''Il existe des conceptions vulgaires tout à fait suffisantes pour la vie pratique:elles doivent même être la nourriture des hommes.Elles ne suffisent cependant pas à l’intelligence''.
Le bilan meurtrier de la canicule de fin
juin a été revu à la hausse. Au moins 2 000 personnes ont été tuées,
avec une hausse notable à domicile, selon les données de Santé Publique
France. L’inaction climatique des macronistes, au pouvoir depuis 10 ans,
est criminelle.
La canicule, un traumatisme de plus ? Les
décès, souffrances physiques et mentales, privations et autres
conséquences délétères de la canicule ont eu et continueront d’avoir un
impact sur notre santé mentale, qui se dégrade maintenant depuis des
décennies.
« Les périodes de chaleur extrême et
de canicule affectent le corps mais encore plus l’esprit. Ainsi, leur
répétition est à l’origine de ce qu’il est possible d’appeler une
éco-anxiété avec un sentiment d’impuissance et d’angoisse pour l’avenir », souligne le docteur Christophe Prudhomme dans les colonnes de L’insoumission. Son billet d’humeur de la semaine.
« Dans ce contexte, les périodes de
chaleur extrême et de canicule affectent le corps mais encore plus
l’esprit. Ainsi, leur répétition est à l’origine de ce qu’il est
possible d’appeler une éco-anxiété avec un sentiment d’impuissance et
d’angoisse pour l’avenir. » – Christophe Prudhomme
La santé mentale des Françaises et des Français
se dégrade depuis maintenant près de deux décennies. Un seul chiffre
est là pour le démontrer : les dépenses de l’Assurance maladie
concernant les troubles mentaux sont celles qui ont le plus augmenté
depuis 2008, date de la crise financière des subprimes.
Depuis, un cumul de facteurs économiques,
sociaux, technologiques et sanitaires a eu un effet de renforcement
mutuel pour aggraver la situation. Il faut insister plus
particulièrement sur la crise COVID aux conséquences désastreuses pour
les jeunes déjà confrontés à un contexte de montée du chômage, à une
précarité et à une insécurité professionnelle. Chez les adolescents et
les jeunes adultes, la question des réseaux sociaux avec une comparaison
sociale permanente, le cyberharcèlement, les troubles du sommeil liés
aux écrans et la surcharge informationnelle sont mis en avant comme un
contexte favorisant.
Pour toute la population, les facteurs
prédominants sont les difficultés de logement, l’endettement et la
hausse de la pauvreté ainsi que les discriminations et l’isolement
social. À cela s’ajoute une transformation du monde du travail qui fait
peser une charge mentale de plus en plus importante. Il faut reconnaître
aujourd’hui que l’intensification du travail, une pression en faveur
d’une disponibilité permanente via les outils numériques, davantage
d’objectifs et d’évaluation ainsi qu’une perte d’autonomie dans certains
métiers, sont à l’origine d’une perte de sens qui influe sur l’état
psychologique des travailleuses et des travailleurs.
Le contexte géopolitique joue aussi un
rôle important avec la multiplication des conflits, l’augmentation du
risque d’attentats terroristes, les crises politiques qui ont des
conséquences immédiates sur la vie quotidienne comme l’a montré la
hausse des carburants et de l’énergie en lien avec la guerre contre
l’Iran.
Dans ce contexte, les périodes de chaleur
extrême et de canicule affectent le corps mais encore plus l’esprit.
Ainsi, leur répétition est à l’origine de ce qu’il est possible
d’appeler une éco-anxiété avec un sentiment d’impuissance et d’angoisse
pour l’avenir. Les conséquences sont une irritabilité accrue, une
diminution de la tolérance au stress, une sensation d’épuisement mental
et des difficultés de concentration et de mémoire, une aggravation de
l’anxiété, des troubles de l’humeur pouvant aller jusqu’à un risque
suicidaire chez les personnes vulnérables.
Le risque est accru chez les personnes
âgées, les personnes isolées, celles vivant dans des logements très
chauds et celles prenant des psychotropes (antidépresseurs,
antipsychotiques, anxiolytiques) qui peuvent perturber la régulation de
la température corporelle.
Une autre source d’inquiétude légitime est
le constat d’un système de santé sous tension qui ne répond plus aux
besoins de la population. En effet, du fait de la situation désastreuse
de la psychiatrie, les personnes qui en ont besoin sont confrontées à
une quasi-impossibilité dans de très nombreux cas d’un soutien
psychologique et d’un suivi médical adapté.
lI y a des chiffres qui ne mentent pas. Parmi le corpus de Unes hostiles à
Mélenchon et à La France Insoumise recensé dans la presse magazine
nationale, près de 90 % sont parues après janvier 2022, plus de la
moitié après octobre 2023. Pour aucun autre parti, aucun autre
dirigeant, un corpus de cette ampleur n’existe. Ni pour le Rassemblement
national. Ni pour la droite dure. Ni pour quiconque.
Ce n’est pas un sentiment, ni le récit
victimaire d’un mouvement en difficulté. C’est une réalité mesurable,
qui interroge les fondements mêmes du pluralisme. LFI est la première
force de gauche du pays, avec 71 députés et 21,9 % à la présidentielle
de 2022. Elle est aussi, et de très loin, le parti le plus
systématiquement mis en accusation par les médias dominants. Voici
comment fonctionne la machine, qui en sont les rouages, et pourquoi elle
tient sans qu’aucune consigne ne soit jamais donnée.
I. La normalisation par les Unes
Le 12 mai 2022, Le Point publie une Une
dont la nature dépasse le commentaire politique ordinaire. Le portrait
de Mélenchon y est retouché pour figurer en miroir de Marine Le Pen,
sous le titre : « Mélenchon, l’autre Le Pen ». Le photographe Yann
Castanier, dont l’image est détournée pour cette mise en scène, se
désolidarise publiquement du titre. Le candidat qui vient d’obtenir 21,9
% des voix est rangé sur le même plan que celle du Rassemblement
national. Le précédent ouvre une séquence.
Novembre 2023 : Kamel Daoud signe dans Le
Point une chronique affirmant que Mélenchon miserait sur
l’antisémitisme. Début 2025 : Raphaël Enthoven, dans la presse magazine,
file le registre du mouvement à la fois stalinien et islamisé,
prolongeant des attaques qu’il portera jusqu’devant les tribunaux. Mai
2025 : à la sortie du livre La Meute, une partie de la presse magazine
et des plateaux reprend en chœur le lexique de la secte et de la
dictature en miniature, qu’on retrouvera plus loin. À chaque fois, la
même opération : il n’est pas discuté un programme, il est instruit un
procès en dangerosité.
« La principale force de gauche partisane
en France est stigmatisée par les médias dominants comme ne l’est aucun
autre parti dans le champ politique. Et de très loin. » Pauline
Perrenot, Acrimed, 15 mai 2025
L’on objectera : convergence ne vaut pas
complot. C’est juste, et c’est même plus grave. La sociologue Dominique
Marchetti a montré que l’homologie entre titres concurrents ne procède
pas d’une concertation, mais de trajectoires sociales partagées entre
rédactions. Ce que Bourdieu nommait le champ journalistique fonctionne
par mimétisme : lorsqu’une grille s’impose, elle circule par imitation,
chacun reprenant le cadrage du voisin par peur d’être en retard sur
l’évidence. Personne n’a besoin de donner l’ordre. L’ordre est déjà
intériorisé.
II. Le Printemps républicain, l’hégémonie sans mandat
À cette mécanique s’ajoute une intention.
En mars 2016, Laurent Bouvet et le haut fonctionnaire Gilles Clavreul
fondent le Printemps républicain autour d’une laïcité de combat. La base
militante est quasi inexistante : Décideurs Magazine notera qu’aucun
grand élu ne s’en réclame. Et pourtant le mouvement réalise une conquête
hégémonique au sens de Gramsci : non par les urnes, mais par la
domination des appareils symboliques. Slate a décrit dès 2021 sa méthode
: détecter un fait divers confirmant ses thèses, puis l’amplifier
jusqu’à ce qu’il envahisse le débat.
La cartographie est connue. Politis la
dresse nommément en septembre 2024 : Caroline Fourest, Raphaël Enthoven,
Sophia Aram, Gilles Clavreul, Amine El Khatmi. Chacun pèse dans le
paysage médiatique infiniment plus que son poids politique réel. Sophia
Aram tient depuis 2008 une chronique sur France Inter, première radio du
pays, et en ajoute une au Point en 2025. El Khatmi devient conseiller
de Pécresse puis candidat sur la liste Dati. Clavreul est nommé préfet
des Landes par décret du 26 mars 2025 : l’audience médiatique d’abord,
les portes de l’État ensuite.
« Ils squattent les plateaux et les
talk-shows, où ils ont leur rond de serviette. Ils influencent les plus
hautes sphères de l’État. Pourtant, ils ne représentent rien, ou pas
grand-chose. » Politis, dossier Printemps républicain, septembre 2024
Le dispositif a son arme : Franc-Tireur,
lancé fin 2021 par le groupe du milliardaire Daniel Kretinsky, dirigé
par Caroline Fourest, éditorialisé par Raphaël Enthoven. Le même
Kretinsky possède Marianne et Elle, et finance Libération à hauteur de
plusieurs dizaines de millions d’euros. Puis vient la diffusion :
Acrimed a relevé que, lors de l’affaire Rima Hassan en avril 2026, une
émission de LCI consacra neuf minutes trente au sujet mais ne diffusa
que 47 secondes de la conférence de presse de LFI. L’équation tourne :
une polémique naît sur les réseaux, se reprend dans Franc-Tireur, se
promeut sur LCI, irrigue tous les plateaux.
Les grandes émissions politiques ne
pratiquent pas l’exclusion frontale. Elles pratiquent quelque chose de
plus efficace : la normalisation par l’évidence. En définissant ce qui
mérite d’être dit, par qui et sur quel ton, elles dessinent les limites
du pensable. LFI y est présente, et c’est précisément pour cela que le
problème est plus retors qu’une censure.
Quotidien
Le talk-show de Yann Barthès, sur TMC, est
depuis 2016 l’un des plus influents auprès des moins de cinquante ans.
Le conflit avec LFI date d’octobre 2018, quand l’émission diffuse
sélectivement les images d’un Mélenchon emporté lors des perquisitions.
Depuis 2019, le parti a retiré son accréditation. Surtout, l’émission a
fait de Jean-Michel Aphatie l’une de ses voix régulières, éditorialiste
dont l’hostilité à Mélenchon est constante et assumée : dès le 5 mai
2025, la veille de la sortie de La Meute, il y résume par avance la
thèse du livre, une dictature en miniature, épouvantable. La formule
tombe avant même que quiconque ait pu lire l’ouvrage : le verdict
précède l’instruction. Plus parlant encore : le choix assumé en 2024 de
ne plus recevoir aucun politique en plateau. Traduction : il n’y a plus
de débat contradictoire, seulement de l’explication. L’insoumis n’y est
plus entendu, il y est décodé, démonté.
Ce refus du contradictoire a une fonction.
En évacuant le débat politique du plateau le plus regardé par les moins
de cinquante ans, Quotidien dépolitise le débat public. Or c’est
précisément ce vide, cet évitement des termes mêmes du désaccord, qui
profite à l’extrême droite : une force qui n’a pas besoin d’argumenter
pour prospérer sur le terrain déjà retourné de l’émotion et du fait
divers amène ainsi, par ce vide entretenu, l’extrême droite au pouvoir.
L’épisode se prolonge en juin 2026, et
change de nature. Le 23 juin, en pleine canicule, Barthès raille les
personnes vivant sous les toits :
« Tout le monde a chaud. C’est rare
d’ailleurs de vivre un événement universel. On est tous logés à la même
enseigne. Si vous croisez Bernard Arnault, il aura chaud. Un ministre,
il aura chaud. Il aura aussi chaud que vous, que votre voisin du dessus
ou du dessous (…) Tout le monde s’en fout ! » Yann Barthès, Quotidien,
TMC, 23 juin 2026
Ce n’est pas seulement de l’hostilité à
LFI : c’est le mépris de classe dans sa forme la plus nue, celui d’un
animateur pour qui l’inégale exposition à la chaleur relève de la
plaisanterie. Le procédé rejoint la fabrique du consensus décrite plus
haut : de même que le plateau ne discute pas un programme politique, il
ne discute pas non plus une inégalité sociale, il la neutralise par
l’ironie. Le tollé dépasse la gauche ; jusqu’au ministre du Logement,
Vincent Jeanbrun, qui juge sur Sud Radio que « cette plaisanterie
n’était pas la meilleure à faire ». Face à la polémique, le 25 juin,
Barthès ne présente pas d’excuses : il ironise à nouveau, « Nous avons
encore chaud. Tous. Tous chaud… Tous ! », préférant la récidive au mea
culpa.
France Culture
Le 24 juin 2026, dans Les Matins,
Guillaume Erner reçoit Marine Le Pen. Pour aborder la question de
l’antisémitisme, il diffuse un montage sonore qu’il présente comme
trouvé sur les réseaux sociaux, mettant en regard des propos de
Mélenchon et de Jean-Marie Le Pen. Le montage, produit par le compte
Instagram Léon le média (dont le rédacteur en chef est par ailleurs
chargé de mission au Crif), détourne une phrase tenue en 2016-2017 sur «
la caste, c’est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs
marionnettes médiatiques politiques », dans laquelle, comme le relève
Acrimed, il n’était absolument pas question des personnes de confession
juive. Erner enchaîne en demandant à Le Pen quand elle a rompu avec
l’antisémitisme de son père, présupposant une rupture qui, elle,
resterait à démontrer.
« Le blanchiment de l’extrême droite se fait notamment au prix d’une diabolisation de la gauche. » Acrimed, juin 2026
La mécanique du tribunal permanent n’a
jamais été mieux illustrée : sur le service public, sans aucune
consigne, un journaliste diabolise la gauche au moment même où il offre à
l’extrême droite l’occasion de s’en distinguer. LFI saisit l’Arcom ;
France Culture reconnaît un montage fallacieux et présente des excuses,
mais aux auditeurs, pas à Mélenchon ; les sociétés de journalistes de la
maison se désolidarisent d’Erner. La correction, pourtant, n’efface
jamais l’impression laissée par l’accusation initiale auprès des près
d’un million d’auditeurs quotidiens de la matinale.
C à vous et Quelle époque !
Sur France 5, à la sortie de La Meute en
mai 2025, Anne-Elisabeth Lemoine s’extasie : votre livre s’arrache. Le
verbe trahit le positionnement. Quand un responsable LFI passe, c’est
l’inverse : quelques minutes pour répondre à une polémique, avant de
céder le canapé à un artiste. La hiérarchie est dans l’ordre même du
plateau.
Sur France 2, Quelle époque ! de Léa
Salamé reçoit en 2025-2026 Xavier Bertrand, Ségolène Royal, Roselyne
Bachelot, et Jordan Bardella le 13 décembre, dans un format chaleureux,
sans interruption chronométrée. Aucun responsable LFI dans les épisodes
documentés de la saison. Le 2 février 2026, devant la commission
d’enquête parlementaire, le président de séance rappelle que la
présentatrice partage la vie de Raphaël Glucksmann, concurrent direct de
LFI dans le bloc de gauche pour 2027.
« Madame Salamé, je précise que vous
partagez votre vie avec M. Glucksmann. » Jérémie Patrier-Leitus,
commission d’enquête sur l’audiovisuel public, 2 février 2026
Salamé ne déclare aucune opinion : ce
n’est pas la question. La question est le cadrage implicite. Certains
méritent le canapé, d’autres la question qui déstabilise. Certains
livres méritent l’enthousiasme, d’autres la curiosité froide. Ce que le
sociologue Howard Becker appelait les présupposés invisibles du métier,
ceux qui structurent le travail sans jamais être discutés.
IV. La preuve par le Rassemblement national
Ici, la machine se trahit. Car si LFI
était simplement un parti clivant qu’on interroge fermement, on devrait
retrouver le même acharnement face au Rassemblement national, longtemps
présenté comme l’ennemi de la République. C’est l’exact inverse qui se
produit, et les chiffres viennent d’une source qu’on ne pourra pas
accuser de tendresse pour LFI.
L’Observatoire Hexagone, financé par le
milliardaire conservateur Pierre-Edouard Sterin, établit lui-même que le
RN est sous-représenté en temps de parole : 15 % sur les principales
matinales avec ses alliés, 9 % seulement sur France 2. Autrement dit, la
sous-exposition n’est pas un privilège insoumis : c’est l’effet
mécanique des règles de l’Arcom, qui gonflent la parole gouvernementale.
Le débat sur les quantités ne tranche donc rien. Tout se joue sur le
traitement.
Et sur le traitement, le contraste est
écrasant. En 2025, une émission de prime time consacrée à Jordan
Bardella, suivie par plus d’un million de téléspectateurs, l’a montré,
selon Reuters, sous un jour adouci : peu de questions politiques dures,
beaucoup de confidences personnelles, des échanges émus avec ses
parents, des séances de sport. Le portrait intime, offert au chef de
l’extrême droite, sans contradiction. Exactement le canapé refusé aux
insoumis.
Voilà le cœur de l’affaire. Les deux
partis sont sous-exposés en temps de parole ; un seul est traité en
accusé permanent, tandis que l’autre se voit dérouler le tapis du
portrait flatteur. Ce n’est pas une asymétrie de présence. C’est une
asymétrie de procès.
V. Les interrogatoires médiatiques contre la France insoumise, une grammaire du procès
Le 14 février 2026, la mort du militant
néofasciste Quentin Deranque lors d’une rixe à Lyon déclenche ce que
Pauline Perrenot nomme le règne des interrogatoires. Cas d’école de
cadrage : le contexte est fixé d’avance, et toute l’information s’y
plie. Le 19 février sur Franceinfo, l’entretien de Manuel Bompard
consacre dix-neuf minutes vingt sur vingt-trois à l’affaire de Lyon,
hachées d’interruptions. Le 22 février sur BFM, Mathilde Panot est
interrogée seize fois sur le même point en quinze minutes ; les
journalistes lui attribuent au passage une citation tirée en réalité
d’un article de presse, erreur signalée en fin d’émission sans un mot
d’excuse.
« On a l’impression de participer à des
séances de l’Inquisition. Je me défends. » Jean-Luc Mélenchon,
conférence de presse, 24 mars 2026
Le philosophe du droit Robert Alexy
distingue l’argumentation qui présuppose sa conclusion de celle qui
cherche la vérité en laissant les conclusions ouvertes. Ce qu’on observe
est la première : les interruptions ne clarifient rien, elles empêchent
la réponse ; la question répétée malgré la réponse donnée ne signale
pas l’incompréhension mais le refus d’enregistrer.
Et c’est là le point que les
contradicteurs de cette enquête devraient méditer : les journalistes
concernés ne sont pas des militants. Le phénomène est sociologique, pas
individuel. Il relève de ce que Bourdieu nommait la pensée d’État : une
grille si bien intériorisée qu’elle passe pour du bon sens
professionnel. Une fois l’évidence installée, que LFI est un danger, les
pratiques s’y conforment sans qu’aucune note de service ne le demande.
Reste le retournement : après son passage sur BFMTV, Bompard publie des
vidéos de correction vues des centaines de milliers de fois. Le plateau
fabrique l’accusation, les réseaux fabriquent la riposte.
VI. La Meute, la convergence mise en scène
Le 7 mai 2025 paraît La Meute, signé
Charlotte Belaich (Libération) et Olivier Pérou (Le Monde).
Reconstitution de la curée : bonnes feuilles dans Le Monde le 4,
recensions dans Le Point et L’Express le 5, Le Figaro et RTL le 6, Unes
de Libération et du Parisien le même jour, Marianne le 7. Sur Quotidien
dès le 5, on parle de dictature en miniature ; sur TF1 le lendemain, de
secte. La simultanéité ne s’explique pas par le succès commercial : elle
le précède.
Soyons justes : certaines critiques du
livre, sur la culture interne du mouvement, s’appuient sur des
témoignages réels et méritent débat. Là n’est pas le problème. Le
problème est l’absence totale de symétrie. Aucune campagne de Unes
comparable, dans les mêmes titres et au même rythme, n’a jamais
accompagné une enquête sur l’organisation interne d’un autre parti.
L’asymétrie n’est pas dans la critique. Elle est dans son volume, sa
synchronisation et son exclusivité.
Le 13 février 2024, saisi par Reporters
sans frontières, le Conseil d’État juge que l’Arcom doit désormais, pour
apprécier le pluralisme, tenir compte de tous les participants aux
programmes, chroniqueurs et invités compris, et pas seulement du temps
de parole des politiques. Le 17 juillet, l’Arcom adopte un nouveau
criterion, le déséquilibre manifeste et durable. Depuis, elle n’a
prononcé aucune sanction contre CNews pour méconnaissance du pluralisme
interne.
Or l’Arcom sait sanctionner quand elle le
veut : le 6 novembre 2025, le Conseil d’État confirme une amende de 20
000 euros contre CNews pour des propos climatosceptiques. Elle peut
donc. Elle ne veut pas, sur le pluralisme. Quant à LFI, ses vingt et un
signalements de février 2024 dénonçant un raid médiatique n’ont débouché
sur aucune mise en demeure de fond. Le droit du pluralisme mesure la
présence, jamais le traitement. L’outil pour corriger cela existe depuis
l’arrêt RSF. Il dort.
IX. Le contournement comme survie
Le 24 mars 2026, Mélenchon tient une
conférence de presse sans aucun journaliste de la presse traditionnelle,
face à une vingtaine de créateurs de contenu. Le geste est assumé.
« Nous ne l’attendons plus de la presse
des neuf milliardaires qui possèdent 90 % de ces médias. » Jean-Luc
Mélenchon, 24 mars 2026
La stratégie a sa base chiffrée : 2,7
millions d’abonnés TikTok en août 2025, devant Bardella. Yochai Benkler
l’avait théorisé dès 2006 : les réseaux distribués permettent aux
groupes stigmatisés de bâtir des contre-récits qui contournent les
médias dominants au lieu de les affronter. Mais il faut en dire les
limites, et elles sont réelles. La gauche elle-même a critiqué le
procédé, de Regards à Éric Coquerel. Surtout, le contournement conforte
les convaincus et déserte le terrain du grand public. On peut réunir 2,7
millions d’abonnés et compter près de 69 % d’opinions défavorables dans
les sondages. Les deux coexistent. Le numérique est une survie, pas une
victoire.
Ce que dit ce tribunal
La thèse de cette enquête n’est pas que
les journalistes seraient corrompus, ni qu’ils recevraient des
consignes. Elle est plus précise, et plus inquiétante : le système
fonctionne sans consigne. Quatre rouages suffisent. L’homologie des
trajectoires sociales dans le champ. La pression mimétique dans un
marché de l’information ultra-concentré. Un réseau idéologique sans
mandat mais avec ses ronds de serviette. Et un régulateur qui refuse
d’activer les outils que le Conseil d’État lui a donnés.
Le Printemps républicain n’a pas besoin de
dicter ses sujets à France Inter : Sophia Aram y est déjà. Franc-Tireur
n’a pas besoin d’appeler les rédactions : LCI diffuse sa promotion
chaque semaine. Les chroniqueurs n’ont reçu aucune instruction : ils
viennent du Figaro et de Valeurs actuelles. Et le régulateur n’a pas été
corrompu : il manque simplement de volonté.
La preuve tient en une comparaison. Les
deux partis les plus sous-exposés du service public sont LFI et le RN.
Un seul est traité en accusé ; l’autre reçoit le portrait intime en
prime time. Voilà le tribunal permanent. Ce qu’il dit de la démocratie
française est simple : la liberté de la presse ne garantit pas le
pluralisme. Elle garantit la liberté de ceux qui possèdent la presse. Et
quand neuf milliardaires concentrent l’essentiel des grands médias,
cette distinction n’a rien de rhétorique. Elle est constitutive.
Franc-Tireur est promu sur LCI par sa
propre fondatrice. Lemoine s’extasie. Aphatie décrète la dictature en
miniature avant même d’avoir lu le livre. Salamé reçoit Bardella en
canapé. Erner diffuse un montage fallacieux et s’excuse une fois le mal
fait. Barthès raille ceux qui souffrent de la canicule. L’Arcom regarde.
Le tribunal siège en permanence.
Malgré un rejet massif dans le pays, le
sénateur Laurent Duplomb tente d’imposer une nouvelle version de son
texte. Celui-ci utilise l’examen du projet de loi d’urgence pour la
protection agricole, voté au Sénat le 2 juillet 2026, pour réintroduire
par amendement les mesures phares de sa loi de 2025 précédemment
censurées. Il a ainsi fait adopter des dérogations pour autoriser des
pesticides interdits (acétamipride, flupyradifurone) et un plan de
doublement des mégabassines d’ici 2035. Parmi eux, l’acétamipride est
connu comme pesticide s’attaquant aux foetus humains et ravageant le
cerveau des enfants.
Le gouvernement ayant engagé la procédure
accélérée, le chemin législatif passe désormais par une Commission mixte
paritaire (CMP) en juillet 2026 pour tenter de concilier les versions
du Sénat et de l’Assemblée. En cas d’accord, le texte commun sera soumis
au vote final des deux chambres. En cas d’échec de la CMP, le projet de
loi retournera à l’Assemblée nationale pour une nouvelle lecture, les
députés ayant le dernier mot.
Face à cette offensive, la mobilisation
citoyenne et les élus de gauche, notamment de La France insoumise,
entendent faire barrage à ce qu’il convient de dénoncer comme un passage
en force au service de l’agro-industrie. « Attention : Duplomb va à
nouveau tenter de réautoriser l’acétamipride. Alors que le Conseil
constitutionnel avait bloqué cette folie l’année dernière, ils
reviennent à la charge. Ce serait un drame pour les agriculteurs et la
santé des Français. Mobilisation ! » : ainsi Clémence Guetté sonnait l’alarme sur son compte Twitter il y a quelques jours. Notre article.
Une loi rejetée, mais imposée par la force
La première version de la loi Duplomb
avait déjà suscité une opposition massive. La pétition contre cette loi
est encore à ce jour la pétition la plus signée sur le site de
l’Assemblée nationale avec plus de deux millions de signatures. Une
mobilisation large dans la société civile et une censure partielle par
le Conseil constitutionnel avaient marqué un coup d’arrêt.
Au cœur du texte, la réintroduction de
pesticides comme l’acétamipride et le flupyradifurone, interdits en
France en raison de leur dangerosité pour les pollinisateurs, la
biodiversité et la santé humaine.
Loin de tirer les leçons de ce rejet, le
sénateur revient aujourd’hui avec une nouvelle proposition, visant à
réautoriser ces substances pour plusieurs cultures. Il s’agit d’une
stratégie assumée de contournement démocratique, qui consiste à faire
revenir par la fenêtre ce qui a été chassé par la porte.
L’avis de la haute juridiction
administrative rappelle au contraire la toxicité élevée de ces
substances, leur persistance dans l’environnement et leurs effets
délétères sur les espèces non ciblées. Il souligne également
l’insuffisance des garanties apportées par le texte.
En réalité, le Conseil d’État ne valide
jamais une loi. Il en analyse les risques. En présentant cet avis comme
un soutien, le sénateur propose une lecture orientée, dénoncée comme
trompeuse, qui vise à légitimer un projet déjà fragilisé.
Jean-Luc Mélenchon : « Les élus du Rassemblement national sont les ennemis du peuple.
Ils ont voté contre les besoins du peuple : l'augmentation du SMIC, le rétablissement de l'impôt sur la fortune, la taxe Zucman.
Au cœur des critiques se trouve le
non-respect du principe de précaution, pourtant inscrit dans la
Constitution. L’absence d’évaluations scientifiques solides et
actualisées avant toute réintroduction de ces pesticides est pointée
comme une faille majeure.
Pour de nombreux observateurs, cette
proposition de loi ouvre la voie à un affaiblissement des protections
sanitaires et environnementales, au profit d’intérêts économiques à
court terme.
L’agro-industrie à la manœuvre
La relance de la loi Duplomb s’inscrit
dans un rapport de force plus large. Soutenue par les représentants d’un
modèle agricole productiviste, notamment autour de la FNSEA, elle vise à
maintenir une agriculture dépendante des produits chimiques.
Cette orientation est une impasse, à la
fois écologique, sanitaire et économique, qui enferme les agriculteurs
dans une dépendance aux pesticides au lieu de les accompagner vers des
alternatives durables.
Une mobilisation populaire qui ne faiblit pas
Dans la rue, la contestation continue de grandir. Le 4 avril,
plusieurs milliers de personnes ont défilé à Paris à l’appel de
nombreuses organisations, dont Extinction Rebellion, pour dénoncer les
ravages des pesticides.
À travers les slogans et les témoignages,
une même colère s’exprime. Celle de citoyens qui refusent de voir leur
santé sacrifiée. Celle de soignants qui alertent sur les cancers liés à
ces substances. Celle de jeunes générations qui veulent pouvoir vivre
sans s’empoisonner.
À l’Assemblée nationale, les députés de La
France insoumise ont déposé des amendements pour interdire toute
dérogation aux néonicotinoïdes et exiger des évaluations scientifiques
indépendantes. Dans leurs interventions, il a été rappelé les
conséquences concrètes de ces produits sur la santé des travailleurs
agricoles et des riverains, ainsi que sur l’effondrement de la
biodiversité.
« À quoi on sert dans cet hémicycle si on abandonne la santé de nos
enfants ? Dites-moi ? » – Aurélie Trouvé recadre sèchement les députés
du RN et macronistes qui défendent la loi Duplomb, génératrice de
cancers, contre l’avis de plus de 2 millions de signataires d’une… pic.twitter.com/ASRTF52eoA
Le débat autour de la loi Duplomb met en
lumière deux visions irréconciliables. D’un côté, celle d’un modèle
agricole intensif, soutenu par les lobbies et défendu au nom de la
compétitivité. De l’autre, celle d’une planification écologique qui
place la santé et le vivant au cœur des politiques publiques, portée par
Jean-Luc Mélenchon.
En cherchant à imposer sa loi contre les
faits, contre le droit et contre la mobilisation populaire, Laurent
Duplomb incarne la volonté jusqu’au-boutiste du profit avant tout, et au
détriment de la santé humaine.
« Tout est sous contrôle », affirme la
ministre de la Transition écologique Monique Barbut le 26 mai 2026 (Le
Monde, 28 mai 2026). La canicule exceptionnelle de ce mois de juin a une
fois de plus montré le cynisme et le quotidien hors-sol d’un
gouvernement qui ne cherche qu’à faire des économies, alors que les
populations meurent de chaud.
Les populations, les animaux aussi. Les
végétaux aussi. Les non-humains. Lutter contre le changement climatique,
c’est protéger les populations, mais aussi celles et ceux qui entourent
l’humanité. Ceux sans qui la vie sur Terre est impossible.
L’Insoumission revient sur les conséquences de la canicule sur la
biodiversité.
Une végétation souffrante qui risque le dépérissement
À Paris, les couleurs de l’automne
arrivent déjà. Si pour les marronniers en ville, la raison provient de
la prolifération d’une chenille, la « mineuse du marronnier », d’autres
arbres voient leurs feuilles tomber directement à cause des vagues de
forte chaleur. Le rayonnement solaire produit un stress sur la feuille,
qui change de couleur. Mais les feuilles tombent également lorsque
sécheresse et chaleur se conjuguent. En situation de sécheresse, les
arbres ont moins d’eau et ferment les pores à la surface des feuilles
(les stomates) pour en consommer moins. Les feuilles, déshydratées,
tombent.
Lorsque les épisodes de forte chaleur se
répètent, les arbres n’ont pas le temps de reconstituer leur état de
santé global, et dépérissent. Alors qu’ils sont une source de fraîcheur
et des puits de carbone indispensables à la survie globale, les arbres,
notamment en ville, ne remplissent plus leur rôle. Avec moins de
feuilles, ils produisent moins de chlorophylle, donc moins de
photosynthèse (par laquelle ils absorbent le CO₂). La vitesse du
réchauffement, trop importante, ne permettra pas à toutes les essences
de s’adapter.
Enfin, les vents participent également au
dessèchement des végétaux et peuvent augmenter le risque de feu de forêt
et de moisson selon l’agroclimatologue Serge Zaka (Paris Match, 23 juin
2026). La répétition des événements météorologiques accroît également
le risque d’incendie, alors que ceux-ci se répètent chaque année. Ainsi,
la Haute-Garonne et les Deux-Sèvres ont basculé pour la première fois
de la saison à un niveau de danger « très élevé » pour les feux de forêt
selon Météo-France.
Une surmortalité des animaux sauvages et domestiques attestée
La ligue de protection des oiseaux a
alerté durant la canicule : les oiseaux nichant sous les toits comme les
martinets ou les hirondelles sont extrêmement exposés aux vagues de
chaleur. Les jeunes, nombreux en début d’été sont asphyxiés par la
chaleur, et « tombent parfois du nid en cherchant de l’air ».
Avec la sécheresse, les espèces aquatiques souffrent également par la
baisse d’oxygène dans l’eau, qui peut provoquer leur asphyxie.
L’Observatoire national sur les effets du
changement climatique explique que lors de fortes chaleurs, l’une des
premières causes de mortalité des animaux est la déshydratation. Toutes
les espèces sont alors concernées. Si l’épisode de chaleur de mai 2026 a
eu peu d’impact en termes de mortalité, en l’absence de sécheresse,
c’est la répétition des épisodes de chaleur qui pourrait conduire à une
surmortalité. Par ailleurs, l’artificialisation des sols promue par la
politique productiviste des gouvernements successifs ne permet pas à
l’eau de pluie de s’écouler normalement, et ainsi de recharger les
nappes phréatiques. L’inadaptation au changement climatique, en temps de
crise et au long cours, particulièrement caractéristique de la
politique des macronistes, envoie tout le monde dans le mur.
Dans les mers, les canicules marines
accélèrent l’acidification des océans. Selon l’Institut français pour la
recherche et l’exploitation de la mer (Ifremer), la croissance des
poissons est affectée, mais également leur comportement direct. Les
animaux marins stressent davantage, en raison de la chaleur, de la
diminution de l’oxygène et de l’augmentation de la salinité.
Enfin, les animaux domestiques souffrent bien évidemment de la chaleur.
Entre le 19 et le 24 juin 2026, la mortalité dans les centres
vétérinaires a augmenté de 10 % par rapport à l’an dernier (Franceinfo,
24 juin 2026).
La vulnérabilité de nos systèmes agricoles n’est plus à démontrer
Alors que les éleveurs ont enregistré une
baisse du niveau de production de viande, de lait ou d’œufs, la canicule
de juin a provoqué une surmortalité massive dans les élevages de
volailles bretons. Selon le directeur général de l’Association nationale
interprofessionnelle de la volaille de chair, il est probable « qu’on
atteigne le million de poulets morts ». En 2003, entre quatre et cinq
millions de volailles avaient succombé aux fortes chaleurs. Les sociétés d’équarrissage sont alors complètement débordées.
Concernant les céréales, mais également
toutes les plantes à fleur, si une nouvelle vague de chaleur se déclare
en juillet, la pollinisation peut « griller » le pollen. Alors, « aucun
grain ne se forme et il n’y a pas de remplissage des épis. Dans ce cas,
ce ne sera pas -20 % ou -30 % de rendement, ce sera zéro, la
catastrophe », selon un courtier interrogé par Franceinfo.
Dans une économie de marché comme celle en vigueur, le cours des
céréales sur le marché européen a bien évidemment augmenté. Ainsi, le
prix du blé a progressé de près de 5 % en une semaine. Les cours du maïs
ont quant à eux augmenté de 8 % sur le marché européen.
Les solutions à court terme existent
Face à des événements aussi importants,
les petits gestes individuels ne suffisent jamais. La lutte contre le
changement climatique, et notamment l’atténuation et l’adaptation à ce
phénomène, doit avant tout passer par des politiques publiques
ambitieuses et adaptées aux enjeux territoriaux. Le plan national
d’adaptation au changement climatique (PNACC) du Gouvernement s’avère
insuffisant.
Qui peut croire à la volonté du
gouvernement d’agir contre le changement climatique et pour l’adaptation
lorsque de grands projets inutiles comme l’A69 sont promus par des
productivistes comme les macronistes ? Qui peut croire à un gouvernement
souhaitant réautoriser l’acétamipride ? Qui peut croire un gouvernement
qui souhaite supprimer, à terme, l’Office français de la biodiversité ?
Le projet de loi d’urgence agricole proposé par le gouvernement met
quant à lui en péril une gestion véritablement durable de l’eau par les
agences de l’eau, pour les besoins de l’agriculture productiviste.
Face à ces événements extrêmes, la
planification écologique, démocratique et efficace, est la seule option.
C’st celle défendue par Jean-Luc Mélenchon alors que l’intégralité des
partis politiques s’enferrent dans des visions court-termiste, ou sans
vision. Pour tout le vivant, la bifurcation écologique doit être la
priorité absolue d’un gouvernement de gauche. En 2027, voter Mélenchon
reviendra à voter pour la survie de la biodiversité, et donc, de
l’Humanité.
Gabriel Attal a enchaîné les mensonges
lundi 29 juin au soir sur LCI. Lors de son interview face aux
journalistes de la chaîne, puis lors de son débat face à Manuel Bompard,
ce macroniste pur jus a tenté de faire oublier les dix années où il a
été aux responsabilités. L’Insoumission vous livre ses cinq mensonges
les plus flagrants face à Manuel Bompard, coordinateur de la France
insoumise. Notre brève.
Gabriel Attal a prétendu que le taux de
chômage en France était au plus bas depuis 40 ans. Il
Mensonge 1 : « On a un taux de chômage au plus bas depuis 40 ans ».
voulait ainsi
montrer l’efficacité des politiques économiques et sociales menées par
les gouvernements d’Emmanuel Macron, qu’il a tous soutenus. En réalité,
c’est faux.
En effet, les gouvernements auxquels il a
appartenu et qu’il a soutenus ont d’abord choisi de diminuer le taux de
chômage en dégradant les droits des travailleurs. Cela a permis de
baisser ce chiffre, tout en augmentant le nombre de travailleurs
pauvres. Ainsi, la proportion de travailleurs pauvres a fortement
augmenté : entre 2021 et 2023 (derniers chiffres disponibles), elle est
passée de 7,3 % à 8,3 %. Cela concerne 2,3 millions de travailleurs
pauvres en 2023.
Depuis qu’il a été Premier ministre, en
2024, la situation en matière d’emploi s’est encore dégradée : depuis
2023, le taux de chômage est remonté de 7,1 % à 8,1 %, soit environ
+14 % en valeur relative. Résultat, la France compte 5,7 millions de
personnes inscrites à France Travail en catégories A, B et C (sans
emploi ou avec activité réduite) au 1er trimestre 2026.
Comme l’a rappelé Manuel Bompard, quand
Emmanuel Macron est arrivé au pouvoir, le taux de chômage de la France
était au niveau de la moyenne de la zone euro. Aujourd’hui, il est 20 %
au-dessus de ce niveau.
En résumé : Gabriel Attal ment quand il affirme « on a un taux de chômage au plus bas depuis 40 ans ».
Mensonge 2 : « Personne ne peut me reprocher de ne pas avoir agi dans toutes les fonctions que j’ai exercées ».
Gabriel Attal a affirmé que personne ne
pouvait lui reprocher de ne pas avoir agi dans toutes les fonctions
qu’il a exercées. Il ment.
Ainsi, si on étudie les différentes
fonctions exercées par Gabriel Attal, on constate qu’à plusieurs
reprises, il n’a pas agi alors qu’il aurait pu le faire.
Par exemple, lorsqu’il était ministre de
l’Éducation nationale, Gabriel Attal a ignoré un rapport accablant sur
l’homophobie, le sexisme et de multiples infractions à la loi au sein de
l’établissement scolaire Stanislas. Il n’a pas pris en compte l’alerte
d’un parent d’élève dont la fille a été virée alors qu’elle dénonçait
les comportements homophobes, sexistes et racistes de la direction.
Pourtant, en tant que ministre de l’Éducation nationale, il aurait pu et
dû agir.
De même, lorsqu’il a été Premier ministre, Gabriel Attal aurait pu agir pour adapter la France au réchauffement climatique et préparer notre pays aux canicules.
Or, il a multiplié les coups budgétaires qui ont nui à la préparation
de notre pays. Il a par exemple baissé de 2,1 milliards d’euros le
budget de l’écologie, dont 500 millions sur le Fonds vert, qui permet
notamment d’adapter les écoles aux canicules. Il a aussi fait des coupes
dans Ma Prime Rénov, le dispositif qui soutient la rénovation thermique
des bâtiments.
En conclusion : Gabriel Attal ment quand
il prétend que l’on ne peut pas lui reprocher de ne pas avoir agi dans
ses fonctions passées.
Mensonge 3 : « Jean-Luc Mélenchon est le Trump français ».
Gabriel Attal a répété la comparaison entre Donald Trump et Jean-Luc Mélenchon, qu’il avait déjà faite au journal La Tribune. Cette phrase est odieuse et mensongère à plusieurs égards.
Tout d’abord, elle compare deux hommes
politiques qui n’ont rien à voir. Donald Trump est le président
d’extrême droite des États-Unis d’Amérique, alors que Jean-Luc Mélenchon
est le principal dirigeant de la gauche française. Leurs politiques
sont radicalement opposées sur tous les points : Jean-Luc Mélenchon veut
augmenter les salaires, planifier la bifurcation écologique, défendre
la paix et le respect du droit international. Toutes ces politiques sont
à l’opposé de celles de Donald Trump.
De plus, quand on lit les détails de la
comparaison faite par Gabriel Attal, on voit que c’est lui-même qui est
en réalité beaucoup plus proche de Donald Trump. La phrase complète de
Gabriel Attal est la suivante : « Jean-Luc Mélenchon est le nouveau
Trump français. Culte de la personnalité, stratégie du chaos permanent,
délégitimation constante des contre-pouvoirs, autant de ressorts qu’il
emprunte à Donald Trump ». Pourtant, tous ces éléments pourraient aussi être reprochés à Gabriel Attal :
Culte de la personnalité : sur l’accueil du site de son parti
Renaissance, 7 photos de Gabriel Attal, contre 1 de Jean-Luc Mélenchon
sur celui de la France insoumise.
Stratégie du chaos : le chaos, c’est faire une réforme des retraites
contre l’avis de 93 % des actifs, ce qu’a fait Gabriel Attal
Délégitimation des contre-pouvoirs : ce sont les macronistes qui ont
utilisé à 43 reprises l’article 49.3 pour imposer des lois sans vote et
qui ont imposé la réforme des retraites contre tous les syndicats. Les
réformes de l’assurance chômage soutenues par Gabriel Attal ont aussi
été imposées contre l’avis des syndicats.
En résumé : Gabriel Attal ment quand il
affirme que Jean-Luc Mélenchon est le Trump français, alors qu’il est
lui-même plus proche de Trump pendant que le candidat de la France
insoumise n’a aucune proximité, de près ou de loin, avec le dirigeant
d’extrême droite.
Mensonge 4 : « L’Insee a montré qu’en
2024, les dépenses de l’État ont baissé par rapport à l’année précédente
pour la première fois depuis 15 ans ».
Gabriel Attal a affirmé qu’il avait été le
seul Premier ministre à faire baisser les dépenses de l’État. Ainsi, il
veut faire passer l’idée qu’il aurait été un bon gestionnaire.
Pourtant, c’est faux.
Gabriel Attal a été Premier ministre en
2024. Or, en 2024, les dépenses publiques n’ont pas baissé. Selon
l’Insee, elles ont augmenté de 4,0 % en euros courants par rapport à
2023. En part de PIB, elles sont également passées de 56,8 % à 57,0 %.
Aussi, les chiffres de l’Insee montrent que Gabriel Attal ment.
Il est vrai que Gabriel Attal a fait des
économies : il a ainsi coupé des budgets dans l’écologie, à hauteur de
2,1 milliards. Ces coupes sont notamment responsables de l’impréparation
de la France face aux canicules. Il a aussi fait de nombreuses autres
dépenses : 1 milliard sur la recherche, 700 millions sur l’école, 700
millions sur l’urbanisme et le logement, 330 millions sur la justice, 50
millions dans la sécurité civile, ce qui a conduit à l’annulation de la
commande de deux Canadairs. Il a aussi augmenté les impôts. De ce fait,
les recettes de l’État n’ont jamais été aussi élevées. Mais elles sont
utilisées en aides pour les entreprises, en particulier celles du CAC 40
: plus de 200 milliards d’euros par an !
En résumé, Gabriel Attal ment quand il
affirme qu’il a fait baisser les dépenses de l’État : il les a au
contraire augmentées en coupant des fonds aux services publics pour
verser des milliards aux grands patrons du CAC 40.
Mensonge 5 : « Par rapport à des décennies de désindustrialisation, on a changé les choses ».
Face à Manuel Bompard, Gabriel Attal a
affirmé que la politique qu’il a menée et soutenue a amélioré la
situation de l’industrie en France. Pourtant, de nombreux chiffres
montrent que cette affirmation est fausse.
Lors de l’année 2024, durant laquelle
Gabriel Attal était Premier ministre, plus de 107 usines ont fermé, et
66 000 entreprises – à 90% des TPE – ont mis la clef sous la porte.
Plusieurs exemples montrent que cette politique s’est faite en parallèle
d’un enrichissement des actionnaires de ces entreprises. Par exemple,
le géant du pneumatique Michelin, après avoir laissé sur le carreau 1
254 personnes à Vannes et à Cholet, a ensuite versé à ses actionnaires
des dividendes records de 1,47 milliard d’euros. De ce fait, on peut
affirmer que la politique menée par Gabriel Attal a accompagné la
suppression d’emplois dans l’industrie et le versement de dividendes
massifs aux actionnaires.
Le bilan global peut être qualifié de
désastre économique. Ainsi, le déficit de la balance commerciale
française se porte désormais à 81 milliards d’euros. Pourtant, si la
politique industrielle de Gabriel Attal et ses alliés avait été un
succès, ce chiffre aurait été largement réduit.
En conclusion, Gabriel Attal ment en
affirmant qu’il a changé la situation après des décennies de
désindustrialisation. Au contraire, il a contribué à l’aggravation de la
situation.
La crise de la justice n’est pas un
accident de l’histoire récente : elle est le produit de quarante années
de gestion managériale d’un service public régalien. Les drames qui
l’illustrent ne sont pas des anomalies, ils sont le symptôme d’une
doctrine à bout de souffle. La justice doit être le pilier de cette
nouvelle France que nous voulons bâtir, pour assurer l’effectivité des
droits, le rétablissement de la dignité des travailleurs et la lutte
acharnée contre les inégalités.
Retrouvez la tribune du député LFI Ugo Bernalicis, spécialiste des questions de justice au sein du mouvement insoumis.
I. Une agonie systémique, que les drames viennent rappeler avec une cruelle régularité
La crise de la justice n’est pas nouvelle,
et malgré les efforts de communication de la macronie, elle n’est pas
réparée. Au terme mal choisi de « clochardisation » de la justice, je
préfère celui d’un service public à l’agonie. Cela fait des années que
j’appelle, avec mon groupe parlementaire, à rompre avec la gestion
managériale de la justice (new public management) pour reconstruire un
service de proximité et d’égalité. La sociologue Cécile Vigour a montré,
dès le milieu des années 2000, comment cette « gestionnarisation » de
l’institution judiciaire avait progressivement substitué aux critères de
qualité du jugement des indicateurs de productivité, de délais et de
taux d’écoulement des stocks, redéfinissant en profondeur le métier même
de juger.
Voilà l’impasse où nous mènent les
politiques conduites depuis des décennies. La politique du flux est à
son paroxysme et démontre, chaque jour davantage, l’échec de cette
doctrine. On ne peut traiter la justice comme un débit à écouler : la
dégradation des droits au nom de la cadence, ce sont autant de dossiers
mal traités, autant de vies suspendues à une procédure expédiée.
Cette agonie est systémique, et elle
s’illustre malheureusement par des drames qui n’ont rien d’anodin et qui
se répètent. Je pense à l’appel de plus de 3 000 magistrats, rejoint
par plus de 6 000 professionnels et greffiers publié dans Le Monde le 23
novembre 2021, après le suicide de Charlotte, jeune juge de 29 ans dans
le Nord, épuisée par des injonctions permanentes de rendement. Je pense
à ce greffier de 28 ans du tribunal judiciaire de Mamoudzou qui, en
mars 2022, a tenté de mettre fin à ses jours en laissant une lettre
dénonçant le manque de moyens humains, l’absence d’accompagnement et
l’isolement professionnel imposés par l’institution. Ce mal n’est pas
nouveau : il a toujours été illustré par des drames comme celui du 16
septembre 2010, où Philippe Tran-Van, juge d’instruction à Pontoise,
épuisé professionnellement et écrasé par une charge de travail qu’il ne
pouvait plus assumer, a mis fin à ses jours sur les rails d’une gare du
Val-d’Oise.
Les chercheurs Christian Mouhanna et
Benoît Bastard, du Centre de recherches sociologiques sur le droit et
les institutions pénales (CNRS), ont documenté de longue date ce
désenchantement professionnel : confrontés à des injonctions
contradictoires de productivité et de qualité, beaucoup de magistrats se
rallient par défaut à la logique managériale faute d’alternative
crédible qui leur soit proposée, ce qui n’éteint en rien la souffrance
que cette adhésion forcée engendre.
Ces drames montrent l’étendue d’une crise
profonde et, surtout, l’impasse de la trajectoire politique suivie
depuis trop longtemps. Une justice maltraitante est une justice qui
maltraite, et je sais que ces drames se répercutent aussi sur les
justiciables. Les affaires où des proches de victimes ou des mis en
cause dénoncent un traitement judiciaire défaillant se multiplient, et
celles d’aujourd’hui ne sont, hélas, pas les dernières.
Entre renoncement aux droits faute d’accès
effectif à la justice et procédures expédiées, que dit la République à
ses citoyennes et à ses citoyens ? Les réponses de surenchère pénale,
poussant à l’automaticité des peines et à la répression systématique, ne
font qu’accélérer la dégradation continue du service public, car ces
propositions portent en elles-mêmes le mal qu’elles prétendent combattre
: priorisation à outrance, procédure indigente, professionnels plus
sous pression encore. Quand tout est prioritaire, rien n’est
prioritaire, et ce sont les usagers du service public, comme les
professionnels saturés d’injonctions contradictoires, qui en paient le
prix.
Ce qui se joue à chaque étape de la chaîne
pénale conduit à des drames : pour les victimes qu’on ne cherche pas à
accompagner mais que l’on pousse vers le renoncement ; pour les
magistrats rendus responsables de chaque dysfonctionnement ; pour les
fonctionnaires de greffe dont les conditions de travail se dégradent
pour répondre à des injonctions contradictoires d’accompagnement et de
célérité ; pour les avocats sommés de défendre sans jamais être
eux-mêmes mis en cause. Ces solutions nous enferment dans l’impasse où
nous sommes. Elles ont vocation à nous détourner des problèmes de fond
et participent elles-mêmes du problème.
Michel Foucault l’avait montré il y a un
demi-siècle : la logique punitive ne se contente jamais de répondre à un
fait, elle organise une discipline qui se diffuse et se durcit
d’elle-même. Les sociologues Loïc Wacquant et Didier Fassin ont, chacun à
leur manière, prolongé cette intuition en montrant comment le tournant
punitif contemporain vient précisément combler, par la surenchère
pénale, les vides laissés par le retrait de l’État social, déplaçant sur
la justice pénale des problèmes que seules des politiques publiques de
prévention et d’accompagnement pourraient résoudre. Le pénal devient le
hochet des populistes pénaux de notre temps, mais je vous invite à
regarder l’état de la justice civile, qui représente l’écrasante
majorité de l’activité judiciaire. Cela ne fait pas frémir les médias,
et pourtant c’est une dégradation considérable qui en dit long sur
l’état de notre République : autant de renoncements au droit,
d’injustices non traitées, de violences sociales renforcées. Je suis
alerté depuis longtemps sur les délais devant les conseils de
prud’hommes, où la durée moyenne de traitement avoisine seize mois au
niveau national mais s’étire, dans certaines juridictions et lorsqu’un
juge départiteur doit intervenir, à deux, trois, voire quatre ans avant
un premier jugement, et davantage encore en cas d’appel. Sur les
procédures de tutelle sans moyens, sur les contentieux en responsabilité
civile qui s’éternisent, cette crise est boudée par les médias
sensationnalistes et par de nombreux responsables politiques. Pourtant
cette justice est le socle de l’idée d’égalité de notre devise. Elle
garantit notre vivre-ensemble et demeure le refuge de celles et ceux qui
ne se résignent pas.
« Quand on le proposait, personne n'était pour et aujourd'hui, tout le
monde soutient ! » – L'insoumis Ugo Bernalicis défend le rétablissement
d'une police proximité en France
« Nous sommes pour le rétablissement d'une police de proximité dans le pays. Elle a été supprimée… pic.twitter.com/hleod5cOrh
II. Sortir de l’agonie de la Justice en regardant en face la crise qu’elle traverse
Le budget de la justice française est
indigent, et les chiffres de la Commission européenne pour l’efficacité
de la justice (CEPEJ) le confirment sans ambiguïté dans son rapport
d’évaluation 2024. La France consacre 77,2 euros par habitant à son
système judiciaire, sous la moyenne européenne, qui s’élève à 85,4
euros, et loin derrière l’Allemagne, qui y investit 136,1 euros par
habitant. En proportion du PIB, la France plafonne à 0,2 %, contre 0,3 %
pour l’Allemagne ou l’Italie. Ce retard est ancien et structurel :
malgré la loi de programmation de novembre 2023 et les annonces de
hausses « historiques », le fossé avec nos voisins ne s’est pas refermé.
Sur les ressources humaines, le constat
est plus sévère encore. La France compte 11,3 juges professionnels pour
100 000 habitants, contre une médiane européenne de 17,6 et une moyenne
de 21,9. Pour les procureurs, l’écart devient abyssal : 3,2 pour 100 000
habitants en France, contre une médiane de 11,2 et une moyenne de 12,2
en Europe, un calcul réalisé à partir de ces données aboutit à
l’estimation qu’il manquerait plus de 5 700 procureurs pour que la
France atteigne simplement la moyenne du continent. Le fractionnement
des fonctions de juge s’accompagne d’une multiplication des statuts
précaires d’assistants de justice et de juristes assistants, pis-aller
qui masque sans la résoudre la pénurie de magistrats titulaires.
Le déficit de personnel des greffes
judiciaires suit la même pente : la France compte 37,3 personnels
non-juges pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne de 57,9.
Ce chiffre donne une traduction statistique exacte à la détresse
exprimée par le greffier de Mamoudzou : le manque ne touche pas
seulement les magistrats, il frappe l’ensemble de la chaîne judiciaire,
jusqu’aux experts judiciaires, psychologues et professionnels de la
médecine légale, dont la rareté allonge encore les délais d’instruction
et d’expertise. Le nombre d’avocats pour 100 000 habitants, 106,6 en
France, est lui aussi parmi les plus faibles d’Europe, loin derrière
l’Allemagne (195), l’Espagne (308), le Royaume-Uni (338) ou l’Italie
(398,7).
La réalité a toujours été que les marges
de manœuvre budgétaires sont grevées par la construction et l’entretien
des prisons : puits sans fond du point de vue budgétaire, et
illustration même de l’impasse du tout-carcéral. Le gouvernement promet 1
500 magistrats supplémentaires sur le quinquennat, des miettes au
regard des besoins réels, quand certains territoires d’outre-mer, comme
La Réunion, supportent une charge de travail par magistrat jusqu’à huit
fois supérieure à celle constatée dans l’Hexagone.
J’oserai même dire que les communications
triomphalistes annonçant une justice « réparée » ont sonné le glas de
toute prise de conscience profonde. Après les États généraux de la
justice, le gouvernement a officiellement refermé la « phase de
réparation » pour ouvrir celle de la « modernisation » et de la «
restauration de la confiance », comme si l’urgence était derrière nous.
Ce discours infantilise les professionnels de la justice, qui vivent
chaque jour la dégradation et l’humiliation, et qui se voient sommés,
sinon de se taire, du moins d’intégrer la pérennité de la défaillance
comme un horizon normal.
Face aux drames actuels, ministres et
responsables politiques, désemparés, poursuivent la fuite en avant :
toujours plus de pénal, toujours plus de sévérité. Le concours Lépine
des mesures pénales ressurgit avec les mêmes lieux communs et
propositions éculées : déterminisme de la peine, fonctionnarisation des
juges, peines plancher, abolition des aménagements de peine,
imprescriptibilité et hiérarchisation sordide des crimes, renforcement
des peines de sûreté, voire rétablissement ciblé de la peine de mort.
Ces solutions ne sont pas nouvelles : elles illustrent ce que l’on
appelle l’effet cliquet, cette progression graduelle et sans
discontinuité qui conduit précisément là où nous sommes, une agonie
toujours plus profonde, qui craque de toutes parts. Nous sommes de plus
en plus seuls à pointer la surpopulation pénale dans son ensemble et
l’inconséquence de la dégradation continue des conditions procédurales
de notre droit pénal, notamment au travers de l’embolie des comparutions
immédiates.
III. La Justice remplit une fonction sociale singulière et nécessite des mesures à la hauteur
Que proposer face à cette agonie ? Plus de
budget, plus de magistrats, plus de fonctionnaires : c’est sans
conteste une nécessité, mais c’est surtout le « pour quoi faire » qu’il
faut investir.
À mes yeux, il y a un continuum de service
public à rétablir : il faut réinvestir l’ensemble des services publics
que le libéralisme a méthodiquement démantelés. La justice n’est pas
seule, et ceux qui, comme moi, défendons le caractère singulier de la
justice dans notre modèle républicain, non pas une simple autorité, mais
un pouvoir constitué, devons réinvestir massivement dans tous les
services publics, pour dire aux professionnels de la justice qu’ils ne
sont pas la dernière roue du carrosse, appelés à intervenir seulement
quand tous les autres dispositifs ont échoué à permettre l’émancipation
d’une personne. C’est à cette condition que nous pourrons sortir de
cette agonie.
Mais ce caractère singulier mérite d’être
pleinement assumé, car la justice n’est pas un service public comme les
autres. Quand un hôpital soigne ou qu’une école instruit,
l’administration agit ; quand un tribunal juge, c’est un pouvoir qui
s’exerce, au nom du peuple français, selon la formule consacrée de tout
jugement rendu dans notre pays. Notre Constitution elle-même hésite
encore à la nommer pleinement : elle ne parle pas de « pouvoir
judiciaire » mais d’« autorité judiciaire », signe d’une défiance
historique de l’exécutif à l’endroit d’un contre-pouvoir qu’il a
toujours cherché à tenir en lisière. Cette ambiguïté constitutionnelle
permet, depuis des décennies, qu’un parquet nommé et discipliné par la
Chancellerie continue de se présenter comme un acteur neutre de l’action
publique, et que les besoins des juridictions soient appréciés non par
les besoins des justiciables mais par les seules contraintes d’un
cadrage budgétaire annuel. La fonction sociale de la justice est
pourtant unique parmi les services publics : elle a vocation à pacifier
les rapports sociaux quand le lien social se défait, elle protège le
faible contre l’arbitraire du fort, et elle est la seule institution
dont la légitimité républicaine repose entièrement sur sa capacité à
trancher en toute indépendance, y compris contre le pouvoir qui la
finance et la nomme. Vouloir la traiter comme une administration
gestionnaire ordinaire revient à nier cette fonction constitutionnelle,
et c’est précisément ce qui s’est produit avec l’irruption de la
nouvelle gestion publique dans les prétoires.
C’est pourquoi les mesures que je porte
avec mon groupe ne se limitent pas à un chiffrage budgétaire, si
nécessaire soit-il. J’ai eu l’honneur de présider, en 2019 et 2020, la
commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les obstacles à
l’indépendance du pouvoir judiciaire, dont les conclusions tracent une
feuille de route précise : aligner le mode de nomination des magistrats
du parquet sur celui des magistrats du siège, en soumettant leur
nomination à l’avis conforme du Conseil supérieur de la magistrature, et
harmoniser leur régime disciplinaire pour mettre fin à la subordination
hiérarchique du ministère public à la Chancellerie. Cette même
commission proposait de renforcer et de démocratiser la composition du
CSM pour en faire la pierre angulaire du service public de la justice,
une instance capable, à la manière d’une inspection générale
indépendante, de déterminer objectivement les besoins réels des
juridictions, plutôt que de laisser ce diagnostic aux seuls arbitrages
de Bercy ou plus exactement de Beauvau. Nous portons également la
consécration du principe de collégialité des formations de jugement,
trop souvent sacrifié sur l’autel de la productivité, ainsi qu’une
participation directe des citoyennes et des citoyens au fonctionnement
de l’institution, par des conseils de juridiction et un jury populaire
élargi : la légitimité démocratique de la justice ne se construit pas
seulement par son indépendance, mais aussi par la présence du peuple en
son sein.
Sur le terrain budgétaire, je demande
depuis plusieurs législatures un budget de la justice enfin lisible et
transparent, avec un budget opérationnel de programme établi cour
d’appel par cour d’appel et une véritable comptabilité analytique
permettant de connaître le coût réel de chaque politique judiciaire,
faute de quoi le débat parlementaire sur les moyens de la justice reste
un débat à l’aveugle. Et lorsque le Gouvernement se félicite d’avoir
atteint son « effectif cible » de magistrats, je pose la même question
qu’en commission des lois il y a plusieurs années : cet effectif cible
est-il seulement l’effectif idéal, ou la simple habileté d’une
communication qui maquille l’insuffisance structurelle des moyens ?
C’est sur la qualité de la justice que
nous devons porter notre attention : le service public doit apporter une
réponse à chaque justiciable, et pour cela il ne suffit pas qu’il
dispose des moyens, il doit aussi avoir le souci constant de rendre la
justice, et non de gérer un flux. Cela suppose de rompre frontalement
avec la doctrine gestionnaire, de revaloriser les métiers de greffe et
les fonctions support, de recruter à la hauteur des standards européens
en magistrats, procureurs, experts et personnels de greffe, et de cesser
de faire de la prison la variable d’ajustement budgétaire de la chaîne
pénale. Cela suppose également de sortir le contentieux civil,
prud’hommes, tutelles, responsabilité civile, de l’invisibilité
médiatique où il est maintenu, alors qu’il concentre, je le rappelle,
l’écrasante majorité de l’activité judiciaire totale et l’essentiel des
injustices vécues au quotidien par les classes populaires.
Cette reconstruction ne peut être pensée
isolément : elle s’inscrit dans un même mouvement de refondation de nos
institutions. Je crois, comme beaucoup dans ce pays, qu’il n’y aura pas
de transformation sociale durable sans une refondation démocratique des
institutions qui exercent un pouvoir au nom du peuple, et la justice en
est la première. Passer à une nouvelle République, ce sera aussi se
donner une justice digne de ce nom : indépendante de l’exécutif comme
des puissances économiques, démocratisée dans sa gouvernance, dotée des
moyens humains et budgétaires que ses missions exigent. La justice doit
être le pilier de cette nouvelle France que nous voulons bâtir, pour
assurer l’effectivité des droits, le rétablissement de la dignité des
travailleurs et la lutte acharnée contre les inégalités.
Validisme/personnes handicapées.
Sur le plateau du streamer d’extrême droite Kroc Blanc, la militante
identitaire Thaïs d’Escufon et plusieurs autres figures de la
fachosphère ont tenu des propos ouvertement validistes, remettant en
cause le droit de vote des personnes en situation de handicap. Des
déclarations qui ne sont pas seulement odieuses, elles sont rétrogrades
et illégales. Décryptage et mode d’emploi pour agir.
Ce qui a été dit
Dans un extrait circulant sur les réseaux
sociaux, on peut entendre Thaïs d’Escufon, militante identitaire et
ancienne porte parole de Génération identitaire (dissoute en 2021),
ainsi que plusieurs autres comptes d’extrême droite (@KbgStream, @Psyhodelikus, @Nosferathuoff) tenir les propos suivants lors d’une émission sur le plateau de Kroc Blanc :
« Le système démocratique me déprime,
parce qu’à partir du moment où ma voix vaut autant que celle d’un
trisomique… Puisque les trisomiques ont le droit de voter… »
« Il faudrait faire passer un test de
QI aux personnes avant de pouvoir voter, pour voir si tu as de la pleine
capacité de raisonnement, est ce que tu as une capacité de projection
dans le futur au delà de 5 ans ? »
Ces propos remettent en question le droit
de vote de citoyens français au motif de leur handicap. Derrière le
déguisement pseudo intellectuel du « test de QI », il s’agit ni
plus ni moins de nier la pleine humanité et la citoyenneté des
personnes ayant un développement intellectuel atypique.
Qui est Thaïs d’Escufon
Thaïs d’Escufon, de son vrai nom Anne
Thaïs du Tertre d’Escoeuffant, est une militante d’extrême droite née en
1999 à Toulouse, issue de la mouvance identitaire. Elle a été
porte-parole de Génération Identitaire, organisation dissoute par décret
gouvernemental en mars 2021 pour ses activités de provocation et ses
actions paramilitaires contre les migrations. Depuis, elle s’est
reconvertie en influenceuse sur YouTube et les réseaux sociaux, ciblant
notamment un public masculin en déshérence, et se réclamant ouvertement
du mouvement tradwife et de la défense de la « race blanche ». Elle relaie régulièrement la théorie complotiste du Grand Remplacement.
Sa présence sur le plateau de Kroc Blanc,
un rappeur identitaire actif dans les milieux de la fachosphère
française, illustre la porosité entre les espaces culturels alternatifs
de l’extrême-droite et ses discours ouvertement discriminatoires.
Ces propos interviennent dans un contexte
qui ne peut être ignoré. Thaïs d’Escufon, leur principale auteure, fait
l’objet d’un casier judiciaire déjà consistant : condamnée en octobre
2022 à huit mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de
Marseille pour son intrusion violente dans les locaux de SOS
Méditerranée en 2018 (Le Parisien, InfoMigrants),
cette peine ayant été confirmée en mars 2026 par la cour d’appel
d’Aix-en-Provence, assortie d’une interdiction de séjour à Marseille
pendant trois ans ; condamnée le 18 juin 2026 à 1 000 euros d’amende par
le tribunal judiciaire de Paris pour injure publique à raison de
l’origine, de l’ethnie, de la nation ou de la race, à la suite de propos
tenus sur BFMTV en décembre 2023 désignant comme groupe homogènement
dangereux les « hommes immigrés africains, noirs et arabes » (Blast).
Le tribunal a explicitement relevé son
absence de remise en question. Ces condamnations successives dessinent
le profil d’une militante qui ne change pas de méthode, mais change de
cible : après les personnes racisées, les personnes en situation de
handicap. La logique d’exclusion est identique, seul le groupe visé
varie.
Recyclage habituel d’idées nauséabondes d’un passé français fantasmé
Ce que ces militants présentent comme une
provocation originale n’est en réalité que le recyclage d’une logique
d’exclusion vieille de plus de deux cents ans. Le Code civil de 1804 prévoyait déjà, en son article 489, qu’une personne majeure en état habituel d’imbécillité, de démence ou de fureur pouvait être frappée d’interdiction judiciaire. Le vocabulaire de l’époque désignait ces personnes par le terme d’« aliéné »,
catégorie juridique floue qui ne distinguait pas le handicap
intellectuel de la maladie psychiatrique, de la sénilité, ou même de la
simple excentricité : elle servait avant tout à exclure de la pleine
citoyenneté quiconque pouvait être déclaré incapable de raisonner,
souvent à la demande de la famille pour des motifs patrimoniaux.
La loi du 30 juin 1838 sur les aliénés
a ensuite structuré cette mise à l’écart pendant tout le XIXe siècle,
en l’institutionnalisant par un système de certificats médicaux et
d’internement. Mais cette loi, conçue pour encadrer la psychiatrie, a
aussi servi d’arme de contrôle social bien au-delà de son objet affiché.
Des travaux historiques documentent que des milliers de femmes ont été internées au XIXe siècle sur la demande de leur mari pour
des motifs aussi vagues que le refus du devoir conjugal, le refus de
faire le ménage, l’agitation politique, ou la lecture de romans. Le
certificat médical pouvait être obtenu sur simple sollicitation d’un
proche ayant intérêt à se débarrasser d’une épouse jugée trop
indépendante.
Cette même catégorie de l’« aliéné
» a aussi absorbé, pêle mêle, des personnes âgées devenues encombrantes
pour leur famille, des personnes que l’on identifierait aujourd’hui
comme autistes ou neuroatypiques et qui passaient alors pour simplement
dérangeantes, des opposants politiques gênants, et bien sûr les
personnes ayant un développement intellectuel atypique. Le point commun
était un même filtre : qui est jugé suffisamment rationnel par une
autorité, le mari, le médecin, le juge, pour conserver sa pleine
citoyenneté, et qui ne l’est pas. C’est cette même logique de tri que
d’Escufon ressuscite avec son test de QI, en l’habillant simplement d’un
vocabulaire qui se voudrait moderne et scientifique.
Les mots ont changé, mais le mécanisme d’exclusion a perduré sous la Vᵉ République. L’article L5 du Code électoral,
dans sa rédaction héritée d’un décret du 2 février 1852 puis reprise
par le Code électoral de 1964, permettait au juge des tutelles de
retirer le droit de vote d’un majeur protégé à chaque ouverture ou
renouvellement de sa mesure de protection. Ce n’est qu’avec la loi du 11 février 2005 pour
l’égalité des droits et des chances des personnes handicapées qu’une
autorisation de vote au cas par cas est devenue possible, sans renverser
le principe d’exclusion par défaut. Dans les faits, environ 80 % des
majeurs sous tutelle se voyaient privés de leur droit de vote par le
juge sur la seule base de préconisations médicales.
Il a fallu attendre la loi du 23 mars 2019
de programmation et de réforme pour la justice pour que l’exclusion par
défaut soit enfin inversée : le vote devient la règle, et plus aucune
décision de justice ne peut retirer ce droit à un majeur protégé.
Environ 300 000 personnes ont ainsi recouvré leur pleine citoyenneté
électorale, certaines après en avoir été privées pendant des décennies.
Un point mérite d’être souligné, car il
change la portée du propos de d’Escufon. Cette loi de 2019 ne concerne
pas seulement les personnes ayant un développement intellectuel atypique
ou une trisomie. Elle s’applique à l’ensemble des majeurs placés sous
tutelle, quelle que soit l’origine de leur vulnérabilité : personnes
âgées atteintes de troubles neurodégénératifs comme la maladie
d’Alzheimer, personnes ayant subi un traumatisme crânien, personnes en
situation de handicap psychique, etc. En s’attaquant au principe même du
vote des personnes trisomiques, d’Escufon s’attaque en réalité, sans le
dire, à la pleine citoyenneté de centaines de milliers de Français aux
situations très diverses, et propose de réinstaller une logique
d’exclusion que la République a mis plus de deux siècles à démanteler.
Le test de QI, un outil nazi documenté
L’argument du « test de QI »
n’est pas une curiosité philosophique ou une provocation inoffensive. Il
renvoie à une histoire précise et documentée, et constitue
l’aboutissement le plus extrême de cette même logique de tri par la
rationalité que l’on vient de décrire.
Sous le Troisième Reich, les tests psychométriques ont été massivement utilisés dans le cadre du programme Aktion T4,
le programme d’extermination des personnes handicapées lancé en 1939.
Des psychiatres et médecins nazis évaluaient les capacités cognitives
des patients internés pour déterminer leur « valeur productive » : ceux
jugés inaptes au travail étaient envoyés dans les centres de mise à
mort. Entre 200 000 et 300 000 personnes handicapées, dont des personnes
autistes, des personnes trisomiques, des malades… Ont été assassinées
dans ce cadre, souvent gazées ou affamées. Les tests d’aptitude
intellectuelle constituaient l’un des outils de ce tri. C’est
l’histoire, et c’est le point d’arrivée logique d’un raisonnement qui
commence toujours par une question en apparence anodine : qui est assez
rationnel pour compter pleinement.
Suggérer aujourd’hui de conditionner le droit de vote à un « test de QI »,
c’est convoquer, consciemment ou non, cet héritage. Et face à des
militantes identitaires qui revendiquent leurs références idéologiques,
le doute sur la conscience de la référence est mince.
Ce que dit la loi
Le validisme, discrimination envers les
personnes en situation de handicap, est interdit par la loi du 11
février 2005 pour l’égalité des droits et des chances. Mais ici, on va
plus loin.
Les propos tenus dans cet extrait peuvent
relever de l’incitation à la haine et à la discrimination en raison du
handicap, punie par l’article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.
La provocation publique à la discrimination envers un groupe de
personnes à raison de leur handicap est passible d’un an
d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.
Suggérer publiquement qu’une catégorie de
citoyens, définie par leur handicap, ne devrait pas avoir le droit de
voter, c’est de la discrimination caractérisée.
Pourquoi ces discours sont dangereux
Ces propos s’inscrivent dans une offensive
idéologique qui cherche à naturaliser la hiérarchie entre les êtres
humains. En ciblant les personnes trisomiques, ces militants dégradent
publiquement leur humanité et leur valeur en tant que citoyens, et le
font devant une audience.
Le paradoxe démocratique invoqué par d’Escufon, « ma voix vaut autant que celle d’un trisomique »,
révèle une conception élitiste et méprisante de la démocratie. La
démocratie repose précisément sur l’égalité de valeur de chaque voix,
indépendamment de l’intelligence mesurée, du statut social ou de la
capacité à se projeter à cinq ans. C’est son principe fondateur. Le
remettre en cause, c’est vouloir une aristocratie cognitive, avec eux
mêmes comme étalon, et c’est surtout vouloir revenir en arrière sur
l’une des conquêtes démocratiques les plus tardives de notre histoire
récente, conquête qui a mis deux siècles à émerger et qui a, en chemin,
servi à exclure bien plus de monde que les seules personnes visées
nommément par le texte.
Que faire quand on tombe sur ce type de contenu
Le premier réflexe, partager pour
dénoncer, est une erreur. Relayer un contenu haineux, même pour le
critiquer, en amplifie la diffusion et expose davantage les personnes
visées. Plusieurs leviers, distincts et complémentaires, existent pour
agir.
Signaler à PHAROS
PHAROS
(Plateforme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation
des Signalements) est le portail officiel du ministère de l’Intérieur
pour signaler des contenus illicites sur internet. L’incitation à la
haine en raison du handicap en fait explicitement partie. Il suffit de
copier l’URL du contenu, de se rendre sur https://internet-signalement.gouv.fr/etape/contenu
, de cliquer sur « Signaler », puis de choisir la catégorie «
Incitation à la haine ». Le signalement est transmis à des officiers de
police judiciaire spécialisés, qui peuvent orienter le dossier vers le
parquet.
Signaler directement sur la plateforme
Twitter (devenu X) dispose d’un outil de
signalement intégré sur chaque post, dans le menu situé en haut à droite
de la publication. La catégorie pertinente est généralement « contenu haineux » ou « propos visant un groupe protégé en raison d’un handicap ». Les autres plateformes disposent d’outils similaires.
Ces signalements sont traités par les
plateformes elles-mêmes, indépendamment de PHAROS, et peuvent conduire à
un retrait ou à une suspension de compte selon ses règles internes.
L’article 40 alinéa 2 du Code de procédure
pénale impose à toute autorité constituée, tout officier public ou
fonctionnaire, qui acquiert dans l’exercice de ses fonctions la
connaissance d’un crime ou d’un délit, d’en informer sans délai le
procureur de la République. Un député est considéré comme une autorité
constituée au sens de ce texte. Un citoyen peut donc lui signaler
l’extrait, par mail, lors d’une permanence, ou via tout canal relevant
de son mandat, afin qu’il transmette lui-même un signalement article 40
au procureur. Cette démarche est juridique. Elle a même un poids
procédural supérieur à un signalement PHAROS classique, puisqu’elle
émane directement d’une autorité constituée et s’adresse au procureur,
sans passer par une plateforme de tri.
Question écrite ou question au gouvernement
Un député peut également être sollicité
pour porter le sujet sur le terrain politique, via deux outils distincts
de l’article 40 et entre eux.
La question écrite est
déposée par un parlementaire et adressée à un ministre ; la question et
sa réponse sont publiées au Journal officiel. La réponse est en principe
attendue sous deux mois, délai souvent dépassé en pratique. L’intérêt
n’est pas la rapidité, mais la trace officielle et publique qu’elle
crée, utile pour documenter la récurrence de ce type de discours, ou
pour interroger le gouvernement sur les moyens réellement alloués à
PHAROS.
La question au gouvernement,
posée oralement en séance avec réponse immédiate du ministre, est plus
visible médiatiquement, mais chaque groupe politique ne dispose que d’un
nombre limité de questions par séance.
Ce sont des leviers de pression politique
et de mise à l’agenda, complémentaires d’un signalement article 40 mais
ne s’y substituent pas.
Conclusion
Derrière l’irritation de façade d’une militante qui trouverait le système électoral « déprimant »,
c’est un projet politique précis qui se dessine, et qui n’a rien de
neuf : une démocratie réservée à ceux qui satisferaient à des critères
de « valeur » définis par une élite, la leur.
Ce projet a un nom, une histoire de plus
de deux siècles, et des victimes nombreuses et diverses : des femmes
jugées trop indépendantes, des vieillards encombrants, des personnes
neuroatypiques avant que le mot n’existe, des opposants politiques
gênants, et, lorsqu’il a été poussé jusqu’à son terme le plus sombre,
des centaines de milliers de personnes handicapées assassinées au nom de
leur absence de « valeur productive ».
Ces discours ne restent jamais sur un plateau de streaming. En avril 2025, le député Sébastien Peytavie,
élu en fauteuil roulant, a déposé plainte pour appel au meurtre après
qu’un blogueur néonazi l’avait désigné comme cible d’une future « Aktion
T4 ». Entre le plateau de Kroc Blanc et cette menace de mort, il y a
une continuité idéologique. Le validisme de salon ouvre la voie au
validisme de rue, puis au validisme d’État. L’histoire l’a déjà montré.
Les personnes trisomiques, comme
l’ensemble des personnes placées sous protection juridique, sont des
citoyens à part entière. Elles ont le droit de voter, de participer à la
vie de la cité, d’avoir une opinion politique, un droit que la
République a mis deux cents ans à leur reconnaître pleinement. Aucun
test de QI ne peut légitimement retirer ce droit à quiconque. Et ceux
qui le suggèrent publiquement s’exposent à des poursuites judiciaires.
À nous de ne pas laisser ces discours se normaliser.