Avec le meeting de Sophia Chikirou ce vendredi 30 janvier dernier, il s’est produit à Paris un événement d’une importance rare. Pas seulement parce que les Insoumis du Nouveau Paris Populaire ont dû changer de salle au dernier moment au vu des 1500 personnes inscrites. Pas seulement non plus parce qu’un programme municipal sous forme de livre y a été présenté. Et ni parce que la soirée a été l’occasion d’un ralliement de plusieurs élu·es Verts. Mais parce que le Cirque d’Hiver a mis « la France insoumise de la capitale au diapason de la mobilisation autour de nos listes dans tout le pays », pour reprendre les mots de Jean-Luc Mélenchon.
« Paris Populaire ! »
Les Insoumis ne pouvaient pas être absents de cette ville où se trouvent autant de ressources, d’opportunités, de richesses et de pouvoirs que de manques, de blocages, de pauvretés et d’injustices. Et le problème est un : les riches se réservent les privilèges de la capitale, pendant qu’ils dégradent, privatisent et suppriment les services publics collectifs. Une description à gros traits de la théorie de l’Ère du peuple de Jean-Luc Mélenchon. Car à Paris, nous sommes en plein dedans : les réseaux, leur contenu, leur contrôle et leur accès ne sont jamais plus qu’ici accaparés par les oligarques. Ils se gavent pendant qu’on crève.
Pas étonnant que la capitale soit le champ de bataille de toutes ces luttes populaires et urbaines. Pas étonnant non plus que le parti pris médiatique encense les initiatives de Grégoire et Dati pendant que le meeting du Nouveau Paris Populaire a valu des commentaires méprisants et méprisables. Pas étonnant enfin qu’un air de Commune ait plané et que les textes de Louise Michel aient résonné tout au long de la soirée.
Dans cette ville où Jean-Luc Mélenchon a récolté près de 30% des voix au premier tour de l’élection présidentielle de 2022, et où 5 députés insoumis ont été élus, la candidature de Sophia Chikirou ne doit pas être considérée à la marge : elle signale le retour sur la scène municipale des humilié·es des années PS/Macron qui se sont levés comme un seul homme pour scander « Paris populaire ! ». Voilà comment s’est entamé ce meeting.
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Les luttes populaires à l’honneur de la soirée
La stratégie de La France insoumise, partout où elle est présente, est d’être un outil au service des combats des gens. Et c’est le cas des nombreuses luttes locales à Paris. Ainsi, la soirée a débuté avec des prises de parole d’habitant·es et de militant·es.
Lorsque Khady Mané, maman de la Banane (quartier populaire du 20e arrondissement), est montée sur scène, un hommage a été rendu à El Hacen Diarra, assassiné par la police du 20e dans la nuit du 14 au 15 janvier. En pointant les amendes abusives distribuées aux jeunes, elle dénonce un continuum de discriminations qui, du contrôle de routine au meurtre, font système. Un système dans lequel « nos enfants partent avec des boulets aux pieds ».
Au tour d’Hawa Diabaté de prendre le micro. La mère d’Ismaël, mort à 15 ans lors d’une rixe, se bat aujourd’hui pour « aller vers ces jeunes qui sont dans le noir ». Elle se rappelle d’une marche qu’elle a organisée le 31 mai : « on a été accompagné par Chikirou jusqu’à la Place de la République. Cette place révolutionnaire, elle nous appartient ».
Comprenez que les questions de discriminations, de violences policières et de rixes ont une place de choix dans l’ossature du Nouveau Paris Populaire. Elles symbolisent l’abandon des classes populaires au sein des projets de la majorité PS. Assa Traoré, membre du Comité Vérité et Justice pour Adama, témoigne : « le comité a lutté, le comité à crié, le comité a imposé ces questions aux partis politiques et à la société. Le comité a porté ces combats localement, nationalement, à travers l’Europe et le monde entier. Mais je suis fier que, 10 ans après, le combat soit porté ici à Paris auprès de Sophia Chikirou. ».
Ce sont également les questions de la paix et du droit international qui concernent l’échelon municipal. C’est ce qu’a rappelé Imen Habib, porte-parole de BDS France, qui appelle à « mettre fin à leurs partenariats avec des insitutions ou des entreprises complices de la colonisation ou de l’apartheid israélien ».
Contre le « budget Dati-Bournazel-Grégoire », « la seule liste garantie 100% censure, 100% anti-Macron, 100% antifasciste »
Alors, quel·le candidat·e va réellement défendre ce Paris populaire ? Pas l’extrême-droite de Mariani (RN) ou Knafo (R!) qui ont la peur et la division du peuple comme projet. Mais pas davantage Dati (LR), Bournazel (Horizons) ou Grégoire (PS) selon Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise. Rachida Dati est ministre, membre des gouvernements Lecornu, Bayrou, Barnier et Attal. Pierre-Yves Bournazel est un ancien député Horizons, membre du bloc macroniste Ensemble pour la République. Quant à Emmanuel Grégoire, il n’a voté aucune des 11 dernières motions de censure. Il faut noter que Sophia Chikirou en a voté 11 sur 11.
Ainsi, Manuel Bompard a clairement démontré que le budget de l’année 2026 est soutenu aussi bien par Dati, Bournazel que Grégoire. Pourtant, il inclut la suppression des aides pour les étudiants étrangers, la suppression de 3000 postes de surveillants, de 4000 postes d’enseignants, la baisse du fond vert à hauteur de 300M €, ou encore la diminution de 700M pour les rénovations énergétiques des logements. Dès lors, on ne peut pas se fondre dans la coalition gouvernementale à l’échelle nationale, puis prétendre s’opposer et proposer un autre projet à l’échelle locale.
A fortiori lorsque des tractations internes ont été dévoilés par le Président du groupe Horizons au Conseil de Paris. Ils consistent à préparer un troisième tour : une semaine après l’élection, droite et PS s’entendraient pour faire élire un maire surprise, puis se répartiraient les postes.
Au député des Bouches-du-Rhône de marteler que “la seule liste garantie 100% censure, 100% anti-Macron, 100% antifasciste, c’est la liste du Nouveau Paris Populaire conduite par Sophia Chikirou”. La seule gauche non soluble dans la droite en somme.
Le ralliement des « Verts populaires »
C’est en tout cas le constat établi par plusieurs élu·es écologistes. Jérôme Gleizes et Emile Meunier sont de ceux qui sont venus dénoncer les choix de leur direction : « la position des Écologistes est devenue profondément ambiguë, écartelée entre le national et le municipal. Au parlement, les Écologistes votent les motions de censure contre le gouvernement Lecornu, contrairement au PS. Mais pour les municipales, les mêmes Écologistes se rangent derrière les socialistes ». Pour la première fois depuis 1977 à Paris, les Verts ont disparu de la campagne en s’alliant avec la majorité sortante dès le premier tour.
Ils font partie des premiers signataires d’un texte qui a fait grand bruit au sein des Écologistes. Cette tribune s’intitule « À la social-écologie, préférons l’écologie de rupture ». Tout y est : en privilégiant les alliances avec le PS plutôt que les Insoumis, les Verts se replient sur une écologie bourgeoise aux dépens des classes populaires. Déjà 600 signataires et autant de personnes exclues du parti. Car cela ne correspond pas à une tambouille de coin de table entre quelques opportunistes locaux : il s’agit d’un choix national et massif, celui de défendre une union populaire sur la base d’un programme de rupture à Paris, Marseille, Toulouse, Montpellier…
Autant d’expressions de la fin d’un cycle politique à l’échelle nationale, dont les ramifications s’observent aux élections municipales avec des évolutions de la carte politique. L’heure du peuple a sonné, et cela commence à se faire savoir.
18 élections et un livre-programme
Pour défendre les aspirations des Parisiennes et Parisiens, le Nouveau Paris Populaire a dévoilé son programme sous forme de livre. Car à Paris, les municipales correspondent à 18 élections (une pour la Ville et 17 pour les arrondissements), chaque candidat·e a pu évoquer une mesure qui leur tient à cœur.
Tête de liste dans le 13e, Christophe Prudhomme a appelé à « l’ouverture de centres de santé avec des médecins salariés, pour que tout le monde à Paris puisse avoir un médecin traitant et accès à un spécialiste sans dépassements d’honoraires ».
Alors qu’Embla Fautra (9e arrondissement) se positionne « contre le surtoutisme », Sophie de la Rochefoucauld (20e arrondissement) mettra au cœur de son mandat « les violences policières que subissent nos jeunes dans les quartiers ».
La question de la jeunesse et de la petite enfance ont leur centralité dans le projet insoumis, en témoigne le candidat du 14e Rodrigo Arenas qui promet que « les enfants auront la cantine gratuite, bio et belle ». Sabrina Nouri (11e arrondissement) indique que « nous allons défendre l’éducation communale », tandis qu’Oscar Maslard (16e arrondissement) cherche à « redonner une fierté, une dignité à tous les étudiants et toutes les étudiantes qui ont été maltraité·es par les socialistes et les macronistes pendant 25 ans ».
« Si tu spécules sur nos vies, tu récoltes la Révolution ! »
Mais c’est bien la thématique du logement qui a été au centre de l’intervention attendue de Sophia Chikirou. Observez la situation des Parisien·nes : le taux d’effort, c’est-à-dire la part de revenu consacré au loyer, est passé de 24% en 1998 à 36% aujourd’hui en moyenne. Parfois cela excède les 50%. Observez les causes : la capitale est le terrain des grandes fortunes et des fonds d’investissements étrangers qui nous lèguent 270 000 logements vacants, 90 000 logements de location touristique saisonnière, et 1,3M² de bureaux vacants.
Observez les responsabilités : les politiques de spéculation entretenues par les pouvoirs politiques nationaux et communaux. Le raisonnement de la députée de Paris est clair et efficace : le problème n’est pas l’espace mais le système qui organise la pénurie et la rareté faites sur le dos du peuple.
Car les conséquences sont immédiates et désastreuses : 6 000 personnes sont à la rue, 270 000 foyers sont en attente de logement et 66 000 logements sont indignes ou insalubres. Paris nous donne un bon aperçu de la situation en France : le néolibéralisme est un échec, sa crise est totale, ses contestations sont croissantes et son effondrement est imminent. « Si tu spécules sur nos vies, tu récoltes la Révolution ! » s’exclama Sophia Chikirou. Nous vous l’avions dit, un air de 1871, ou bien de 1789, 1830, 1848, 1936, 1968, 2018 !
Pour faire de la capitale un laboratoire des radicalités concrètes à étendre dans toute la France lorsque le mouvement insoumis prendra le pouvoir, le Nouveau Paris Populaire propose la création d’une régie publique locative. Il s’agit ainsi de conventionner les logements privés, confiés à la Ville qui réalise la rénovation thermique, en échange de quoi ils sont loués à des prix modérés. Il s’agit aussi de geler les loyers et les charges, puis de les baisser. Et en premier lieu pour le logement social, car « la fonction première d’un bailleur social est de loger les classes populaires, pas de les mettre dehors ! ».
Voilà des mesures qui portent les revendications populaires et préfigurent la révolution citoyenne de demain. Les villes insoumises seront des points d’appui, de résistance et de démonstration de notre projet pour la VIe République.
« Paris est une fête » ?
Mais avant de parler de victoire, la route est longue et intense. Les insoumis ont partout en France les officialités politiques, médiatiques et économiques contre eux. Leurs arguments sont de moins en moins crédibles et leur propagande de plus en plus grossière. Les gens le comprennent.
Notre tâche consiste donc à mener une campagne de terrain, rencontrer les habitant·es et expliquer nos propositions. Car notre force est le nombre, la présence et la clarté. A preuve, ce sont plus de 1000 actions qui ont été menées et 500 000 tracts qui ont été distribués depuis 2 mois et demi que Sophia Chikirou s’est portée candidate. Les Parisien·nes commencent à percevoir le courage et la détermination qui caractérisent si bien nos têtes de liste dans chaque arrondissement.
Et il en faut pour administrer une capitale et la mettre au service du peuple. « Paris est une fête » s’exclame Sophia Chikirou, citant l’écrivain Ernest Hemingway. Mais pas celle des inconscients de la crise écologique, ni celle des nantis qui se gavent, ou des indifférents aux crimes contre l’Humanité. C’est « la fête des gens, de ceux qui luttent et qui battent le pavé depuis des siècles ». Voici en résumé ce à quoi vous contribuerez en mettant le bulletin de vote du Nouveau Paris Populaire les 15 et 22 mars prochains.
Sources:linsoumission.fr (Par Lilian Davy)






