Pourtant, les travaux des chercheurs et les données disponibles racontent une réalité beaucoup plus claire et beaucoup moins commode pour ce récit. Depuis quarante ans, la violence politique meurtrière en France provient très majoritairement de l’extrême droite. Regarder les faits en face est indispensable. Non seulement pour comprendre la réalité, mais aussi pour défendre la démocratie. Face à la menace fasciste, et l’irresponsabilité du Parti socialiste dans la période, LFI a proposé un front antifasciste au second tour des élections municipales. Notre article.
Une montée générale des violences politiques
Les violences politiques existent depuis longtemps en France, mais elles ont connu une intensification ces dernières années. La sociologue Isabelle Sommier, professeure de sociologie politique à l’université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de ces questions, a dirigé plusieurs travaux majeurs sur le sujet, notamment l’ouvrage Violences politiques en France de 1986 à nos jours.
Avec ses collègues, elle a constitué une base de données recensant les épisodes de violence politique en France. Les résultats sont éclairants : 5 500 épisodes de violence ont été recensés entre 1986 et 2016, et plus de 2 300 depuis 2016.
Ces épisodes recouvrent des situations variées : agressions, affrontements entre groupes militants, dégradations ou violences lors de mobilisations sociales. Cette hausse s’explique en partie par la succession de crises sociales qui ont traversé le pays ces dernières années : mobilisations contre les lois travail, mouvement des gilets jaunes, manifestations contre la réforme des retraites, mobilisations antivaccins ou encore mouvements agricoles.
Mais cette augmentation globale ne signifie pas que toutes les violences se ressemblent. Les modes d’action diffèrent profondément selon les camps politiques.
Selon Isabelle Sommier, les groupes d’extrême droite utilisent massivement l’agression directe contre des personnes.
Pour aller plus loin : Marche (suprémaciste) blanche : un défilé néonazi déguisé en hommage à Quentin Deranque
Les agressions racistes, marqueur historique de l’ultradroite
Les recherches montrent que la violence d’extrême droite vise très souvent des personnes plutôt que des symboles ou des biens. Et surtout, elle cible massivement certaines catégories de la population.
Selon Isabelle Sommier, sept agressions d’ultradroite sur dix visent des personnes de couleur ou supposées telles. Les autres visent des adversaires politiques : militants antiracistes, antifascistes, militants de gauche ou personnes LGBT.
Ce type de violences s’inscrit dans une tradition bien connue : celle des ratonnades, ces expéditions punitives menées par des groupes racistes contre des personnes perçues comme étrangères. Ces pratiques existent depuis plusieurs décennies dans les milieux néonazis et skinheads. Elles se sont ensuite diffusées dans différentes mouvances de l’extrême droite radicale.
Cette violence ne se limite malheureusement pas aux agressions. Elle a aussi fait des morts. Selon les travaux d’Isabelle Sommier, sur les 57 morts liées à des violences entre groupes politiques entre 1986 et 2017, 52 sont imputables à la droite radicale.
D’autres recensements aboutissent à des constats similaires. Le collectif antifasciste La Horde a établi une liste documentant 48 personnes tuées par l’extrême droite en France depuis 1986.
En 1995, Ibrahim Ali, jeune rappeur marseillais de 17 ans, est abattu par des militants du Front national alors qu’il rentrait d’une répétition. La même année, Brahim Bouarram est jeté dans la Seine par des skinheads lors d’un défilé du Front national à Paris. En 2013, Clément Méric, étudiant et militant antifasciste, meurt à Paris après une agression de militants néonazis.
Ces crimes rappellent une réalité souvent minimisée : l’extrême droite n’est pas seulement une force électorale. C’est aussi un milieu politique dans lequel la violence est une pratique militante.
Une radicalisation récente de l’extrême droite
Les chercheurs observent par ailleurs un durcissement des violences d’extrême droite ces dernières années. Selon Isabelle Sommier, huit décès ont été attribués à la droite radicale depuis 2022, contre un seul attribué à la gauche radicale.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte politique particulier. La stratégie de « dédiabolisation » du Rassemblement national a marginalisé certains militants les plus radicaux. Beaucoup d’entre eux ont trouvé un nouvel espace politique dans les milieux proches d’Éric Zemmour et du parti Reconquête.
Parallèlement, les groupes d’extrême droite se sont restructurés. Aujourd’hui, l’ultradroite française se compose d’une mosaïque de courants : néofascistes, nationalistes révolutionnaires, identitaires, néonazis ou encore mouvements réactionnaires comme l’Action française ou Civitas.
Malgré leurs différences, ces groupes convergent souvent autour d’un même imaginaire politique : celui du « grand remplacement », théorie complotiste selon laquelle l’immigration menacerait l’identité européenne. Cette vision nourrit un climat de radicalisation et légitime, chez certains militants, le recours à la violence.
Une menace reconnue à l’échelle européenne
La montée de l’extrême droite violente n’est pas un phénomène uniquement français. Plusieurs institutions de sécurité européennes alertent depuis plusieurs années sur ce danger.
Les services de renseignement européens et des organisations internationales comme Interpol soulignent depuis plusieurs années que l’extrémisme violent d’extrême droite constitue aujourd’hui l’une des principales menaces terroristes sur le continent.
Les attentats commis ces dernières années par des militants suprémacistes ou néonazis (en Norvège, en Allemagne, aux États-Unis ou en Nouvelle-Zélande) illustrent cette radicalisation internationale. Ces mouvements fonctionnent de plus en plus en réseau, notamment via Internet et les réseaux sociaux. Les idéologies, les symboles et les stratégies circulent désormais à l’échelle transnationale.
La France n’échappe pas à cette dynamique. Certaines villes, comme Lyon, sont historiquement des bastions de la droite radicale. Depuis le XIXᵉ siècle, différents groupes nationalistes et réactionnaires y ont développé des structures militantes. Plus récemment, des organisations comme le GUD ou le Bastion social y ont été particulièrement actives. Dans ce contexte, l’antifascisme s’est lui aussi structuré localement.
Construire un front antifasciste et antiraciste
Face à ces violences, l’antiracisme ne peut pas être réduit à une posture morale abstraite. Il constitue une réponse politique à un danger bien réel.
Depuis les années 1980, plusieurs mouvements antifascistes se sont constitués pour répondre à la montée de l’extrême droite : Ras l’Front, No Pasaran ou encore les Scalp (Sections carrément anti-Le Pen). Leur objectif était clair : empêcher la banalisation des idées racistes et documenter les violences de l’extrême droite. La nécessité d’un front démocratique contre le racisme et l’extrême droite reste plus actuelle que jamais.
C’est dans cet esprit que la France insoumise a lancé une campagne nationale contre le racisme, associant mobilisation politique, travail intellectuel et initiatives citoyennes. Dans ce cadre, l’Institut La Boétie a organisé le 14 février dernier un colloque consacré à la lutte contre les idées reçues sur l’immigration. Face à la banalisation des discours xénophobes et à la montée des violences racistes, ces espaces de réflexion jouent un rôle essentiel.
C’est aussi dans cet esprit que la France insoumise a proposé un front antifasciste au second tour des élections municipales.
Nommer le danger pour défendre la démocratie
Dans le débat public, certains responsables politiques cherchent aujourd’hui à mettre sur le même plan toutes les formes de violence politique. Cette stratégie d’équivalence est trompeuse.
Les données scientifiques sont claires : la violence politique meurtrière en France est très majoritairement le fait de l’extrême droite. Ignorer cette réalité revient à invisibiliser les victimes et à banaliser les idéologies qui ont conduit à ces crimes. Les 48 personnes tuées par l’extrême droite en France depuis 1986 ne doivent pas être oubliées.
Leur mémoire rappelle une vérité simple : la lutte contre le racisme et l’extrême droite n’est pas seulement un combat idéologique. C’est aussi un combat pour l’antiracisme, la dignité et la démocratie.
Et dans un contexte international marqué par la montée des nationalismes autoritaires, la construction d’un front antifasciste et antiraciste apparaît plus que jamais comme une nécessité pour la société française.
Sources:linsoumission.fr (Par Elias Peschie







