Le vote décisif doit avoir lieu ce 27 novembre, jour de la niche parlementaire des insoumis. De son côté, l’extrême droite ne se cache même plus d’être un ennemi des travailleurs et des travailleuses. Le RN et ses alliés ont déposé plus de 300 amendements, le plus souvent copiés-collés, afin d’empêcher les débats d’arriver à leur terme. Dès lors, le vote passerait à la trappe. « L’extrême droite est du côté des grandes fortunes comme Mittal, pas des travailleurs ! », tance Aurélie Trouvé. L’insoumission relaie la tribune d’Aurélie Trouvé, initialement publiée dans La Tribune.
« ArcelorMittal produit les deux tiers de l’acier français : que se passerait-il si l’industrie française et européenne devait importer tout ce métal ? » – Aurélie Trouvé
Du métal sans Mittal ! C’est la devise des travailleurs d’ArcelorMittal en France, qui se battent depuis des années pour sauver leur outil de travail, leurs 15.000 emplois et plus encore, la souveraineté industrielle du pays. ArcelorMittal produit les deux tiers de l’acier français, dont dépendent l’industrie automobile, la construction navale, aérospatiale, ferroviaire et nucléaire, du bâtiment… Que se passerait-il si l’industrie française et européenne devait importer tout ce métal ? La dépendance serait complète à l’égard de l’acier des pays tiers, qui pourraient organiser le marché à leur avantage, faire monter les prix en cas de tension, orchestrer des ruptures d’approvisionnement…
Produire l’acier dans notre pays est stratégique. L’Europe s’est construite sur cette idée : l’acier comme base de la sécurité et de l’indépendance. Les années 80 ont été cruelles pour la sidérurgie française, et la France laisse son outil dépérir depuis 40 ans.
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Un acier vert plus compétitif
Mais depuis que le groupe Mittal a récupéré le groupe Arcelor en 2008, ArcelorMittal délocalise plus brutalement la production d’acier. La multinationale a délibérément laissé se dégrader les usines, pour investir massivement au Brésil, en Inde ou aux États-Unis. Un millier d’emplois ont encore été supprimés en France depuis un an. A Fos-sur-Mer, un seul des deux haut-fourneaux reste en marche. Les salariés sont exposés à la dangerosité d’installations vétustes et dangereuses : exposition à l’amiante, fuites de gaz, incendies récents sur des convoyeurs…
Les mois qui viennent sont absolument décisifs : soit la décarbonation des hauts fourneaux est enclenchée, soit la production d’acier est condamnée. Dans quatre ans, les nouvelles règles européennes sanctionneront lourdement l’acier produit à partir de charbon, responsable de 22 % des émissions industrielles de gaz à effet de serre en France. Dans quatre ans, sans décarbonation, ce ne sera plus rentable de produire de l’acier en France, selon les propos du PDG d’ArcelorMittal France lui-même. À l’inverse, l’acier vert, décarboné, sera bien plus compétitif que l’acier conçu avec du charbon, qui sera surtaxé.
ArcelorMitall balade tout le monde
Quatre ans : c’est justement le temps qu’il faut pour construire des fours électriques, produisant de l’acier vert. C’est donc maintenant qu’il faut investir ! Mais ArcelorMittal s’y refuse obstinément. L’Union européenne a pourtant annoncé le doublement de ses droits de douane, en réponse aux grands sidérurgistes. L’État a proposé une aide publique de 850 millions pour faciliter l’opération. Mais ArcelorMittal en demande toujours plus pour investir ne serait-ce que dans un seul four électrique, qui couvrira à peine 30 % de la production du seul site de Dunkerque !
La multinationale continue de balader tout le monde et se cherche des excuses : la concurrence chinoise, la chute des débouchés… Et tout le monde fait semblant d’oublier ses bénéfices mirifiques, qui ruissellent surtout vers les actionnaires et vers la famille Mittal (10 milliards en trois ans), de même que sa stratégie d’optimisation fiscale agressive qui lui permet d’éviter tout impôt sur les sociétés en France ces dernières années. Mystère également sur les aides publiques massives reçues (300 millions d’euros en 2023) dont on ne sait pas à quoi elles ont servi.
Nationaliser pour maintenir la souveraineté industrielle
Force est de constater qu’en dehors de la nationalisation d’ArcelorMittal, il n’y a aucune autre voie légale ou politique qui ne permette de garantir le maintien de l’emploi, de la souveraineté industrielle et des actifs stratégiques, ou encore la transition écologique. C’est d’ailleurs face à un tel constat que le Royaume-Uni ou l’Italie ont récemment procédé à des formes de nationalisations de leur sidérurgie. Sans compter les nombreux autres exemples en Allemagne ou dans les pays nordiques d’entreprises sidérurgiques qui associent puissance publique et salariés et qui investissent et maintiennent les emplois.
En 1982, la France elle-même avait nationalisé cette industrie : ce fut Usinor et Sacilor… privatisés en 1995 pour devenir ensuite ArcelorMittal ! Reste le coût de cette nationalisation. Mais la doxa de l’astreinte budgétaire ne tient pas dans ce cas : 3 milliards environ seraient nécessaires pour nationaliser l’ensemble des actifs français d’ArcelorMittal. Que sont ces 3 milliards à côté des coûts pour toute la société, de la perte de la production d’acier française et de 80.000 emplois perdus de façon directe ou indirecte ?
Et c’est sans comptabiliser les bénéfices qui grossissent aujourd’hui les comptes offshore des grands actionnaires et les recettes fiscales qu’ils généreraient. La reprise en main d’ArcelorMittal France fera de notre pays un leader mondial de l’acier vert. Bien plus que de grands-messes dédiées aux investisseurs, c’est de cette bifurcation écologique et sociale dont l’économie française a besoin.






