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mercredi 3 septembre 2025

Désintox – L’exil fiscal dû à une hausse de la fiscalité ? Un mythe qui sert les plus riches

 

Riches. On nous répète depuis des décennies le même refrain : taxer les plus riches les ferait fuir, et la France perdrait plus qu’elle ne gagnerait. C’est l’argument brandi par François Bayrou pour justifier son refus de la taxe Zucman, cet impôt minimal de 2 % sur le patrimoine des 1 800 personnes les plus riches du pays. Le même argument d’un certain Emmanuel Macron pour abroger, dès son arrivée à l’Élysée en 2017, l’Impôt sur la Fortune. Problème : une nouvelle étude du Conseil d’analyse économique (CAE), un organisme de recherche indépendant rattaché à Matignon, vient démonter ce discours. Désintox.

Les faits : les riches s’expatrient peu

Les données administratives inédites mobilisées par le CAE sont claires : seuls 0,2 % du top 1 % des plus riches s’expatrient chaque année, soit deux fois moins que la population française dans son ensemble. Même lors de la hausse de la fiscalité du capital en 2013, l’augmentation des départs est restée infime : +0,04 à +0,09 point de pourcentage.

À l’inverse, la suppression de l’ISF et la mise en place de la flat tax en 2017 n’ont provoqué qu’une baisse dérisoire des départs : -0,01 à -0,06 point. En rapportant l’ampleur de ces réactions à celle du choc fiscal, l’étude estime qu’une hausse de 1 point de la fiscalité du capital se traduit à long terme par une expatriation additionnelle comprise entre 0,02 et 0,23 % des plus hauts patrimoines.

En clair : rétablir l’ISF (3 à 4,5 milliards de recettes pour l’État) provoquerait le départ à l’étranger de… 1 riche sur 1 000 à 1 riche sur 100. L’étude conclut elle-même que « les flux totaux d’expatriation restent très faibles ».

Pour aller plus loin : Budget 2026 – La taxe Zucman, cet impôt sur les grandes fortunes balayé par Bayrou qui préfère geler les prestations sociales et les pensions

Un impact économique dérisoire

Même si certains riches propriétaires d’entreprises s’en vont, les effets macroéconomiques restent microscopiques. Dans le scénario d’un retour de l’ISF en France, les pertes maximales seraient de -0,03 % du chiffre d’affaires global, de -0,05 % de la valeur ajoutée, et de -0,04 % de l’emploi total. Rien qui ne justifie de laisser filer des milliards de recettes fiscales.

Le vrai problème : l’optimisation fiscale

Le CAE le rappelle : l’exil fiscal n’est qu’un écran de fumée. La vraie hémorragie vient de l’optimisation et de l’évasion fiscale. Une étude scandinave citée montre que sur 1 € de nouvel impôt, seuls 26 centimes sont réellement perçus, car les riches déploient des stratégies sophistiquées pour contourner la loi. Voilà donc là qu’il faut frapper fort : fermer les niches, renforcer les contrôles, s’attaquer aux paradis fiscaux.

Études internationales : les mêmes résultats

Ce n’est pas qu’en France que ce mythe s’effondre. Une étude de grande qualité menée par Jakobsen, Kleven, Kolsrud, Landais et Munoz sur les données suédoises et danoises conclut qu’un impôt sur la fortune à 1 % ne provoque à long terme que 2 % de départs, pour un impact économique quasi nul : -0,05 % d’emploi et -0,07 % d’investissement total. Même résultat au Royaume-Uni dans une étude publiée en mai 2025 : les patrimoines élevés bougent très peu, bien moins que ce que racontent les néolibéraux.

Les insoumis avaient vu juste avant les autres

Tout cela, les Insoumis le disent depuis longtemps : l’exil fiscal est un mythe, les discours néolibéraux sont du flan. Ce qui compte, c’est la justice fiscale. La taxe Zucman rapporterait 20 milliards d’euros par an. C’est deux fois plus que les coupes envisagées par Bayrou dans les affections de longue durée (ALD) ou l’année blanche de prestations sociales (qui ne « rapporteraient » qu’une dizaine de milliards, en réalité pris dans la poche des malades et des travailleurs).

Alors, entre taxer les milliardaires ou taper sur les malades chroniques et les salariés, le choix est vite fait. Par ailleurs, face à l’optimisation et aux paradis fiscaux, des économistes comme Gabriel Zucman, Emmanuel Saez et Thomas Piketty défendent l’idée d’un impôt universel. Le principe est simple : si un riche est français, il doit payer ses impôts en France, quel que soit l’endroit où il cache sa fortune. Concrètement, un milliardaire ne pourrait plus échapper au fisc en plaçant son argent au Luxembourg ou aux îles Caïmans. Ses avoirs seraient déclarés et taxés par la France, car c’est ici qu’il réside, qu’il bénéficie des infrastructures, des services publics, etc.

En finir avec les contes pour enfants

Les chiffres sont clairs, en France comme à l’international : l’exil fiscal est marginal et ses effets économiques insignifiants. Ce qui coûte cher à la France, ce sont les cadeaux fiscaux aux plus riches et leur optimisation à grande échelle.

Il est temps d’en finir avec ces contes pour enfants servis par Bayrou et les libéraux. L’ISF doit être ratabli, la taxe Zucman instaurée. L’optimisation fiscale doit être prise à bras le corps. L’argent existe : il est dans les poches des plus riches. Il doit financer la bifurcation écologique et sociale.

Sources:linsoumission (Elias Peschier

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