Sainte-Soline. « Faut qu’on les tue », « Je compte plus les mecs qu’on a éborgné », « Dans le cortège, y’avait des gamins – Ah ouais, bah c’est le jeu, fallait pas les emmener ». Les propos des officiers de gendarmerie, divulgués ces derniers jours font froid dans le dos. Le 5 novembre dernier, deux médias ont publié une enquête des vidéos enregistrées par les caméras-piétons des gendarmes lors de la manifestation du 25 mars 2023 contre les mégabassine, et en particulier celle, symbolique, de Sainte-Soline. 200 blessés dont 40 graves parmi les manifestants.
Face à eux, 15 escadrons de gendarmes mobiles venus de toute la France, deux canons à eau, deux véhicules blindés, des brigades en quads. Ce jour-là, les gendarmes mobiles ont tiré 5 000 grenades en seulement quelques heures. Plusieurs rapports de la Ligue des droits de l’Homme avaient alors fait état d’un « usage immodéré et indiscriminé de la force ».
En avril 2023, la France insoumise avait déposée une demande de commission d’enquête suite au déchainement de violences de la gendarmerie. A la suite de la diffusion des images révélées le 5 novembre, les insoumis ont redéposé une nouvelle demande. La députée insoumise Anne Stambach Terrenoir a exigé des comptes du gouvernement ce mercredi 12 novembre à l’Assemblée nationale.
La responsabilité de l’institution en cause
Toute la question est de savoir qui est responsable. Bien sûr, les gendarmes, individuellement, le sont et des enquêtes doivent être menées. Bien plus grave encore, il s’agit c’est ici l’institution qui se tient dans l’illégalité. Alors que les gendarmes se vantaient d’éborgner des manifestants, leur hiérarchie leur demandait d’effectuer des tirs « tendus », non réglementaires. Un tir avec une grenade de désencerclement doit en effet s’effectuer à 45 degrés, en cloche, afin que l’impact ne soit pas direct, mais que ce soit la grenade de désencerclement qui atterrisse sur le sol, et explose. Mais les agents chargés du commandement ce jour-là imposent, de manière répétée et systématique, à leurs officiers d’effectuer ces tirs « tendus ».
Pire encore, alors que les images des caméras-piétons ont été transmises à l’inspection générale de la gendarmerie nationale, l’IGGN, celle-ci n’a rien fait, et aucune enquête ne semble en cours selon Mediapart et Libération. Preuve que l’institution est viciée de bout en bout : les officiers, encouragés par leur hiérarchie, pratiquent systématiquement des actes illégaux, qui s’accompagnent de propos condamnables pour un agent de la fonction publique. Le commandement de la gendarmerie sur place favorise et promeut ces comportements, en les organisant.
Une fois la journée terminée, les agents, encouragés par leur hiérarchie, remplissent leurs procès-verbaux afin de rendre compte des événements qui ont eu lieu, et afin surtout de justifier les tirs de grenade qu’ils ont effectué. Les procès-verbaux n’ont évidemment pas fait état des comportements réels, et ont privilégié l’argument de la « légitime-défense » pour justifier de tels actes, ce qu’a également retenu l’IGGN. Enfin, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale légitimise ces comportements en ne menant aucune enquête interne, et ne soulève aucun problème, alors même qu’elle est détentrice des vidéos et qu’elle est l’autorité en charge de punir les comportements irréguliers.
Sainte-Soline, nouveau cas documenté de violences policières
C’est tout le problème des violences policières : elles sont systémiques. Ce jour-là à Sainte-Soline, parmi les 200 blessés dont 4 gravissimes – 2 avaient leur pronostic vital engagé –, aucun mort n’est à déplorer. Mais par chance seulement, au vu de la violence des tirs et de la volonté manifeste de l’institution policière de neutraliser voire de tuer – selon les propos même des gendarmes – des manifestants.
Anne Stembach-Terrenoir, députée La France Insoumise de Haute-Garonne racontait ce mercredi les événements qu’elle a vécus de près. Pas de mort à déplorer, certes, mais un traumatisme durable pour les manifestants (LCP, 12/11/2025, à 34 :15 sur la vidéo1) : « j’entends encore cette soignante paniquée : ‘mais il faut leur dire : c’est n’importe quoi, je m’en suis pris plein la gueule en allant récupérer les blessés !’ » ; « je revois cette jeune fille portée par plusieurs personnes, et ces morts : ‘elle a plus de mâchoire !’ ».
Voilà ce que crée la violence systémique de nos « forces de l’ordre » : des traumatismes et des séquelles à vie. Les manifestants venus pour la très grande majorité d’entre eux protester pacifiquement contre la privatisation cynique de la ressource en eau au profit d’une infime minorité d’agriculteurs ont vécu l’horreur dans cette nasse organisée à l’époque par Gérald Darmanin.
Députée LFI de terrain, engagée pour la cause environnementale, Anne-Stembach Terrenoir était ce jour-là avec les manifestants. À sa question au Gouvernement ce mercredi, Laurent Nuñez, désormais ministre de l’Intérieur lui a justifié, une fois de plus, les violences policières. Si le ministre de l’Intérieur a bien ouvert une enquête administrative, des questions demeurent : pourquoi avoir attendu deux ans ? Pourquoi ces images n’ont-elles jamais été divulguées, et si un travail journalistique indépendant ne l’avait pas fait, y aurait-il eu une enquête administrative ? Alors que l’IGGN détenait ces vidéos depuis désormais deux ans, considérer que celles-ci étaient inaccessibles dans le cadre de l’enquête judiciaire en cours est faux.
Par ailleurs, 15 escadrons de gendarmes mobiles venant de toute la France étaient mobilisés ce jour. Si aucune enquête administrative n’avait été ouverte jusqu’à la divulgation de ces vidéos, c’est bien que c’est tout le commandement de la gendarmerie qui est à restructurer, tant la gravité des faits aurait dû être a minima dénoncée par la hiérarchie !
Plus que jamais, refonder le service public de la police
Les violences policières sont devenues systémiques dans les techniques de maintien de l’ordre de la police et de la gendarmerie nationales. Plus que jamais, il s’agit désormais de refonder notre service public de la police, pour que l’encadrement de manifestations vise à protéger le droit de manifester, et non à créer le chaos visant à intimider et à dissuader celles et ceux qui se battent pour des causes justes.
La France insoumise, via son programme, l’Avenir en commun souhaite ainsi réorganiser le recrutement, la formation et la gestion des effectifs de police et de gendarmerie. Concernant précisément le droit de manifester, changer la doctrine pour celle de la désescalade est la meilleure solution d’éviter toute violence. Plus encore, avocats, journalistes, procureurs, observateurs auront leur place en manifestation pour s’assurer du respect des libertés fondamentales.
Dans le contexte présent, la France insoumise a demandé l’instauration d’une commission d’enquête, soutenue par le groupe des écologistes à l’Assemblée nationale, afin de rendre compte du mieux que possible de la responsabilité des violences lors de la manifestation de Sainte Soline, l’une des plus répressives en Europe contre les mouvements écologistes. Se battre pour le droit à l’eau est fondamental. Exercer son droit de manifester l’est tout autant. Cette manifestation à Sainte-Soline n’aurait jamais dû avoir lieu. Encore et toujours, les intérêts privés d’une petite minorité ont primé sur l’intérêt général, et au détriment de certains manifestants qui en gardent des séquelles à vie.
https://lcp.fr/programmes/questions-au-gouvernement/questions-au-gouvernement-du-mercredi-12-novembre-2025-409892
Sources:linsoumission.fr






