Les débats sur la « nouvelle France »
Le concept de « nouvelle France » fait couler désormais beaucoup d’encre. Malheureusement, le plus souvent d’une manière assez pauvre et plutôt comme point de fixation d’une panique raciste. Il s’agit de pousser des cris pour accuser les utilisateurs de ce concept d’être « racialistes » et promoteurs du « grand remplacement ». On reconnaît ici deux figures traditionnelles de la suprématie blanche en France : l’inversion victimaire et le complotisme.
Mais tout n’est pas à ranger dans cet égout. On ne peut pas dire cela par exemple de l’entretien donné par l’historien Pascal Blanchard dans Le Monde. Celui-ci est un chercheur connu, spécialiste de la colonisation et des mémoires autour d’elle. Certes, il a soutenu Emmanuel Macron 2017, dont il dit encore du bien dans le même entretien.
Mais lui sait discuter d’une expression – plutôt banale puisqu’elle a été utilisée par Lionel Jospin, Jacques Chirac, François Mitterrand et même Valérie Pécresse en leurs temps –en restant rationnel. Et il ne regarde pas le pays comme un phobique de sa modernité. C’est n’est pas rien dans l’ambiance dans laquelle les médias mainstream ont installé le débat public du pays, c’est déjà rafraîchissant.
Le racisme et l’antiracisme ne sont pas équivalents
Cependant, il reste des différences assez importantes pour qu’elles donnent lieu a débats. D’abord, il y a cette idée dont Le Monde fait sa titraille : la nouvelle France serait « l’antithèse » du « on est chez nous » du Rassemblement national. Cette idée pose problème à plus d’un titre. D’abord elle installe une sorte de jeu de miroir entre nous et l’extrême droite qui risque, même si ce n’est pas le cas de Blanchard, de dériver en une mise en équivalence. Or, il faut d’abord affirmer cela : le racisme et l’antiracisme ne sont pas équivalents.
Il n’y a pas deux « extrêmes » autour d’un « centre » raisonnable. Vouloir installer encore ce paysage est non seulement une illusion mais aussi une erreur dangereuse. Car ce « centre » n’existe plus. Il s’est désagrégé après avoir fait la preuve pendant dix ans qu’il n’avait rien de « raisonnable » et même qu’il pouvait devenir un « extrême centre » liberticide. Le paysage est donc plutôt divisé entre suprémacistes et antifascistes.
La « nouvelle France » et le rassemblement pour la dignité
Ensuite, et surtout, la nouvelle France, justement, revendique bien d’être « chez elle » en France ! Si bien que le « on est chez nous » a même des fois été repris comme un défi dans des réunions publiques insoumises pour lui donner un contenu antiraciste. Ne laissons pas penser que la nouvelle France serait une aspiration à devenir sans patrie. Au contraire, puisque c’est une réponse à un « déni de francité » qu’on inflige à toute une partie de la population.
Avec le Rassemblement national, ce sur quoi nous nous disputons – entre autres – c’est de savoir qui est le « on » dans « on est chez nous ». Sommes-nous un pays tourné vers un passé d’ailleurs mythique ? Ou bien ce peuple en bouleversement permanent où la condition féminine a radicalement changé, où désormais une personne sur trois est héritière de l’immigration, ce pays où la migration intérieure a déménagé toute sa population, vidé sa paysannerie et forme une masse de millions d’étudiants .
Autre problème de vocabulaire : Pascal Blanchard dit que « rassembler les gens au nom de leur couleur de peau » serait « les racialiser de nouveau ». Ici, il faut rectifier deux fois. D’abord, les Insoumis ne rassemblent pas les gens au nom de leur couleur de peau. Le dire, c’est tomber dans le piège de la propagande qui raconte cela à longueur de plateau à notre propos.
Mais les Insoumis rassemblent des gens, c’est vrai, au nom du racisme qu’ils subissent. Mais aussi au nom du sexisme qu’elles subissent. Et aussi au nom des injustes privations que le système économique capitaliste fait subir à tous. Et finalement, si les Insoumis rassemblent au nom de quelque chose, c’est plutôt de la dignité, comprise comme condition sociale et économique mais aussi culturelle.
Deuxièmement, Pascal Blanchard, comme chercheur, sait sûrement que le terme de « racialisation » décrit justement l’opération selon laquelle les préjugés racistes créent des lignes de démarcations au sein de l’humanité, pour trier et dominer. Les races n’existent pas, mais de ce point de vue, la « racialisation » existe elle bel et bien.
Mais elle est un produit du système raciste. C’est donc un contresens que d’en attribuer l’origine à la lutte antiraciste : elle ne fait que nommer le phénomène, pour le détruire. On a bien eu le cas pratique de tout cela avec l’acharnement raciste contre Bally Bagayoko. Ce sont bien ceux qui ont utilisés des mots injurieux comme « tribu », « grands singes » ou « mâles dominant » qui créée la catégorie de « noir » comme à part dans l’humanité. Et ceux qui luttent contre ces premiers, au premier rang desquels Bally lui-même, qui rétablissent sa dignité d’être humain.
Sources:linsoumission.fr (ParAntoine Salles-Papou)






