Face à la hausse brutale des prix de l’énergie et des biens essentiels, une question simple se pose : qui doit payer l’inflation ? Les multinationales qui spéculent sur les crises ou la population qui en subit les conséquences ? Derrière cette interrogation se dessine un clivage politique fondamental. D’un côté, le gouvernement et le Parti socialiste persistent dans une logique de laisser-faire. De l’autre, le Rassemblement national propose des mesures coûteuses et inefficaces comme la baisse de la TVA. À rebours de ces impasses, une seule solution permet de protéger immédiatement la population : le blocage des prix. Notre article.
Une inflation alimentée par la spéculation, pas par les coûts
La hausse actuelle des prix de l’énergie est souvent présentée comme une fatalité liée aux tensions géopolitiques. C’est en partie vrai : les perturbations de l’approvisionnement mondial jouent un rôle. Mais cette explication est largement insuffisante. En réalité, une part importante de la hausse des prix relève de mécanismes spéculatifs. Les
carburants vendus aujourd’hui ont été produits à partir de pétrole acheté avant la flambée des cours. Pourtant les prix à la pompe augmentent immédiatement. Pourquoi ? Parce que les acteurs du secteur anticipent les hausses futures et les répercutent sans attendre. Autrement dit, ils fixent les prix non pas en fonction de leurs coûts réels, mais en fonction de ce qu’ils pensent pouvoir faire payer demain.
Ce mécanisme permet aux grands groupes énergétiques de dégager des marges exceptionnelles. En 2022, le groupe TotalEnergies a réalisé plus de 20 milliards de dollars de profits, un record historique, et ses profits ont été multipliés par quatre en une décennie. Ces dernières années, les profits du secteur ont explosé, bien au-delà de l’évolution des coûts. Selon plusieurs études économiques, les profits ont contribué jusqu’à près de la moitié de la hausse des prix dans certains secteurs. L’inflation actuelle n’est donc pas seulement une inflation importée : c’est aussi une inflation des profits.
Les classes populaires en première ligne
Comme toujours, ce sont les ménages les plus modestes qui subissent le plus durement cette situation. L’énergie, les transports ou encore l’alimentation représentent une part bien plus importante de leur budget. Lorsque les prix augmentent, ils n’ont aucune marge d’adaptation. Cette réalité économique est connue : plus un revenu est faible, plus la part des dépenses contraintes est élevée. L’inflation agit donc comme un impôt régressif. Elle frappe davantage ceux qui ont le moins.
Les petites entreprises sont également en première ligne. Artisans, transporteurs, PME : tous subissent la hausse des coûts sans toujours pouvoir la répercuter sur leurs prix. Beaucoup se retrouvent pris en étau entre fournisseurs et clients.
Le blocage des prix : une mesure simple et efficace
Face à cette situation, le blocage des prix apparaît comme une réponse immédiate et efficace. Le principe est simple : fixer un prix maximum pour certains biens essentiels, notamment les carburants, au niveau d’avant la crise.
Contrairement à une idée reçue, cette mesure est parfaitement légale. Le droit français permet déjà, en cas de circonstances exceptionnelles, de réglementer les prix. Il ne s’agit donc pas d’une révolution, mais de l’application d’un outil existant. Surtout, le blocage des prix a déjà été utilisé à de nombreuses reprises, sans provoquer de pénuries. Que ce soit lors de crises passées (comme durant la guerre du Golfe en 1990) ou dans les territoires d’outre-mer où certains prix sont encadrés de manière permanente, les faits contredisent les discours alarmistes. Pourquoi cela fonctionne-t-il ? Parce que, à court terme, les entreprises disposent de stocks et de marges suffisantes pour absorber le choc.
Les carburants actuellement vendus ont été raffinés à partir de pétrole acheté avant la hausse, ce qui signifie que le blocage des prix ne rogne pas immédiatement les marges. Et à moyen terme, l’État peut intervenir pour empêcher les stratégies de contournement, notamment par des réquisitions ou une régulation plus stricte.
Le mythe des pénuries
L’argument principal contre le blocage des prix est toujours le même : il provoquerait des pénuries. Cet argument, largement repris dans le débat public, ne résiste pas à l’analyse. D’abord, les exemples historiques montrent le contraire. Ensuite, les pénuries ne sont pas une conséquence automatique du blocage des prix : elles dépendent du rapport de force entre l’État et les acteurs économiques. D’autant que le secteur du raffinage en France est fortement concentré : quelques grands groupes disposent d’un pouvoir de marché considérable. Face à des quasi-monopoles, le laisser-faire ne produit pas de concurrence mais des rentes.
Si des entreprises tentent de contourner la régulation en réduisant l’offre ou en exportant leur production, l’État dispose de leviers puissants : réquisitions, sanctions, voire nationalisations. L’énergie étant un secteur stratégique, il est légitime que la puissance publique intervienne pour garantir l’approvisionnement.
En réalité, l’argument des pénuries sert surtout à dissuader toute intervention publique et à préserver les marges des grandes entreprises.
Pour aller plus loin : Pourquoi il faut bloquer les prix
Le RN : une fausse solution au service des profits
Face à la crise, le Rassemblement national propose de baisser la TVA sur les carburants. Cette mesure peut sembler séduisante au premier abord. Mais elle est en réalité inefficace, injuste et coûteuse.
Inefficace, car rien ne garantit que la baisse de la TVA sera répercutée sur les prix. Les entreprises peuvent très bien en profiter pour augmenter leurs marges. L’histoire économique récente le montre : lors de la baisse de la TVA dans la restauration, l’essentiel du gain a été capté par les patrons, pas par les consommateurs.
Injuste, car cette mesure revient à subventionner indistinctement la consommation, sans cibler ceux qui en ont le plus besoin. Elle bénéficie autant aux ménages aisés qu’aux plus modestes. Coûteuse, enfin, car elle prive l’État de recettes importantes. Une baisse massive de la TVA sur l’énergie représenterait entre 17 milliards d’euros de manque à gagner pour les finances publiques selon Bercy. Autrement dit, ce sont les contribuables qui financent une mesure dont les principaux bénéficiaires risquent d’être… les multinationales de l’énergie.
La baisse de la TVA ne s’attaque pas à la racine du problème : la formation des prix et la spéculation. Elle laisse intact le pouvoir des grands groupes.
Le gouvernement et le PS : l’impuissance organisée
Du côté du gouvernement et de ses alliés, la stratégie est celle du laisser-faire, agrémentée de mesures ponctuelles. Contrôles marginaux, appels à la responsabilité des entreprises, chèques énergie : autant de dispositifs qui donnent l’impression d’agir sans jamais remettre en cause les mécanismes de marché.
Le problème des aides directes comme les chèques énergie est bien connu : elles consistent à compenser les effets de la hausse des prix sans s’attaquer à ses causes. Résultat : les entreprises continuent de réaliser des profits élevés, tandis que l’État prend en charge une partie de la facture.
Ce modèle a déjà été expérimenté avec le bouclier tarifaire. Son coût pour les finances publiques a été colossal (60 milliards €). Mais dans le même temps, les profits du secteur énergétique ont continué d’augmenter. Autrement dit, on socialise les pertes et on privatise les gains.
Bloquer les prix, c’est reprendre le pouvoir
Le blocage des prix ne se limite pas à une mesure technique. Il s’agit d’un choix politique fondamental : celui de reprendre le contrôle sur l’économie. Dans un contexte où des secteurs entiers sont dominés par quelques grandes entreprises, laisser les prix se fixer librement revient à abandonner une part essentielle de la souveraineté économique. L’énergie n’est pas un bien comme les autres. Elle conditionne l’ensemble de l’activité économique et la vie quotidienne. À ce titre, elle doit être traitée comme un bien stratégique.
Au-delà de l’urgence : transformer le modèle
Enfin, le blocage des prix doit s’inscrire dans une stratégie plus large. La répétition des crises énergétiques montre les limites de notre dépendance aux énergies fossiles et aux marchés internationaux.
Répondre durablement à ces enjeux suppose d’engager une bifurcation écologique : développement des énergies renouvelables, investissement massif dans les transports publics, rénovation énergétique des logements.
Cela implique également de repenser le rôle de l’État dans l’économie, notamment dans les secteurs stratégiques. La question de la nationalisation des grands groupes énergétiques ne peut plus être écartée.






