Dénonciation de la signature du traité de libre-échange UE-Mercosur face auquel Emmanuel Macron pleure des larmes de crocodile, critique acerbe de son genou à terre face aux violations du droit international de Donald Trump, critique méthodique de sa politique sociale mortifère et rappel de sa responsabilité dans la montée de l’extrême droite et de ces crimes racistes…
Les raisons de censurer ne manquaient pas. Finalement, le Parti socialiste a décidé de sauver une nouvelle fois Sébastien Lecornu et Emmanuel Macron, appliquant ainsi leur nouveau statut de parti associé au macronisme. L’insoumission relaie dans ses colonnes le discours de Mathilde Panot, véritable pamphlet contre le macronisme agonisant.
« Personne ne croit à votre bonne foi. Personne n’y croit, et lorsqu’un pouvoir est à ce point déconfit et méprisé, il est de notre devoir de le censurer. » – Mathilde Panot
Présidente,
Ministre,
Collègues,
Le peuple vous regarde. Il vous regarde avec dégoût et colère, comme on regarde quelqu’un qui a trahi. Mais vous êtes des traîtres d’un genre nouveau : de ceux qui déçoivent des espoirs que l’on n’avait jamais placés en eux. Car personne n’attend plus rien de vous, si ce n’est votre départ. Au dégoût et à la colère s’ajoute la profonde lassitude que vous faites éprouver au pays en souhaitant absolument, envers et contre tout, et surtout contre la volonté populaire, vous maintenir au pouvoir.
Vous voulez imposer brutalement une politique minoritaire, illégitime et détestée. Vous nous trouverez toujours sur votre chemin. Le peuple vous regarde, et avec lui l’histoire de notre République que vous abîmez.
Vous resterez comme ceux qui ont détruit méthodiquement le pays et son avenir. Sous Macron, dans la 7ᵉ puissance économique au monde, 1 personne sur 3 se prive régulièrement de repas pour nourrir ses enfants. 9 étudiants sur 10 ont déjà connu une détresse psychologique. Des enfants placés sous la responsabilité de la nation, dans le cadre de l’aide sociale à l’enfance, tombent dans la prostitution quand ils ne se suicident pas dans des chambres d’hôtel, je pense à Lily, ou quand ils ne se retrouvent pas, à leur majorité, à vivre à la rue.
Des patients meurent sur des brancards après des heures d’attente. Des centaines de personnes meurent chaque année de la rue, meurent de vos choix politiques. Vous qui disiez pourtant, en 2017, que d’ici un an plus personne ne dormirait à la rue. Vous comptez dans vos rangs un ancien ministre qui exulte et appelle de ses vœux des expulsions de masse. Voici la brutalité que tout le monde voit et que bien trop subissent.
Le peuple vous regarde, et avec lui la passion et la fierté de l’égalité qui anime la France. La ruine que vous avez produite n’est pas uniquement économique, elle est aussi morale. L’air devient irrespirable. En une année, Aboubacar Cissé, Hichem Miraoui et Djamel Bendjaballah ont été assassinés par l’extrême droite. Mais vous voilà à crier « à bas le voile », à vous taire face à des défilés de néo-nazis ou face à une chasse aux personnes noires dans la Creuse.
La France de Macron, c’est la chaîne du milliardaire d’extrême droite CNews qui emploie 30 000 fois le mot islam entre 2020 et 2024, soit 21 fois par jour, et qui dicte ses obsessions au reste de la sphère médiatique et pourrit l’atmosphère politique du pays ! La France de Macron, ce sont des soignantes comme Majdouline, licenciée parce qu’elle porte un calot, ou Mélina, exclue de son lycée et déscolarisée pour avoir porté un turban de chimio. Voilà à quoi mène le climat islamophobe dans le pays.
Monsieur le Premier ministre, vous affaiblissez la France en divisant le peuple. Le peuple, qui tient à son unité, vous regarde, et avec vous l’asservissement international de la France. Vous êtes, à l’intérieur, un gouvernement de vassaux devant les riches. À l’extérieur, vous voici humiliant notre pays devant la Commission européenne et l’empire états-unien. Oui, vous avez trahi la souveraineté populaire en capitulant devant Bruxelles sur le traité de libre-échange le plus dangereux de l’histoire de l’Union européenne.
Vous avez trahi le vote de cette Assemblée qui a manifesté sa volonté de rejeter à l’unanimité ce traité d’un autre siècle. Trahi 80 % de nos concitoyens qui s’y opposent. Trahi 25 années de résistance citoyenne de tous les syndicats agricoles, de dizaines et dizaines d’associations, de collectifs et d’experts qui vous l’ont dit sur tous les tons : nous ne refusons pas le traité de libre-échange avec le Mercosur « en l’état », comme vous aimez le dire, nous refusons l’accord tout court !
Pour aller plus loin : Accord UE-Mercosur : LFI dépose une motion de censure contre le gouvernement Lecornu
Officiellement, la France a voté contre l’accord UE-Mercosur. Mais cette opposition de façade ne fait oublier à personne huit années de participation aux négociations durant lesquelles Emmanuel Macron n’a rien empêché, rien bloqué. Votre responsabilité est totale dans cette humiliation. Personne ne croit à votre bonne foi. Personne n’y croit, et lorsqu’un pouvoir est à ce point déconfit et méprisé, il est de notre devoir de le censurer. Car pendant des années, non seulement vous ne vous êtes pas opposés à cet accord, mais vous l’avez soutenu.
Emmanuel Macron déclarait par exemple en 2019 : « À ce stade, l’accord est bon. » En juin 2023, le ministre du Commerce extérieur affirmait : « Nous n’avons jamais été opposés à la signature de cet accord. Il faut évidemment conclure. » Il y a deux mois encore, Emmanuel Macron se disait « plutôt positif » quant à son adoption. Depuis huit années, vous vous moquez de nous en prétendant améliorer cet accord par l’ajout de clauses miroirs et de quelques vagues engagements complètement inapplicables. Il n’y a qu’un miroir dans cet accord, et il vous renvoie le reflet de votre incompétence duplice !
Le peuple vous regarde, et avec lui les agriculteurs qui nourrissent le pays. Monsieur le Premier ministre, votre capitulation leur coûte cher, et la France risque d’en payer le prix. Vous menacez de mort l’agriculture familiale française en laissant entrer en Europe pas moins de 180 000 tonnes de volaille, 99 000 tonnes de bœuf, 45 000 tonnes de miel et même 35 000 tonnes de fromage. Vous abandonnez toutes les exigences agricoles, écologiques et sanitaires.
Vous renoncez à la souveraineté alimentaire du pays pour importer ce que nous savons déjà produire sans gavage systématique aux hormones de croissance, sans gigantesques fermes-usines et sans cocktail toxique à base de pesticides bannis de l’Union européenne pour leurs effets cancérigènes. Le peuple vous regarde, et personne n’a envie de vous accompagner dans votre chute. Il faut que vous partiez.
Cette capitulation devant von der Leyen est un scandale démocratique. Vous avez accepté le contournement des Parlements nationaux. Vous acceptez même que l’Union européenne puisse mettre en œuvre provisoirement l’accord avant même le vote de ratification du Parlement européen. Vous ajoutez à cela une brutale répression du mouvement des agriculteurs partout déployés dans le pays, en allant jusqu’à placer en garde à vue les porte-paroles nationaux de la Confédération paysanne.
Comme contre les gilets jaunes, contre le mouvement climat, contre la révolte des quartiers populaires, votre répression est ici impitoyable pour défendre les intérêts de l’argent. Vous êtes un gouvernement de vassaux car jamais la France, pays fondateur de l’Union européenne, n’aurait dû se faire imposer cet accord contre ses intérêts stratégiques. Les insoumis au pouvoir désobéiront pour refuser que ce traité s’applique sur notre sol. Le peuple vous regarde, et comment pourrait-il reconnaître en vous le goût partout partagé d’une France indépendante et fière de sa voix singulière ?
Vous servez de paillasson aux États-Unis d’Amérique et à son dirigeant d’extrême droite. Trop lâche pour dénoncer l’acte de guerre commis par Donald Trump contre la souveraineté vénézuélienne, trop lâche même pour nommer l’auteur de l’agression, ni Trump ni les États-Unis. Trop lâche, vous abaissez la France. Celui qui s’autoproclame président du Venezuela pour voler son pétrole, qui s’affranchit de tout droit international, a applaudi des deux mains la complaisance insupportable du président français en partageant sa réaction. Cautionner l’enlèvement d’un président en exercice et de son épouse dans une opération qui a fait 100 morts, c’est cautionner le kidnapping comme méthode politique.
C’est accepter demain la main basse des États-Unis sur le Groenland, sur Cuba, sur le Mexique, sur la Colombie, sur la Palestine. Vous légitimez les adorateurs de la force en refusant de défendre le droit international. Quant aux agents du service après-vente du Pentagone qui voudraient faire croire que les États-Unis agissent pour la liberté et la démocratie, qu’ils regardent en face l’assassinat de Renee Nicole Good par la police de l’immigration.
Monsieur le Premier ministre, il était de notre devoir, comme Français, de condamner dès la première minute l’impérialisme états-unien. De dire que Trump, avec Poutine et Netanyahou, détruit le droit international. Car la servilité ne produit rien d’autre qu’une extension de la domination du plus fort. Elle est la dernière des faiblesses, et un manque de fidélité à notre tradition diplomatique. Vous nous faites honte. Comme nous avons honte de voir la France complice du génocide toujours en cours à Gaza.
Un cessez-le-feu avec un enfant palestinien tué en moyenne par jour n’est pas un cessez-le-feu ! Nous avons honte de vous voir continuer à défendre l’OTAN emmenée par un État qui nous menace et nous rançonne. Les insoumis au pouvoir auraient immédiatement rejoint le front du refus porté par la Colombie, le Brésil, le Mexique ou encore l’Espagne. Car la France ne sera jamais la vassale des États-Unis. Vous pensez nous faire peur en agitant le spectre d’une dissolution en cas de vote de cette motion de censure.
Chiche, Monsieur le Premier ministre. Faites-le. En plus de débarrasser le pays de votre gouvernement de malheur, vous verrez que, suivant les règles de la politique qui vous font perdre 100 députés à chaque élection législative, il ne restera alors plus aucun macroniste dans cette Assemblée. Le peuple vous regarde, et il est prêt à vous battre dans les urnes. Pour nous, le vote populaire ne sera jamais une menace. Car le peuple, en toute circonstance, est le seul souverain dont nous reconnaissons l’autorité.
En toute hypothèse, et ne vous en déplaise, vous n’échapperez ni au scrutin des municipales ni à celui des présidentielles. Vous devrez rendre des comptes. Et lorsque toutes les personnes que vous avez appauvries, humiliées, opprimées, stigmatisées relèvent la tête et vont aux urnes, apparaît une vérité qui vous effraie : nous sommes plus nombreux que vous. Nous sommes plus nombreux que vous.
Sachez que le temps où vous pensiez pouvoir faire souffrir les gens sans qu’ils opposent une résistance est terminé. Les mobilisations sociales en cours en sont une démonstration supplémentaire. Nous nous en réjouissons. Monsieur le Premier ministre, quand le peuple se rappelle qu’il est peuple, il vous fait peur. Et vous avez raison d’avoir peur. Vous tomberez. Et lorsque vous tomberez, le peuple vous regardera et vous rappellera cette leçon de Gérard de Nerval : « C’est que le peuple aussi, malheur à qui l’éveille. Pour que tout, au-dessus de l’immense édifice, penche et se démolisse, il ne lui faut qu’un mouvement ! »
Sources:linsoumission.fr






