Après
avoir fĂŞtĂ© cette annĂ©e ses 10 ans, la France insoumise s’engageait pour
la première fois pleinement dans une campagne d’Ă©lections municipales.
Cela a nécessité une mobilisation intense des insoumis partout en France
pendant plusieurs mois. La constitution de listes Ă l’image du peuple,
la construction de programmes sérieux partant des besoins des habitantes
et des habitants et le déploiement dans des centaines de campagnes
municipales étaient des défis immenses pour notre jeune mouvement. Il
faut saluer l’engagement extraordinaire partout en France des militants
de la France insoumise, épaulé et aidé par le travail formidable des
équipes nationales.
Ă€ l’issue de cette campagne, le bilan est remarquable pour la France insoumise. Elle fait son entrĂ©e dans plus de 400 conseils municipaux, soit plus de 16 millions de Français·es qui auront des conseillers municipaux insoumis. Elle l’emporte dans une dizaine de communes, dont 2 des 50 communes les plus peuplĂ©es de France (Roubaix et Saint-Denis).
Ces victoires ne sont pas anodines. Alors qu’environ 30 000 personnes
en France vivaient dans une « mairie insoumise », elles seront
désormais environ 550 000, soit une multiplication par 18. De véritables
exploits ont été réalisés au Tampon, à Vaulx-en-Velin, à Vénissieux ou
encore Ă Creil, oĂą les candidats insoumis n’Ă©taient pas en tĂŞte au
premier tour. À Roubaix, 100 000 habitants, comme au Tampon, la victoire
insoumise permet aussi de tourner la page de la droite. Ces victoires
confirment la percée de la France dans les classes populaires qui
étaient sorties du jeu politique et dans des villes et quartiers
négligés et relégués par la vieille scène politique. Ainsi,
l’intĂ©gralitĂ© des villes remportĂ©es par la France insoumise font partie
des 80 communes les plus pauvres de France.
Pour aller plus loin : Municipales 2026 – Ă€ Roubaix, David Guiraud et LFI dĂ©logent la droite et soulèvent l’espoir d’une vie meilleure
Ces victoires ne doivent pas éclipser les grandes performances qui
ont eu lieu ailleurs. Dans des grands centres urbains, d’abord, avec
près de 47 % Ă Toulouse, 41 % Ă Limoges, 34 % Ă Lille malgrĂ© l’alliance
contre-nature du PS avec les Verts, 25 % Ă Montpellier (hausse de 10
points entre les deux tours), 20 % Ă Rennes, 17 % Ă Metz, 15 % Ă Caen,
etc.
Contrairement à ce que le récit médiatique laisse entendre, la France
insoumise est également massivement présente dans les villes petites et
moyennes. À Saint-Girons, la liste insoumise gagne 6 points entre les
deux tours pour arriver à 23 %. À Belfort, elle gagne plus de 5 points
pour arriver Ă 28 %. Les listes soutenues par la France insoumise font
plus de 26 % dans les communes entre 5 000 et 50 000 habitants. Cette
élection a aussi reconduit de nombreux sortants insoumis dans des petits
villages et de nouveaux les ont rejoints.
Comme toujours, ce qui se passe dans les territoires ultramarins est
passĂ© sous silence. Pourtant, Ă la RĂ©union par exemple, l’alliance de la
France insoumise et du PLR d’Huguette Bello a engrangĂ© les victoires et
la France insoumise a remporté la victoire au Tampon, 4ème ville de la
Réunion, en chassant la droite qui dirigeait la ville depuis 70 ans.
Avant mĂŞme l’annonce des rĂ©sultats, les Ă©ditorialistes avaient Ă©crit
le nouveau script soufflé par le Parti socialiste pour masquer ses
défaites et ses fractures internes. Il fallait dire que la percée
insoumise avait fait pschitt et que toutes les victoires de la gauche se
faisaient grâce aux autres mais que les défaites étaient de notre
faute. Ce rĂ©cit ne rĂ©siste pas un seul instant Ă l’Ă©preuve des faits.
Prenons d’abord le cas des grandes villes oĂą la France insoumise a
fait l’union derrière elle, Toulouse et Limoges. Nous Ă©chouons Ă
quelques pourcents. Il n’en fallait pas temps pour ressortir le refrain
du plafond de verre et de la détestation de la France insoumise. Dans
les deux cas pourtant, la gauche (que ce soit le PS ou les Verts)
n’avait dĂ©jĂ pas rĂ©ussi Ă l’emporter en 2014 et en 2020, sans que les
insoumis ne puissent alors en être jugé responsables.
À Toulouse, le total des voix de gauche au premier tour était certes
plus important que le total des voix de droite. La situation était la
mĂŞme en 2020 et cela n’avait pas empĂŞchĂ© la dĂ©faite de la liste d’union Ă
gauche dirigĂ©e Ă l’Ă©poque par un Ă©cologiste. Cela ne signifie pour
autant pas que les voix ne se reportent pas : le total de voix de la
liste d’union augmente nettement, mais la droite a rĂ©ussi Ă mobiliser
des réserves de voix conséquentes. Ce fut déjà le cas à Toulouse par le
passĂ©, oĂą l’Ă©lectorat conservateur se surmobilise systĂ©matiquement au
deuxième tour. En vĂ©ritĂ©, jamais une liste de gauche n’avait obtenu autant de voix au deuxième tour des Ă©lections municipales Ă Toulouse. Ainsi,
la liste menée par François Piquemal fait progresser la gauche de 25000
voix par rapport Ă 2020 et de 11000 par rapport Ă 2014.
Ă€ Limoges, le scĂ©nario est le mĂŞme qu’en 2020. Le total gauche Ă©tait
similaire au premier tour et le score est semblable au second tour avec
celui réuni par le candidat du PS en 2020. Là encore, le nombre de voix
rĂ©coltĂ©es a augmentĂ© au second tour et rien n’accrĂ©dite la thèse d’une
fuite des Ă©lecteurs ou d’un barrage contre LFI. Au contraire, ces rĂ©sultats confirment que le matraquage anti-LFI ne fonctionne pas. Faut-il
rappeler que c’est le PS qui, après l’avoir dirigĂ© pendant 60 ans, a
perdu la ville en 2014 sans réussir à la reprendre en 2020 ?
Bien sĂ»r, nous aurions espĂ©rĂ© qu’Ă Toulouse une plus forte
mobilisation permette de rĂ©ussir ce que la gauche n’avait pas rĂ©ussi
jusque-lĂ , ou qu’Ă Lille la tĂŞte de liste Ă©cologiste respecte le choix
de ses colistiers et de ses militants pour faire gagner la gauche de
rupture. Mais il faut noter que, malgré les campagnes de calomnies
alimentées par le PS, malgré les ingérences étrangères et les fausses
informations pendant l’entre deux tours, les insoumis ont dĂ©passĂ©
d’autres forces de gauche au premier tour dans de très grandes villes et
sont parvenus Ă rĂ©unir au second tour 47 % des voix Ă Toulouse, 41 % Ă
Limoges ou encore 35 % Ă Lille. Ce sont d’immenses performances : quelle autre force politique a rĂ©ussi autant après 10 ans d’existence ?
Vient ensuite le grief principal : la France insoumise ferait perdre
les autres quand elle se rangerait derrière. Elle serait un « boulet
pour la gauche » selon les mĂŞmes qui, il y a une semaine, nous supplier
pour une fusion. LĂ encore, ce rĂ©cit ne rĂ©siste pas Ă l’Ă©preuve des
faits.
Ainsi, si l’on prend l’ensemble des fusions qui ont Ă©tĂ© faites avec
d’autres forces de gauche, le score des listes fusionnĂ©es est Ă©gal au
score des listes séparées. Parmi les 20 plus grandes villes, une seule est perdue par la gauche, par refus de fusionner (Bordeaux). Lyon
a été sauvée par les écologistes grâce à la France insoumise mais la
mĂ©tropole est tombĂ©e en raison du refus de l’attelage EELV/PS/PCF de
s’unir dans les circonscriptions mĂ©tropolitaines. Au total, dans les
villes de plus de 100 000 habitants, la moitié des fusions de LFI
derrière des têtes de liste PS ou EELV (4 villes sur 8) ont permis de
l’emporter (Lyon, Nantes, Tours et Grenoble). Ce n’est pas Ă le cas Ă
Clermont-Ferrand, Brest ou Besançon (3 villes sur 8), ni à Strasbourg en
raison de l’alliance honteuse entre le Parti Socialiste et la droite de
Horizons face Ă la gauche.
En vérité, la défaite dans ces 3 communes provient exclusivement du
désaveu cinglant rencontré par les maires sortants dans ces communes. Par
rapport à 2020, le PS a chuté de 8 points à Clermont-Ferrand (comme la
sortante écologiste à Strasbourg) et de 7 points à Brest, deux villes
qu’il dirigeait depuis plusieurs dĂ©cennies. La fusion n’a en fait Ă©tĂ©
effectuée par le Parti Socialiste que lorsque la situation de ses maires
sortants Ă©tait dĂ©sespĂ©rĂ©e. Il n’est alors pas surprenant qu’elle n’est
pas toujours permis de renverser la vapeur. Il faut dire qu’elle s’est
faite dans de telles conditions d’opportunisme qu’elle ne pouvait
produire aucune dynamique de mobilisation : comment appeler Ă voter pour
des candidats que vous avez copieusement insulté pendant plusieurs
semaines, sous les coups de butoirs de dirigeants nationaux du PS
prĂ©fĂ©rant passer leur entre deux-tours Ă s’en prendre Ă la France
insoumise qu’Ă combattre la droite et l’extrĂŞme-droite ? VoilĂ qui
furent en réalité les boulets des maires sortants socialistes en
difficulté au soir du premier tour !
Et comment ne pas aussi poser la question de leur bilan, de la vague
dégagiste qui les a frappés et des conséquences de la collusion des
députés du Parti Socialiste avec les politiques macronistes ? Comment ne
pas y voir un désaveu cinglant du vote pour le pire budget de la
sécurité sociale de ces dernières années et des refus répétés de censure
du gouvernement Lecornu ? Comment ne pas comprendre que ce reniement du
programme du Nouveau Front Populaire a fait du PS une machine Ă perdre
pour la gauche ? Car les dynamiques sont très claires : le bloc de la
gauche traditionnel (PS/Verts) a perdu plus de 6 points au premier tour
dans les villes de plus de 100 000 habitants par rapport Ă 2020 alors
que les listes de la France insoumise ont au contraire augmenté leur
résultat de 9,3 points dans ces mêmes communes. A nouveau, comme aux
Ă©lections europĂ©ennes, c’est la France insoumise qui fait progresser la
gauche pour ces élections municipales.
Ce scrutin trace des perspectives. Un fort dĂ©gagisme s’est exprimĂ©
avec la défaite des trois quarts des sortants au deuxième tour.
L’abstention continue Ă gangrĂ©ner la vie politique mĂŞme si elle a
diminué là où les insoumis ont progressé. La macronie et les partis
traditionnels reculent.
C’est vrai Ă gauche. Sur l’ensemble des villes de plus de 30
000 habitants, il n’y en a jamais eu moins dirigĂ©es par la gauche
traditionnelle, qui en a perdu la moitié depuis 2008, alors même que le
PS se présente désormais quasiment systématiquement dans des listes
d’union. La direction du PS a donnĂ© un spectacle affligeant
consistant Ă nous insulter pendant la campagne, nous prier de fusionner
entre les deux tours puis recommencer Ă nous insulter Ă 20h01. De telles
dĂ©monstrations d’incohĂ©rence et d’hypocrisie ne font que dĂ©gouter le
peuple et les défaites socialistes en sont la démonstration.
Le problème de la gauche n’est donc pas la France insoumise, bien au
contraire. Celle-ci a en fait hĂ©ritĂ© d’une situation complexe :
l’affaiblissement historique du socle Ă©lectoral de la gauche, dĂ©moli par
le quinquennat Hollande qui aura fait perdre environ 16 points Ă la
gauche entre 2012 et 2017. Dans ce contexte, la gauche traditionnelle
perd 7 villes parmi les 50 plus grandes et c’est la gauche de rupture
qui progresse au contraire en remportant 3 villes supplémentaires (2
pour la France Insoumise, 1 pour le PCF). C’est donc elle qui incarne
aujourd’hui l’espoir de la gauche de tourner la page de la macronie et
de battre l’extrĂŞme-droite.
C’est possible d’y parvenir. Ainsi, la France insoumise a pris Ă
nouveau sa part dans la bataille face Ă l’extrĂŞme droite lors de ces
élections :
- Dans 42 villes, nous faisons baisser le score du Rassemblement
National par rapport aux précédentes élections grâce à notre hausse.
- Dans 56 communes où nous sommes présents, le Rassemblement National a
renoncĂ© Ă se prĂ©senter alors qu’il Ă©tait auparavant prĂ©sent.
- Dans 34 villes où nous présentons une liste après avoir été absents en 2020, nous faisons baisser le Rassemblement National.
Celui-ci recule dans les banlieues populaires et ne présente souvent
plus de candidats. Dans de nombreuses de petites communes oĂą il tentait
de s’implanter pour la première fois, fort de rĂ©sultats nationaux
importants, le barrage a tenu au deuxième tour.
Il progresse nĂ©anmoins en nombre de voix, mais moins qu’attendu. Il
gagne environ 250 000 voix sur l’ensemble du pays au premier tour par
rapport Ă 2014 alors que nous en gagnons 500 000 depuis 2014, oĂą nous
étions systématiquement allié avec le PCF. Mais le Rassemblement
National a échoué, malgré des victoires dans des villes moyennes et
petites (principalement dans ses zones de forces), Ă remporter la
plupart de ses cibles. Il faut rappeler d’ailleurs que le RN avait dĂ©jĂ
gagnĂ© d’assez nombreuses mairies en 2014 et que la progression par
rapport à cette référence est plus faible que par rapport à 2020. Le RN
stagne dans les communes avec plus de 50 000 habitants alors que nous
progressons partout.
Dans cette situation, il faut désormais que la gauche accélère sa
progression portĂ©e par la gauche de rupture pour l’emporter en 2027.
Nous avons fait regagner 4 points à la gauche après le désastre
Hollande. Nous sommes le seul mouvement à avoir progressé à chacune des élections depuis 2017 :
nous sommes passés de 11 à 22 % aux présidentielles, de 6 à 10 % aux
européennes, de 0 à 6 villes de plus 50 000 habitants, de 17 députés au
plus gros groupe de l’alliance remportant les lĂ©gislatives. Une
progression dans tous les types d’Ă©lections depuis 10 ans n’est pas un
hasard, c’est une lame de fond.
Le travail est loin d’ĂŞtre terminĂ©. Pour l’emporter, nous devons
renforcer encore la mobilisation des jeunes, des catégories populaires
ou des exploitĂ©s du capitalisme. C’est toujours dans l’abstention que se
trouvent nos marges de progression. Car c’est lĂ que nous pouvons
effacer le différentiel de vote avec les franges plus conservatrices qui
est aujourd’hui le plafond de verre de l’intĂ©gralitĂ© de la gauche pour
pouvoir gouverner le pays.
Il faut poursuivre le travail de dĂ©voilement de l’extrĂŞme droite sur
son caractère intrinsèquement raciste et antisocial. La transformation
progressive du RN en parti ultralibĂ©ral pourrait contribuer Ă
l’affaiblir. La France insoumise possède dĂ©jĂ le plus haut potentiel Ă©lectoral hors du RN selon les Ă©tudes d’opinion. La
campagne présidentielle devrait permettre de le faire croître encore
quand la confrontation des projets prendra le dessus sur le bashing
mĂ©diatique incessant qui s’use de jour en jour. Cette campagne des
élections municipales aura été une formidable démonstration de la
neutralisation des calomnies médiatiques, agissant davantage comme un
levier de mobilisation populaire plutĂ´t que comme un instrument de
délégitimation.
Pour cette grande bataille qui s’annonce, la France insoumise sort de
ses municipales avec des milliers d’Ă©lus locaux de combat ainsi qu’avec
plus de 10 000 militants supplémentaires. Ces forces seront
essentielles dans la bataille. Il nous reste un an pour, comme
le disait Jaurès, « fatiguer le doute du peuple par la persĂ©vĂ©rance de
notre dĂ©vouement ». Rejoignez-nous !