Le gouvernement de François Bayrou va probablement
tomber lundi 8 septembre. En huit mois d’exercice, il a surtout brillé
par son mépris pour les enjeux écologiques.
On pourrait presque parler d’un record. En seulement huit mois
et demi, François Bayrou a été le Premier ministre de tous les reculs
écologiques. Le centriste vit certainement déjà ses dernières heures à
Matignon : il engage la responsabilité de son gouvernement devant
l’Assemblée nationale lundi 8 septembre, un coup de poker qu’il est
quasiment sûr de perdre. L’heure est au bilan et, concernant sa
politique écologique, il est dramatique.
« Le passage de François Bayrou à Matignon a complètement sabré les avancées actées précédemment », déplore Anne Bringault, directrice des programmes du Réseau Action Climat (RAC). Le réseau d’organisations a recensé « 43 reculs rien que sur le premier semestre 2025 » allant à l’encontre d’une transition écologique et juste. « Si
ces reculs ont souvent été initiés par l’extrême droite ou la droite
républicaine, le bloc central en a soutenu plusieurs ou a été trop
divisé pour les contrer », écrit le RAC dans un rapport.
Le point culminant du bilan écologique catastrophique de François Bayrou a évidemment été l’adoption de la loi Duplomb,
début juillet. Le texte, porté par le sénateur Laurent Duplomb (Les
Républicains), va faciliter la construction des mégabassines — en les
déclarant « d’intérêt général majeur »
— et l’implantation de fermes-usines. La loi devait aussi réintroduire
trois insecticides de la famille des néonicotinoïdes avant que le
Conseil constitutionnel ne censure cette disposition, estimant qu’elle était contraire à la Charte de l’environnement.
Reculs législatifs et coupes budgétaires
C’est grâce aux voix des députés du socle présidentiel, de droite et
d’extrême droite que la loi Duplomb a pu être adoptée. Une pétition aux
plus de 2 millions de signatures a réclamé son abrogation, et ce n’est qu’après la censure du Conseil constitutionnel que François Bayrou a exprimé auprès du Figaro son « seul regret » : que « tout au long du processus législatif, il n’ait pas été donné la priorité à une étude médicale et scientifique » favorable à l’acétamipride.
Le corps médical et scientifique était pourtant vent debout contre cette loi depuis des semaines… sans réaction du chef du gouvernement.
Autres reculs marquants durant ce mandat : l’adoption de la loi d’orientation agricole, qui dépénalise les atteintes aux espèces protégées lorsqu’elles ne sont pas commises « de manière intentionnelle », ou encore la loi de Simplification, adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale.
Celle-ci facilite l’implantation de projets d’infrastructures et de réacteurs nucléaires, recule sur l’objectif de « zéro artificialisation nette » (ZAN) et supprime les zones à faibles émissions (ZFE). François Bayrou s’était opposé à ces deux dernières mesures, mais avait été lâché par les députés du bloc macroniste.
Lire aussi : Le fiasco des ZFE : comment en est-on arrivé là ?
Ajoutons aussi à cette funeste liste le budget 2025. « François Bayrou a effectué des coupes budgétaires extrêmement importantes dans beaucoup de domaines », rappelle Anne Bringault : la mission Écologie a été sabrée de 2,1 milliards d’euros. Les principales victimes ont été le programme d’aide aux particuliers pour la rénovation thermique des bâtiments (MaPrimeRénov’),
les aides à l’achat de véhicules électriques, les soutiens publics aux
énergies renouvelables, à l’agriculture bio, aux collectivités…
Pour le budget 2026, il n’a prévu une augmentation de la mission
Écologie que de 600 millions d’euros. Selon les économistes Jean
Pisani-Ferry et Selma Mahfouz, qui est inspectrice générale des
finances, il faudrait 30 milliards d’euros supplémentaires par an d’ici à 2030 pour financer la transition écologique.
« Il n’a aucune vision et aucun intérêt particulier pour l’écologie »
« Ses coupes budgétaires sur l’écologie ont essentiellement supprimé des aides directes aux Français, a commenté Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, dans un entretien à Reporterre. Concrètement,
cela signifie que des gens vont continuer à vivre dans des passoires
thermiques, vont rester coincés avec un véhicule ancien et galérer à
payer du carburant. »
Depuis sa nomination à Matignon le 13 décembre 2024, François Bayrou
n’a montré aucun désir d’agir pour les questions climatiques, de
biodiversité ou de limites planétaires. « On l’a rencontré une fois, il ne s’est même pas donné la peine de faire un discours introductif, raconte Anne Bringault, du Réseau Action Climat. Il
n’a clairement aucune vision et aucun intérêt particulier pour la
transition écologique, hormis certains sujets qui le passionnent, comme
la géothermie. »
Lire aussi : Bayrou Premier ministre, un macroniste pur jus peu porté sur l’écologie
Lors de sa passation de pouvoir avec son prédécesseur, Michel Barnier, François Bayrou avait déjà fait du « déficit et de la dette » ses priorités, sans prononcer une seule fois le mot « écologie ». Un mois plus tard, pendant son discours de politique générale devant l’Assemblée, il avait seulement estimé que la France en faisait déjà beaucoup pour la transition écologique, « mieux et davantage qu’aucun autre pays du monde ».
Il avait promis de poursuivre cet engagement, notamment en finalisant
la stratégie nationale bas carbone… prévue pour 2023 et que nous
attendons encore.
Le même jour, François Bayrou s’était aussi mis à dos les agents de l’Office français de la biodiversité – alors qu’ils subissaient des menaces et des violences depuis des mois – en estimant que « quand
[ils] viennent inspecter les fossés ou les points d’eau avec une arme à
la ceinture, dans une ferme déjà mise à cran par la crise, c’est une
humiliation ».
Passion pour l’avion
Pendant huit mois, aucune amélioration n’a été constatée dans son
discours, ni dans ses actes. Le Premier ministre, également maire de Pau
(Pyrénées-Atlantiques), a multiplié les vols en jet présidentiel pour se rendre aux conseils municipaux, ou — le comble — pour tenir un discours à Biarritz sur les énergies renouvelables.
Le média Contexte a également révélé que François Bayrou avait, dans une lettre, appelé « tous les acteurs économiques de l’agglomération » de Pau à prendre l’avion le plus possible,
lorsque leurs activités professionnelles devaient les conduire à Paris.
Un conseil contraire aux recommandations scientifiques, qui préconisent
de réduire le trafic aérien pour limiter les émissions de gaz à effet
de serre.
Le gouvernement de François Bayrou a également défendu coûte que coûte le chantier d’autoroute A69
entre Toulouse et Castres, qui détruit des terres, des zones humides et
la biodiversité locale. Alors que le tribunal administratif de Toulouse
avait annulé l’autorisation environnementale du projet en février,
l’État a demandé un sursis à exécution pour permettre la reprise des
travaux en attendant la procédure d’appel, qui lui a été accordé. Le
fond du dossier devrait être jugé en novembre.
« On attend un sursaut »
Selon les chiffres du Citepa
(l’organisme mandaté par le ministère de la Transition écologique), les
émissions de gaz à effet de serre n’ont baissé que de 1,8 % en France en 2024. Pire, il prévoit une baisse de seulement 0,8 % en 2025. « C’est catastrophique, alerte Anne Bringault. Il faudrait une baisse de 5 % par an [pour respecter nos engagements climatiques]. » Au début du mois de juillet, le Haut Conseil pour le climat – créé par Emmanuel Macron lui-même – a d’ailleurs sonné l’alerte et appelé à un « sursaut collectif ».
Alors que l’été 2025 a été le troisième plus chaud jamais enregistré en France et que des incendies ont à nouveau ravagé des milliers d’hectares, François Bayrou s’est maintenu dans l’immobilisme.
Des documents stratégiques, comme la programmation pluriannuelle de
l’énergie (attendue depuis deux ans et censée diminuer la part des
énergies fossiles dans la consommation énergétique), n’ont toujours pas été publiés.
« On attend un sursaut, dit Anne Bringault, du RAC. On a vu les incendies, la sécheresse, la rentrée scolaire décalée dans les Bouches-du-Rhône : les impacts du changement climatique sont très concrets et l’opinion publique en est consciente. On l’a vue mobilisée aussi contre la loi Duplomb. »
Selon elle, la chute quasi certaine du gouvernement de François Bayrou va placer Emmanuel Macron dans « une sorte de cohabitation, puisqu’il n’a pas la majorité ». De quoi laisser la place à un « gouvernement qui prend des décisions [sur l’écologie], qui a une marge de manœuvre. Le Parlement doit également se secouer ». Au risque que le temps perdu ne soit jamais rattrapé.