La ligne du RN calquée sur Tel-Aviv : parler comme Netanyahou
Lorsque le 24 juillet 2025, Emmanuel Macron annonce que la France est prête à reconnaître l’État palestinien, Marine Le Pen réagit en moins de 24 heures. Sur X, elle dénonce une reconnaissance « du Hamas », reprenant mot pour mot les éléments de langage de Benjamin Netanyahou. Ce faisant, elle nie sciemment que la France s’adresse à l’Autorité palestinienne, et non au mouvement islamiste. En entretenant cette confusion, elle alimente une vision binaire, le choc des civilisations : Israël contre le terrorisme, civilisation contre barbarie.
Depuis deux ans, ce tropisme se manifeste aussi par les silences. Marine Le Pen est restée muette face aux dizaines de milliers de morts palestiniens, aux crimes de guerre documentés et aux destructions massives à Gaza. Seule exception : un tweet le 17 juillet 2025, après le bombardement de la seule église catholique de Gaza. Ce signal, que certains ont interprété comme un infléchissement, n’était pourtant qu’une démonstration instrumentale. Ce n’était ni un pas vers la modération, ni une critique du gouvernement israélien, mais un calcul électoral : instrumentaliser la cause des chrétiens d’Orient, chère à l’extrême droite.
Pour aller plus loin : « Gaza : décider à moitié, c’est creuser un tombeau » – L’analyse de Mélenchon, après l’annonce par Macron de la reconnaissance de l’État de Palestine
Israël comme miroir identitaire
Ce soutien inconditionnel au gouvernement israélien est inséparable d’une vision idéologique du monde. Pour le RN, Israël n’est pas simplement un État ; c’est un symbole, un avant-poste : celui d’une puissance occidentale défendant ses frontières face à une population arabo-musulmane perçue comme intrinsèquement hostile. C’est cette lecture civilisationnelle du conflit israélo-palestinien qui fonde leur position.
Le vocabulaire du RN brouille volontairement la distinction entre islamisme et islam, entre extrémisme religieux et foi musulmane. En assimilant les Palestiniens à une masse indistincte, déshumanisée et supposée terroriste, le parti justifie implicitement le génocide, les politiques d’écrasement militaire, les occupations prolongées et les privations de droits fondamentaux.
C’est également dans ce cadre qu’il faut comprendre le déplacement du président du RN, ainsi que Marion Maréchal à la Conférence internationale contre l’antisémitisme organisée en Israël. Ce déplacement unique n’était pas tant motivé par un attachement sincère à la mémoire, que par un désir stratégique de s’afficher aux côtés d’un État présenté comme une avant-garde sécuritaire et identitaire. En participant à la Conférence internationale contre l’antisémitisme, aux côtés de figures de l’extrême droite mondiale, Marion Maréchal et Jordan Bardella trouvent un espace de légitimation où leur islamophobie devient non seulement tolérée, mais valorisée comme une forme de résistance civilisationnelle.
L’antisémitisme réinventé
Ce soutien à Israël s’inscrit également dans une stratégie de réinvention mémorielle. Fondé par d’anciens collaborateurs et structurant son discours sur des héritages fascisants, le RN cherche à se débarrasser de son étiquette antisémite. En déplaçant le curseur de l’antisémitisme vers les quartiers populaires et le fondamentalisme musulman, il inverse les rôles pour masquer ses propres compromissions et tenter d’effacer son passé.
Si en surface le RN semble modérer ses propos, en réalité, le fond n’a pas changé. Comme le révèle Mediapart en 2025, la députée RN Caroline Parmentier tenait des propos antisémites et homophobes, qualifiant Simone Veil de « grosse » responsable du « génocide » des enfants avortés. Parallèlement, des hommages sont rendus à des figures fascistes comme Léon Degrelle, tandis que les réhabilitations de Pétain nourrissent cette ambivalence. Le soutien affiché à Israël devient alors un paravent : en se proclamant pro-israélien, le RN cherche à masquer qu’il demeure fondamentalement xénophobe.
D’ailleurs, des tensions internes apparaissent. Dès juin, un proche de Le Pen s’inquiétait : « Si ça dérape, on sera tenus pour responsables de notre soutien initial à Netanyahou ». Le dilemme est réel : critiquer Israël, c’est risquer de réactiver le soupçon d’antisémitisme ; se taire, c’est se rendre complice. Le RN est pris au piège de son propre opportunisme historique.
Pour aller plus loin : Révélations en cascade sur Caroline Parmentier : le RN s’embourbe dans ses mensonges
Retour en arrière : le reniement de 2014
En 2014, l’Assemblée nationale adopte une résolution symbolique en faveur de la reconnaissance de la Palestine. À l’époque, plusieurs figures du RN s’expriment en faveur du texte. Jordan Bardella, alors jeune secrétaire départemental FN de Seine-Saint-Denis, relaie même une citation de Florian Philippot : « L’honneur de la France, c’est de reconnaître un État palestinien. Tout vote en ce sens est une avancée ».
Ce retournement de position, opéré dans le cadre de la stratégie de dédiabolisation du parti, marque le soutien inconditionnel aux gouvernements israéliens criminels. En mettant en avant son alignement avec l’État hébreu, le RN cherche à faire oublier un passé marqué par le négationnisme, les provocations antisémites de Jean-Marie Le Pen et les héritages pétainistes encore présents.
Quand la stratégie de dédiabolisation sacrifie l’humanité au nom du pouvoir
Le Rassemblement national ne se contente pas de s’aligner sur Tel-Aviv ou de choisir un camp dans un conflit ; il fait le choix délibéré de placer une stratégie politique de dédiabolisation au-dessus de toute considération humaine. Ce calcul cynique, loin d’être un hasard ou une posture passagère, conjugue la conquête électorale et la consolidation d’une identité raciste.
À travers son soutien inconditionnel au gouvernement génocidaire israélien, même au prix d’un silence complice face à un génocide évident, le RN révèle sa nature profonde : un projet politique où certains peuples peuvent être niés, déshumanisés et sacrifiés. La Palestine devient un territoire fantasmé, vidé de son peuple, réduit à un simple enjeu dans une stratégie identitaire et mémorielle visant à masquer un racisme structurel.
Ce choix engage la responsabilité d’un parti qui préfère être complice d’une entreprise de génocide plutôt que de porter un message d’humanité, de justice et de paix. Il n’y a rien de neutre dans cette posture : c’est la négation d’un peuple, la disqualification des vies palestiniennes, au profit d’un calcul électoral qui instrumentalise la peur, la haine et la division.
Ainsi, sous le vernis d’une « respectabilité » retrouvée, c’est le retour d’un idéalisme identitaire mortifère, où l’histoire, la mémoire et la dignité humaine sont sacrifiées sur l’autel d’une stratégie politique qui méprise les vies qu’elle broie.
Sources:linsoumission.fr (Par Fanny Da Costa.)






