La présence de Némésis lors des manifestations pour instrumentaliser le 8 mars met en lumière une vérité glaçante : l’extrême droite avance, partout en Europe, pour réduire les droits des femmes. De la Pologne à l’Italie, en passant par la Hongrie et Malte : des lois restrictives, des discours haineux et des attaques contre les féministes tentent de façonner une Union européenne hostile pour les corps et les libertés.
L’Insoumission revient sur la façon dont l’extrême droite européenne menace concrètement les droits des femmes.
L’extrême droite : un danger pour les droits reproductifs et de l’accès à la santé
Selon l’Organisation mondiale de la santé, environ 22 000 femmes meurent chaque année de complications liées à des avortements non médicalisés.
L’un des terrains où le recul est le plus tangible concerne les droits reproductifs, notamment celui de l’accès à l’avortement. Même dans des pays où l’IVG est théoriquement protégée, les conditions d’accès se compliquent sous la pression des politiques conservatrices. Une dynamique qui alimente une inégalité d’accès au droit fondamental à disposer de son corps à l’échelle de l’Union européenne.
En Pologne, l’avortement est quasiment interdit. Depuis la décision historique de la Cour constitutionnelle polonaise en 2020, l’avortement n’est autorisé qu’en cas de risque vital pour la mère ou de malformation létale du fœtus. Désormais, les femmes cherchant un avortement légal hors de ces exceptions sont contraintes de voyager à l’étranger, ce qui entraîne des coûts, des délais et parfois des complications médicales. Les femmes sont donc contraintes d’avoir recours à des pratiques qui les mettent en danger, et les femmes les plus précaires sont les plus exposées aux méthodes d’avortement clandestines les plus dangereuses.
Malte est resté longtemps le pays de l’UE à appliquer une tolérance zéro. La loi a été modifiée dans les mêmes conditions que la Pologne en 2023 à la suite de l’affaire scandaleuse et très médiatisée en 2022 impliquant une touriste américaine en voyage à Malte. Cette dernière s’était vue refuser un avortement alors que sa vie était en danger ; pour interrompre sa grossesse, elle avait dû se rendre en Espagne.
Quant à la Hongrie, des contraintes administratives supplémentaires ont été instaurées, comme l’obligation honteuse d’écouter les battements du cœur du fœtus avant d’accéder à l’IVG.
Face à ces reculs, la solidarité transnationale s’organise à l’échelle européenne. L’initiative citoyenne « My Voice, My Choice », portée par des militantes de plusieurs États membres, qui vise à garantir un accès sûr et financé à l’avortement dans l’ensemble de l’Union, a été signée par plus de 1,2 million de personnes. Le 26 février 2026, la Commission européenne a donné une issue favorable à cette initiative. Une réponse positive en trompe-l’œil, alerte la députée Emma Fourreau, puisqu’aucun fonds indépendant n’est créé. C’est le Fonds social européen qui sera mobilisé, sans en augmenter son budget et en mettant en concurrence le droit à l’avortement avec les autres dispositifs financés par ce fonds.
Un projet politique réactionnaire visant à imposer un modèle familial traditionnel
L’extrême droite européenne mène une bataille idéologique concernant la reconnaissance des identités de genre et la configuration juridique de la famille pour renforcer l’idée d’un modèle familial traditionnel.
Dans certains pays d’Europe centrale, des mouvements législatifs influencés par des partis d’extrême droite ont intégré dans leur Constitution une définition binaire du genre (homme/femme) excluant toute reconnaissance légale des identités trans ou non-binaires. C’est le cas de la Hongrie et de la Slovaquie.
Ces mesures sont hypocritement présentées comme des défenses de la « stabilité familiale », mais elles ont des conséquences concrètes : elles excluent des protections juridiques pour les personnes trans et non-binaires et légitiment une vision conservatrice et hétéronormative de la société.
En parallèle de ce que mettent en place ces gouvernements, il y a sur les réseaux sociaux une montée de la tendance du mode de vie « tradwife » née aux États-Unis. Des influenceuses d’extrême droite prônent le retour d’un mode de vie où la femme est cloisonnée à son foyer tout en étant une épouse modèle. Un schéma de vie que l’extrême droite tient pour idéal. En France, l’ancienne porte-parole de Génération Identitaire, Thaïs d’Escufon, en fait son nouveau combat. Elle publie régulièrement du contenu sur les réseaux sociaux en jouant la carte de l’antiféminisme et en promouvant auprès du public incel ces valeurs familiales traditionnelles.
L’utilisation du Parlement européen pour mettre en œuvre un projet politique rétrograde
Les députés d’extrême droite s’opposent fréquemment aux traités et conventions conçus pour renforcer les droits des femmes. Il suffit de regarder les votes au Parlement européen pour remarquer que le Rassemblement National s’illustre par son hostilité envers les mécanismes de protection contre les violences sexistes et sexuelles. Le RN a voté contre :
- Le rapport Tarabella, qui incluait la promotion de la parité, de l’accès à la contraception et à l’avortement.
- La Convention d’Istanbul, traité européen majeur pour la prévention et la lutte contre la violence faite aux femmes.
- La résolution sur les écarts de salaires entre les femmes et les hommes.
- La résolution condamnant les restrictions de l’avortement en Pologne.
- La résolution instituant des formations pour lutter contre le harcèlement sexuel dans les institutions de l’UE.
Il s’est également abstenu sur la résolution prévoyant l’introduction du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne en 2024.
Si le Rassemblement National tente de faire oublier son hostilité envers la protection des droits des femmes grâce à son discours fémonationaliste, il n’en reste pas moins qu’il représente une arnaque et une menace.
Pour aller plus loin : Portrait – Jocelyn Dessigny, ce député RN champion du sexisme
Les attaques indirectes : budgets, institutions et programmes
L’attaque des droits des femmes ne passe pas uniquement par de grandes lois. Elle se déploie aussi par des stratégies plus discrètes : la baisse des financements, la fragilisation des contre-pouvoirs et la bataille culturelle dans l’éducation.
En Europe, de nombreuses associations féministes rapportent des baisses de subventions critiques. En France, plus de 70 % des associations d’aide aux femmes victimes de violences signalent une situation financière dégradée, impactant directement l’accompagnement des victimes et la prévention.
Les institutions indépendantes chargées de veiller à l’égalité des genres sont systématiquement sous-financées ou marginalisées, limitant leur capacité à protéger les droits des femmes et à promouvoir des politiques publiques efficaces.
Des mesures dans plusieurs États européens limitent l’enseignement sur l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. En Hongrie, en Italie et en Pologne, le contenu des programmes scolaires est censuré, empêchant la sensibilisation à l’égalité et la prévention des discriminations dès le plus jeune âge. Pourtant, ces temps de sensibilisation sont primordiaux pour enseigner le consentement dès le plus jeune âge et lutter contre les pratiques incestueuses, mais aussi contre les violences sexistes et sexuelles qui peuvent survenir à tout moment. À l’échelle de la France seulement, la CIIVISE estime qu’en moyenne trois enfants par classe sont victimes d’inceste.
Face à l’extrême-droite institutionnelle, la résistance insoumise
Les parlementaires insoumises Manon Aubry et Mathilde Panot ont incarné des actions concrètes de résistance face à l’extrême droite européenne.
En avril 2025, elles se sont rendues en Pologne pour y apporter des pilules abortives destinées à des militantes locales. Cette action a permis de remettre des centaines de pilules abortives à des associations actives sur place. Pour les deux élues, il s’agissait d’apporter leur pleine solidarité avec les femmes privées de leur droit fondamental de disposer de leur corps.
Cette initiative est représentative d’une résistance politique active, qui ne se limite pas à des votes en séance, mais qui s’étend sur le terrain en incarnant la désobéissance politique face à des lois injustes qui mettent en danger les femmes.
La résistance insoumise se déploie également au niveau civil et associatif : en mars 2025, Mathilde Panot a co-organisé un colloque international intitulé « Mobilisations féministes contre l’extrême droite », en collaboration avec l’institut La Boétie et le groupe de la Gauche au Parlement européen. Des militant.es venus d’Italie, de Pologne, d’Andorre ou de Tunisie ont pu partager leurs expériences, soulignant que l’IVG demeure au cœur des résistances féministes face aux attaques réactionnaires.
Ce 8 mars, il est de notre devoir de rappeler, de nouveau, que l’extrêmedroite n’a pas, et n’aura jamais sa place au sein de nos luttes.






