Le chef du mouvement nationaliste, Nicolas Battini, qui a en personne topé un accord électoral avec Jordan Bardella, a un parcours politique et judiciaire chargé. En 2016, Battini a été condamné à 8 ans de prison pour terrorisme, après un attentat à la voiture bélier en 2012 (il sera finalement libéré en 2019). Du côté du RN, un tel passif ne dérange pas, pas plus que l’alliance avec un parti qui prône l’indépendance de la Corse, au détriment du nationalisme français que prône la maison Le Pen. Notre article.
D’un attentat à la voiture bélier à un soutien du RN
er avril 2012. Ce jour-là, une voiture-bélier fonce sur la sous-préfecture de Corte (Corse), puis est incendiée avec, à son bord, un engin explosif (qui n’avait pas fonctionné). Les trois auteurs de l’attentat sont retrouvés et jugés, dont Nicolas Battini, condamné à 8 ans de prison en 2016 pour cet attentat et un autre, contre l’office de l’environnement de Corte le 8 février 2012.
Au micro des médias locaux, encore en 2025, Nicolas Battini « assume tout » son passé, y compris terroriste. Pourtant, ce n’est pas le son de cloche au RN. L’eurodéputé Philippe Olivier assure que Battini « a renoncé sans ambiguïté à la violence politique », une manière de balayer le passé terroriste de son nouvel allié.
La tactique est connue au RN : un allié ou militant a été membre d’un groupuscule identitaire violent ? Assurez que cette période est derrière lui (même s’il « assume tout ») et que ses idées ou méthodes ont changé (même si les faits disent le contraire). Quand bien même cet allié ait été condamné pour terrorisme.
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Cette excuse du RN s’explique aussi par les retournements de veste de Battini. Si, avant son passage en prison, Battini était un indépendantiste relativement flou et confus sur les principales questions politiques, son incarcération en a fait un vrai militant d’extrême droite, surtout après les attentats de 2015. Il reprend tout le lexique identitaire et suprémaciste, qui se dit « menacé en tant qu’Européen », menacé par l’immigration « arabo-musulmane » et théorise une « appartenance occidentale ».
C’est tout ce discours qu’il tient encore aujourd’hui, celui de feu Génération Identitaire et de la Nouvelle Droite. Cette extrême droite qui parle d’une « civilisation européenne » (pour ne pas dire les blancs) qui serait menacée par la « submersion migratoire arabo-musulmane », avec qui elle serait fondamentalement incompatible sur les plans culturel et racial. L’échelon « national » est moins au coeur de cette idéologie que la « civilisation » à l’échelle d’un continent. D’où la facilité pour le RN et Battini de faire coïncider nationalismes français et corse, puisque ceux-ci font partie de la « civilisation européenne ».
Après sa libération en 2019, Battini se lance en politique. Il se ramollit en passant de l’indépendantisme à l’autonomisme corse : l’île ne serait pas indépendante de la France. Mais dans les autres domaines, Battini droitise à fond sa ligne. Il rejoint en 2021 le parti autonomiste Femu a Corsica au pouvoir et devient assistant parlementaire : il se normalise et fait oublier son passé terroriste. Il en profite pourtant pour droitiser la ligne du parti. « On s’est aperçu plus tard qu’il avait essayé de tirer profit de sa mission pour imposer ses idées et sa ligne proche d’Éric Zemmour » raconte un membre de Femu a Corsica à Streetpress.
Il partage les obsessions racistes de Zemmour en tentant d’imposer les « questions démographiques » (comprendre : les lubies sur le « Grand remplacement ») en interne à Femu a Corsa. Si bien que fin 2021, Battini crée « l’association » Palatinu, dont est issu le parti Mossa Palatina. Fini l’esthétique « classique » des indépendantiste corses, bazardés les treillis et cagoules.
Battini et ses comparses, comme tous les droitards d’internet, sans imagination reprennent le style de la série britannique Peaky Blinders en croyant y voir une glorification de leur virilité et leur idéologie… Sans voir les nombreux messages antifascistes de la série, notamment à travers ses antagonistes, comme le fasciste anglais Mosley. Rien qui rappelle beaucoup « l’identité » corse ou française.
Un fond politique commun : le racisme et la xénophobie
Ce qui n’empêche pas Battini d’être un opportuniste patenté : « Demain, tu verras que si Édouard Philippe lui propose un poste, il te soutiendra qu’il est convaincu par Édouard Philippe », raille un de ses opposants. En 2024, les candidatures de Mossa Palatina aux législatives recueillent… entre 2 et 4 % des voix. De quoi expliquer son ralliement au RN, en plein dynamique sur l’île aux mêmes élections, les places y sont faciles à prendre.
Pour un petit parti local et ses scores à un chiffre, le RN opère donc une inflexion de sa ligne sur la question corse. Les lepénistes étaient jusque-là sur une ligne centraliste : ni indépendance, ni autonomie corse. Or cette alliance scellé entre Battini et Bardella en personne, cette « convergence nationaliste » est un nouveau retournement de veste pour le RN.
On comprend vite les affinités politiques entre racistes insulaires et continentaux. Battini parle de « convergence nationaliste, que nous [Mossa Palatina et RN, ndlr.] sommes en train d’établir d’un point de vue doctrinal et de façon ouverte et publique. ». A longueur de temps, Battini pourfend ses deux ennemis, qui n’est pas l’État français (au contraire des autres nationalistes corses), mais bien « l’immigration massive et le wokisme », ou encore « l’idéologie LGBT+ ».
Voilà les priorités de l’extrême droite : persécuter les personnes pas assez françaises, pas assez blanches, pas assez hétérosexuelles, les personnes transgenres, ou juste « wokistes » (sic.)… Les sujets sociaux ? Ils s’en moquent. Battini aurait pu parler du chômage ou de la pauvreté à Bastia, « sa » ville, plus élevés qu’au niveau national, camoufler, comme certains au RN, son racisme et son homophobie derrière un vernis pseudo-social. Mais il ne s’encombre même pas des apparences.
L’alliance avec Mossa Palatina illustre parfaitement le revirement rhétorique et stratégique du RN : assumer vouloir devenir la droite « respectable », quitte à jeter à la poubelle les discours pseudo-sociaux, et quitte à s’allier avec un homme condamné pour terrorisme. Nicolas Battini l’assume, en reconnaissant que la « convergence nationaliste » est surtout une convergence raciste et xénophobe, comme quand il stigmatise des « enclaves communautarisées » dans les quartiers populaires. Pour lui, le problème de ces quartiers n’est pas le mal-logement, le chômage, la précarité alimentaire…c’est l’origine et la couleur de peau de ses habitants.
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Sources:linsoumission.fr (Par Alexis Poyard)






