Plusieurs faits ont été recensés parmi les municipalités gouvernées par l’extrême droite. Un récapitulatif utile de L’insoumission, en vue des élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Notre article.
1) L’asphyxie du tissu associatif par les suppressions de subventions
Les associations sont des acteurs essentiels à l’échelle locale, car elles sont porteuses de transformations (notamment dans le domaine de l’environnement), réveillent la démocratie et humanisent l’économie (emploi de service civique, économie sociale et solidaire, etc.).
Dans plusieurs villes gérées par le RN, les mairies ont réduit ou supprimé les subventions à des associations qu’ils jugeaient « trop politiques » ou « communautaires » :
À Beaucaire,
sous le mandat de Julien Sanchez, ce sont les clubs sportifs et
associations culturelles qui ont vu leurs subventions diminuer, parfois
de dizaines de milliers d’euros.
À Hénin-Beaumont, la mairie de Steeve Briois a retiré le local et le financement municipal à la Ligue des Droits de l’Homme (LDH).
À Orange, avec Jacques Bompard, ce sont le centre d’hébergement d’urgence et le syndicat CGT qui ont perdu leurs subventions.
À Hayange, Fabien Engelmann a coupé le gaz et l’électricité au Secours populaire français.
Pour aller plus loin : David Rachline, maire RN de Fréjus : corruption et fascisme
2) Des mesures culturellement identitaires et excluantes
Dans plusieurs villes RN, des mesures symboliques ont été imposées pour valoriser certaines traditions au détriment d’une culture inclusive :
À Perpignan, par exemple, le maire Louis Aliot a modifié le slogan et le blason de la ville en renforçant des symboles nationalistes et catholiques, ce qui a suscité des protestations de Catalans attachés à l’identité régionale. Ce maire, fan de l’OAS, a aussi engagé des expositions orientées sur l’histoire coloniale de la France, notamment l’exposition du 19 mars 2021 « Soixante ans après, l’histoire se répète : FLN et Hamas, mêmes méthodes, même stratégie ». Cette exposition est une réécriture de l’histoire qui vise à entretenir la nostalgie de la colonisation en la glorifiant. Il justifiait dans la presse cette exposition par le fait qu’« on ne peut pas se réconcilier si on adopte une Mémoire qui accuse la France […]. »
3) Pressions et tensions avec les médias et la liberté de la presse
Certaines administrations locales du Rassemblement National ont mené des politiques hostiles envers la presse locale indépendante. C’est notamment le cas dans les villes d’Hénin-Beaumont et de Fréjus. Les mairies du Rassemblement National ont marginalisé des journaux locaux comme La Voix du Nord, qui dénonce le harcèlement du maire d’Hénin-Beaumont. Il est notamment reproché à l’extrême droite d’être « puérile et agressive », d’user constamment d’un droit de réponse abusif, ainsi : « En moins d’un an, la direction du quotidien nordiste a dû publier pas moins de 25 textes après des articles qui n’étaient pas au goût de la mairie ».
Cette pratique politique traduit une volonté de réduire la visibilité des critiques et des voix indépendantes qui dénoncent les politiques et la gestion néfastes des municipalités de l’extrême droite.
4) Une hostilité assumée envers les syndicats
Le Rassemblement National ne voit pas le syndicalisme combatif comme un acteur du dialogue social, mais plutôt comme un ennemi politique.
À Hénin-Beaumont, la mairie de Steeve Briois a engagé une procédure disciplinaire lourde contre un représentant syndical SUD (Djelloul Kheris), lui reprochant son engagement associatif et ses prises de parole publiques critiques. La sanction envisagée (jusqu’à deux ans sans traitement) a été dénoncée par de nombreuses organisations syndicales, à juste titre, comme une répression antisyndicale.
5) Une surenchère sécuritaire au détriment des politiques sociales
La sécurité est le cheval de bataille du Rassemblement National ainsi que leur outil de communication principal. Renforcement massif de la police municipale, armement, vidéosurveillance généralisée : les dispositifs sécuritaires explosent sous les municipalités de l’extrême-droite.
Pendant que les politiques sociales stagnent, que la prévention est marginalisée, que les causes structurelles de la précarité organisée par les politiques néolibérales sont ignorées. Dans la ville de Perpignan, par exemple, la police municipale, qui revendique vouloir « harceler les dealers », atteint des effectifs parmi les plus élevés de France. Parallèlement, Blast révèle dans une enquête que la police de Perpignan agit comme une milice. Plusieurs vidéos choquantes ont été publiées dans lesquelles la police fait un usage abusif des gazeuses, fait des balayettes sur des jeunes, pratique des interpellations violentes et même profère des menaces de mort.
6) Discriminations institutionnelles envers certaines populations locales
Le racisme et la xénophobie étant au cœur du projet du RN, certains maires ont mis en place des mesures ou ont tenu des discours qui ont ciblé des populations spécifiques.
À Hénin-Beaumont, dès 2014, une décision municipale visant à lutter contre la « mendicité agressive » a été largement interprétée par le juge administratif comme visant des populations roms. Bien que cet arrêté ait été annulé par le tribunal administratif de Lille le 21 juillet 2014, la mesure a été célébrée politiquement et diffusée sur les réseaux sociaux municipaux.
Cette logique d’exclusion se retrouve également à Fréjus, où le maire David Rachline s’était fermement opposé au projet de construction d’une mosquée.
Plus largement, les élus du RN défendent la fermeture ou s’opposent à l’ouverture de terrains adaptés pour les communautés itinérantes, ce qui constitue une discrimination collective.
7) L’affaiblissement du débat démocratique local
Les oppositions municipales dénoncent fréquemment des conseils municipaux verrouillés, une réduction des temps de parole ainsi que des refus de salles municipales pour des réunions critiques. Des élus d’opposition à Hénin-Beaumont ont vu leurs droits de réponse limités ou ont fait l’objet de procédures.
Des constats similaires ont été formulés à Moissac. Estelle Hemmami dénonce le fait que « les agents ne peuvent pas apporter d’idées, de propositions. Même s’ils bâtissent un projet, tout doit venir du maire ».
8) Coupes dans les services publics de proximité
Les élus du Rassemblement National préfèrent privatiser des services publics plutôt que d’investir durablement en leur faveur. Ces choix ont des conséquences directes sur la qualité des services rendus et sur le coût supporté par les habitants :
À Hénin-Beaumont, la piscine et le funérarium ont été partiellement privatisés ou externalisés, ce qui crée une dégradation des services et une augmentation des coûts pour les habitants. La construction de la nouvelle piscine municipale à Hénin-Beaumont a entraîné une hausse de 60 % du prix du ticket.
À Perpignan, quand bien même certaines écoles sont vétustes, qu’il manque de livres à la bibliothèque ou encore de mobilier, Louis Aliot a préféré investir 76 000 euros pour l’expérimentation du port de l’uniforme en 2024.
9) Des mairies anti-féminisme
Dans les municipalités du Rassemblement National, des opposants politiques ou militants associatifs dénoncent des atmosphères pesantes ou des pressions implicites. À Perpignan, des militantes féministes ont décrit des tentatives d’intimidation, voire de surveillance de leurs activités.
Comme le rappelle l’article de Contretemps, le RN s’est également toujours employé à lancer des campagnes de dénigrement et de suppression des subventions du Planning Familial, une association essentielle pour faciliter l’accès à la santé ainsi qu’à la vie relationnelle et sexuelle.
10) Un racisme ambiant
Le RN est un parti xénophobe qui nourrit les discours islamophobes aussi bien au niveau national qu’au niveau local.
Les maires d’extrême droite prennent régulièrement des décisions pour interdire le port du burkini danscertaines zones municipales. Ces mesures ont été contestées en justice et annulées par les tribunaux administratifs ; cependant, les maires d’extrême droite continuent de prendre chaque été ces arrêtés. C’est un choix politique qui n’a pas d’autre objectif que celui de créer sans cesse les mêmes polémiques pour stigmatiser les femmes qui choisissent de porter le burkini. Ces pratiques s’inscrivent dans une logique plus large de discriminations mises en œuvre au niveau municipal. À Beaucaire, par exemple, le maire a fait supprimer les repas de substitution à la cantine pour les enfants ne consommant pas de porc.
Dans les municipalités du Rassemblement National règne également un climat antisémite ambiant. À Fréjus, la journaliste Camille Vigogne Le Coat rapporte que David Rachline, maire de la ville et proche de Jordan Bardella, est connu pour ses propos et comportements antisémites, allant jusqu’à effectuer régulièrement des saluts nazis. Enfin, à Moissac, le maire Romain Lopez, adorateur de Charles Maurras, a refusé d’effacer un tag antisémite « Raus » (= dehors en allemand) accompagné d’une étoile jaune, malgré les signalements de l’opposition.
Sources:linsoumission.fr (Par CL)






