphérique avec le débarquement en Afrique du Nord (novembre 1942) puis en Sicile (juillet 1943).

Lorsqu’enfin le débarquement a lieu en Normandie le 6 juin 1944, l’Armée rouge peut lancer l’Opération Bagration (juin-août 1944) : une large offensive contre les Allemands en Biélorussie, d’une ampleur supérieure à l’Opération Overlord en Normandie, et qui permet d’infliger à la Wehrmacht une défaite sans appel. Ce sont les Soviétiques qui prennent Berlin entre le 20 avril et le 2 mai 1945, après avoir repoussé les Allemands de Pologne et de toute l’Europe centrale.

L’URSS est le pays le plus touché par la guerre, avec plus de 26 millions de morts, dont plus de 15 millions sont des civils. Ces pertes humaines représentent donc presque la moitié de tous les morts de la Seconde Guerre mondiale. 16 % de la population de l’URSS a disparu dans la guerre !

La concurrence des mémoires

Face aux sacrifices consentis par les uns et les autres, après les combats, perdus ou gagnés, chaque peuple a, légitimement, forgé une mémoire permettant de rassembler au mieux la nation. Les Français ont d’abord insisté sur le rôle de la Résistance, extérieure avec De Gaulle, intérieure avec les mouvements de résistance, Jean Moulin, les maquis…

Les Britanniques ont mis en valeur l’héroïsme des pilotes de la RAF ainsi que la personnalité de Churchill. Les Soviétiques et aujourd’hui les Russes ont écrit l’histoire de leur « Grande guerre patriotique » contre le nazisme : Vladimir Poutine l’a même faite réécrire pour en imposer sa vision dans les manuels d’histoire, où est vanté « l’héroïsme des combattants de l’Armée rouge, prêts à tous les sacrifices ». (Cité par Nicolas Werth, dans L’Histoire n° 517, mars 2024)

Les États-uniens voient d’abord les combats de leurs « soldats de la liberté » (Voir Bruno Cabanes, dans Les Collections de l’Histoire, n°56, juillet 2012) comme décisifs, prêts, eux aussi, à tous les sacrifices pour sauver un monde auquel « l’Amérique » est légitime à porter les valeurs du libéralisme ou la société de consommation. Le mythe de la « destinée manifeste », forgé au XIXe siècle pour légitimer la conquête de l’Ouest, est remobilisé à cette occasion, et Trump s’en est réclamé lors de discours d’investiture : c’est un moyen pour lui de légitimer ses revendications impérialistes d’expansion territoriale vers le Groenland, le Canada et Panama.

La recomposition du passé par nos mémoires, individuelles et collectives, est incontournable. Mais elle est utilisée abondamment pour justifier telle politique d’armement, telle revendication géostratégique, parfois même tel choix budgétaire, en fonction de l’intérêt du moment, et elle en dit long sur la façon dont l’avenir est envisagé. Ainsi, l’obsession trumpienne de la grandeur de « l’Amérique » (en réalité des États-Unis), qui est un impérialisme, puise des éléments de grandeur dans l’histoire américaine.

Mais non, les États-Unis n’ont pas fait « de loin, plus que tout autre pays » pour la victoire de 1945. Ce recit met sciemment de côté l’immense sacrifice du peuple sovietique.

En revanche, cette victoire a bien érigé les États-Unis en superpuissance ; c’est donc la proposition inverse qu’il faudrait défendre : la victoire de 1945 a porté, plus que toute autre, les États-Unis au rang de première puissance mondiale. Nous en sommes toujours là, mais plus pour longtemps.

Sources:linsoumission.fr (Par Sébastien Poyard)

Share:

vendredi 8 mai 2026

L’autre 8 mai 1945.

Le 8 mai, la France couvre ses monuments de fleurs, de belles gerbes tricolores, de drapeaux. Le pays exalte son unité, la résistance à l’occupation et la fin de la guerre la plus meurtrière que l’être humain se soit infligée à lui-même. On se remémore avec ferveur et émotion les destins des citoyens morts pour la France et on aime à embellir pour l’occasion notre roman national de hautes figures de la résistance et à discrètement omettre, le temps manquerait sûrement pour en faire la liste, les basses figures de la collaboration…

Nos dirigeants nous accablent pour l’occasion de discours creux qui ne laissent jamais place qu’à un sentiment béat de contentement, étant admis que vous n’examiniez pas de trop près le débouché politique restreint que ces laïus proposent. Notre article.

L’histoire se lisse dans leurs paroles, quitte à en écarter les aspects qui n’intéressent pas l’équipe de marketing de l’Élysée

À les entendre en effet et selon le poncif Gaullien toute la France a été résistante, et toute la
résistance était gaulliste. À les entendre, c’est comme si les communistes qui prenaient le maquis hier auraient aujourd’hui apprécié d’entendre leur nom cité par le président le plus répressif et antisocial du régime le plus autocratique de toutes les démocraties occidentales. Manouchian a eu au moins la chance d’être déjà mort quand Macron a fait son éloge funèbre, pas nous.

Comme si de Gaulle avait envoyé le général Leclerc sur Paris pour des raisons stratégiques ou militaires et non dans le but d’éviter que la résistance armée ne mette en place une deuxième commune de Paris, aidée par les soviétiques qui s’approchent alors dangereuse ment de la capitale. Comme si enfin, le roman national était le mythe d’une France qui allait de soi, sans contradiction, sans dynamique ni enjeu de pouvoir. L’histoire se lisse dans leurs paroles, quitte à en écarter les aspects qui n’intéressent pas l’équipe de marketing de l’Elysée.

Ce mythe dépolitisé et essentialisant nous apparait particulièrement suspect à cette date au vu de son revers Algérien et c’est dans l’ambition modeste de le contrer que nous vous proposons un autre 8 mai, une nouvelle commémoration plus en accord avec nos principes moraux, notre lecture historique matérialiste, notre ambition internationaliste et populaire. En somme, nous proposons des pistes pour réinvestir cette date d’un peu de sa teneur et de sa complexité politique.

En Algérie, cet autre 8 mai 1945

Car ce 8 mai 1945 en Algérie a un goût amer d’ambitions frustrées, de sang versé, de violence, et préfigure par bien des aspects la guerre d’Algérie qui aura lieu 9 ans plus tard. Ce jour-là à Sétif, Guelma et Kherrata le peuple algérien qui lui aussi a sacrifié ses enfants pour libérer la France de son oppresseur, sort dans la rue pour célébrer la fin de la guerre en Europe. Celle-ci ouvrait grandes les portes de la libération des peuples du monde entier, une page historique se tournait.

L’intuition était bonne, l’ambition honorable. Le revers n’en sera que plus terrible. La première victime du massacre est Bouzid Saâl, un nationaliste algérien. Son crime ? Porter le drapeau algérien dans la rue. Peut-être pense-t-il comme d’autres que ce jour de fête est propice à la révolution des relations de pouvoir de la société algérienne? Par ce geste, il affirme le droit à l’autodétermination de son pays ! Pour ce geste, il est tué. La France qui administre les autorités coloniales à travers le général Raymond Duval veut montrer l’exemple, elle a donné ordre de brimer toute velléité d’indépendance.

Les policiers tirent d’abord sur le jeune homme de 26 ans, puis sur la foule avant de réprimer violemment les manifestations. Ce geste belliqueux entraine une riposte qui fera une centaine de victimes parmi les colons, la violence escalade, la réaction sera impitoyable. Les historiens estiment que le massacre qui suit, perpétré tant par les autorités françaises que par des milices de pieds-noirs organisées autour de l’OAS, aurait fait entre 10 000 morts et 15 000 morts, civils, femmes, hommes, enfants.

Et de cette tuerie ne semblent persister que des notes en bas de page. Les discours ne la mentionnent pas, l’Etat ne reconnait pas sa responsabilité. Comment comprendre ce geste? Comment expliquer cet attentat contre le peuple? Peut-on seulement le faire sans reconnaitre la responsabilité historique de l’Etat français ? Sans analyser la situation au prisme du colonialisme? Tirer sur le fil de ce moment historique obligerait la bourgeoisie à des concessions qu’elle n’est pas prête à assumer. Car c’est bien dans la colonisation, motivée par l’expansion du marché capitaliste occidental que le nazisme prend ses racines idéologiques!

C’est la colonisation qui a inventé les concepts racistes justificateurs de l’esclavage, c’est la colonisation qui la première a fait usage de camps de concentration, qui a justifié l’expansion des empires et le viol systématique des frontières au nom de la mission civilisatrice. Hitler disposait d’études de cas pratique de domination des peuples selon tous les terrains et toutes les modalités. Il s’est étendu sur l’Europe, porté par un peuple majoritairement acquis au corpus idéologique déshumanisant que les empires occidentaux avaient patiemment cousu pendant leur conquête du monde. Ce que le pays avait subi de la part d’Hitler, sa classe capitaliste l’avait faite subir aux peuples de ses colonies.

Ce que l’Europe a vu arriver est le résultat indirect de son expansion. En justifiant la domination de l’être humain par l’être humain on prend en effet le risque de se voir un jour soi-même dominé.

Coincés dans ce paradoxe, nos dirigeants ne peuvent que nous abreuver de discours consensuels

C’est dans ce paradoxe que nos dirigeants sont ultimements coincés, et c’est la raison pour laquelle ils ne peuvent que nous abreuver de discours consensuels. En ne reconnaissant pas le crime de la colonisation algérienne, ils s’évitent d’admettre à mi-mot que la libération n’a fait que réinstituer la bourgeoisie au pouvoir. Car elle seule a tout à la fois intérêt à la colonisation et à la défaite du nazisme.

Le peuple quant à lui se réjouit de la défaite du nazisme ET déplore la colonisation. Ne pas mentionner le crime permet de ne pas avoir à parler du coupable. Reconnaitre de cette date le double-sens historique c’est faire un pas vers l’idée que la révolution citoyenne n’est pas finie, que les peuples n’ont pas encore vaincu leur ennemi commun, que la victoire sur le nazisme n’est pas la victoire sur l’oppression.

La colonisation est toujours là, le génocide palestinien orchestré par Netanyahu en est un exemple tous les jours plus horrifiant. Réinvestir les commémorations du crime colonial à la date du 8 mai en même temps que le jour de fête en souvenir de la fin de la guerre est un acte politique fort que ceux qui soutiennent Israël sont à jamais incapables de faire. Leur filliation idéologique les pousse à se soutenir mutuellement, au prix de leur crédibilité aux yeux du monde

Honorer ces victimes, femmes, hommes et enfants, c’est honorer leur combat digne pour une Algérie libre et indépendante après un siècle et demi de meurtres, de viols, de torture. Plus généralement, le tabou qui entoure le 8 mai 1945 et l’histoire coloniale française est le symptôme d’une France qui occulte les horreurs de la colonisation mais qui nie également les discriminations et le racisme résultant de cette Histoire.

La nouvelle génération issue de la diaspora algérienne dont l’exil douloureux a été accentué par les conditions d’accueil lors des premières vagues d’immigration algérienne, vit rattachée entre les ponts que la colonisation et l’exil ont dressé entre la France et l’Algérie.

La France a parqué ces Algériens et ces Algériennes dans des bidonvilles à leur arrivée en France, puis les a placés dans des grandes tours en banlieue comme pour leur signifier que leur place dans la société française était comparable à celle que l’on leur accordait dans la ville, loin des préoccupations, loin de toute considération.

Sur le plan politique, l’extrême-droite française ne rejette pas l’héritage issu de l’OAS ni celle de l’idéologie de Jean-Marie Le Pen auteur de crimes en Algérie, bien au contraire. A l’image de José Gonzalez (député RN) ou de Michèle Tabarot (députée LR), fille de l’un des fondateurs de l’OAS qui affirma face aux parlementaires LFI lors d’un débat sur l’accord franco-algérien de 1968 que compte tenu de nos positions décoloniales nous étions les amis du FLN et qu’aujourd’hui nous serions les amis du Hamas.

Pour aller plus loin : RN-FN, historique d’un parti fondé par des Waffen-SS que certains veulent réhabiliter

Il faut libérer la parole face à la tutelle coloniale

Nous sommes les amis de ceux qui se battent pour affirmer l’autodétermination des peuples, leur souveraineté et leur indépendance. Nous sommes le camp de la paix. Face aux discours nostalgiques de l’Algérie française portés par des parlementaires ou des militants, ripostons. À l’image du collectif « l’autre 8 mai » qui lutte pour une reconnaissance officielle du massacre d’algériens à Sétif, Guelma et Kherrata, la nouvelle génération s’empare de la question coloniale et de son héritage qui plane toujours en France. Il est grand temps que l’Etat français reconnaisse les crimes coloniaux perpétrés en Algérie. Cette reconnaissance doit être suivie par l’ouverture des archives notamment au bénéfice des programmes scolaires.

Rendre hommage aux victimes des massacres du 8 mai 1945, c’est célébrer la défaite de l’ordre colonial et la victoire du peuple algérien pour le droit à l’autodétermination. Mais c’est également affirmer notre solidarité envers les colonisés, les opprimés de tout temps et de tout pays. « Vietnam, Algérie, Palestine vaincra aussi », ce slogan scandé en manifestation pour le cessez-le-feu en Palestine est le symbole d’une convergence, d’un souvenir toujours vif de la colonisation française. A bas l’impérialisme qui sacrifia l’indépendance des Algériens sur l’autel du capitalisme et du racisme, à bas l’impérialisme qui sacrifie aujourd’hui la liberté des Palestiniens.

Soucres:linsoumission.fr (Par L et M)

Share:

mardi 5 mai 2026

« LFI est prête pour une nouvelle alliance populaire ! » – Retrouvez le dernier communiqué du mouvement insoumis.

 LFI. « La France insoumise est prête pour une nouvelle alliance populaire » indique ce matin le mouvement fondé par Jean-Luc Mélenchon dans un communiqué. Se réjouissant du succès historique de son lancement de campagne, LFI note que des débats nouveaux se sont ouverts au sein des organisations de gauche, alors que les initiatives primairistes prennent chaque jour, un peu plus, l’eau. « Nous sommes prêts à ouvrir des discussions », déclare solennellement LFI, qui pourraient « permettre une campagne commune pour les élections présidentielle puis législatives autour d’un programme partagé de gouvernement ».

Dans le communiqué, est rappelé l’évènement historique du parrainage citoyen de Jean-Luc Mélenchon. En moins de 24 heures, la candidature du leader insoumis a réuni plus de 150 000 parrainages citoyens. La preuve d’une puissance dynamique qui n’est pas prête de s’arrêter. L’Insoumission publie dans ses colonnes ce nouveau communiqué du mouvement insoumis.

Des discussions qui pourraient permettre « une campagne commune pour les élections présidentielle puis législatives autour d’un programme partagé de gouvernement » – Retrouvez le dernier communiqué de LFI

La France insoumise est prête pour une nouvelle alliance populaire ! Nous nous félicitons du magnifique succès du lancement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon. 

En moins de 24 heures, sa candidature a déjà réuni plus de 150 000 parrainages citoyens enregistrés avec une procédure inédite de contrôle d’authenticité par SMS. C’est la preuve de la dynamique puissante qui peut se lever pour faire de l’élection présidentielle le moment d’un grand changement pour notre peuple.

Pour aller plus loin : Présidentielle : Mélenchon obtient 150 000 parrainages citoyens en moins de 24 heures 

Désormais, tout doit être fait pour permettre ce succès. Il y a plusieurs semaines, nous avions proposé la constitution d’une nouvelle alliance populaire à toutes celles et ceux qui, élus sous l’étiquette du Nouveau Front Populaire, sont restés fidèles à son programme. Nous avons pris note du refus des directions actuelles des Écologistes et du PCF, préférant se placer sous l’hégémonie d’une ligne sociale-libérale qui a pourtant affaibli la gauche comme jamais. Le refus de toute discussion et l’exclusion de LFI ont été maintes fois rappelés. Nous regrettons que certains semblent aujourd’hui encore plus attachés à polémiquer et à faire une propagande absurde contre notre candidat plutôt que de créer les conditions de son succès.

Néanmoins, nous avons observé que des débats nouveaux s’ouvrent au sein de ces organisations au moment où la démarche de « primaire » a démontré son incapacité à produire autre chose que des divisions et des polémiques supplémentaires. Selon la presse, des membres de la direction des Écologistes auraient ainsi proposé de rechercher un « accord honorable aux législatives ».

Nous sommes prêts à ouvrir des discussions à ce sujet puisque nos députés ont mené de nombreuses campagnes communes depuis 2022, votant en particulier ensemble les différentes motions de censure contre les gouvernements macronistes. Les dialogues publics de Jean-Luc Mélenchon avec Stéphane Peu, président du groupe GDR et Cyrielle Chatelain, présidente du groupe « Écologiste et social », ont d’ailleurs montré de nombreuses convergences. Ces discussions, incluant la perspective des élections sénatoriales, pourraient permettre une campagne commune pour les élections présidentielle puis législatives autour d’un programme partagé de gouvernement.

Moins d’un an avant le second tour de la présidentielle, il est urgent de se mettre au travail de conviction sur le terrain plutôt qu’aux disputes sans issue. Il est temps de rendre possible le progrès écologique et social par l’action d’un peuple enfin rassemblé contre les privilèges de l’argent, le racisme et le saccage du vivant.

Sources:linsoumission.fr

Share:

jeudi 30 avril 2026

RN : le parti du travail, mais sans les travailleurs et contre le 1er mai.

 Si le 1er mai est un rendez-vous incontournable des luttes sociales, réunissant associations, syndicats et travailleurs, jamais cette date n’aura autant été attaquée qu’en 2026. La macronie, Gabriel Attal en tête, appuyée par le Rassemblement national à l’Assemblée, a voulu faire travailler les salariés des boulangeries et des fleuristes le 1er mai, au nom du « bon sens », sur la base d’arguments fallacieux et de mauvaise foi. Le RN persiste, au niveau municipal notamment, dans cette volonté de s’en prendre à la date la plus précieuse des travailleurs et des travailleuses. Notre article.

Pour aller plus loin : Niche parlementaire LR : la droite veut vous faire travailler le 1er mai

Le RN dans la droite ligne du régime de Vichy

Le 1er mai n’est pas la fête du travail, comme le 8 mars n’est pas la fête de la femme. Historiquement, le 1er mai est la journée internationale des droits des travailleurs, instaurée en 1886 par la IIᵉ Internationale socialiste comme étant une journée annuelle de grève pour de meilleures conditions de travail. La fête du travail à proprement parler est une invention pétainiste issue de la doctrine vichyste « Travail, Famille, Patrie ». C’est en 1946 qu’est instauré le 1er mai comme jour chômé et payé pour tous les travailleurs, sans jamais être intitulé « fête du travail ».

C’est à ce sujet que le RN montre une nouvelle fois tout son mépris des travailleurs, des syndicats et des luttes sociales. Le 1er mai 2025, dans un discours à Narbonne, Jordan Bardella évoquait la menace sur les droits sociaux, il disait que le RN devient « le parti de la France du travail ». Au sens pétainiste, à n’en point douter.

Le maire RN de Liévin veut censurer les travailleurs en lutte

La preuve à Liévin, dans le Pas-de-Calais, où le maire RN de la ville, Dany Paiva, pour honorer les luttes sociales et les travailleurs a tout simplement décidé… de supprimer la cérémonie du 1er mai en présence des syndicats. Cette suppression a été décidée au prétexte qu’elle serait une « réunion politique » des syndicats « d’extrême-gauche » pour « faire de la politique » et de la « propagande ». Dany Paiva justifie sa décision : « Les syndicats, ça fait des années qu’ils font de la politique, ça fait des années qu’ils manifestent contre nous et ils voudraient en plus qu’on leur donne la parole pendant une heure et demie ? Non, c’est terminé ! ».

Le maire de Liévin semble ainsi avoir une définition toute particulière de la démocratie, de la liberté d’opinion et d’expression, ce qui se traduit par une pratique du pouvoir exécutif local pour le moins autoritaire. Plus tard, en conseil municipal, il qualifie le 1er mai de « espèce de meeting politique » et assume « supprimer [les] délires gauchistes ».

La décision de supprimer cette cérémonie à Liévin passe d’autant plus mal que la commune fait partie du bassin minier, et la cérémonie du 1er mai était d’ordinaire accompagnée d’un hommage aux 42 mineurs ayant perdu la vie lors du coup de grisou, catastrophe minière, du 27 décembre 1974. Si la cérémonie d’hommage est finalement maintenue pour éviter un tollé complet, jamais les travailleurs sont mentionnés, ni estimés, ni représentés puisque la rencontre habituelle entre syndicats et la mairie reste supprimée.

Ainsi, il n’est plus question pour le Rassemblement national de s’embarrasser des questions sociales et syndicales, qui préfère multiplier les dîners onéreux avec le Medef ou encore avec des dirigeants d’entreprises du CAC40 comme Bernard Arnault, le dirigeant de Total Energies, Patrick Pouyanné ou encore Cyrille Bolloré, fils de Vincent Bolloré.

Pour aller plus loin : Bardella a rencontré le MEDEF : le grand patronat veut s’assurer que l’extrême droite sera bien à son service

Un mois après les élections municipales, les premières politiques publiques d’extrême droite sont lancées dans les villes dirigées par le RN. Attaques contre la culture à Vauvert dans le Gard, fin des subventions à la Ligue des Droits de l’Homme et arrêté anti-mendicité à Carcassonne dans l’Aude ou encore effacement des expressions LGBTQ+ à Canohès dans les Pyrénées Occidentales.

Toutes ces politiques réactionnaires ont réellement un impact sur les habitants de ces villes. Ainsi, l’Observatoire National de l’Extrême Droite (ONED) a lancé le 23 avril 2026 l’observatoire des mairies administrées par le RN avec pour objectif de documenter ces dérives autoritaires de l’exercice du pouvoir municipal par l’extrême droite.




Maire RN et la fin de l'Hommage aux mineurs






Souces:linsoumission.fr (Par Louise B

Share:

mercredi 29 avril 2026

5,8 milliards de dollars de bénéfices en un trimestre : Total, un profiteur de guerre si prévisible.

 Qui aurait pu prédire que Total amasserait des profits gargantuesques grâce à la guerre au Moyen-Orient et à la spéculation ? À peu près tout le monde. Pire : Total a amassé plus d’argent que ce que les analystes prédisaient. « Total a dépassé les attentes », résume BFM Bourse, citant l’analyse de la Royal Bank of Canada. Bilan : 5,8 milliards de dollars de bénéfices pour le premier trimestre 2026, c’est-à-dire 5 milliards d’euros. Soit une hausse de 51 % en un an. « Totalenergies a pleinement profité des avantages de la hausse des prix du pétrole brut, ainsi que d’une solide performance commerciale », a écrit la banque britannique Barclays dans une récente note.

Les actionnaires de la multinationale pétrolière peuvent se réjouir : 1,5 milliard de dollars de rachats d’actions pour le deuxième trimestre ont été annoncés. TotalEnergies est coutumier de tels profits. En 2023, le groupe pétrolier avait amassé 19 milliards d’euros de bénéfices, soit le record absolu pour une entreprise capitaliste française. Profiteur de guerre un jour, profiteur de guerre toujours. Pendant que les Français serrent la ceinture tous les jours, renoncent à se déplacer, doivent ralentir voire carrément cesser leur activité professionnelle car consommatrice d’essence, toujours plus chère à la pompe, Total et ses actionnaires se gavent sur leur dos. Ce n’est ni une affirmation militante, ni une déformation de propos : c’est un constat, factuel, précis, désormais chiffré pour la période.

Depuis le premier jour de la guerre, LFI alerte : les prix à la pompe et ainsi les marges des raffineurs-pétroliers doivent être bloqués. Bilan : le gouvernement protège Total et ses profits tout en présentant des mesures qui sont de véritables usines à gaz, le RN propose des mesures qui feraient perdre de l’argent à l’État (baisse de la TVA) et les prix à la pompe ne baissent toujours pas. « Quand va-t-on arrêter de nous prendre pour des imbéciles ? Quand la macronie va-t-elle cesser de prendre le peuple pour une vache à lait au bénéfice de Blackrock et des actionnaires de Total ? », a fustigé Manuel Bompard, en réagissant aux chiffres publiés par Total. Retour sur quelques contre-vérités et solutions pour sortir de la crise. Notre article.

Une inflation alimentée par les marges

L’explication dominante de l’inflation repose sur un schéma simple : la hausse des coûts (énergie, matières premières) se transmettrait mécaniquement aux prix. Mais cette lecture est aujourd’hui largement contestée.

Plusieurs institutions internationales, dont le FMI et la Banque centrale européenne, reconnaissent désormais que les profits ont joué un rôle déterminant dans la hausse des prix récente. Dans de nombreux secteurs, les entreprises ont non seulement répercuté l’augmentation de leurs coûts, mais ont également élargi leurs marges. Ce phénomène, parfois qualifié de « profit-led inflation », est particulièrement visible dans l’énergie.

Les grandes compagnies pétrolières ont ainsi enregistré des profits historiques depuis 2021. Le cas de TotalEnergies est emblématique : après environ 6 milliards de dollars de profits en 2020, le groupe dépasse 20 milliards en 2021, puis atteint un record proche de 38 milliards de dollars en 2022. En 2023, les profits restent au-dessus de 25 milliards, et encore supérieurs à 20 milliards en 2024. En deux ans, les profits ont ainsi été multipliés par plus de six par rapport à la période de crise sanitaire.

Dans ce cadre, les prix ne traduisent pas simplement une rareté, mais aussi une capacité des acteurs dominants à imposer leurs conditions. Cette dynamique est renforcée par des activités de trading particulièrement lucratives : certaines opérations spéculatives auraient généré près d’un milliard de dollars de gains en quelques jours lors des tensions sur le détroit d’Ormuz.












 

Le blocage des prix : un outil économique éprouvé

Contrairement à une idée largement répandue, le blocage des prix n’a rien d’une mesure exceptionnelle ou irréaliste. Il s’inscrit dans une longue tradition d’intervention publique.

En France, le droit permet déjà de réglementer les prix en cas de circonstances exceptionnelles. Ce levier a été utilisé à plusieurs reprises : lors de la guerre du Golfe en 1990, après le passage du cyclone Hugo en Guadeloupe, ou encore pendant la crise du Covid-19 avec l’encadrement des prix des masques et du gel hydroalcoolique.

Ces expériences ont un point commun : elles n’ont pas conduit aux pénuries souvent brandies comme épouvantail. Elles montrent au contraire que l’intervention publique peut stabiliser les prix sans désorganiser l’économie.

Dans les territoires d’outre-mer, le blocage des prix est même une réalité permanente pour certains biens essentiels. À La Réunion, par exemple, le prix du carburant est fixé administrativement chaque mois et se situe autour de 1,50 € à 1,60 € le litre, sans provoquer de rupture d’approvisionnement.

Des exemples internationaux qui se multiplient

La France n’est pas un cas isolé. Face à l’inflation, plusieurs pays ont déjà recours à des politiques de plafonnement ou d’encadrement des prix, avec des modalités différentes mais une logique commune : protéger directement les consommateurs plutôt que compenser a posteriori.

En Europe, la Croatie a mis en place dès 2021 un système de plafonnement des prix des carburants, régulièrement ajusté par le gouvernement en fonction de l’évolution des cours internationaux. Concrètement, un prix maximum est fixé pour l’essence et le diesel, révisé toutes les deux semaines. Ce mécanisme a permis de contenir significativement les hausses pour les ménages, tout en assurant une certaine stabilité sur le marché intérieur. Selon plusieurs analyses économiques, cette politique a contribué à limiter l’inflation énergétique par rapport à d’autres pays européens exposés aux mêmes chocs.

La Hongrie a été encore plus loin en instaurant, entre 2021 et 2023, un gel des prix sur plusieurs produits essentiels, notamment les carburants et certains biens alimentaires de base comme la farine, le sucre ou l’huile. Le prix de l’essence a ainsi été fixé à un niveau administré (480 forints par litre pendant une longue période), bien en dessous des prix de marché. Si cette politique a suscité des critiques, notamment de la part des institutions européennes, elle a permis dans un premier temps de freiner la transmission de l’inflation internationale aux ménages. Elle illustre surtout une chose : même dans une économie intégrée au marché européen, il est possible d’intervenir directement sur les prix.

De son côté, la Grèce a adopté une approche différente mais complémentaire. Plutôt que de fixer directement les prix, le gouvernement a choisi d’encadrer strictement les marges des entreprises, notamment dans les secteurs de l’énergie et de la distribution. Les entreprises ne peuvent pas augmenter leurs marges au-delà d’un certain niveau par rapport à une période de référence, sous peine de sanctions. Ce dispositif vise explicitement à lutter contre les comportements opportunistes et la spéculation, en empêchant les entreprises de profiter de la crise pour augmenter leurs profits.

Ces expériences montrent que le blocage ou l’encadrement des prix peut prendre des formes variées : prix maximum, encadrement des marges, subventions ciblées ou combinaison de ces instruments. Mais elles reposent toutes sur un même principe : empêcher que les chocs internationaux, qu’ils soient liés à une guerre, à des tensions géopolitiques ou à des perturbations d’approvisionnement, ne se traduisent automatiquement par une dégradation du niveau de vie.

Surtout, ces politiques apportent un démenti empirique à un argument souvent avancé dans le débat public : celui selon lequel toute intervention sur les prix conduirait mécaniquement à des pénuries ou à une désorganisation du marché.

Le cœur du problème : la formation des prix

Si le blocage des prix suscite autant de résistance, ce n’est pas seulement pour des raisons techniques. C’est parce qu’il remet en cause une hypothèse centrale du néolibéralisme : celle selon laquelle les prix seraient le résultat neutre de la rencontre entre l’offre et la demande.

Dans la réalité, les prix sont largement déterminés par des stratégies d’entreprises, notamment dans les secteurs concentrés. Dans l’énergie, la distribution ou l’agroalimentaire, quelques grands groupes disposent d’un pouvoir de marché suffisant pour fixer leurs marges.

La théorie économique elle-même reconnaît ce phénomène à travers le concept de « mark-up » : les entreprises fixent leurs prix en appliquant une marge sur leurs coûts. Lorsque la concurrence est faible ou que la demande est captive, ces marges peuvent augmenter sans contrainte.

Le blocage des prix intervient précisément à ce niveau. Il ne vise pas à nier les coûts, mais à limiter la capacité des acteurs dominants à transformer une situation de crise en opportunité de profit.

Le blocage des prix : une mesure économique… et politique

Le blocage des prix ne se résume pas à une mesure technique de régulation. Il pose une question fondamentale : celle du contrôle démocratique de l’économie.

En période de crise, laisser les prix se fixer librement revient souvent à transférer le coût des chocs sur les ménages. À l’inverse, intervenir sur les prix, c’est assumer un choix politique : protéger le pouvoir d’achat et limiter les rentes.

Cela implique également de repenser le rôle de l’État. Non plus comme simple correcteur des défaillances du marché, mais comme acteur capable de structurer les conditions de production et de distribution.

Dans certains cas, cela peut aller plus loin : encadrement des marges, réquisition de stocks, voire nationalisation temporaire d’acteurs stratégiques. L’histoire économique montre que ces outils ont déjà été mobilisés lorsque les enjeux le justifiaient.

De la nécessité de reprendre le contrôle

La question du blocage des prix dépasse donc largement celle de l’inflation actuelle. Elle renvoie à un choix de société.

Dans une économie marquée par la concentration des entreprises et la financiarisation, les prix ne sont plus de simples signaux économiques. Ils deviennent des instruments de pouvoir. Les encadrer, c’est rééquilibrer ce pouvoir.

Face aux crises énergétiques et climatiques à venir, cette question sera de plus en plus centrale. La transition écologique elle-même suppose de planifier, d’investir et, dans certains cas, de réguler les prix pour orienter les comportements.

Le blocage des prix apparaît ainsi comme un outil parmi d’autres pour reprendre la main sur l’économie. Non pas contre le marché en tant que tel, mais contre ses dérives lorsqu’il cesse de servir l’intérêt général

Sources:linsoumission.fr


Share:

Liberté de la Presse

La video du Jour

Calendrier

Vivre les Cultures du Monde

Cultures du Monde Arabe

Cinéma

Transparence Internationale

NEGAWATT

Wikipedia

Résultats de recherche