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mercredi 31 décembre 2025

« Mon combat, c’est la protection de l’enfance » – Entretien avec Rodrigo Arenas, député LFI nommé au Conseil supérieur des programmes.

 Le 23 décembre, le député insoumis Rodrigo Arenas a été nommé au Conseil supérieur des programmes (CSP), une instance consultative qui formule des propositions sur le système éducatif, et notamment sur les programmes scolaires. Ancien président de la FCPE, la principale fédération de parents d’élèves, et très engagé pour la protection de l’enfance, Rodrigo Arenas est aussi candidat pour être maire du 14ème arrondissement et membre de l’équipe “Le Nouveau Paris Populaire”, conduit par la députée insoumise Sophia Chikirou. 

Sa nomination au CSP a déclenché les foudres de l’extrême droite et ses relais médiatiques. L’Empire de Bolloré est passé à l’assaut. Le JDD évoque des “controverses qui ont jalonné son parcours”. Sur Europe 1, la rubrique anti-LFI s’agite : ““On peut craindre le pire en matière d’orientation idéologique des programmes scolaires” et parle d’”islamogauchisme”. L’islamophobie chevillée au corps, ces relais du système médiatico-politique n’ont pas supporté la nomination du député insoumis. Le nouveau membre du CSP a répondu à nos questions. Notre entretien.

« La commission des programmes mérite mieux ! »

L’Insoumission : Des élus RN et des médias affiliés à l’extrême droite ont critiqué votre nomination au Conseil supérieur des programmes. Que leur répondez-vous ?

Rodrigo Arenas : Je réponds à ces élus et ces médias qui ont fait du racisme leur fond de commerce qu’ils seraient bien avisés de respecter cet exercice démocratique qui consiste à nommer des parlementaires au sein de cette instance, pour justement garantir une pluralité d’opinions en son sein.

C’est quand même curieux de voir cette chasse aux sorcières qui s’exerce contre la France Insoumise et donc contre les Françaises et les Français qu’elle représente. Je suis pour ma part bien heureux que l’on n’entende pas seulement les voix des députés de droite et d’extrême droite qui siègent déjà dans cette commission et, pour l’une d’entre elle, qui va jusqu’à soutenir les thèses du « grand remplacement ». La commission des programmes mérite mieux !

L’Insoumission : Régulièrement, médias et personnels politiques d’extrême droite insèrent leurs campagnes islamophobes au sujet de l’école. Sous Blanquer, des mères accompagnatrices de sorties scolaires avaient été ciblées parce que voilées. Aujourd’hui, comment combattre ces polémiques islamophobes ?

Rodrigo Arenas : C’est très difficile. D’une part parce qu’une partie de la gauche a choisi le camp du « Printemps républicain » qui lui aussi a peur de ce prétendu « grand remplacement ». Et d’autre part parce que la gauche républicaine, laïque et non islamophobe est mal organisée. Nous n’avons pas de médias de masse (autrement dit ni à la télé ni sur les RSS) qui puisse apporter une réponse aussi massive, justement, que celle véhiculée par les islamophobes qui créent, à dessein, de véritables « paniques morales ».

Cette remarque d’ailleurs vaut autant pour lutter contre l’islamophobie que contre les fake-news en tout genre. Donc il me semble que la première des choses à faire est de mieux nous organiser pour contrer ces attaques malsaines et qui portent atteinte, sur le temps long, à notre démocratie. Parce que quand vous avez un JDD ou une radio très écoutée comme Europe 1 qui contribue à structurer l’opinion à partir de faits non vérifiés, qui ne respectent pas le B.A.-BA des règles de la déontologie tout en se réfugiant derrière la liberté de la presse, vous avez intérêt à vous organiser si vous ne voulez pas être réduit à une victime impuissante qui ne fait plus que se justifier !

 Mon combat, c’est les enfants. »

L’Insoumission : Vous avez présidé pendant trois ans la FCPE, la principale fédération de parents d’élèves. Vous êtes aujourd’hui candidat pour être maire dans le 14ème arrondissement dans l’équipe “Nouveau Paris Populaire” conduite par Sophia Chikirou. Quelles sont les propositions insoumises pour la protection de l’enfance que vous défendez dans le cadre de cette campagne municipale ?

Rodrigo Arenas : Comme vous le faites remarquer, mon combat, c’est les enfants. C’est très exactement pour cette raison que je me suis engagé en politique, que je suis devenu député et qu’aujourd’hui je souhaite mener des actions au niveau municipal. D’ailleurs j’ai écrit il y a maintenant près d’un an un petit bouquin, « Paris à hauteur d’enfant » où j’expliquais que si l’on pense une ville pour les plus vulnérables, alors on la pense pour tout le monde.

Je crois qu’il faut que nous rendions de nouveau Paris désirable par les enfants, qu’ils puissent y trouver leur place en toute sécurité, ce qui veut aussi bien dire qu’ils puissent avoir accès à des soins accessibles facilement qu’à des logements décents et abordables, comme des écoles enfin adaptées au changement climatique (ce qui ne va pas avec les écoles de la fin du 19e), des rues sans voiture avec des espaces de jeux ou de spectacles ouverts ou encore des cantines totalement gratuites. Et puis bien sûr, il faut massivement débloquer des moyens pour former et recruter des animateurs spécialisés qui prennent soin de nos enfants dans les écoles ou encore débloquer aussi moyens et contrôles pour l’ASE.

« L’attaque sur l’abaya est assez symbolique : cela montre à quel point la droite et l’extrême droite déplacent les problèmes. »

L’Insoumission : En quoi votre nomination peut-elle à votre sens apporter quelque chose au fonctionnement du conseil supérieur des programmes ?

Rodrigo Arenas : L’attaque sur l’abaya est assez symbolique : cela montre à quel point la droite et l’extrême droite déplacent les problèmes. L’abaya est interdite à l’école, comme tous les signes ostentatoires religieux, et je respecte la loi. Mais l’abaya, même s’il convient de discuter avec les jeunes du principe de laïcité pour qu’il soit bien compris, est loin d’être un problème majeur à l’Ecole.

Je rappelle juste qu’à la rentrée 2024 on ne dénombrait que 120 cas de port de signes ostentatoires (dont l’abaya) sur 12 millions d’élèves… Quand on parle de ça, on ne parle pas des profs non remplacés, des salaires indécents, des classes fermées, un manque d’AESH…

Et on ne parle pas non plus des offensives menées par la droite pour déconstruire l’École inclusive et solidaire que la gauche a tant bien que mal mise en place : pour construire une société apaisée, fraternelle, égalitaire, il est essentiel d’avoir des programmes pour parler d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle, et cela même si le rassemblement national n’en veut pas. Je suis bien décidé à mener ces combats au sein de cette commission, comme le souhaite la FI, n’en déplaise aux aboyeurs d’extrême droite qui pullulent sur les réseaux sociaux. La meute, ce sont eux !

Sources:linsoumission.fr 
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lundi 29 décembre 2025

Le rendez-vous de Bardella dans un hôtel de luxe avec des banquiers anglais : l’oligarchie mise sur l’extrême droite

 Le 4 décembre, dans un très luxueux hôtel de la capitale, celui qui est, paraît-il, eurodéputé RN a rencontré des fonds d’investissement anglo-saxons, pour donner une meilleure image de son parti aux oligarques d’outre-Atlantique, ceux-là même qui ont participé à la victoire de Trump. Un dialogue avec 1800 milliards d’euros.

Bizarrement, Bardella, qui aime tant communiquer dès que sa voiture avec chauffeur le dépose devant des caméras, n’a rien dit de l’événement. Peut-être sait-il que son image souffrirait de cette proximité avec les milieux de la finance et des banques.

Et pourtant le président du RN était bien là, hôtel Park Hyatt (où la nuit la moins chère coûte la bagatelle de 1400 euros, un mois de travail au SMIC), à serrer les mains de ces fonds d’investissement, les suppliant pour leur soutien, leur assurant que la position du parti sur la dette, les retraites etc., est tout à fait « raisonnable ». Avec le RN au pouvoir, que les ultra-riches dorment sur leurs deux oreilles : Bardella et ses amis mèneront la même politique de classe qu’Emmanuel Macron, juste en plus raciste et autoritaire. Notre article.

Pour aller plus loin : La mue ultra-libérale du RN : comment Marine Le Pen et Jordan Bardella ont-ils pactisé avec les milliardaires ?

Le RN se veut « rassurant » pour les élites économiques

C’est que les fonds d’investissement et les banques s’inquiètent du programme du RN, vu comme « trop social » depuis les années 2010. Flanqué de son conseiller François Durvye, le bras droit du milliardaire suprémaciste Pierre-Edouard Stérin, Bardella s’introduit lentement mais sûrement dans ces cercles patronaux et financiers. Ces milieux ne sont pas préoccupés par la politique raciste et réactionnaire que mènerait le RN (certains peuvent même y être acquis) ; ils sont d’abord préoccupé par une chose : « une prise du pouvoir par le RN va-t-il être bon ou mauvais pour nos affaires ? ».

Alors le bon élève Bardella se montre sage et raisonnable. Les retraites, la santé, la dette : le Rassemblement National va continuer à ravager les services publics, ouvrant de nouveaux marchés pour l’oligarchie, sur le dos des usagers. Comme l’a rappelé le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard : « Citadel LLC, [un fond d’investissements, ndlr] qui était présent ce jour-là, gagne par exemple 700 000 euros par heure simplement en spéculant avec des robots sur les prix de l’énergie et le cours des matières premières, qui a le droit de vie ou de mort sur nos agriculteurs. ».







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En 2020, Marine Le Pen avait beau jeu de critiquer ouvertement ces fonds, notamment Blackrock. Déjà en 2017, les conseillers de Le Pen avaient noué des contacts avec Blackrock et consorts ; en 2025, Bardella poursuit donc une longue tradition de copinage entre extrême droite et les avants-postes de la casse des services publics.

Le RN organise la pénurie, pour et avec les ultra riches

On présente habituellement deux lignes s’affrontant au RN. D’un côté les « souverainistes », débris de l’époque ou Florian Philippot était vice-président du Front National, davantage étatistes, à la coloration soi-disant sociale. Parmi eux on retrouverait Jean-Philippe Tanguy, qui aboie sur le « rôle défaillant » des banques, mais de fait cette ligne est marginalisée. Pour ne pas dire inexistante : au moment de leur contre budget d’octobre 2025, les députés RN, menés par Marine Le Pen (qui avait alors promis « on va voir les banques ») s’étaient montrés plus austéritaires encore que le gouvernement Lecornu.

Lors de cette même présentation de contre budget, un autre député RN avait abondé « Nous assumons une forte baisse des dépenses », un certain Jean-Philippe Tanguy.

« Les banques sont la dernière forteresse à prendre » pour l‘extrême droite

Les banques se réfugient derrière un apolitisme hypocrite pour se laver les mains de tout contact avec l’extrême droite… tout en se montrant prêtes à composer avec elle au besoin. Mais toutes n’assument pas cette logique de la même manière. Du côté du Crédit Agricole, on est ouvertement prêt à collaborer avec le Rassemblement National si ce dernier prend le pouvoir : un des cadres de la banque reconnaît que « c’est une nécessité de leur parler pour éviter qu’ils nous imposent un programme économique hors-sol avec des mesures encore hallucinantes ». Autant dire qu’ils auront peu d’efforts à fournir : Bardella leur mange déjà dans la main.

Les relations du FN/RN avec les banques sont historiquement houleuses. On se souvient des fameux « emprunts russes » du parti des années 2010, dus aux refus de prêts des banques françaises. Mais les bons sondages et les résultats électoraux font que ces banques sont tentées de miser sur le cheval (ou la mule) Rassemblement National.

Rien d’étonnant à ces liens de plus en plus affirmés. L’extrême droite a toujours été stipendiée, financée et, à la fin, pilotée par le grand patronat, pour son intérêt de classe, à commencer, dans les années 1920, par les fascistes italiens. En 2025, entre les intérêts du peuple et ceux de l’oligarchie, Bardella et Le Pen ont choisi.

Pour aller plus loin : Ces votes du RN en faveur des milliardaires que Marine Le Pen essaye de cacher

Sources:linsoumission.fr (Par Alexis Poyard)

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samedi 20 décembre 2025

DNC, abattage systématique, traité UE-Mercosur… Aux côtés des agriculteurs, LFI mobilisée sans relâche.

 

Depuis plusieurs mois, les agriculteurs se mobilisent partout en France. Blocages, rassemblements, actions locales : la colère est forte et largement partagée. Elle s’exprime contre une politique agricole qui, depuis des années, organise la mise en concurrence, la précarisation et l’abandon du monde paysan.

Plus précisément, les agricultrices et agriculteurs mobilisé·es dénoncent la politique gouvernementale d’abattage systématique des troupeaux touchés par l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), ainsi que le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, porté par Emmanuel Macron à grand renfort d’hypocrisie. Alors que la France insoumise alerte depuis de long mois sur l’épidémie de DNC et que son groupe parlementaire est parvenu à faire voter une résolution visant à s’opposer à l’accord UE-Mercosur il y a moins d’un mois, les parlementaires LFI sont sur le terrain, chaque jour, aux côtés du monde paysan en lutte. Notre article.

« S’il y a quelqu’un qui défend les éleveurs c’est bien la députée LFI Manon Meunier et sûrement pas le RN ! » : la France insoumise pleinement mobilisée aux côtés des agriculteurs

Au cœur des mobilisations actuelles, deux sujets majeurs. D’abord, la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), maladie qui touche les bovins. Face à cette crise sanitaire, le gouvernement impose l’abattage massif de troupeaux, sans réelle concertation et sans garanties suffisantes pour les éleveurs concernés. Des fermes entières sont sacrifiées, des années de travail anéanties, sans solution durable. Les agriculteurs réclament une autre stratégie : la vaccination, la prévention et un accompagnement digne. L’été dernier, la France insoumise alertait pourtant déjà la ministre de l’agriculture sur l’épidémie à venir.

Pour aller plus loin : Dermatose nodulaire : face à l’abattage total, les agriculteurs se dressent entre les forces de l’ordre et leurs bêtes

Ensuite, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur cristallise la colère. Cet accord permettrait l’importation massive de produits agricoles ne respectant pas les mêmes normes sociales, sanitaires et environnementales que celles imposées aux paysans français. C’est une concurrence déloyale assumée, qui tire les prix vers le bas et fragilise encore davantage les revenus agricoles.

Alors qu’Emmanuel Macron était bien décidé à voter pour le traité dans la signature décisive prévue cette semaine, le locataire de l’Élysée a demandé un « report ». Depuis huit ans, Emmanuel Macron porte et soutient ce traité aux effets dévastateurs sur la santé et l’environnement. Sous pression de la forte mobilisation des agriculteurs contre la politique sanitaire du gouvernement à propos de la DNC, Emmanuel Macron évoque un « report », qui revient à acter le traité pourtant rejeté par le pays.

Face à cette situation, la France insoumise est présente aux côtés des agriculteurs mobilisés. Elle l’a toujours été. Depuis des années, les insoumis dénoncent les accords de libre-échange, défendent la souveraineté alimentaire et portent l’exigence de prix rémunérateurs pour les producteurs. Le 27 novembre dernier, à l’occasion de sa journée de niche parlementaire, le groupe de la France insoumise à l’Assemblée nationale parvenait à faire voter sa résolution visant à s’opposer à l’adoption de l’accord de libre-échange entre l’UE et le Mercosur.

Pour aller plus loin : UE/Mercosur – Malgré le rejet du traité par l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron s’obstine et demande un simple report

La France insoumise défend une agriculture paysanne, écologique et socialement juste. Une agriculture qui permette aux paysans de vivre de leur travail, qui protège la santé des consommateurs et qui respecte le vivant. Elle refuse une politique qui sacrifie le monde agricole au profit des multinationales et de la logique du libre-échange.

Soutenir les agriculteurs aujourd’hui, c’est défendre l’intérêt général. C’est refuser que ceux qui nourrissent la population soient traités comme une variable d’ajustement.

Sources:linsoumission.fr (Par Par Hakima J.)

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vendredi 19 décembre 2025

« Ennemis du peuple » – Les répressions politiques en Russie sont dirigées contre la classe ouvrière, par Alexey Sakhnin

 Russie. Le 16 décembre, un collège de trois juges du tribunal militaire du district de l’Oural a condamné cinq membres d’un cercle marxiste d’Oufa à des peines allant de 16 à 22 ans de prison, au motif qu’ils auraient prétendument préparé une « prise de pouvoir violente et l’instauration d’un régime communiste en Russie et au Bachkortostan ». Comme preuve de leurs intentions terroristes, le tribunal a retenu le fait que les marxistes d’Oufa étudiaient la « Déclaration des droits du peuple travailleur et exploité », un texte rédigé par Lénine qui a servi de base à la première Constitution soviétique de 1918, ainsi que la possession de matériel de camping : une tente, des sacs à dos et des tapis de sol.

Deux de ces cinq personnes sont de bons amis à moi. Pendant de nombreuses années, ils ont été des militants du « Front de gauche » russe. Dmitri Tchouviline était député du parlement régional du Bachkortostan, une république autonome russe qui arrive en tête des régions russes pour le nombre de morts à la guerre. Bien entendu, ils ne préparaient aucun soulèvement armé. Mais ils étaient effectivement des opposants cohérents et déterminés.

En 2022, Dmitri s’est exprimé ouvertement contre la guerre déclenchée par Poutine. Les membres du cercle discutaient du « début d’une nouvelle guerre impérialiste » et des troubles à venir. Un mois plus tard, ils ont été arrêtés. Lors des perquisitions, les policiers ont battu les personnes interpellées, maltraité leurs animaux domestiques et les ont menacées de mort. Pendant les interrogatoires, on leur mettait un sac noir sur la tête, on les frappait à la tête et on leur disait qu’on les « liquiderait » s’ils ne répondaient pas « correctement ». En entendant le verdict, le plus âgé des membres du cercle, Iouri Efimov, 66 ans, a déclaré : « Je suis un homme vieux et malade, ne me torturez pas, fusillez-moi simplement ». 

Le tournant de la machine répressive

Au cours des quatre années de guerre, la machine répressive de l’État russe a radicalement changé. Pendant de longues décennies, la cible principale des répressions politiques était constituée par les dirigeants de l’opposition antipoutinienne pro-occidentale. Des politiciens, des hommes d’affaires, des responsables d’ONG, des journalistes et des militants étaient emprisonnés ou condamnés à des amendes afin de les contraindre à l’émigration. L’ampleur de cette violence augmentait lentement mais inexorablement. Si, dans les années 2000, il ne s’agissait que de quelques procès politiques par an, au début des années 2020 leur nombre atteignait déjà plusieurs centaines par an.

Parmi les victimes ne figuraient pas seulement des libéraux pro-occidentaux. Des musulmans, des militants de gauche et même certains nationalistes russes passaient sous le rouleau compresseur de la terreur d’État. Mais une règle tacite était respectée : la prison menaçait en cas d’action politique ou de prise de position publique. La majorité dépolitisée de la population restait hors du champ d’attention des forces de sécurité.

Au début de la guerre, les répressions se sont brutalement intensifiées. En un an, le nombre de condamnations prononcées au titre de 33 articles du Code pénal, le plus souvent utilisés pour poursuivre les dissidents, a augmenté de 50 %. Des personnes ont été condamnées à 7–10 ans de prison pour des autocollants antimilitaristes, des piquets de grève solitaires ou des publications sur les réseaux sociaux. Désormais, les victimes n’étaient plus seulement des dirigeants, mais aussi de simples sympathisants de l’opposition. Toutefois, ils provenaient encore majoritairement de la classe moyenne éduquée des grandes villes.

La résistance de cette couche sociale a été totalement écrasée à la mi-2023 : les uns se sont retrouvés en prison, les autres ont quitté le pays. De l’extérieur, on pouvait avoir l’impression que les répressions avaient ensuite diminué, comme si le système avait « digéré » les citoyens d’opposition et s’était apaisé.

Cette illusion était partagée même par la majorité des défenseurs des droits humains. En effet, ceux-ci suivent les répressions à travers des sources ouvertes, en collectant avant tout des informations auprès des victimes elles-mêmes et de leurs avocats. Avant la guerre, la publicité aidait souvent : l’attention des journalistes et des ONG pouvait adoucir les peines. Au cours des trois dernières années, la situation a changé : le système répond désormais à la publicité par une brutalité démonstrative. C’est pourquoi les victimes et les avocats tentent de dissimuler les informations, espérant des sanctions plus légères.

Les répressions ne sont pas devenues moins nombreuses — elles sont devenues moins visibles. Mais surtout, le profil social des victimes des répressions politiques a radicalement changé.


La classe ouvrière sous le coup

« Le FSB à Novorossiïsk a arrêté un ancien prêtre soupçonné de recruter des citoyens en vue de commettre des actes terroristes » — c’est avec ce genre de titres que les flux des médias russes sont aujourd’hui saturés. Ils apparaissent quotidiennement : « Les forces de sécurité ont arrêté dans un train à destination de Belgorod un saboteur originaire de la république de Komi ». Ces informations sont souvent accompagnées de vidéos montrant des hommes masqués se jetant sur une personne inconnue, la battant violemment, la plaquant face contre terre ou la menottant.

Aucune preuve de culpabilité n’est fournie, et ces personnes n’ont même pas eu le temps de commettre le moindre acte. Les journaux se contentent de reproduire les communiqués de la police secrète, qui se vante d’avoir « empêché » des actions dangereuses prétendument préparées par un énième serrurier anonyme, une institutrice ou un chômeur : « À Kalouga, un tribunal attend un habitant local de 38 ans qui photographiait du matériel militaire avant d’envoyer les clichés aux ennemis ».

Le tournant s’est produit à la mi-2024 : une nouvelle vague de répressions politiques a commencé, bien plus massive que la première, au début de la guerre. Au second semestre 2024, la hausse du nombre de condamnations au titre des 33 articles « politiques » a atteint près de 40 %, et au premier semestre 2025 encore 30 %. Leur nombre total a augmenté de 80 % sur un an et de 300 % par rapport à la période d’avant-guerre. En 2025, les tribunaux prononcent environ dix condamnations politiques par jour, et la croissance se poursuit très probablement.

Cette nouvelle vague de répressions a commencé de manière extrêmement brutale, ce qui ne peut indiquer qu’une seule chose : elle a été précédée d’une décision politique. En Russie, il s’écoule en moyenne 6 à 9 mois entre l’ouverture d’une affaire et le verdict. Cette décision a donc été prise à la fin de 2023 ou au début de 2024.

Elle a été précédée de deux événements politiques internes majeurs : la mutinerie de Prigojine (juin 2023) et les manifestations de masse au Bachkortostan en janvier 2024. Le régime a réussi à surmonter ces crises, mais il a dû faire une découverte désagréable : désormais, le mécontentement, et même la résistance, ne proviennent plus du milieu libéral des « habitants avancés des mégapoles », mais des couches sociales inférieures, du monde ouvrier, sur la loyauté duquel le pouvoir comptait depuis des décennies.

Le Kremlin et les dirigeants de son appareil répressif l’ont compris bien avant l’opposition libérale ou les responsables politiques occidentaux. Et ils ont répondu de la seule manière dont ils disposent. Ils ont déchaîné la terreur contre des pauvres désorganisés mais de plus en plus mécontents.

Désormais, le « crime » ne se limite plus à une action de rue ou à une publication sur les réseaux sociaux, mais inclut même une simple conversation dans le fumoir d’une usine ou un commentaire dans le chat d’un immeuble affirmant que les Ukrainiens ont le droit de résister. Des paroles prononcées dans une discussion privée sont considérées par les tribunaux comme une « préparation à la trahison de la patrie ». Une phrase lâchée sous le coup de la colère — « il faudrait les tuer » — à propos des dirigeants devient une « justification du terrorisme ». Les discussions mécontentes de voisins dans un garage se transforment en « création d’une communauté extrémiste ».

Comme à l’époque de Staline, on découvre soudain que les « ennemis du peuple » sont partout. Peut-être constituent-ils la majorité du peuple.

La gauche dans le viseur

Dès que le régime a compris que la menace provenait désormais des couches inférieures de la société, il a ajusté non seulement la cible sociale, mais aussi la cible « idéologique » de sa terreur. Autrefois, les répressions visaient principalement les libéraux pro-occidentaux. Aujourd’hui, ce sont les militants de gauche qui écopent des peines les plus sévères.

Malgré leur faiblesse organisationnelle et politique, ce sont précisément eux qui peuvent potentiellement devenir le porte-voix du mécontentement croissant de la classe ouvrière. Tout le monde est réprimé : anarchistes et antifascistes, fondateurs de syndicats étudiants, intellectuels comme le sociologue Boris Kagarlitski, militants syndicaux comme Anton Orlov.

Les marxistes d’Oufa se sont révélés être des victimes idéales : ils s’opposaient à la guerre sur des positions internationalistes dans une république nationale où des milliers de personnes ont péri dans la boucherie ukrainienne. La notoriété de Dmitri Tchouviline, élu député du parlement local sous l’étiquette du Parti communiste, a été considérée comme une « circonstance aggravante » et a même été mentionnée dans l’acte d’accusation.

Les répressions ont touché même ceux qui ont eu peur de condamner ouvertement la guerre. Par exemple, l’ancien dirigeant du Front de gauche, Sergueï Oudaltsov, qui avait adopté une position ambiguë au début de la guerre, a été arrêté pour « justification du terrorisme ». Selon le parquet, il aurait « justifié le terrorisme » en refusant de reconnaître comme criminels ses camarades d’Oufa, plus déterminés. Un loyalisme prudent ne l’a pas sauvé de la prison, car le pouvoir perçoit clairement la colère sociale croissante, en résonance avec les valeurs, l’histoire et les slogans de la gauche. « L’enquête assimile le marxisme au terrorisme », a déclaré Oudaltsov aux journalistes.

Les gouvernements européens investissent des milliards d’euros dans l’industrie militaire, et le commandant en chef français a déclaré que les Français devaient être prêts à « perdre leurs enfants » dans la lutte contre l’ennemi extérieur. Mais dans cette atmosphère militariste et paranoïaque, les autorités européennes déportent vers la Russie des déserteurs qui risquent, dans leur pays d’origine, la mort ou de longues années de prison. Ils semblent agir délibérément pour saper les possibilités de résistance intérieure, en poussant les Russes à se rallier autour de la dictature.

L’amère ironie réside dans le fait que le seul grand parti soutenant de manière cohérente la résistance russe à la guerre — La France insoumise — est cyniquement accusé de servir Poutine.

Comme cela s’est produit plus d’une fois dans l’histoire, les opposants de gauche à la guerre se retrouvent dans le viseur des « patriotes professionnels » simultanément des deux côtés du front.

Sources:linsoumission.fr (Par Alexey Sakhni)


























 
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mardi 16 décembre 2025

UE/Mercosur – Malgré le rejet du traité par l’Assemblée nationale, Emmanuel Macron s’obstine et demande un simple report

 

 Mercosur. Le 27 novembre dernier, l’Assemblée nationale adoptait la proposition de résolution de la France insoumise visant à s’opposer à l’adoption de l’accord de libre-échange entre le Mercosur (plusieurs pays d’Amérique Latine) et l’Union européenne. Le moment était historique. Pour la première fois, la France votait contre le traité à l’unanimité des députés de cette proposition à l’initiative de LFI.

Alors qu’Emmanuel Macron était bien décidé à voter pour le traité dans la signature décisive prévue cette semaine, le locataire de l’Élysée a demandé un « report ». Depuis huit ans, Emmanuel Macron porte et soutient ce traité aux effets dévastateurs sur la santé et l’environnement. Sous pression de la forte mobilisation des agriculteurs contre la politique sanitaire du gouvernement à propos de la DNC, Emmanuel Macron évoque un « report », qui revient à acter le traité pourtant rejeté par le pays.

Les insoumis mènent une bataille de longue date contre ce traité nauséabond. Plus de la moitié des Français (52 %) sont opposés à un tel accord de libre-échange, qui serait nocif pour les agriculteurs, la santé de chacun et pour la planète. Interviewé par l’Insoumission.fr vendredi dernier, Jean-Luc Mélenchon a de nouveau dénoncé ce traité qui « va tuer l’agriculture française » et « se retournera contre les pays exportateurs d’Amérique du Sud lorsque le marché mondial se tarira ». Notre brève

« L’accord Mercosur est un point de bascule écologique, agricole et démocratique. C’est le plus important accord de libre-échange jamais conclu par l’Union européenne » – Matthias Tavel

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lundi 15 décembre 2025

Guerre d’influence des Émirats arabes unis en France : malgré les alertes de Jean-Luc Mélenchon et de LFI, le silence des médias bourgeois

 Émirats arabes unis. Ce samedi 6 décembre, il y a tout juste une semaine, Jean-Luc Mélenchon acceptait de se présenter devant la « commission d’enquête » anti-LFI destinée à faire croire à l’existence de liens entre la France insoumise et l’islamisme.

Alors que Laurent Wauquiez, pourtant à l’initiative de la farce, n’a pas eu le courage de se présenter à sa propre commission, ses amis de droite et d’extrême droite ont essuyé les plâtres de l’homme aux dîners à 1 000 euros par tête. Pendant plus d’une heure et demie, Jean-Luc Mélenchon a donné un cours magistral et structuré à des députés de droite et d’extrême droite incapables même de réciter correctement leurs propres éléments de langage à l’encontre de la France insoumise.

Mais si l’on a bien été obligé de reconnaître, jusque sur CNEWS, l’impressionnante démonstration de force de Jean-Luc Mélenchon, il est un sujet évoqué par le leader insoumis que les médias bourgeois se sont bien gardés de traiter : l’ombre des Émirats arabes unis planant sur les institutions françaises, et sur la commission d’enquête anti-LFI elle-même. Notre article.

L’ombre des Émirats arabes unis plane sur les médias et les institutions

Ce mardi 9 décembre, Jean-Luc Mélenchon publiait une nouvelle note de blog revenant sur son audition devant la « commission d’enquête » anti-LFI trois jours auparavant. En particulier, le leader insoumis y dénonce le silence implacable des médias de l’oligarchie quant à un sujet majeur que les insoumis tentent de visibiliser depuis des mois, et sur lequel il a lui-même alerté lors de son audition : l’ombre des Émirats arabes unis planant sur les institutions françaises, et sur la commission d’enquête anti-LFI elle-même.

Pour aller plus loin : Jean-Luc Mélenchon ridiculise la commission d’enquête anti-LFI : retour sur le cours magistral du leader insoumis

Ainsi, deux personnes se présentant comme journalistes, Nora Bussigny et Emmanuel Razavi, ont été auditionnées avant Jean-Luc Mélenchon par la commission-mascarade de Laurent Wauquiez. Problème, ces deux personnes sont par ailleurs consultants pour la très confidentielle revue Écran de veille au mode de publication opaque et aux liens documentés avec les Émirats.

Plusieurs articles publiés par Médiapart et Le Monde révèlent en effet l’existence de liens étroits entre cette revue et les services de renseignements des Émirats arabes unis, à travers notamment son fondateur et rédacteur en chef, décrit dans un article du journal Le Monde en date du 3 décembre 2025 comme un « espion », un « agent traitant », « l’un des principaux rouages des opérations d’influences orchestrées (…) au profit des Émirats ». 

Alors que Jean-Luc Mélenchon soulève également le rôle du groupe propriétaire d’Écran de Veille dans la lutte diplomatique acharnée des Émirats arabes unis contre le Qatar, ou encore l’intermédiation d’agences suisses pour le compte d’officines émiraties en France, il doit également être rappelé que c’est aussi la revue Écran de veille qui était à l’origine de la publication du sondage IFOP du 18 novembre dernier ciblant les musulmans et leur pratique religieuse, et contre lequel les députés LFI ont saisi la procureure de la République.

Pour aller plus loin : Sondage IFOP sondant les musulmans et potentielle ingérence des Émirats arabes unis : les députés LFI saisissent la Procureure de la République

Plusieurs mois auparavant, le média L’Informé révélait le scandale de la note bidonnée par les services du ministère des Finances, pour plaire aux Émirats arabes unis et accuser le député LFI Carlos Martens Bilongo d’infractions financières qu’il n’a pas commises, une « affaire » pour laquelle il a définitivement été lavé de tout soupçon. Concrètement, Tracfin, une cellule de Bercy, a trafiqué une note ayant opportunément fuité dans tous les médias bourgeois à la demande des Émirats arabes unis que le député insoumis avait critiqués alors qu’il était co-rapporteur de la mission flash COP27/COP28. 

Les révélations de L’Informé mentionnent une note truffée d’erreurs grossières, transmise à la justice sans base légale, et un déplacement suspect de hauts responsables de Tracfin à Dubaï. L’Informé note : « En se penchant sur le cas du député Carlos Martens Bilongo, le service de renseignement financier va commettre une série de bourdes assez invraisemblables, peu explicables sauf à être intentionnelles. »

Silence assourdissant des médias bourgeois

« Avez-vous remarqué l’absence de reprises de mon propos sur ce point ? Et de la dénonciation du groupe LFI. Pas un mot. Je me demande pourquoi. Ce silence sent fort. Et même, il pue. Ou bien la solidarité de certains avec Netanyahu est-elle étendue à tous les signataires des « accords d’Abraham », comme c’est le cas des Émirats mais pas du Qatar ? En toute hypothèse, soyons clairs : LFI n’est concernée par rien de tout cela. Nous n’avons aucune bataille avec les Émirats ni avec le Qatar. Nous souhaitons donc être tenus à l’écart de leurs conflits. » – « La commission d’enquête sur les « infiltrations islamistes » a-t-elle été infiltrée elle-même au profit d’un conflit entre États islamiques… », Jean-Luc Mélenchon, 9 décembre 2025

Le silence des médias de l’oligarchie au sujet de l’ingérence émiratie en France est assourdissant. Peut-être est-ce parce que la France insoumise en est l’une des victimes directes ? Peut-être parce que les opérations d’ingérence des Émirats en France se servent de fantasmes sur les Frères musulmans dans le cadre de leur conflit diplomatique avec le Qatar, tout comme s’en servent les rédactions bourgeoises pour s’en prendre à la France insoumise ? 

Peut-être aussi du fait d’une solidarité étendue de ces médias avec les États signataires des accords d’Abraham, accords Trumpistes signés en 2020 actant une normalisation du rapport avec Israël de plusieurs États arabes – dont les Émirats arabes unis – indépendamment du génocide toujours en cours en Palestine.

Quelles que soient les raisons de ce silence, Jean-Luc Mélenchon a raison d’alerter : l’ingérence émiratie en France est bien réelle, documentée, et bien en prendrait aux médias bourgeois de troquer leur catéchisme anti-LFI pour un travail sur les opérations d’influences réelles qui pénètrent le pays, et pour s’assurer qu’ils ne sont pas déjà eux-mêmes placés sous l’influence d’infiltrations étrangères.

 Cliquez ici, et retrouvez la dernière note de blog de Jean-Luc Mélenchon – « La commission d’enquête sur les « infiltrations islamistes » a-t-elle été infiltrée elle-même au profit d’un conflit entre États islamiques… »

Sources:linsoumission.fr

























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samedi 13 décembre 2025

Maccarthysme, censures et procédures-baillons : un vent autoritaire souffle sur la France.

 Censure. Une fois de plus, le maccarthysme vient des États-Unis. Cette doctrine qui vise à museler toute opposition (notamment de gauche ou vaguement progressiste) au pouvoir en place, qui est durement appliquée par l’administration Trump, est aussi en vogue dans les cercles de pouvoir français. Il s’agit d’un moyen de plus d’accentuer, pour les gouvernements successifs, le virage autoritaire emprunté par la France depuis une décennie au moins.

Outre l’arsenal juridique mis en place (inscription de l’état d’urgence dans le droit commun, lois sécuritaires…), les violences policières chargées de réprimer l’opposition dans la rue… L’oligarchie et ses larbins utilisent de plus en plus des méthodes de censure, de muselage envers les institutions, voire les personnes qui s’autorisent à penser, à produire de la pensée critique, ou qui pointent ces dérives.

Dénonciation des violences policières, libertés académiques, dissolutions d’organisations écologistes ou antifascistes… Cette fois, ce sont carrément des ministres et des préfets qui mettent leurs mains dans le cambouis du maccarthysme pour attaquer, par des procédures-baillons, l’opposition politique, des associations, des humoristes ou des chercheurs. Le tout servi par un tapis de bombes médiatiques, et au bénéfice de l’extrême droite.

Violences policières : le premier flic de France ne veut pas les voir

Sur le plateau de Radio Nova, l’humoriste Pierre-Emmanuel Barré a dénoncé ce 9 novembre les diverses violences (physiques, sexuelles, menaces…) dont sont accusés plusieurs policiers. Les éborgnés de Sainte-Soline, agressions sexuelles par des fonctionnaires de polices… P-E Barré énumère ces horreurs commises en uniforme, sourcées et documentées, et de conclure : « des viols, des mutilations, des meurtres, et des mecs qui se filment en train de faire tout ça en se marrant : en fait, la police et la gendarmerie, c’est Daech avec la sécurité de l’emploi ». Il n’en fallait pas plus au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez, ex-préfet de Paris, pour porter plainte et se vautrer dans un maccarthysme qui tente de museler des humoristes.

Radio Nova a de suite serré les rangs autour de son humoriste. Un contraste saissant avec le comportement de France Inter, lorsque Guillaume Meurice était sous le feu des critiques pour une blague sur Netanyahu. Pour Nunez, laisser ses fonctionnaires éborgner, mutiler, violer, menacer des citoyens, permettre à la hiérarchie de couvrir ces violences, cela n’appelle pas une réponse politique immédiate. Mais qu’un humoriste ose dénoncer ces problèmes « endémiques », emploie un humour certes corrosif mais pensé comme tel, pour amener à réfléchir à ces sujets, voilà qui est intolérable. Il est bien loin « l’esprit Charlie » tant loué en 2015. Aujourd’hui, un humoriste en France peut se voir traîner dans la boue médiatique et en justice pour avoir fait son travail.

Autre fait à ne surtout pas rappeler aux ministres successifs : la police tue. Déjà en 2022 le candidat du NPA Philippe Poutou avait rappelé cet état de fait. Plainte immédiate du ministre de l’Intérieur de l’époque, l’abject Darmanin. Un pallier est franchi en juillet 2025, alors que les députés Insoumis Aly Dioura et Aurélien Taché avaient aussi rappelé que « la police tue ». Le préfet de Paris de l’époque (un certain Laurent Nuñez) avait alors, première historique, déposé plainte.

Une prise de gallons plus tard, le même L. Nunez, alors ministre, récidive et annonce une plainte contre quatre députés LFI qui, à l’occasion des 20 ans de la mort de Zyeb et Bouna, avaient encore rappelé que « la police tue ». Le maccarthysme paie pour certains : Nunez est passé de préfet de Paris à ministre pour son zèle.

Preuve, s’il en fallait, que cette répression encourage l’extrême droite à imiter le gouvernement : le député LFI Sébastien Delogu, candidat à la mairie de Marseille, a déclaré ce week-end, à propos de la militante Assa Traoré : « Ça les fait criser quand on dit que la police tue. Mais la police, elle a tué son frère [Adama Traoré, ndlr], donc il ne faut pas l’oublier ». Impatient de lui donner raison, la tête de liste du RN à Marseille Franck Allisio a de suite déposé plainte. Le RN est tellement anti-système qu’il devance même le gouvernement dans la répression des opposants et dans le maccarthysme !

Commission parlementaire anti-LFI : quand le maccarthysme se prend les pieds dans le tapis

L’été dernier, le chef des députés LR, Laurent Wauquiez a tenté de créer une commission d’enquête parlementaire ciblant expressément LFI. Raté. L’homme aux repas à 150 000 euros a dégainé une commission « les liens existants entre les représentants de mouvements politiques et des organisations et des réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste ». LFI n’est pas mentionnée, mais bien visée par cette commission empreinte de maccarthysme.

Le moins qu’on puisse dire, que tout a été fait dans cette commission pour diaboliser les Insoumis, et, à terme, justifier une répression accentuée contre LFI et ses partisans. L’ambiance stricte de l’Assemblée, les députés en costume et leurs invités habillés de même… Tout est fait pour « faire sérieux », rendre crédible les attaques contre les Insoumis. En bout de course, l’objectif est clair : jeter une suspicion sur LFI, qui serait à la solde d’un « ennemi intérieur », « séparatiste », anti-républicain…

C’était sans compter sur l’audition ce dimanche de Jean-Luc Mélenchon, qui a sans problème dévoilé la mesquinerie et surtout l’ignorance de ses interlocuteurs de droite et d’extrême droite. Au point que même médiatiquement le discours des dominants reconnaisse les qualités de l’intervention, et la nullité des dirigeants de la commission. Mais l’intention des droites est bien là, et ce même maccarthysme flotte maintenant à l’Assemblée Nationale.

Pour aller plus loin : Jean-Luc Mélenchon ridiculise la commission d’enquête anti-LFI : retour sur le cours magistral du leader insoumis

Censure des universitaires : le maccarthysme contre les lieux de savoirs

Les exemples d’étudiants, d’enseignants et de chercheurs censurés, parfois violemment, par le pouvoir en place ne manquent hélas pas. Là encore, ces attaques contre la liberté académique et la liberté d’expression ont été précédées d’un matraquage médiatique et sémantique abject durant une demi-décennie. Depuis 2020 en effet, et la polémique lancée par les ministres Vidal et Blanquer, les universités sont accusées d’être des nids à « wokisme » (quoi que cela veuille dire), voire à « islamo-gauchistes » complices des terroristes islamistes.

Rien de mieux pour justifier, dans les mois suivants, des attaques politiques et médiatiques contre le monde universitaire dans son ensemble. Le dernier exemple en date, celui de Julien Théry, historien à l’université de Lyon 2, qui a dénoncé les soutiens français au génocide à Gaza, est le dernier exemple du processus. Ce dernier avait publié une liste (publique!) de signataires d’une pétition de soutien au gouvernement d’extrême droite israélien et de sa politique génocidaire : il n’en fallait pas plus pour que son université le suspende de ses fonctions, sous la pression médiatique.

Les universités françaises voient se serrer autour d’elles un étau de surveillance, voire de fichage politique, des étudiants comme de ses personnels. Comme à Aix-Marseille Université (AMU), où l’université demande à un institut privé (l’IFOP, avec la fondation Jean Jaurès) de sonder l’opinion politique de ses étudiants et personnels.

Une démarche qui au moins interroge sur place : pourquoi ne pas confier cette tâche à de vrais sociologues de l’université ? Les syndicats étudiants et professionnels sont eux inquiets, pointant « des questions très intrusives », et craignent un « fichage des campus » et une gestion « répressive » par l’université des données collectées. Encore une fois, de la surveillance politique, du maccarthysme au cœur des universités.

Ce n’est pas un acte isolé : le même type de questionnaire, sur les questions d’islamophobie, d’antisémitisme et de racisme en général, avait été diligenté par le ministère de l’Enseignement supérieur. Plus dangereux encore, le questionnaire lie ces questions, comme si de rien n’était, avec le conflit israélo-palestinien et les questions sont tournées de telle manière que ceux qui « soutiennent la cause palestinienne » sont assimilés à des « soutiens du Hamas ». Sur le fond comme sur la méthode, « l’enquête » a été accueillie par une levée de bouclier.

Le premier syndicat enseignant universitaire dénonce que « ce questionnaire pêche tout à la fois par la confusion des sujets abordés, l’orientation des réponses souhaitées […] et l’illégalité du questionnement des agent·es de la fonction publique par leur autorité de tutelle sur leurs convictions politiques et religieuses. ». Là encore, une crainte de fichage politique est exprimée par les syndicats, enseignants comme étudiants.

Et pour cause, ils sont nombreux les syndicalistes étudiants, notamment, pris pour cible pour leur engagement contre la précarité étudiante ou pour la Palestine. Comme cette membre de l’UNEF Nanterre, espionnée par son université, ou ces trois étudiants de Sciences Po exclus pour leurs prises de position pour la Palestine. Ce n’est pas la première fois que le soutien à la politique génocidaire israélienne sert à réprimer les étudiants en lutte, mais aussi les syndicalistes pros, comme le responsable de la CGT du Nord Jean-Paul Delescaut ou Fabien Villedieu de Sud Rail. Quand ce n’est pas la répression policière qui s’abat, c’est toujours la suspicion, le doute inquisiteur qui président dans les cercles de pouvoir engrainés au maccarthysme du 21ᵉ siècle.

Pour aller plus loin : Une nouvelle République pour une nouvelle France : les propositions de LFI pour une 6e République et une refonte des institutions

Voire l’interdiction pure et simple d’événements, comme il en a été pour le colloque (très sérieux, au vu de son programme, de ses intervenants…) sur la Palestine, prévu au Collège de France… avant d’être annulé par ce dernier. La raison ? La « polémique » entourant le colloque consistait juste à ne pas dérouler le tapis rouge aux soutiens du génocide à Gaza et au gouvernement israélien. Le Collège de France a juste eu peur de retombées médiatiques des organes de l’officialité : Le Point, la LICRA

Et les organisateurs de dénoncer à juste titre « une ère de maccarthysme à la française ». L’annulation a été maintenue, le colloque n’a pas eu lieu, tandis que le CRIF était reçu en grande pompe au Sénat. Cette organisation tient aujourd’hui moins de l’instance « représentative » que du lobby pro-Netanyahu et pro-génocide, au vu de ses prises de position et événements.

Contre la mise au pas de la société, l’extension des libertés fondamentales

Pour aller plus loin : Menace aux libertés fondamentales : ce rapport inquiétant des ONG

Ces exemples dessinent une dérive globale vers un régime autoritaire, en plus des dissolutions d’associations et collectifs (comme la Jeune Garde). Condamné à une fuite en avant toujours plus à droite, le bloc bourgeois chasse sur les terres de l’extrême droite et mène des politiques toujours plus restrictives des libertés, racistes etc. Et loin de faire reculer l’extrême droite par ce maccarthysme, cette dernière se frotte les mains, vampirise le bloc central dans les urnes et imite ses initiatives maccarthystes. Le dernier exemple en date est la plainte du torchon Frontières contre Streetpress et L’Insoumission.

Pour aller plus loin : Le média d’extrême droite Frontières attaque L’Insoumission et StreetPress

En réponse, il faut, non seulement garantir les droits et libertés existants (la chercheuse Stéphanie Balme propose par exemple d’inscrire les libertés académiques dans la Constitution), mais aussi en conquérir de nouveaux. Une Sixième République est donc nécessaire pour le pays, non seulement pour enrayer la dynamique de maccarthysme qui s’empare de la France, mais aussi pour étendre le champ des droits humains et des libertés fondamentales.

Sources:linsoumission.fr (Par Alexis Poyard)


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jeudi 11 décembre 2025

Palestine : les banques étouffent l’aide humanitaire.

 En France, associations, ONG et citoyens solidaires de la Palestine font face à des restrictions financières de plus en plus sévères lorsqu’ils souhaitent porter secours aux Palestiniens génocidés. Entre contrôles renforcés, fermetures soudaines et exigences disproportionnées, un véritable verrouillage menace aujourd’hui l’accès à l’aide humanitaire. 

Les banques complices du génocide en Palestine

Depuis 2024, les fermetures de compte, refus de virements et contrôles renforcés se sont multipliés contre les acteurs de la solidarité avec la Palestine. Associations, ONG et particuliers témoignent de blocages ciblés, y compris pour des transferts de 30, 50 ou 400 euros. Des structures comme l’AFPS ou l’UJFP ont vu leurs opérations interrompues, certaines après vingt ans de relation bancaire. Les banques invoquent la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, mais les acteurs de la solidarité internationale dénoncent une criminalisation de fait.

Une mécanique de suspicion généralisée

Les responsables associatifs décrivent un climat qui se durcit très nettement. Ouvertures de comptes refusées, virements vers Gaza ou la Cisjordanie bloqués, conventions imposées pour chaque envoi : les procédures s’alourdissent au point de retarder des projets agricoles ou sanitaires essentiels. Même des missions humanitaires reconnues, comme celles de la Dre Lescolan en 2024, ont subi des clôtures de compte injustifiées avant d’être annulées sous pression.

Pour aller plus loin : BNP, Crédit Agricole, Société Générale, Banque populaire… Ces banques qui financent largement les entreprises faisant commerce avec les colonies illégales israéliennes en Cisjordanie

La restriction de la solidarité côtoie la complaisance du génocide

Alors que des militants pour la paix et la justice doivent justifier quelques dizaines d’euros, les grands groupes bancaires français ont accordé entre 2021 et 2024 près de 180,3 milliards d’euros à 58 entreprises impliquées dans la colonisation israélienne, auxquels s’ajoutent 156,4 milliards en actions et obligations.

BNP Paribas (28,1 milliards), Crédit agricole (22,77) ou la Société générale (12,63) figurent parmi les plus engagées. Les mêmes groupes qui bloquent les fonds humanitaires financent Alstom, Caterpillar ou Booking.com, cités par l’ONU pour leur rôle dans les colonies. L’Histoire jugera. 

Sources:linsoumission.fr ( Par Ulysse)


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mercredi 10 décembre 2025

Pour Édouard Philippe, « la colonisation n’est pas un crime », le présentateur de LCI rigole de complicité

 

 Édouard Philippe / LCI. Le 8 décembre 2025, Édouard Philippe était invité sur le plateau de LCI pour l’émission « Objectif 2027 ». Entre ses propositions sur un « état d’urgence narco’ » et son annonce d’abstention sur le budget de la Sécurité sociale, c’est un échange glaçant qui a marqué les esprits. Questionné par Jean-Michel Aphatie pour savoir si la colonisation était un crime, l’ancien Premier ministre a répondu sans hésitation : « Non ».

Et comme si cette déclaration ne suffisait pas, Darius Rochebin, le présentateur, y a trouvé prétexte à sourire : « Ahah ! Voici donc le droitomètre de Jean-Michel Aphatie ! ». Des millions de morts, des terres volées, des cultures détruites, des traumatismes intergénérationnels… et le présentateur trouve matière à plaisanter. Édouard Philippe, candidat déclaré à la présidentielle 2027, vient d’afficher en prime time son idéologie néocoloniale décomplexée. Et les médias lui offrent une tribune complice. 

Quand le droit international est foulé aux pieds en prime time

Édouard Philippe n’a manifestement pas pris connaissance des textes juridiques internationaux qui encadrent ces questions. Ou alors, il les ignore délibérément. Car la réalité juridique est sans appel : l’esclavage et la colonisation sont reconnus comme crimes contre l’humanité par les instances internationales les plus éminentes.

Le Parlement européen : une reconnaissance historique

Le 19 juin 2020, à l’initiative de l’eurodéputé réunionnais Younous Omarjee, le Parlement européen a adopté à une large majorité (493 voix pour, 104 contre et 67 abstentions) une résolution historique reconnaissant l’esclavage et la traite négrière comme crimes contre l’humanité.

Dans son discours, Younous Omarjee a déclaré que les théories de hiérarchisation des races sont nées en Europe pour justifier les conquêtes, l’esclavage, la colonisation et l’Holocauste. La résolution invite les institutions et les États membres de l’UE à reconnaître officiellement les injustices du passé et les crimes contre l’humanité commis contre les personnes noires et les personnes de couleur.

Mais le Parlement européen ne s’est pas arrêté là. Comme le rapporte Agence Europe, en mars 2019, le Parlement européen avait déjà appelé à des réparations pour les crimes contre l’humanité commis pendant le colonialisme européen.

La Conférence de Durban : une reconnaissance mondiale

Bien avant la résolution européenne, la communauté internationale s’était prononcée. Lors de la Conférence mondiale contre le racisme de Durban en 2001, l’esclavage et le colonialisme ont été reconnus comme « crimes contre l’humanité » dans la déclaration finale adoptée par plus de 160 nations.

Comme le précisent les Nations Unies, « les États ont convenu que l’esclavage et la traite des esclaves constituent un crime contre l’humanité et qu’il aurait toujours dû en être ainsi. Ils ont également reconnu que le colonialisme a engendré le racisme et la discrimination raciale ».

La déclaration de Durban affirme sans ambiguïté : « La Conférence reconnaît que l’esclavage et le commerce des esclaves, y compris le commerce transatlantique, ont été des tragédies épouvantables dans l’histoire de l’humanité, que ces pratiques constituent un crime contre l’humanité » et que « le colonialisme a entraîné le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée ».

La loi Taubira : la France, pionnière en 2001

Le 21 mai 2001, la France adoptait la loi Taubira. La République française devenait ainsi le premier pays au monde à reconnaître par une loi que « la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du XVᵉ siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité ».

Cette loi ne sort pas de nulle part. Comme le rappelle le Centre international de recherche sur les esclavages, lors de son audition à l’Assemblée nationale le 18 février 1999, Christiane Taubira avait affirmé : « Nous sommes là pour dire que la traite et l’esclavage furent et sont un crime contre l’humanité ; que les textes juridiques ou ecclésiastiques qui les ont autorisés, organisés percutent la morale universelle

Le Statut de Rome : la définition internationale du crime contre l’humanité

Pour comprendre la gravité des propos d’Édouard Philippe, il faut se référer au Statut de Rome de la Cour pénale internationale, adopté le 17 juillet 1998 et entré en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2002.

L’article 7 du Statut de Rome définit les crimes contre l’humanité. Parmi les 15 formes énumérées figurent : le meurtre, la réduction en esclavage, la déportation ou le transfert forcé de population, l’emprisonnement, la torture, le viol, la persécution de tout groupe ou de toute collectivité identifiable pour des motifs d’ordre politique, racial, national, ethnique, culturel, religieux.

Pour aller plus loin : Trump s’attaque au Procureur de la Cour Pénale internationale

Massacres de populations entières, appropriation de terres, déportations massives, travail forcé, destruction systématique de cultures et de langues, violences sexuelles massives, famines organisées : la colonisation coche toutes les cases de la définition du crime contre l’humanité selon le droit international.

Le Statut de Rome précise également que « les crimes relevant de la compétence de la Cour ne se prescrivent pas » et que « l’ordre de commettre un génocide ou un crime contre l’humanité est manifestement illégal ».

Quand un présentateur plaisante face aux crimes contre l’humanité

Au-delà de l’ignorance juridique qu’elle révèle, la séquence télévisée est profondément choquante par sa légèreté. Ce qui aurait dû être un moment de confrontation intellectuelle sérieuse s’est transformé en sketch grotesque.

Jean-Michel Aphatie pose la question sérieusement : « La colonisation est-elle un crime ? », Édouard Philippe répond “Non” avec une assurance déconcertante. Aphatie, resté sérieux, conclut alors : « On se demandait si Édouard Philippe était de gauche ou de droite, je crois que j’ai ma réponse ! ».

Et c’est là que survient le moment le plus choquant. Darius Rochebin, le présentateur de l’émission, éclate de rire. Un rire franc, sonore : « voici donc le droitomètre de Jean-Michel Aphatie ».

Relisons bien la séquence : un ancien Premier ministre vient de nier que la colonisation, ses millions de morts, ses massacres, ses déportations, ses viols systématiques, ses destructions culturelles, soit une série de crimes. Et le présentateur rigole.

Ce rire n’est pas nerveux. Ce n’est pas un malaise. C’est un rire de complicité, le rire de quelqu’un qui trouve la situation amusante, qui transforme une question morale et historique fondamentale en simple anecdote de plateau télé.

Darius Rochebin traite les crimes contre l’humanité de la colonisation comme une blague de fin de soirée. Il plaisante alors qu’il devrait interroger, confronter, rappeler le droit. Il plaisante alors que son rôle de journaliste serait de contextualiser, de rappeler les résolutions internationales, de questionner la légitimité d’un tel discours.

Au lieu de cela, il transforme la négation des souffrances de millions de personnes en sketch humoristique. En « droitomètre ». Comme si nier les crimes contre l’humanité n’était qu’un simple marqueur politique, au même titre qu’une opinion sur la fiscalité.

La complicité médiatique dans toute son horreur

Cette séquence révèle le rôle des médias dans la normalisation des discours néocoloniaux. Darius Rochebin n’est pas un débutant. C’est un journaliste expérimenté, ancien présentateur du 20h de France 2, aujourd’hui sur LCI. Et cet homme rigole face à la négation de crimes contre l’humanité.

Son rire n’est pas innocent. Il signifie : « Ce n’est pas si grave. C’est même drôle. On peut en plaisanter. » Il banalise, il dédramatise, il transforme l’inacceptable en acceptable.

Imaginons un instant qu’un homme politique dise sur un plateau : « Non », à la question : « la Shoah est-elle un crime contre l’humanité ? » Le présentateur rirait-il ? En ferait-il un “droitomètre” humoristique ? Non. Il y aurait un tollé immédiat, une suspension, des excuses publiques.

Mais pour la colonisation, apparemment, on peut rire. On peut minimiser. On peut transformer des millions de morts en anecdote politique. Cette différence de traitement est elle-même révélatrice du racisme structurel qui persiste dans notre société. Certaines victimes méritent le respect absolu. D’autres peuvent être l’objet de plaisanteries télévisées.

Darius Rochebin, par son rire, devient complice. Complice de la banalisation. Complice du négationnisme colonial. Complice d’un système médiatique qui permet à des hommes politiques de nier impunément les crimes contre l’humanité reconnus par le droit international.

Puisqu’Édouard Philippe et le plateau de LCI semblent l’avoir oublié, rappelons quelques faits historiques documentés :

Les massacres de masse

  • En Algérie, les historiens estiment entre 500 000 et 1 million le nombre de victimes algériennes de la conquête coloniale entre 1830 et 1875
  • Au Congo belge, entre 1885 et 1908, le régime de Léopold II a causé la mort d’environ 10 millions de Congolais
  • En Namibie, le génocide des Hereros et des Namas par l’Allemagne coloniale (1904-1908) a exterminé 80% de ces population
  • En Palestine, depuis 1948 et encore aujourd’hui avec le génocide en cours depuis deux ans

L’appropriation des terres et des richesses

La colonisation n’était pas une « mission civilisatrice ». C’était un système organisé de pillage. Les terres arables ont été confisquées. Les ressources naturelles ont été exploitées au seul profit des métropoles. Les économies locales ont été détruites pour servir les intérêts coloniaux.

La destruction culturelle et linguistique

Des langues ont été interdites. Des pratiques culturelles ont été criminalisées. Des systèmes éducatifs ancestraux ont été anéantis. C’est ce qu’on appelle un ethnocide : la destruction méthodique de l’identité d’un peuple.

Le travail forcé

Le travail forcé en situation coloniale n’était rien d’autre qu’une forme d’esclavage. Des millions de personnes ont été contraintes au travail dans des conditions inhumaines, pour construire des infrastructures servant uniquement aux intérêts coloniaux.

Un ancien Premier ministre qui ignore – ou méprise – le droit

Édouard Philippe n’est pas n’importe qui. C’est un ancien Premier ministre de la République française, un homme qui a exercé les plus hautes fonctions de l’État entre 2017 et 2020, un agrégé de lettres classiques et docteur en droit.

Que cet homme, avec ce parcours, nie que la colonisation soit un crime, est révélateur d’un mépris profond pour les victimes et leurs descendants, pour le droit international, pour les avancées mémorielles de ces dernières décennies, pour les populations des Outre-mer, dont beaucoup d’ancêtres ont directement subi la colonisation.

Sa position entre en contradiction totale avec la loi Taubira de 2001, la résolution du Parlement européen de 2020, la déclaration de Durban de 2001, le Statut de Rome

Un candidat à la présidentielle 2027 qui assume le néocolonialisme

Car voilà le contexte qui rend cette séquence encore plus grave : Édouard Philippe se prépare à candidater à l’élection présidentielle de 2027. L’ancien Premier ministre, qui a créé son parti Horizons en 2021, multiplie les apparitions médiatiques dans le cadre de sa campagne.

Et c’est dans ce contexte de pré-campagne présidentielle qu’il vient affirmer, sur un grand média national, que la colonisation n’est pas un crime.

Mesurons bien ce que cela signifie : un homme qui brigue la plus haute fonction de l’État, qui voudrait représenter TOUS les Français, nie publiquement les crimes contre l’humanité reconnus par le droit international. Un homme qui pourrait potentiellement devenir président de la République et représenter la France sur la scène internationale, alors même que le Parlement européen et l’ONU ont reconnu ces crimes.

Un homme qui pourrait avoir à parler au nom de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Guyane, de La Réunion, de Mayotte, de la Nouvelle-Calédonie – tous ces territoires dont les populations ont directement subi la colonisation et ses conséquences. Comment pourrait-il incarner la République pour eux ?

L’arnaque est là, en pleine lumière : Édouard Philippe se positionne comme un homme « modéré », « raisonnable », « républicain ». Mais derrière le costume trois-pièces et la cravate se cache un néocolonialisme décomplexé. C’est un homme qui, en 2025, peut nier tranquillement que des millions de morts, des terres volées, des cultures détruites constituent un crime.

Ce n’est pas un « dérapage ». C’est un positionnement idéologique assumé, affiché en pleine campagne présidentielle. Édouard Philippe veut que les Français sachent exactement ce qu’il pense. Et ce qu’il pense, c’est que la colonisation, finalement, « ça allait ». Que s’approprier les terres d’un autre peuple, le massacrer, le réduire en esclavage, détruire sa culture… “mouais, ça va”.

Les réactions : entre indignation et mobilisation

Sur les réseaux sociaux, les militants anticolonialistes, les associations antiracistes et les défenseurs des droits humains ont immédiatement réagi. Le tweet d’Andrée Taurinya, députée LFI de la Loire, dénonçant ces propos a été largement partagé, cristallisant l’indignation collective.

Beaucoup ont pointé l’incompatibilité entre ces propos et toute fonction politique nationale, a fortiori la présidence de la République.

Comment un homme qui nie les crimes contre l’humanité de la colonisation pourrait-il représenter dignement tous les Français, y compris ceux des Outre-mer et les descendants des peuples colonisés ? Comment pourrait-il parler au nom de la Martinique, de la Guadeloupe, de La Réunion, de Mayotte ?

Comment un journaliste qui rigole face à cette négation pourrait-il continuer à prétendre à l’impartialité et à la rigueur professionnelle ? Darius Rochebin devrait-il présenter des émissions politiques après avoir banalisé par son rire la négation de crimes contre l’humanité ?

Pourtant, le silence assourdissant de nombreux responsables politiques face à cette déclaration est frappant. Où sont les prises de position fermes des autres partis ? Où sont les condamnations claires ? Où sont les appels à la responsabilité médiatique ?

Ce que nous devons retenir

Le 8 décembre 2025, Édouard Philippe a nié en direct que la colonisation soit un crime. Darius Rochebin en a plaisanté. Le silence des autres responsables politiques est assourdissant.

Trois scandales en un : un ancien Premier ministre foule aux pieds le droit international. Un présentateur télé transforme les crimes contre l’humanité en sketch humoristique. Un candidat présidentiel affiche son néocolonialisme décomplexé sans que personne ne bronche.

La colonisation n’est pas un sujet de débat. C’est un crime contre l’humanité reconnu par le droit international.

Nous n’oublierons ni les propos, ni le rire, ni le silence des autres.

Sources:linsoumission.f

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mardi 9 décembre 2025

Jean-Luc Mélenchon ridiculise la commission d’enquête anti-LFI : retour sur le cours magistral du leader insoumis

 Jean-Luc Mélenchon. L’alliance Macron-Wauquiez-Le Pen vient d’apprendre à grands frais ce que cela fait, de se prendre un boomerang en pleine figure. Ce samedi 6 décembre, Jean-Luc Mélenchon acceptait de se présenter devant la « commission d’enquête » anti-LFI destinée à faire croire à l’existence de liens entre la France insoumise et des groupes terroristes.

Alors que Laurent Wauquiez, pourtant à l’initiative de la farce, n’a pas eu le courage de se présenter à sa propre commission, ses amis de droite et d’extrême droite ont essuyé les plâtres de l’homme aux dîners à 1 000 euros par tête. Pendant plus d’une heure et demie, Jean-Luc Mélenchon a donné un cours magistral et structuré à des députés de droite et d’extrême droite, incapables même de réciter correctement leurs éléments de langage à l’encontre de la France insoumise.

Jusque sur CNEWS, on a été obligés de reconnaître, la larme à l’œil, l’impressionnante démonstration de force du leader insoumis. S’il le fallait encore, Jean-Luc Mélenchon a démontré avec la plus grande clarté qu’il n’y a pas dans ce pays de responsable politique de classe comparable. Non seulement la commission d’enquête anti-LFI aura été ridiculisée, mais elle aura aussi permis au leader insoumis de présenter la vision d’ensemble du mouvement insoumis, une vision émancipatrice, humaniste et antiraciste. 

Jean-Luc Mélenchon éparpille façon puzzle l’indigence des députés de droite et d’extrême droite 

Depuis plusieurs semaines se tient la « commission d’enquête » de Laurent Wauquiez explicitement destinée à faire croire à l’existence de liens entre la France insoumise et des groupes terroristes. Fiasco annoncé et confirmé dès les premières minutes des premières auditions, cette mascarade anti-LFI aurait dû s’attendre à voir les derniers clous de son cercueil plantés par l’audition du tribun insoumis. 

Peut-être d’ailleurs que Laurent Wauquiez l’avait vu venir ? Voilà que le très courageux président du groupe LR à l’Assemblée a préféré rester bien à l’écart, loin du carnage annoncé pour les siens, probablement bien loti dans une de ces pièces du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes où l’on sert des repas à plus de 1 000 euros par tête aux frais du contribuable. 

Pour aller plus loin : « Commission d’enquête » contre LFI – La Préfecture de Police donne tort à Laurent Wauquiez, Nora Bussigny et à tous les auteurs anti-LFI

Car toujours est-il que, Wauquiez ou non, Jean-Luc Mélenchon a démonté un à un les mensonges de ses procureurs, ici sur les éternels procès en antisémitisme, là sur leurs fantasmes au sujet de liens entre la France insoumise et des groupes islamistes. Pour chaque accusation fallacieuse, le leader insoumis a démonté méthodiquement les mensonges et imprécisions auxquels ses juges de circonstances ne semblaient même pas croire eux-mêmes. 

Plus ridiculisant encore pour eux a sans doute été le cours précis et complet que Jean-Luc Mélenchon leur a donné sur l’histoire de France et de la laïcité. Entre réflexions philosophiques et références historiques, Jean-Luc Mélenchon aura dévoilé tout au long de son audition l’islamophobie et le racisme à peine voilés des députés de droite et d’extrême droite partisans de la commission, en même temps qu’il les aura ramenés à leur manifeste indigence historique, politique et intellectuelle.

« Jean-Luc Mélenchon est un homme politique d’une classe à part » – Sur CNEWS, les éditorialistes contraints de reconnaître la supériorité de Jean-Luc Mélenchon

Après l’audition du leader insoumis, personne, même pas sur CNEWS, n’a trouvé le moyen de nier l’évidence : il n’y avait pas dans cette salle, ni en dehors, de responsable politique à la stature et au bagage politique et intellectuel égalant de près ou de loin celui de Jean-Luc Mélenchon.

Alors que les quelques députés de droite et d’extrême droite présents se sont vu renvoyer le boomerang de leur propre proximité avec des groupes islamistes – notamment au moment de la « Manif pour tous » – même les éditorialistes de CNEWS ont été contraints de reconnaître la performance magistrale du tribun insoumis.

Ainsi les sbires de Bolloré, désabusés, déclarent tantôt que Wauquiez et ses amis « n’ont pas les armes intellectuelles pour répondre à Jean-Luc Mélenchon », que « Jean-Luc Mélenchon est un homme politique d’une classe à part avec une érudition, une culture, et une maitrise de l’Histoire qui le distinguent de ses contradicteurs à la culture limitée », ou encore que « Dans un duel face au RN à l’élection présidentielle de 2027 ce ne sera pas le résultat 70/30 que certains disent ! ».

Une éclatante démonstration de force pour Jean-Luc Mélenchon et le mouvement insoumis

L’audition de Jean-Luc Mélenchon devant la commission d’enquête anti-LFI aura eu un double effet. D’une part, celui de révéler au grand jour l’indigence et la couardise de celles et ceux qui passent leur vie et leur carrière à calomnier et à insulter le leader insoumis. Elle montre aussi le défaut de coordination des adversaires de la France insoumise, mal-préparés, mal-coordonnés, avec une stratégie de confrontation qui s’est finalement retournée contre ses propres initiateurs.

Pour aller plus loin : Jean-Luc Mélenchon troisième personnalité politique la plus soutenue : le leader insoumis déjoue l’acharnement médiatique

D’autre part, celui de réaffirmer avec une clarté éclatante qu’il n’y a pas dans le pays de responsable politique de classe comparable à celle de Jean-Luc Mélenchon, ni de mouvement à la structure aussi forte et au projet aussi clair, exigeant et ambitieux que la France insoumise. Laurent Wauquiez, ses amis, et ses relais médiatiques auront finalement permis au leader insoumis de présenter en plus d’une heure et demie la vision émancipatrice, humaniste et antiraciste de la France insoumise. Depuis, silence radio de Wauquiez.

Sources:linsoumission.fr


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