''Il existe des conceptions vulgaires tout à fait suffisantes pour la vie pratique:elles doivent même être la nourriture des hommes.Elles ne suffisent cependant pas à l’intelligence''.
RN. Élu de justesse en mars 2026 avec à peine plus d’un tiers des suffrages, Côme Dunis, premier maire Rassemblement national
de l’histoire du Loiret, offre déjà aux Montargois un condensé de la
méthode lepéniste au pouvoir local : une augmentation de 80 % de sa
propre indemnité dès le premier conseil municipal, la suspension d’un
projet d’école et de crèche dans un quartier populaire, celle d’un pôle
de santé, et une mise au pas de la vie culturelle qui a poussé
l’écrivain Didier Daeninckx à refuser de parrainer le salon du livre.
Pendant ce temps, le budget sécurité
gonfle et le marché de Noël engrange 50 000 euros de subvention
supplémentaires. Notre article.
Premier réflexe : se servir
À peine l’écharpe tricolore endossée, le
nouveau maire d’extrême droite a montré ses priorités. Comme le rapporte
France 3 Centre-Val de Loire lors du conseil municipal du 7 avril 2026,
Côme Dunis a fait voter le passage de son indemnité mensuelle d’environ
1 500 euros (le montant que percevait son prédécesseur) à 2 705 euros.
Soit plus de 1 200 euros d’augmentation : + 80 %, d’un coup, dès la
première séance.
L’opposition de gauche, menée par le
communiste Bruno Nottin et le socialiste Dalip Vehapi, n’a pas manqué de
relever l’indécence du geste. Bruno Nottin a qualifié la décision de «
parfaitement obscène », quand Dalip Vehapi interrogeait le maire sur le
signal envoyé aux habitants d’une ville populaire, marquée par la
précarité. La presse locale a recensé les mots qui ont fusé : « obscène
», « bras d’honneur », « provocation ». Cerise sur le gâteau : selon La
République du Centre, la délibération attribuant ces indemnités devra
même être soumise à un nouveau vote du conseil municipal. Même pour
s’augmenter, le RN ne sait pas faire les choses dans les règles.
Le cas Dunis n’est pas isolé, il est
systémique. À Perpignan, Louis Aliot s’est de nouveau augmenté après une
première hausse de 17 % lors de son précédent mandat. Les maires RN de
Carcassonne, de Moissac, de La Flèche ou de Harnes ont fait de même. Le
parti qui prétend défendre « le peuple » contre « les élites » commence
chaque mandat par la même délibération : celle qui remplit les poches de
ses édiles.
« Pas de délinquants au gouvernement ! Marine Le Pen est une voleuse ! »
– A la Flèche, rassemblement spontané de nombreux habitants pour
dénoncer le détournement de 4 millions d’euros d’argent public par
Marine Le Pen et le RN
L’école et la santé peuvent attendre, pas le marché de Noël
La suite est du même tonneau. Parmi ses
toutes premières décisions, Côme Dunis a suspendu le projet de pôle
éducatif jeunesse (une école et une crèche) prévu dans le quartier
prioritaire de La Chaussée, ainsi qu’un projet de centre de santé,
pourtant déjà votés par la précédente municipalité. Motif invoqué : les
finances de la commune. Le maire jure la main sur le cœur que « la
priorité du mandat, c’est la crèche et l’école ». On jugera la priorité à
l’aune des actes : le projet est à l’arrêt.
Car l’argument budgétaire ne tient pas une
seconde face aux choix réellement opérés. Comme l’a dénoncé l’élu
d’opposition Dalip Vehapi, la même municipalité a trouvé 50 000 euros
supplémentaires pour le marché de Noël, augmenté le budget de la
sécurité (cinq policiers municipaux supplémentaires sont annoncés) et
supprimé les fournitures scolaires offertes jusqu’ici aux élèves de
primaire. Faire les poches des écoliers pour financer les guirlandes et
les matraques : voilà, très concrètement, l’ordre des priorités du RN à
Montargis.
Cette hiérarchie n’a rien d’un accident
local. D’après un décompte relayé par France 3, environ 40 % de la
soixantaine de mairies conquises par le RN en mars ont pris, dès les
trois premiers mois, des décisions frappant la culture, les associations
de solidarité ou les syndicats. À Carcassonne, Christophe Barthès
ampute le budget culturel d’environ 20 %.
À Carpentras, Hervé de Lépinau supprime la
subvention au Planning familial. À Vauvert, Nicolas Meizonnet annule
une exposition photo et refuse de financer un festival de jazz. À
Vierzon, l’aide à la rentrée scolaire disparaît et les tarifs de la
cantine grimpent. Partout le même logiciel : l’extrême droite au
pouvoir, c’est la casse sociale en accéléré.
La culture mise au pas
À Montargis, c’est sur le terrain culturel
que la méthode RN s’est révélée avec le plus de brutalité. Sans aucun
débat préalable en commission culture, le maire a évincé Jean-Philippe
Lajus, le programmateur qui faisait vivre depuis quinze ans la saison
théâtrale « Un Dimanche au théâtre », suivie par un public fidèle de 700
à 900 spectateurs par saison. La programmation sera désormais reprise «
en interne », comprendre : sous contrôle politique direct de la mairie.
Dans la foulée, la municipalité a revu la
saison culturelle et augmenté les tarifs, faisant bondir l’opposition.
En séance du conseil, Dalip Vehapi a accusé le maire de vouloir « mettre
au pas la culture ». Les élus d’opposition, eux, ont découvert ces
décisions après coup : au RN, on décide d’abord, on consulte ensuite, ou
jamais.
Le monde de la culture, lui, ne s’y est
pas trompé. Didier Daeninckx, figure du roman noir et lauréat du
Goncourt de la nouvelle, qui devait parrainer le salon du livre de
l’agglomération montargoise le 31 mai, a annulé sa venue dès le
lendemain du second tour, refusant de s’afficher aux côtés d’élus
d’extrême droite.
L’écrivain sait de quoi il parle : comme
il l’a raconté à ICI Orléans, dans les années 1990, à Orange, alors
dirigée par le Front national, un de ses livres empruntés à la
médiathèque avait été rendu lacéré, les passages déplaisant à l’élu à la
culture soigneusement découpés. Trente ans plus tard, le parti a changé
de nom, pas de nature. La conception RN de la culture est une « culture
française » fantasmée, prétendument « menacée », qu’il faudrait
défendre contre le pluralisme. C’est l’idéologie d’un parti qui n’a
jamais supporté la liberté de création.
Un maire minoritaire, un laboratoire pour 2027
Rappelons enfin d’où vient ce pouvoir
municipal. Côme Dunis, ancien gilet jaune investi par le RN et l’UDR, a
été élu au terme d’une triangulaire avec 34,64 % des suffrages, à 59
voix devant la liste d’union de la gauche conduite par Bruno Nottin.
Près de deux Montargois sur trois n’ont pas voulu de l’extrême droite.
C’est ce maire ultra-minoritaire, élu « dans un trou de souris » selon
les mots de Bruno Nottin, qui s’est augmenté de 80 % et gèle aujourd’hui
les projets d’école et de santé de la ville. Montargis rejoint ainsi la
longue liste des laboratoires municipaux du RN, de Carcassonne à
Perpignan, où se
vérifie, ville après ville, la même
équation : enrichissement des élus, austérité pour les habitants,
autoritarisme culturel, et sécuritarisme comme seul horizon. À un an de
l’élection présidentielle, alors que la dynamique populaire autour de
Jean-Luc Mélenchon et de l’union ne cesse de s’amplifier, ces bilans
municipaux sont autant de démonstrations grandeur nature : le « RN de
proximité » vanté par Jordan Bardella n’existe pas.
Ce qui existe, c’est un parti qui, partout
où il gouverne, gouverne contre le peuple. Les Montargois en font
l’expérience. À nous de faire en sorte que le pays entier n’ait pas à la
subir.
Pax Silica. Le 25 juin 2026,
l’Union européenne a signé cette déclaration, initiative lancée par
l’administration Trump pour arrimer ses « alliés » au capital
technologique américain. Vingt-quatre États membres l’ont désormais
ratifiée, trois semaines à peine après que Bruxelles eut présenté en
fanfare son « paquet de souveraineté technologique ».
Ce grand écart n’est pas un accident : il
est l’aboutissement d’une séquence de dix-huit mois de concessions
militaires, commerciales et réglementaires. Récit d’une vassalisation
méthodique, et de ce qu’elle nous dit du bloc impérial en construction.
Notre article.
L’empire qui ne se cache plus
Il y a des noms qui disent tout. « Pax
Silica » : la paix de la silice, ce composant essentiel des puces
électroniques. La référence est assumée. Après la Pax Romana et la Pax
Americana, voici la paix impériale de l’ère numérique, celle qu’un
centre impose à ses périphéries en échange de leur soumission.
Lancée le 12 décembre 2025 à Washington par le département d’État,
l’initiative se présente comme un effort de « coopération » pour
sécuriser les chaînes d’approvisionnement de l’intelligence artificielle
: minerais critiques, énergie, semi-conducteurs, infrastructures de
calcul.
Dans les faits, elle organise un bloc
économique, technologique et in fine militaire centré sur les intérêts
conjoints de l’État fédéral américain et de la Silicon Valley. Les
premiers signataires (Royaume-Uni, Japon, Corée du Sud, Israël,
Singapour, Australie) ont été rejoints par le Qatar, les Émirats,
l’Inde, puis, un à un, par des États membres de l’Union : la Suède en
mars 2026, la Finlande et la Grèce ensuite.
Le 25 juin 2026, lors du deuxième sommet
de l’initiative, la Commission européenne a signé au nom des Vingt-Sept,
aux côtés de l’Allemagne et des Pays-Bas.
L’architecte de l’opération s’appelle
Jacob Helberg. Sous-secrétaire d’État aux affaires économiques, ancien
conseiller d’Alex Karp (le PDG de Palantir), il incarne à lui seul la
fusion entre le capital technologique et l’appareil d’État américain.
Sa doctrine tient en une phrase, prononcée
lors du lancement : si le XXe siècle reposait sur le pétrole et
l’acier, le XXIe repose sur le calcul et les minéraux qui l’alimentent.
Et cet empire ne prend même plus la peine
de se dissimuler. Le 23 juin 2026, deux jours avant la signature
européenne, Helberg publiait un manifeste au titre limpide : « The Digital Sovereignty Trap »,
le piège de la souveraineté numérique. Les pays qui tentent de bâtir
leurs propres capacités d’IA n’atteindront, écrit-il, qu’une «
médiocrité synchronisée ». Le département d’État a pris soin d’en
publier une traduction française : le message s’adresse bien à nous.
Pax Silica, une signature qui vaut reddition
Officiellement, la déclaration Pax Silica
n’est « pas juridiquement contraignante ». C’est l’argument qu’a brandi
la Commission pour obtenir le feu vert des États membres début juin.
C’est précisément ce qui devrait alerter : le non-contraignant est
devenu la méthode privilégiée pour engager l’Europe sans jamais passer
devant les peuples ni leurs représentants.
Car le débat interne fut réel. Selon Euronews,
Paris a dénoncé dans cette initiative une tentative de « colonisation
de l’Europe », incompatible avec l’agenda de souveraineté technologique
de l’Union. L’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas ont poussé à la
signature ; la Commission a exigé une adhésion en bloc.
La France a fini par lever son opposition,
prisonnière de ses propres contradictions : comment refuser le bloc
américain quand on a fait des sommets « Choose France » la vitrine
d’investissements massifs dans l’IA financés par des fonds américains et
émiratis ?
Le symbole est d’autant plus cruel que la chronologie parle d’elle-même. Le 3 juin 2026, la Commission présentait son « Technological Sovereignty Package »
: Chips Act 2.0, Cloud and AI Development Act, promesse que « personne
ne dispose d’un interrupteur » sur nos infrastructures. Le 25 juin, la
même Commission signait une déclaration que son initiateur présente
explicitement comme l’alternative américaine à la souveraineté
numérique. Trois semaines séparent le discours de la capitulation.
Le cas ASML, ou la coercition en actes
Faut-il un exemple concret de ce
qu’adhérer signifie ? Regardons les Pays-Bas. Le pays abrite ASML, joyau
industriel européen, seule entreprise au monde capable de produire les
machines de lithographie les plus avancées, indispensables aux puces de
l’IA générative.
Depuis avril 2026, le Congrès américain
examine le « MATCH Act », une loi à portée extraterritoriale qui
permettrait à Washington d’interdire à ASML de vendre à la Chine ses
machines DUV, sous peine de sanctions. La Chine représentait encore un
tiers des ventes d’ASML en 2025.
La même semaine de juin 2026, le ministre
néerlandais du commerce extérieur Sjoerd Sjoerdsma faisait le voyage de
Washington pour supplier l’administration de renoncer à cette loi. Il
rappelait que le contrôle des exportations fonctionne mieux « par
conviction » que par coercition imposée « à travers l’Atlantique ».
Et le même jour, le 23 juin, il signait la
déclaration Pax Silica. Voilà le mécanisme mis à nu : on ne signe pas
parce qu’on adhère, on signe parce qu’on est tenu. Le marché l’a
d’ailleurs immédiatement compris : l’action ASML a décroché dans les
jours suivant l’annonce.
C’est cela, la « liberté de commercer »
version Pax Silica : chacun est libre de se soumettre. La déclaration
engage ses signataires à écarter de leurs chaînes d’approvisionnement
les acteurs « aux pratiques non marchandes », périphrase désignant la
Chine, et à privilégier des politiques « pro-croissance » plutôt qu’une
régulation stricte de l’IA.
Dix-huit mois de capitulations en chaîne
Pax Silica n’est pas une anomalie. C’est
le dernier maillon d’une chaîne dont chaque anneau a été forgé selon la
même méthode : une menace américaine, puis une concession européenne.
La capitulation militaire d’abord.Au sommet de l’OTAN de La Haye,
les 24 et 25 juin 2025, les Européens ont accepté l’objectif exigé par
Trump de porter leurs dépenses de défense à 5 % du PIB d’ici 2035, soit
un doublement de l’objectif précédent. Le secrétaire général Mark Rutte a
donné le ton en comparant publiquement Trump à un « Daddy ».
Donald Trump a été surnommé "daddy" par le chef de l'Otan Mark Rutte,
après que le locataire de la Maison-Blanche a fait une comparaison entre
le conflit Israël-Iran et deux enfants qui se battent #IsraelIran#Trump#Otanpic.twitter.com/znAzVSn0CJ
Seule l’Espagne de Pedro Sánchez a
résisté, jugeant l’objectif « déraisonnable et contreproductif » et
plaidant pour l’autonomie stratégique ; elle s’est attirée en retour les
menaces commerciales répétées de Washington. Dans le même mouvement, le
mécanisme PURL institué en juillet 2025 fait payer aux Européens les
armes américaines livrées à l’Ukraine : 4,3 milliards de dollars en
2025, sans transfert de technologie ni de contrôle.
La capitulation commerciale ensuite.
Le 27 juillet 2025, sur le golf de Trump à Turnberry, Ursula von der
Leyen a accepté en un peu plus d’une heure un accord que le Sénat
français et Pascal Lamy ont qualifié de capitulation : droits de douane
de 15 % sur les exportations européennes sans réciprocité, 750 milliards
de dollars d’énergie américaine, 600 milliards d’investissements aux
États-Unis, au moins 40 milliards de dollars de puces d’IA américaines.
« C’est un jour sombre que celui où une
alliance de peuples libres […] se résout à la soumission », a écrit
François Bayrou. Le 16 juin 2026, le Parlement européen a ratifié : 440 voix pour, 151 contre. Un seul groupe s’y est unanimement opposé, celui de La Gauche.
« Une fois de plus, on se couche devant
les États-Unis », a dénoncé l’eurodéputée insoumise Emma Fourreau. «
L’Union européenne est devenue le paillasson de Donald Trump », a résumé
Manon Aubry.
L'UE déroule le tapis rouge à Trump en validant l'accord asymétrique imposant 15% de droits de douane sur les produits et 0% sur les produits .
Notre groupe @Left_EU est le seul à s'y être opposé en commission.
La capitulation réglementaire enfin,
celle qui profite directement aux GAFAM. Dès février 2025, le
vice-président JD Vance venait à Paris avertir les Européens que
l’Amérique n’accepterait pas qu’on « resserre la vis » sur ses
entreprises technologiques. Le résultat est documenté : des amendes
symboliques au regard des plafonds légaux (500 millions d’euros pour
Apple, 200 pour Meta, 120 pour X, quand les textes permettent jusqu’à 10
% du chiffre d’affaires mondial).
Centre et périphérie : ce que Gramsci nous apprend de la silice
Comment nommer ce qui se joue ? L’économiste Romaric Godin, dans Mediapart,
décrit une double dynamique : « privatisation de la diplomatie
étatsunienne » d’un côté, « étatisation des grands groupes du numérique »
de l’autre.
Le bloc Pax Silica n’est pas une alliance
entre États : c’est l’organisation politique d’un rapport de production,
où chaque périphérie se voit assigner une fonction dans la valorisation
du capital technologique américain. Les Pays-Bas fournissent les
machines, la Norvège l’énergie, le Panama la logistique, l’Europe le
marché et les capitaux.
L’économiste Benjamin Bürbaumer le formule
ainsi : l’Europe a toujours occupé une place subordonnée dans le
capitalisme dirigé par les États-Unis, mais avec cette adhésion, cette
subordination devient explicite sur le plan numérique. Evgeny Morozov va
plus loin : Pax Silica inaugure selon lui un nouveau cycle de
soumission dans lequel les États ne sont plus en concurrence pour leur
indépendance, mais pour leur proximité avec le centre.
C’est ici que la grille gramscienne prend
tout son sens. L’hégémonie ne repose jamais sur la seule coercition ;
elle exige le consentement. Le MATCH Act et les menaces tarifaires,
c’est la coercition. Le manifeste de Helberg, la rhétorique de la «
coopération entre partenaires de confiance », c’est la fabrique du
consentement.
La Commission européenne, qui signe la
déclaration tout en la présentant comme « pleinement complémentaire » de
sa propre souveraineté technologique, joue le rôle que Gramsci
assignait aux intellectuels organiques du bloc dominant : traduire la
domination en langage d’intérêt général.
Le plus révélateur est peut-être la liste
des signataires latino-américains accueillis en juin : l’Argentine de
Milei, le Salvador de Bukele. Des économies marginales pour les chaînes
d’approvisionnement de l’IA, mais des symboles politiques pour
l’internationale réactionnaire. Le bloc technologique et le bloc
idéologique ne font qu’un.
2027 : l’indépendance numérique comme question de régime
Reste la question qui fâche : que faire ?
La déclaration n’étant pas contraignante, rien n’empêcherait
juridiquement l’Union d’en sortir demain. Rien, sauf ce qui l’y a fait
entrer : la dépendance.
70 % du cloud européen est aux mains de
trois entreprises américaines. Le déficit numérique de l’Union dépasse,
selon une étude du Parlement européen, 100 milliards d’euros par an.
Chaque data center « offert » par SoftBank ou les fonds émiratis, chaque
contrat Palantir signé par nos services de renseignement, resserre le
carcan.
Des brèches existent pourtant. La France a
annoncé vouloir remplacer Palantir par le français ChapsVision à la
DGSI, au nom d’un principe simple : on ne peut pas dépendre d’outils
développés par des puissances étrangères. L’Espagne écarte Palantir de
ses marchés publics. Les acteurs français du numérique libre ont lancé
leur « appel du 18 juin » contre la colonisation numérique.
Mais ces résistances resteront des gestes
tant qu’elles ne s’adosseront pas à une rupture politique d’ensemble.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La vassalisation n’est pas une
fatalité géographique, c’est un choix de classe : celui des directions
européennes qui préfèrent la rente de la soumission au risque de
l’indépendance.
En face, une autre voie existe : celle que
défend l’Union populaire pour 2027 avec Jean-Luc Mélenchon. Le
non-alignement, le refus de la logique de bloc contre bloc, la
reconstruction d’une filière numérique publique et souveraine, du
logiciel libre aux infrastructures de calcul.
La silice est l’un des matériaux les plus
abondants de la planète. Ce qui est rare, c’est le courage politique de
refuser la paix des empires.
C’est une nouvelle qui ne va pas arranger
l’état de panique de ses adversaires. Jean-Luc Mélenchon est sondé à 16%
d’après un sondage Harris paru ce mercredi 8 juillet. A 16%, celui qui a
déjà recueilli plus de 326 000 soutiens
– dont 150 000 en 48 heures – est à la position à laquelle il était
sondé quatre jours avant le premier tour, en 2022. Il avait finalement
réalisé 22% des voix, à un point du second tour. Depuis avril, il a
gagné quatre points. Il est désormais confirmé au second tour face à
Marine Le Pen.
Ce sondage en confirme plusieurs autres,
récents, dont le baromètre IFOP du 19 juin qui révélait que le leader
insoumis est le candidat des jeunes et des travailleurs. Il est en effet
deux fois plus populaire chez les jeunes que Jordan Bardella. Il est la
personnalité avec le plus de bonnes opinions chez les moins de 35 ans.
Il est aussi le candidat préféré des professions intermédiaires – la
classe moyenne – avec 49 % de bonnes opinions. Et il se trouve aussi
devant Bardella et Le Pen chez les personnes non diplômées. Conclusion ?
Même les sondages biaisés et manipulés peinent à cacher la progression
constante du leader insoumis.
Après le succès du meeting du 7 juin qui a
réuni plus de 26 000 personnes et la réussite du concert insoumis
antiraciste, Jean-Luc Mélenchon a réalisé un début de campagne qui le
place au dessus de la mêlée. L’été sera chaud pour ses concurrents. Tous
sont freinés par des logiques de division interne, y compris au RN. En
dépit de l’annonce de sa candidature après sa condamnation pour
détournement de 4 millions d’euros d’argent public, Marine Le Pen est
confrontée à un futur Premier ministre qui défend une ligne autre que la
sienne. Le bling bling contre le bracelet électronique.
Par la mise en mouvement de dizaines de
milliers de personnes, Jean-Luc Mélenchon a confirmé qu’il était le seul
capable de battre le RN, et de proposer un futur différent au pays.
Blocage des prix, hausse des salaires, taxation des superprofits,
écorégions pour la planification écologique, référendum révocatoire en
passant à la 6ème République, suspension de l’accord UE-Israel, ce sont
tout autant de mesures qui convainquent, et renforcent la puissante
dynamique autour de lui. Vous voulez rejoindre la campagne ? Rendez-vous
sur http://melenchon2027.fr. Notre brève.
Sylvain Noel, rédacteur en chef
« Je serai au second tour de l’élection présidentielle. Et nous gagnerons, car la France n’est pas un pays fasciste ou raciste. » – Jean-Luc Mélenchon
Depuis plusieurs jours, la dirigeante
insoumise Imane El Hamzaoui est la cible de menaces et d’attaques
coordonnées de l’extrême droite française et internationale. Membre de
la coordination des espaces de LFI, Imane El Hamzaoui est ciblée comme
opposante politique, femme, insoumise, mais aussi pour son puissant
engagement contre le racisme. En décembre 2025, elle a été à
l’initiative du lancement de la campagne nationale de La France
insoumise contre tous les racismes. Ingénieure de formation, elle a
également fourni un important travail autour du concept de « Nouvelle
France », largement repris par la population, comme en témoignent les
slogans scandés au meeting de Jean-Luc Mélenchon le 7 juin à
Saint-Denis.
Pour ses combats, et comme jeune femme
insoumise et racisée, Imane El Hamzaoui est régulièrement la cible de
violentes attaques fascistes. Ces derniers jours, ces offensives ont
pris une ampleur inédite et d’une dangerosité dédoublée à son encontre. À
la suite d’un discours prononcé le week-end du 4 et 5 juillet à propos
de la Nouvelle France, un compte fasciste sur les réseaux sociaux –
nommé « French Carcan » – a réalisé un montage mensonger de son propos
pour la diffamer, une méthode redondante de l’extrême droite. S’en est
suivi un déferlement de haine, mêlant racisme, menaces de mort et de
viols, à une échelle internationale.
Un montage truqué dans son discours sur la Nouvelle France
Lors d’une université d’été organisée par
Tsedek et autres organisations,, Imane El Hamzaoui a défendu le concept
de « Nouvelle France », ce concept qui décrit l’ensemble des mutations
qu’a connues la France depuis les sept dernières décennies mais qui est
constamment déformé par ses détracteurs, des tenants de l’extrême droite
jusqu’aux journalistes passés au statut de propagandiste. Dans son
discours, Imane El Hamzaoui notait que lorsqu’il est en débat, l’objet
de ce concept devient « la représentation qu’ils s’en font plutôt que le
contenu que nous lui donnons ».
Et c’est bien de cela dont il
s’agit continuellement, de la représentation de l’objet du concept de
Nouvelle France et de comment il est réduit, déformé, et transformé pour
remplir des fins politiciennes visant à disqualifier La France
insoumise.
Ainsi, le 5 juillet, quelques heures après son discours sur « Qu’est-ce que la Nouvelle France »,
le compte « French Carcan » a réalisé et publié un montage mensonger,
pour tordre ce concept et les propos d’Imane El Hamzaoui. Dans ce
montage, on notera plus d’une dizaine de cuts réalisés, avec des bouts
de phrases coupés, et recasés à d’autres phrases issues d’autres moments
du discours. La méthode est rodée. Il s’agit de déformer complètement
le propos pour lui donner une signification fallacieuse.
Exemple. Dans son discours, Imane El Hamzaoui prononce les phrases suivantes :
« Cette communauté d’expérience doit
trouver sa traduction politique pas seulement au nom des intérêts
immédiats mais aussi et surtout par l’instauration d’un clivage
horizontal, entre eux et nous, entre la classe possédante, raciste,
sexiste et suprémaciste et la Nouvelle France. Nous devons faire voler
en éclat l’illusion de la fatalité et dévoiler la conflictualité de la
société.
Par conséquent, la Nouvelle France ne peut
pas être le fait d’un seul groupe. Elle doit être l’image mobilisatrice
qui fait l’alliance entre différents groupes sociaux en condensant les
attentes qu’ils portent et les aspirations qui leur sont communes pour
organiser leur volonté collective. Ce n’est qu’à cette condition que la
Nouvelle France pour soi peut advenir en 2027. »
Dans son
montage, French Carcan sélectionne plusieurs éléments de phrases pour en
construire une nouvelle, en supprimant des pans entiers. Une fois les
coupes réalisées, c’est un propos nouveau, qui n’a jamais existé, qui
est formulé par le montage : « Nous devons faire voler en éclats
l’illusion de la fatalité et dévoiler la conflictualité de la société
par l’instauration d’un clivage horizontal, entre eux et nous. » Ici, la
mention de « classe possédante » disparait, de même que la conclusion
sur « l’image mobilisatrice » de la Nouvelle France.
La même méthode s’applique tout au long du
montage, le rendant ainsi complètement mensonger et frauduleux. Par
ailleurs, ces méthodes ne sont pas sans rappeler le récent montage
mensonger et indigne diffusé par Guillaume Erner sur France Culture, pour tenter de disqualifier Jean-Luc Mélenchon. Et le même compte, Frenc Carcan, en était à l’initiative.
Des attaques coordonnées de l’internationale réactionnaire
Le processus d’une attaque fasciste ne s’arrête pas là. Une fois le
montage mensonger réalisé et publié, des relais nombreux s’activent pour
diffuser le mensonge de façon coordonnée, rapide et massive. Ensuite,
la presse sous contrôle de Vincent Bolloré en fait un sujet médiatique,
repris par les plateaux de télévision sous son contrôle, mais pas
seulement. Ainsi, la boucle est bouclée.
Dans le cas présent, le trucage contre Imane El Hamzaoui a d’abord
été directement repris par Éric Zemmour qui s’est fendu d’un long texte
la diffamant. Mais sa diffusion n’a pas été cantonnée à la sphère
fasciste française. Elle a fait l’objet d’une procédure spéciale de
diffusion de masse exportée à l’international.
Quelle preuve de la coordination réfléchie des attaques ? L’analyse
des textes à l’encontre d’Imane El Hamzaoui le démontre. L’intégralité
des comptes étrangers reprennent la même biographie de la dirigeante,
avec les mêmes erreurs, et une biographie qui n’existe sur aucun compte
français.
La sénatrice Maria Fernanda
Cabal, figure de l’extrême droite colombienne, a ainsi retweeté un texte
contre Imane El Hamzaoui qui reprenait la vidéo truquée. Un député
fasciste polonais, Dominik Tarczyński, fan assumé de Trump, dont il
félicite régulièrement la milice ICE, a lui aussi repris.
De même que
Charlie Weimers, député d’extrême droite suédois, ou encore Hermann
Tertsch, eurodéputé espagnol, figure de l’extrême droite Vox, fils d’un
diplomate autrichien qui a servi le 3ᵉ Reich et qui était présent en
même temps que Jordan Bardella au chevet de Netanyahu, lors d’un
déplacement en Israël en mars 2025.
Les néoconservateurs américains ont aussi participé à cette attaque
coordonnée, comme Matt Shea, classé comme terroriste par une enquête
indépendante commandée par la Chambre des représentants des États-Unis.
L’homme est connu pour avoir assumé être un fasciste, et avoir cité en
exemple le théoricien nazi Carl Schmitt.
Voilà donc l’arc de
l’internationale réactionnaire, qui s’est coordonnée pour cibler Imane
El Hamzaoui, parce qu’opposante politique, femme, insoumise et racisée,
cochant toutes les cases détestées par ces fascistes en bande organisée.
Derrière, c’est aussi un objectif politique qui est poursuivi. La
puissante dynamique autour de Jean-Luc Mélenchon inquiète l’arc
réactionnaire, qui comprend que l’élection du leader insoumis a dépassé
le stade de la probabilité. Pour la campagne à venir, il est clair que
ce type de montages, truqués et visant à disqualifier LFI et son
candidat, va aller en se multipliant. De même que pour les ingérences
étrangères, contre lesquelles aucune loi n’a été annoncée malgré les
demandes répétées des insoumis.
Sources:linsoumission.fr (Sylvain Noel, rédacteur en chef )
Le Pen / Permis de tuer. À
l’Assemblée nationale, Laurent Nuñez a activé l’article 44-2 pour passer
en force la loi dite « permis de tuer » sans aucun débat ni étude. Un
scandale absolu. Cette loi, inspirée du programme du FN de Jean-Marie Le
Pen, présumera légaux les tirs des policiers et des gendarmes, même
mortels. Concrètement, il reviendra aux proches, endeuillés, de produire
les preuves que le policier ou le gendarme n’était pas en situation de
légitime défense lors de son tir mortel.
À l’Assemblée nationale, les familles des victimes des violences policières sont présentes. Plus de 325 000 personnes
ont déjà signé la pétition pour bloquer cette loi assassine, bien
au-delà du seuil requis pour que le texte fasse l’objet d’un débat. Les
magistrats, la défenseure des droits, la commission consultative des
droits de l’homme l’affirment : avec cette loi, il y a un risque
d’augmenter la mortalité liée à des tirs policiers.
Mais qu’importe, pour le gouvernement, il
s’agit d’empêcher tout débat pour passer en force ce permis de tuer qui
aggravera une situation déjà catastrophique. En France, la police tue
déjà. En 20 ans, 162 personnes ont été tuées à la suite d’un contrôle de
police ou d’une tentative de contrôle.
Depuis l’adoption de la loi de Bernard
Cazeneuve en 2017, dite “loi permis de tuer”, le nombre de tirs mortels
de policiers a été multiplié par 6. En 2024, 52 décès liés à une
intervention policière ont été recensés, et 50 en 2023 (tout type
d’intervention confondu). Les tués sont, la plupart du temps, de jeunes
hommes issus des quartiers populaires et la plupart du temps racisés.
Quant au contrôle de la police, il n’existe pas ou alors de façon
largement insuffisante. Le taux d’élucidation des affaires de violences
policières a baissé de 25 % entre 2016 et 2024. L’IGPN ne traite que
10 % des affaires judiciaires et délègue aux « cellules déontologie » le
soin de traiter ces affaires.
Dans la même journée, deux scandales
absolus révélant la dérive fascisante du gouvernement se sont enchainés.
Rima Hassan a été convoquée à son procès politique, poursuivie pour
« apologie de terrorisme », ce délit détourné pour briser toutes celles
et ceux qui soutiennent la Palestine. Quelques heures plus tard, le
gouvernement veut donner à la police le droit de vie et de mort sur tout
un chacun, tout en censurant ses opposants. Les tueries de la police
seront légales. Deux scandales qui révèlent comment la macronie fait
progresser le fascisme, et menace la démocratie, l’Etat de droit et ses
règles.
« Les familles des victimes de
violences policières sont là ! Vous ne les avez même pas écoutées ! Vous
ne les avez même pas reçues ! Vous devriez avoir honte ! » –
Manuel Bompard dénonce le coup de force du gouvernement qui tente de
faire passer sa loi « permis de tuer », inspirée du RN de Jean-Marie Le
PEn
« Les familles des victimes de violences policières sont là ! Vous ne
les avez même pas écoutées ! Vous ne les avez même pas reçues ! Vous
devriez avoir honte ! »
Manuel Bompard dénonce le coup de force du gouvernement qui tente de faire passer sa loi « permis de tuer » qui… pic.twitter.com/r5WXcoSpqB
Le bilan meurtrier de la canicule de fin
juin a été revu à la hausse. Au moins 2 000 personnes ont été tuées,
avec une hausse notable à domicile, selon les données de Santé Publique
France. L’inaction climatique des macronistes, au pouvoir depuis 10 ans,
est criminelle.
La canicule, un traumatisme de plus ? Les
décès, souffrances physiques et mentales, privations et autres
conséquences délétères de la canicule ont eu et continueront d’avoir un
impact sur notre santé mentale, qui se dégrade maintenant depuis des
décennies.
« Les périodes de chaleur extrême et
de canicule affectent le corps mais encore plus l’esprit. Ainsi, leur
répétition est à l’origine de ce qu’il est possible d’appeler une
éco-anxiété avec un sentiment d’impuissance et d’angoisse pour l’avenir », souligne le docteur Christophe Prudhomme dans les colonnes de L’insoumission. Son billet d’humeur de la semaine.
« Dans ce contexte, les périodes de
chaleur extrême et de canicule affectent le corps mais encore plus
l’esprit. Ainsi, leur répétition est à l’origine de ce qu’il est
possible d’appeler une éco-anxiété avec un sentiment d’impuissance et
d’angoisse pour l’avenir. » – Christophe Prudhomme
La santé mentale des Françaises et des Français
se dégrade depuis maintenant près de deux décennies. Un seul chiffre
est là pour le démontrer : les dépenses de l’Assurance maladie
concernant les troubles mentaux sont celles qui ont le plus augmenté
depuis 2008, date de la crise financière des subprimes.
Depuis, un cumul de facteurs économiques,
sociaux, technologiques et sanitaires a eu un effet de renforcement
mutuel pour aggraver la situation. Il faut insister plus
particulièrement sur la crise COVID aux conséquences désastreuses pour
les jeunes déjà confrontés à un contexte de montée du chômage, à une
précarité et à une insécurité professionnelle. Chez les adolescents et
les jeunes adultes, la question des réseaux sociaux avec une comparaison
sociale permanente, le cyberharcèlement, les troubles du sommeil liés
aux écrans et la surcharge informationnelle sont mis en avant comme un
contexte favorisant.
Pour toute la population, les facteurs
prédominants sont les difficultés de logement, l’endettement et la
hausse de la pauvreté ainsi que les discriminations et l’isolement
social. À cela s’ajoute une transformation du monde du travail qui fait
peser une charge mentale de plus en plus importante. Il faut reconnaître
aujourd’hui que l’intensification du travail, une pression en faveur
d’une disponibilité permanente via les outils numériques, davantage
d’objectifs et d’évaluation ainsi qu’une perte d’autonomie dans certains
métiers, sont à l’origine d’une perte de sens qui influe sur l’état
psychologique des travailleuses et des travailleurs.
Le contexte géopolitique joue aussi un
rôle important avec la multiplication des conflits, l’augmentation du
risque d’attentats terroristes, les crises politiques qui ont des
conséquences immédiates sur la vie quotidienne comme l’a montré la
hausse des carburants et de l’énergie en lien avec la guerre contre
l’Iran.
Dans ce contexte, les périodes de chaleur
extrême et de canicule affectent le corps mais encore plus l’esprit.
Ainsi, leur répétition est à l’origine de ce qu’il est possible
d’appeler une éco-anxiété avec un sentiment d’impuissance et d’angoisse
pour l’avenir. Les conséquences sont une irritabilité accrue, une
diminution de la tolérance au stress, une sensation d’épuisement mental
et des difficultés de concentration et de mémoire, une aggravation de
l’anxiété, des troubles de l’humeur pouvant aller jusqu’à un risque
suicidaire chez les personnes vulnérables.
Le risque est accru chez les personnes
âgées, les personnes isolées, celles vivant dans des logements très
chauds et celles prenant des psychotropes (antidépresseurs,
antipsychotiques, anxiolytiques) qui peuvent perturber la régulation de
la température corporelle.
Une autre source d’inquiétude légitime est
le constat d’un système de santé sous tension qui ne répond plus aux
besoins de la population. En effet, du fait de la situation désastreuse
de la psychiatrie, les personnes qui en ont besoin sont confrontées à
une quasi-impossibilité dans de très nombreux cas d’un soutien
psychologique et d’un suivi médical adapté.
lI y a des chiffres qui ne mentent pas. Parmi le corpus de Unes hostiles à
Mélenchon et à La France Insoumise recensé dans la presse magazine
nationale, près de 90 % sont parues après janvier 2022, plus de la
moitié après octobre 2023. Pour aucun autre parti, aucun autre
dirigeant, un corpus de cette ampleur n’existe. Ni pour le Rassemblement
national. Ni pour la droite dure. Ni pour quiconque.
Ce n’est pas un sentiment, ni le récit
victimaire d’un mouvement en difficulté. C’est une réalité mesurable,
qui interroge les fondements mêmes du pluralisme. LFI est la première
force de gauche du pays, avec 71 députés et 21,9 % à la présidentielle
de 2022. Elle est aussi, et de très loin, le parti le plus
systématiquement mis en accusation par les médias dominants. Voici
comment fonctionne la machine, qui en sont les rouages, et pourquoi elle
tient sans qu’aucune consigne ne soit jamais donnée.
I. La normalisation par les Unes
Le 12 mai 2022, Le Point publie une Une
dont la nature dépasse le commentaire politique ordinaire. Le portrait
de Mélenchon y est retouché pour figurer en miroir de Marine Le Pen,
sous le titre : « Mélenchon, l’autre Le Pen ». Le photographe Yann
Castanier, dont l’image est détournée pour cette mise en scène, se
désolidarise publiquement du titre. Le candidat qui vient d’obtenir 21,9
% des voix est rangé sur le même plan que celle du Rassemblement
national. Le précédent ouvre une séquence.
Novembre 2023 : Kamel Daoud signe dans Le
Point une chronique affirmant que Mélenchon miserait sur
l’antisémitisme. Début 2025 : Raphaël Enthoven, dans la presse magazine,
file le registre du mouvement à la fois stalinien et islamisé,
prolongeant des attaques qu’il portera jusqu’devant les tribunaux. Mai
2025 : à la sortie du livre La Meute, une partie de la presse magazine
et des plateaux reprend en chœur le lexique de la secte et de la
dictature en miniature, qu’on retrouvera plus loin. À chaque fois, la
même opération : il n’est pas discuté un programme, il est instruit un
procès en dangerosité.
« La principale force de gauche partisane
en France est stigmatisée par les médias dominants comme ne l’est aucun
autre parti dans le champ politique. Et de très loin. » Pauline
Perrenot, Acrimed, 15 mai 2025
L’on objectera : convergence ne vaut pas
complot. C’est juste, et c’est même plus grave. La sociologue Dominique
Marchetti a montré que l’homologie entre titres concurrents ne procède
pas d’une concertation, mais de trajectoires sociales partagées entre
rédactions. Ce que Bourdieu nommait le champ journalistique fonctionne
par mimétisme : lorsqu’une grille s’impose, elle circule par imitation,
chacun reprenant le cadrage du voisin par peur d’être en retard sur
l’évidence. Personne n’a besoin de donner l’ordre. L’ordre est déjà
intériorisé.
II. Le Printemps républicain, l’hégémonie sans mandat
À cette mécanique s’ajoute une intention.
En mars 2016, Laurent Bouvet et le haut fonctionnaire Gilles Clavreul
fondent le Printemps républicain autour d’une laïcité de combat. La base
militante est quasi inexistante : Décideurs Magazine notera qu’aucun
grand élu ne s’en réclame. Et pourtant le mouvement réalise une conquête
hégémonique au sens de Gramsci : non par les urnes, mais par la
domination des appareils symboliques. Slate a décrit dès 2021 sa méthode
: détecter un fait divers confirmant ses thèses, puis l’amplifier
jusqu’à ce qu’il envahisse le débat.
La cartographie est connue. Politis la
dresse nommément en septembre 2024 : Caroline Fourest, Raphaël Enthoven,
Sophia Aram, Gilles Clavreul, Amine El Khatmi. Chacun pèse dans le
paysage médiatique infiniment plus que son poids politique réel. Sophia
Aram tient depuis 2008 une chronique sur France Inter, première radio du
pays, et en ajoute une au Point en 2025. El Khatmi devient conseiller
de Pécresse puis candidat sur la liste Dati. Clavreul est nommé préfet
des Landes par décret du 26 mars 2025 : l’audience médiatique d’abord,
les portes de l’État ensuite.
« Ils squattent les plateaux et les
talk-shows, où ils ont leur rond de serviette. Ils influencent les plus
hautes sphères de l’État. Pourtant, ils ne représentent rien, ou pas
grand-chose. » Politis, dossier Printemps républicain, septembre 2024
Le dispositif a son arme : Franc-Tireur,
lancé fin 2021 par le groupe du milliardaire Daniel Kretinsky, dirigé
par Caroline Fourest, éditorialisé par Raphaël Enthoven. Le même
Kretinsky possède Marianne et Elle, et finance Libération à hauteur de
plusieurs dizaines de millions d’euros. Puis vient la diffusion :
Acrimed a relevé que, lors de l’affaire Rima Hassan en avril 2026, une
émission de LCI consacra neuf minutes trente au sujet mais ne diffusa
que 47 secondes de la conférence de presse de LFI. L’équation tourne :
une polémique naît sur les réseaux, se reprend dans Franc-Tireur, se
promeut sur LCI, irrigue tous les plateaux.
Les grandes émissions politiques ne
pratiquent pas l’exclusion frontale. Elles pratiquent quelque chose de
plus efficace : la normalisation par l’évidence. En définissant ce qui
mérite d’être dit, par qui et sur quel ton, elles dessinent les limites
du pensable. LFI y est présente, et c’est précisément pour cela que le
problème est plus retors qu’une censure.
Quotidien
Le talk-show de Yann Barthès, sur TMC, est
depuis 2016 l’un des plus influents auprès des moins de cinquante ans.
Le conflit avec LFI date d’octobre 2018, quand l’émission diffuse
sélectivement les images d’un Mélenchon emporté lors des perquisitions.
Depuis 2019, le parti a retiré son accréditation. Surtout, l’émission a
fait de Jean-Michel Aphatie l’une de ses voix régulières, éditorialiste
dont l’hostilité à Mélenchon est constante et assumée : dès le 5 mai
2025, la veille de la sortie de La Meute, il y résume par avance la
thèse du livre, une dictature en miniature, épouvantable. La formule
tombe avant même que quiconque ait pu lire l’ouvrage : le verdict
précède l’instruction. Plus parlant encore : le choix assumé en 2024 de
ne plus recevoir aucun politique en plateau. Traduction : il n’y a plus
de débat contradictoire, seulement de l’explication. L’insoumis n’y est
plus entendu, il y est décodé, démonté.
Ce refus du contradictoire a une fonction.
En évacuant le débat politique du plateau le plus regardé par les moins
de cinquante ans, Quotidien dépolitise le débat public. Or c’est
précisément ce vide, cet évitement des termes mêmes du désaccord, qui
profite à l’extrême droite : une force qui n’a pas besoin d’argumenter
pour prospérer sur le terrain déjà retourné de l’émotion et du fait
divers amène ainsi, par ce vide entretenu, l’extrême droite au pouvoir.
L’épisode se prolonge en juin 2026, et
change de nature. Le 23 juin, en pleine canicule, Barthès raille les
personnes vivant sous les toits :
« Tout le monde a chaud. C’est rare
d’ailleurs de vivre un événement universel. On est tous logés à la même
enseigne. Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. Un ministre,
il aura chaud. Il aura aussi chaud que vous, que votre voisin du dessus
ou du dessous (…) Tout le monde s’en fout ! » Yann Barthès, Quotidien,
TMC, 23 juin 2026
Ce n’est pas seulement de l’hostilité à
LFI : c’est le mépris de classe dans sa forme la plus nue, celui d’un
animateur pour qui l’inégale exposition à la chaleur relève de la
plaisanterie. Le procédé rejoint la fabrique du consensus décrite plus
haut : de même que le plateau ne discute pas un programme politique, il
ne discute pas non plus une inégalité sociale, il la neutralise par
l’ironie. Le tollé dépasse la gauche ; jusqu’au ministre du Logement,
Vincent Jeanbrun, qui juge sur Sud Radio que « cette plaisanterie
n’était pas la meilleure à faire ». Face à la polémique, le 25 juin,
Barthès ne présente pas d’excuses : il ironise à nouveau, « Nous avons
encore chaud. Tous. Tous chaud… Tous ! », préférant la récidive au mea
culpa.
France Culture
Le 24 juin 2026, dans Les Matins,
Guillaume Erner reçoit Marine Le Pen. Pour aborder la question de
l’antisémitisme, il diffuse un montage sonore qu’il présente comme
trouvé sur les réseaux sociaux, mettant en regard des propos de
Mélenchon et de Jean-Marie Le Pen. Le montage, produit par le compte
Instagram Léon le média (dont le rédacteur en chef est par ailleurs
chargé de mission au Crif), détourne une phrase tenue en 2016-2017 sur «
la caste, c’est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs
marionnettes médiatiques politiques », dans laquelle, comme le relève
Acrimed, il n’était absolument pas question des personnes de confession
juive. Erner enchaîne en demandant à Le Pen quand elle a rompu avec
l’antisémitisme de son père, présupposant une rupture qui, elle,
resterait à démontrer.
« Le blanchiment de l’extrême droite se fait notamment au prix d’une diabolisation de la gauche. » Acrimed, juin 2026
La mécanique du tribunal permanent n’a
jamais été mieux illustrée : sur le service public, sans aucune
consigne, un journaliste diabolise la gauche au moment même où il offre à
l’extrême droite l’occasion de s’en distinguer. LFI saisit l’Arcom ;
France Culture reconnaît un montage fallacieux et présente des excuses,
mais aux auditeurs, pas à Mélenchon ; les sociétés de journalistes de la
maison se désolidarisent d’Erner. La correction, pourtant, n’efface
jamais l’impression laissée par l’accusation initiale auprès des près
d’un million d’auditeurs quotidiens de la matinale.
C à vous et Quelle époque !
Sur France 5, à la sortie de La Meute en
mai 2025, Anne-Elisabeth Lemoine s’extasie : votre livre s’arrache. Le
verbe trahit le positionnement. Quand un responsable LFI passe, c’est
l’inverse : quelques minutes pour répondre à une polémique, avant de
céder le canapé à un artiste. La hiérarchie est dans l’ordre même du
plateau.
Sur France 2, Quelle époque ! de Léa
Salamé reçoit en 2025-2026 Xavier Bertrand, Ségolène Royal, Roselyne
Bachelot, et Jordan Bardella le 13 décembre, dans un format chaleureux,
sans interruption chronométrée. Aucun responsable LFI dans les épisodes
documentés de la saison. Le 2 février 2026, devant la commission
d’enquête parlementaire, le président de séance rappelle que la
présentatrice partage la vie de Raphaël Glucksmann, concurrent direct de
LFI dans le bloc de gauche pour 2027.
« Madame Salamé, je précise que vous
partagez votre vie avec M. Glucksmann. » Jérémie Patrier-Leitus,
commission d’enquête sur l’audiovisuel public, 2 février 2026
Salamé ne déclare aucune opinion : ce
n’est pas la question. La question est le cadrage implicite. Certains
méritent le canapé, d’autres la question qui déstabilise. Certains
livres méritent l’enthousiasme, d’autres la curiosité froide. Ce que le
sociologue Howard Becker appelait les présupposés invisibles du métier,
ceux qui structurent le travail sans jamais être discutés.
IV. La preuve par le Rassemblement national
Ici, la machine se trahit. Car si LFI
était simplement un parti clivant qu’on interroge fermement, on devrait
retrouver le même acharnement face au Rassemblement national, longtemps
présenté comme l’ennemi de la République. C’est l’exact inverse qui se
produit, et les chiffres viennent d’une source qu’on ne pourra pas
accuser de tendresse pour LFI.
L’Observatoire Hexagone, financé par le
milliardaire conservateur Pierre-Edouard Sterin, établit lui-même que le
RN est sous-représenté en temps de parole : 15 % sur les principales
matinales avec ses alliés, 9 % seulement sur France 2. Autrement dit, la
sous-exposition n’est pas un privilège insoumis : c’est l’effet
mécanique des règles de l’Arcom, qui gonflent la parole gouvernementale.
Le débat sur les quantités ne tranche donc rien. Tout se joue sur le
traitement.
Et sur le traitement, le contraste est
écrasant. En 2025, une émission de prime time consacrée à Jordan
Bardella, suivie par plus d’un million de téléspectateurs, l’a montré,
selon Reuters, sous un jour adouci : peu de questions politiques dures,
beaucoup de confidences personnelles, des échanges émus avec ses
parents, des séances de sport. Le portrait intime, offert au chef de
l’extrême droite, sans contradiction. Exactement le canapé refusé aux
insoumis.
Voilà le cœur de l’affaire. Les deux
partis sont sous-exposés en temps de parole ; un seul est traité en
accusé permanent, tandis que l’autre se voit dérouler le tapis du
portrait flatteur. Ce n’est pas une asymétrie de présence. C’est une
asymétrie de procès.
V. Les interrogatoires médiatiques contre la France insoumise, une grammaire du procès
Le 14 février 2026, la mort du militant
néofasciste Quentin Deranque lors d’une rixe à Lyon déclenche ce que
Pauline Perrenot nomme le règne des interrogatoires. Cas d’école de
cadrage : le contexte est fixé d’avance, et toute l’information s’y
plie. Le 19 février sur Franceinfo, l’entretien de Manuel Bompard
consacre dix-neuf minutes vingt sur vingt-trois à l’affaire de Lyon,
hachées d’interruptions. Le 22 février sur BFM, Mathilde Panot est
interrogée seize fois sur le même point en quinze minutes ; les
journalistes lui attribuent au passage une citation tirée en réalité
d’un article de presse, erreur signalée en fin d’émission sans un mot
d’excuse.
« On a l’impression de participer à des
séances de l’Inquisition. Je me défends. » Jean-Luc Mélenchon,
conférence de presse, 24 mars 2026
Le philosophe du droit Robert Alexy
distingue l’argumentation qui présuppose sa conclusion de celle qui
cherche la vérité en laissant les conclusions ouvertes. Ce qu’on observe
est la première : les interruptions ne clarifient rien, elles empêchent
la réponse ; la question répétée malgré la réponse donnée ne signale
pas l’incompréhension mais le refus d’enregistrer.
Et c’est là le point que les
contradicteurs de cette enquête devraient méditer : les journalistes
concernés ne sont pas des militants. Le phénomène est sociologique, pas
individuel. Il relève de ce que Bourdieu nommait la pensée d’État : une
grille si bien intériorisée qu’elle passe pour du bon sens
professionnel. Une fois l’évidence installée, que LFI est un danger, les
pratiques s’y conforment sans qu’aucune note de service ne le demande.
Reste le retournement : après son passage sur BFMTV, Bompard publie des
vidéos de correction vues des centaines de milliers de fois. Le plateau
fabrique l’accusation, les réseaux fabriquent la riposte.
VI. La Meute, la convergence mise en scène
Le 7 mai 2025 paraît La Meute, signé
Charlotte Belaich (Libération) et Olivier Pérou (Le Monde).
Reconstitution de la curée : bonnes feuilles dans Le Monde le 4,
recensions dans Le Point et L’Express le 5, Le Figaro et RTL le 6, Unes
de Libération et du Parisien le même jour, Marianne le 7. Sur Quotidien
dès le 5, on parle de dictature en miniature ; sur TF1 le lendemain, de
secte. La simultanéité ne s’explique pas par le succès commercial : elle
le précède.
Soyons justes : certaines critiques du
livre, sur la culture interne du mouvement, s’appuient sur des
témoignages réels et méritent débat. Là n’est pas le problème. Le
problème est l’absence totale de symétrie. Aucune campagne de Unes
comparable, dans les mêmes titres et au même rythme, n’a jamais
accompagné une enquête sur l’organisation interne d’un autre parti.
L’asymétrie n’est pas dans la critique. Elle est dans son volume, sa
synchronisation et son exclusivité.
Le 13 février 2024, saisi par Reporters
sans frontières, le Conseil d’État juge que l’Arcom doit désormais, pour
apprécier le pluralisme, tenir compte de tous les participants aux
programmes, chroniqueurs et invités compris, et pas seulement du temps
de parole des politiques. Le 17 juillet, l’Arcom adopte un nouveau
criterion, le déséquilibre manifeste et durable. Depuis, elle n’a
prononcé aucune sanction contre CNews pour méconnaissance du pluralisme
interne.
Or l’Arcom sait sanctionner quand elle le
veut : le 6 novembre 2025, le Conseil d’État confirme une amende de 20
000 euros contre CNews pour des propos climatosceptiques. Elle peut
donc. Elle ne veut pas, sur le pluralisme. Quant à LFI, ses vingt et un
signalements de février 2024 dénonçant un raid médiatique n’ont débouché
sur aucune mise en demeure de fond. Le droit du pluralisme mesure la
présence, jamais le traitement. L’outil pour corriger cela existe depuis
l’arrêt RSF. Il dort.
IX. Le contournement comme survie
Le 24 mars 2026, Mélenchon tient une
conférence de presse sans aucun journaliste de la presse traditionnelle,
face à une vingtaine de créateurs de contenu. Le geste est assumé.
« Nous ne l’attendons plus de la presse
des neuf milliardaires qui possèdent 90 % de ces médias. » Jean-Luc
Mélenchon, 24 mars 2026
La stratégie a sa base chiffrée : 2,7
millions d’abonnés TikTok en août 2025, devant Bardella. Yochai Benkler
l’avait théorisé dès 2006 : les réseaux distribués permettent aux
groupes stigmatisés de bâtir des contre-récits qui contournent les
médias dominants au lieu de les affronter. Mais il faut en dire les
limites, et elles sont réelles. La gauche elle-même a critiqué le
procédé, de Regards à Éric Coquerel. Surtout, le contournement conforte
les convaincus et déserte le terrain du grand public. On peut réunir 2,7
millions d’abonnés et compter près de 69 % d’opinions défavorables dans
les sondages. Les deux coexistent. Le numérique est une survie, pas une
victoire.
Ce que dit ce tribunal
La thèse de cette enquête n’est pas que
les journalistes seraient corrompus, ni qu’ils recevraient des
consignes. Elle est plus précise, et plus inquiétante : le système
fonctionne sans consigne. Quatre rouages suffisent. L’homologie des
trajectoires sociales dans le champ. La pression mimétique dans un
marché de l’information ultra-concentré. Un réseau idéologique sans
mandat mais avec ses ronds de serviette. Et un régulateur qui refuse
d’activer les outils que le Conseil d’État lui a donnés.
Le Printemps républicain n’a pas besoin de
dicter ses sujets à France Inter : Sophia Aram y est déjà. Franc-Tireur
n’a pas besoin d’appeler les rédactions : LCI diffuse sa promotion
chaque semaine. Les chroniqueurs n’ont reçu aucune instruction : ils
viennent du Figaro et de Valeurs actuelles. Et le régulateur n’a pas été
corrompu : il manque simplement de volonté.
La preuve tient en une comparaison. Les
deux partis les plus sous-exposés du service public sont LFI et le RN.
Un seul est traité en accusé ; l’autre reçoit le portrait intime en
prime time. Voilà le tribunal permanent. Ce qu’il dit de la démocratie
française est simple : la liberté de la presse ne garantit pas le
pluralisme. Elle garantit la liberté de ceux qui possèdent la presse. Et
quand neuf milliardaires concentrent l’essentiel des grands médias,
cette distinction n’a rien de rhétorique. Elle est constitutive.
Franc-Tireur est promu sur LCI par sa
propre fondatrice. Lemoine s’extasie. Aphatie décrète la dictature en
miniature avant même d’avoir lu le livre. Salamé reçoit Bardella en
canapé. Erner diffuse un montage fallacieux et s’excuse une fois le mal
fait. Barthès raille ceux qui souffrent de la canicule. L’Arcom regarde.
Le tribunal siège en permanence.
Malgré un rejet massif dans le pays, le
sénateur Laurent Duplomb tente d’imposer une nouvelle version de son
texte. Celui-ci utilise l’examen du projet de loi d’urgence pour la
protection agricole, voté au Sénat le 2 juillet 2026, pour réintroduire
par amendement les mesures phares de sa loi de 2025 précédemment
censurées. Il a ainsi fait adopter des dérogations pour autoriser des
pesticides interdits (acétamipride, flupyradifurone) et un plan de
doublement des mégabassines d’ici 2035. Parmi eux, l’acétamipride est
connu comme pesticide s’attaquant aux foetus humains et ravageant le
cerveau des enfants.
Le gouvernement ayant engagé la procédure
accélérée, le chemin législatif passe désormais par une Commission mixte
paritaire (CMP) en juillet 2026 pour tenter de concilier les versions
du Sénat et de l’Assemblée. En cas d’accord, le texte commun sera soumis
au vote final des deux chambres. En cas d’échec de la CMP, le projet de
loi retournera à l’Assemblée nationale pour une nouvelle lecture, les
députés ayant le dernier mot.
Face à cette offensive, la mobilisation
citoyenne et les élus de gauche, notamment de La France insoumise,
entendent faire barrage à ce qu’il convient de dénoncer comme un passage
en force au service de l’agro-industrie. « Attention : Duplomb va à
nouveau tenter de réautoriser l’acétamipride. Alors que le Conseil
constitutionnel avait bloqué cette folie l’année dernière, ils
reviennent à la charge. Ce serait un drame pour les agriculteurs et la
santé des Français. Mobilisation ! » : ainsi Clémence Guetté sonnait l’alarme sur son compte Twitter il y a quelques jours. Notre article.
Une loi rejetée, mais imposée par la force
La première version de la loi Duplomb
avait déjà suscité une opposition massive. La pétition contre cette loi
est encore à ce jour la pétition la plus signée sur le site de
l’Assemblée nationale avec plus de deux millions de signatures. Une
mobilisation large dans la société civile et une censure partielle par
le Conseil constitutionnel avaient marqué un coup d’arrêt.
Au cœur du texte, la réintroduction de
pesticides comme l’acétamipride et le flupyradifurone, interdits en
France en raison de leur dangerosité pour les pollinisateurs, la
biodiversité et la santé humaine.
Loin de tirer les leçons de ce rejet, le
sénateur revient aujourd’hui avec une nouvelle proposition, visant à
réautoriser ces substances pour plusieurs cultures. Il s’agit d’une
stratégie assumée de contournement démocratique, qui consiste à faire
revenir par la fenêtre ce qui a été chassé par la porte.
L’avis de la haute juridiction
administrative rappelle au contraire la toxicité élevée de ces
substances, leur persistance dans l’environnement et leurs effets
délétères sur les espèces non ciblées. Il souligne également
l’insuffisance des garanties apportées par le texte.
En réalité, le Conseil d’État ne valide
jamais une loi. Il en analyse les risques. En présentant cet avis comme
un soutien, le sénateur propose une lecture orientée, dénoncée comme
trompeuse, qui vise à légitimer un projet déjà fragilisé.
Jean-Luc Mélenchon : « Les élus du Rassemblement national sont les ennemis du peuple.
Ils ont voté contre les besoins du peuple : l'augmentation du SMIC, le rétablissement de l'impôt sur la fortune, la taxe Zucman.
Au cœur des critiques se trouve le
non-respect du principe de précaution, pourtant inscrit dans la
Constitution. L’absence d’évaluations scientifiques solides et
actualisées avant toute réintroduction de ces pesticides est pointée
comme une faille majeure.
Pour de nombreux observateurs, cette
proposition de loi ouvre la voie à un affaiblissement des protections
sanitaires et environnementales, au profit d’intérêts économiques à
court terme.
L’agro-industrie à la manœuvre
La relance de la loi Duplomb s’inscrit
dans un rapport de force plus large. Soutenue par les représentants d’un
modèle agricole productiviste, notamment autour de la FNSEA, elle vise à
maintenir une agriculture dépendante des produits chimiques.
Cette orientation est une impasse, à la
fois écologique, sanitaire et économique, qui enferme les agriculteurs
dans une dépendance aux pesticides au lieu de les accompagner vers des
alternatives durables.
Une mobilisation populaire qui ne faiblit pas
Dans la rue, la contestation continue de grandir. Le 4 avril,
plusieurs milliers de personnes ont défilé à Paris à l’appel de
nombreuses organisations, dont Extinction Rebellion, pour dénoncer les
ravages des pesticides.
À travers les slogans et les témoignages,
une même colère s’exprime. Celle de citoyens qui refusent de voir leur
santé sacrifiée. Celle de soignants qui alertent sur les cancers liés à
ces substances. Celle de jeunes générations qui veulent pouvoir vivre
sans s’empoisonner.
À l’Assemblée nationale, les députés de La
France insoumise ont déposé des amendements pour interdire toute
dérogation aux néonicotinoïdes et exiger des évaluations scientifiques
indépendantes. Dans leurs interventions, il a été rappelé les
conséquences concrètes de ces produits sur la santé des travailleurs
agricoles et des riverains, ainsi que sur l’effondrement de la
biodiversité.
« À quoi on sert dans cet hémicycle si on abandonne la santé de nos
enfants ? Dites-moi ? » – Aurélie Trouvé recadre sèchement les députés
du RN et macronistes qui défendent la loi Duplomb, génératrice de
cancers, contre l’avis de plus de 2 millions de signataires d’une… pic.twitter.com/ASRTF52eoA
Le débat autour de la loi Duplomb met en
lumière deux visions irréconciliables. D’un côté, celle d’un modèle
agricole intensif, soutenu par les lobbies et défendu au nom de la
compétitivité. De l’autre, celle d’une planification écologique qui
place la santé et le vivant au cœur des politiques publiques, portée par
Jean-Luc Mélenchon.
En cherchant à imposer sa loi contre les
faits, contre le droit et contre la mobilisation populaire, Laurent
Duplomb incarne la volonté jusqu’au-boutiste du profit avant tout, et au
détriment de la santé humaine.