Sécurité sociale. Une lettre de mission signée Emmanuel Macron, quatre experts, un rapport promis pour la fin de l’année : sous couvert de « refonder » le financement de la protection sociale, l’exécutif prépare en réalité le terrain d’un tour de vis fiscal et social sans précédent. Franchises médicales doublées, chasse aux « gros consommateurs de soins », 800 millions ponctionnés sur les accidents du travail : le PLFSS 2027 s’annonce comme le budget le plus destructeur depuis des années. En face, La France insoumise oppose une évidence que le pouvoir refuse d’entendre : la Sécu n’a pas un problème de dépenses, elle a un problème de recettes.
Le 30 juin 2026, Emmanuel Macron a discrètement confié à quatre personnalités une mission sur l’avenir du financement de la Sécurité sociale. Marianne Kermoal-Berthomé, Pierre Ricordeau, Alexandra Roulet et Hippolyte d’Albis doivent rendre d’ici la fin de l’année un rapport « pour éclairer le débat public ». Le calendrier n’a rien d’anodin : les conclusions tomberont à quelques mois du premier tour de la présidentielle. Et la lettre de mission ne laisse guère de doute sur la commande. Le chef de l’État y désigne d’emblée sa cible : « Le facteur travail reste le premier contributeur au financement de la protection sociale, avec des conséquences tant sur la compétitivité de nos entreprises que sur le pouvoir d’achat des actifs. »
Traduction : les cotisations sociales , cette part du salaire qui finance nos hôpitaux, nos retraites et notre assurance maladie, coûteraient trop cher aux entreprises. Le décor est planté. Quand l’exécutif parle de « refonder » le financement, il faut entendre : transférer la charge des employeurs vers l’impôt, c’est-à-dire vers tout le monde.
Une « refonte » qui sent le tour de vis fiscal
L’alerte, ironie de l’histoire, ne vient pas de la gauche mais des libéraux eux-mêmes. Dans un article publié le 15 juillet, l’organisation anti-impôts Contribuables associés prévient sans détour : « Lorsque l’État évoque une refonte du financement, il s’agit généralement de déplacer ou d’élargir les prélèvements. » Hausse de CSG, nouvelles contributions, élargissement des assiettes fiscales : voilà ce que redoutent ceux-là mêmes qui, d’ordinaire, applaudissent l’exécutif dès qu’il s’attaque à la dépense publique.
Le procédé est connu. On mandate des « experts » présentés comme neutres, « sans engagement partisan ». On attend leur rapport. Puis on s’abrite derrière leurs conclusions pour faire passer ce qui avait été décidé d’avance. La mission Macron n’a pas d’autre fonction que d’habiller de technique une décision politique : réduire encore le périmètre de la Sécu et faire porter le financement sur les ménages plutôt que sur le capital.
L’automne budgétaire s’annonce brutal
Car pendant que la mission planche, le gouvernement de Sébastien Lecornu, lui, agit déjà. Et l’addition est salée.
Tout est parti d’un rapport-choc remis le 15 juillet par un comité d’économistes mandaté par Bercy. Verdict : il faudrait 126 milliards d’euros d’efforts budgétaires d’ici 2032, à commencer « impérativement dès 2027 ». Soit environ 25 milliards par an à trouver. Ce chiffre, brandi comme une fatalité, sert de justification à tout ce qui suit.
Dès le lendemain, le ministre des Comptes publics David Amiel présentait les contours d’un « budget de sauvegarde républicaine ». Derrière la formule pompeuse, une réalité sèche : hors Défense (qui, elle, gagne 6,4 milliards), la progression des dépenses est limitée à 0,4 %, soit quatre fois moins que l’inflation attendue. En clair, tous les services publics vont s’appauvrir.
Puis vint le tour de la Sécurité sociale. Le 22 juillet, dans Paris Match, Sébastien Lecornu lâchait sa trouvaille : faire payer davantage « ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 25 fois chez le médecin par an ». La ficelle est grossière. On désigne le malade chronique, le vieux, le pauvre (car ce sont eux, les « gros consommateurs de soins ») comme des profiteurs à sanctionner. Le lendemain, la ministre de la Santé Stéphanie Rist annonçait sur RMC le doublement du plafond annuel des franchises médicales, de 100 à 200 euros, acté par décret. Sans le moindre débat parlementaire.
Que l’on comprenne bien qui va payer. Les bien-portants ne verront aucune différence. Seuls ceux qui dépassent une cinquantaine de boîtes de médicaments ou une vingtaine de consultations dans l’année verront leur reste à charge grimper : autrement dit, les malades chroniques, les personnes âgées, celles et ceux qui souffrent déjà. La ministre elle-même l’admet : pour une personne atteinte d’une maladie chronique, la facture passera « plutôt à 150 qu’à 200 euros ». On appelle cela responsabiliser. C’est en réalité une double peine infligée aux plus fragiles.
À cela s’ajoutent 800 millions d’euros d’économies exigés sur la seule branche accidents du travail et maladies professionnelles, et de nouvelles règles restrictives sur les arrêts maladie dès le 1ᵉʳ septembre. Le tout au cœur de l’été, quand l’attention se relâche. La CGT ne s’y trompe pas et dénonce « un nouveau coup bas du gouvernement contre les malades en plein été ».
La Sécu n’a pas un problème de dépenses
Le pouvoir répète que la Sécurité sociale « dérape ». Les chiffres, eux, racontent une autre histoire. Oui, le déficit a doublé en deux ans pour atteindre 21,6 milliards d’euros en 2025, selon la Cour des comptes un niveau inédit hors années Covid. Oui, il pourrait grimper à 23,2 milliards en 2026. Mais d’où vient réellement ce trou ?
D’un côté, on culpabilise les assurés pour quelques boîtes de médicaments. De l’autre, on ferme les yeux sur le véritable gouffre : 90,1 milliards d’euros d’exonérations et d’exemptions de cotisations offerts aux entreprises en 2023. Les seuls allègements généraux de cotisations patronales sont passés de 20,9 milliards en 2014 à plus de 77 milliards en 2024. Autrement dit, l’État assèche méthodiquement les recettes de la Sécurité sociale depuis dix ans, puis s’étonne qu’elle soit dans le rouge et somme les malades de payer la note.
C’est toute l’imposture du discours gouvernemental que résume Éric Coquerel. Le président insoumis de la commission des Finances de l’Assemblée dénonce un budget qui « ne règle rien » et choisit délibérément de « ne pas toucher aux cadeaux fiscaux faits aux ultra-riches ». Sa ligne est constante : « Je ne suis pas pour couper dans les dépenses mais pour plus de recettes. » Une taxe sur les grandes entreprises rapporterait davantage que tous les rabotages sur le dos des patients réunis.
Le décret, cette arme antidémocratique
Il y a plus grave que la mesure : la méthode. À l’automne 2025, la commission des Affaires sociales de l’Assemblée avait supprimé l’article doublant les franchises. Les voix étaient venues de tous les bancs de l’opposition, du Rassemblement national à La France insoumise en passant par Les Républicains, le Parti socialiste et les écologistes. Faute de majorité, le gouvernement avait dû reculer. Sept mois plus tard, il reprend exactement la même mesure par une voie qui n’exige aucun vote : le décret. Ce que les députés ont refusé, l’exécutif l’impose seul.
« Ce seul doublement des franchises par décret vaut censure », résume le député écologiste Hendrik Davi. Car le procédé est un déni de démocratie assumé : on contourne la représentation nationale précisément parce qu’on sait qu’elle dirait non. Il ne restera aux associations de patients que la possibilité d’attaquer le texte devant le Conseil d’État, une procédure qui dure des mois et ne suspend rien.
Reste une question qui dérange à gauche : comment le gouvernement en est-il arrivé là ? La réponse tient en un mot. Sans majorité, Sébastien Lecornu ne tient que parce que le Parti socialiste a renoncé, à l’automne, à voter la censure. En échange d’un compromis budgétaire, le PS a maintenu en vie un gouvernement qui, à peine l’été venu, reprend d’autorité la mesure que les socialistes affirmaient avoir « arrachée ». La ligne rouge d’hier est devenue le feu vert d’aujourd’hui. À force de refuser de faire tomber Macron, on finit par cosigner sa politique.
Les insoumis, eux, avaient anticipé le coup de longue date. Dès janvier 2024, Caroline Fiat, Mathilde Panot et Hadrien Clouet déposaient une proposition de loi visant précisément à « interdire l’augmentation des franchises médicales par voie réglementaire ». Le texte rappelait une vérité que le gouvernement préfère taire : rétablir la compensation intégrale des exonérations de cotisations rapporterait « presque quatre fois plus que les économies estimées d’un doublement de la franchise ». Autrement dit, la solution existe. Elle ne se trouve pas dans la poche des malades.
La Sécurité sociale n’a pas un problème de dépenses
Le pouvoir répète que la Sécurité sociale « dérape ». Les chiffres, eux, racontent une autre histoire. Oui, le déficit a doublé en deux ans pour atteindre 21,6 milliards d’euros en 2025, selon la Cour des comptes, un niveau inédit hors années Covid. Oui, il pourrait grimper à 23,2 milliards en 2026. Mais d’où vient réellement ce trou ?
D’un côté, on culpabilise les assurés pour quelques boîtes de médicaments. De l’autre, on ferme les yeux sur le véritable gouffre : 90,1 milliards d’euros d’exonérations et d’exemptions de cotisations offerts aux entreprises en 2023. Les seuls allègements généraux de cotisations patronales sont passés de 20,9 milliards en 2014 à plus de 77 milliards en 2024. Autrement dit, l’État assèche méthodiquement les recettes de la Sécu depuis dix ans, puis s’étonne qu’elle soit dans le rouge et somme les malades de payer la note.
C’est toute l’imposture du discours gouvernemental que résume Éric Coquerel. Le président insoumis de la commission des Finances de l’Assemblée dénonce un budget qui « ne règle rien » et choisit délibérément de « ne pas toucher aux cadeaux fiscaux faits aux ultra-riches ». Sa ligne est constante : « Je ne suis pas pour couper dans les dépenses mais pour plus de recettes. » Une taxe sur les grandes entreprises rapporterait davantage que tous les rabotages sur le dos des patients réunis.
Ce que propose l’Union populaire
Face au rouleau compresseur, la gauche insoumise ne se contente pas de dénoncer : elle chiffre. Soumettre les dividendes aux cotisations sociales, comme le proposent les députés LFI, rendrait le système « largement excédentaire, avec 48 milliards de recettes supplémentaires ». Mettre à contribution l’intéressement et la participation, s’attaquer à la fraude patronale aux cotisations estimée à près de 7 milliards, sortir la dette Covid des comptes de la Sécurité sociale : autant de leviers ignorés par un exécutif qui préfère taxer le malade que le dividende.
Le député Hadrien Clouet, en pointe sur le dossier à la commission des Affaires sociales, résume d’une formule la mécanique du pouvoir : « Chaque euro lâché est compensé par 100 euros de repris. » Quant à Jean-Luc Mélenchon, candidat pour 2027, il porte le projet d’une « Sécurité sociale intégrale, gérée par ses cotisants » et le « 100 % Sécu » : le remboursement de tous les soins prescrits, sans passer par les mutuelles privées.
Les syndicats ne disent pas autre chose. La CGT fustige « un nouveau coup bas du gouvernement contre les malades en plein été » et alerte sur la dérive d’un système qu’on veut transformer « en un système assurantiel à l’image du système américain ».
Un choix de société, pas une contrainte technique
Voilà où se joue la vraie bataille de l’automne. Le pouvoir voudrait nous faire croire que 126 milliards d’économies sont une donnée comptable, une nécessité aussi indiscutable que la météo. C’est faux. Financer la Sécurité sociale par le travail ou par le capital, faire payer le malade ou l’actionnaire, protéger l’hôpital ou les niches sociales du patronat : ce sont des choix politiques, et rien d’autre.
La mission Macron n’éclairera aucun débat. Elle fournira une caution savante à une orientation déjà prise. Reste à savoir si le pays acceptera, une fois de plus, qu’on démonte pièce par pièce le plus bel héritage du Conseil national de la Résistance, pendant que les profits, eux, n’ont jamais été aussi bien portants.
L’Insoumission suivra la séquence budgétaire de l’automne et en rendra compte dans ses colonnes. débat.
Leolo Kayser

















