A la marge,celle qui relie les pages

vendredi 3 juillet 2026

Loi Duplomb 2 : chassée par la porte, elle revient par la fenêtre.

 

Malgré un rejet massif dans le pays, le sénateur Laurent Duplomb tente d’imposer une nouvelle version de son texte. Celui-ci utilise l’examen du projet de loi d’urgence pour la protection agricole, voté au Sénat le 2 juillet 2026, pour réintroduire par amendement les mesures phares de sa loi de 2025 précédemment censurées. Il a ainsi fait adopter des dérogations pour autoriser des pesticides interdits (acétamipride, flupyradifurone) et un plan de doublement des mégabassines d’ici 2035. Parmi eux, l’acétamipride est connu comme pesticide s’attaquant aux foetus humains et ravageant le cerveau des enfants.

Le gouvernement ayant engagé la procédure accélérée, le chemin législatif passe désormais par une Commission mixte paritaire (CMP) en juillet 2026 pour tenter de concilier les versions du Sénat et de l’Assemblée. En cas d’accord, le texte commun sera soumis au vote final des deux chambres. En cas d’échec de la CMP, le projet de loi retournera à l’Assemblée nationale pour une nouvelle lecture, les députés ayant le dernier mot.

Face à cette offensive, la mobilisation citoyenne et les élus de gauche, notamment de La France insoumise, entendent faire barrage à ce qu’il convient de dénoncer comme un passage en force au service de l’agro-industrie. « Attention : Duplomb va à nouveau tenter de réautoriser l’acétamipride. Alors que le Conseil constitutionnel avait bloqué cette folie l’année dernière, ils reviennent à la charge. Ce serait un drame pour les agriculteurs et la santé des Français. Mobilisation ! » : ainsi Clémence Guetté sonnait l’alarme sur son compte Twitter il y a quelques jours. Notre article.

Une loi rejetée, mais imposée par la force

La première version de la loi Duplomb avait déjà suscité une opposition massive. La pétition contre cette loi est encore à ce jour la pétition la plus signée sur le site de l’Assemblée nationale avec plus de deux millions de signatures. Une mobilisation large dans la société civile et une censure partielle par le Conseil constitutionnel avaient marqué un coup d’arrêt.

Au cœur du texte, la réintroduction de pesticides comme l’acétamipride et le flupyradifurone, interdits en France en raison de leur dangerosité pour les pollinisateurs, la biodiversité et la santé humaine.

Loin de tirer les leçons de ce rejet, le sénateur revient aujourd’hui avec une nouvelle proposition, visant à réautoriser ces substances pour plusieurs cultures. Il s’agit d’une stratégie assumée de contournement démocratique, qui consiste à faire revenir par la fenêtre ce qui a été chassé par la porte.

Pour aller plus loin : Chlordécone : l’empoisonnement d’un peuple et la géographie d’un racisme d’État

Une manipulation des faits pour justifier l’injustifiable

Pour défendre son texte, Laurent Duplomb a affirmé que le Conseil d’État aurait rendu un avis favorable. Cette affirmation est contestée par de nombreux juristes et associations.

L’avis de la haute juridiction administrative rappelle au contraire la toxicité élevée de ces substances, leur persistance dans l’environnement et leurs effets délétères sur les espèces non ciblées. Il souligne également l’insuffisance des garanties apportées par le texte.

En réalité, le Conseil d’État ne valide jamais une loi. Il en analyse les risques. En présentant cet avis comme un soutien, le sénateur propose une lecture orientée, dénoncée comme trompeuse, qui vise à légitimer un projet déjà fragilisé.


Le principe de précaution piétiné

Au cœur des critiques se trouve le non-respect du principe de précaution, pourtant inscrit dans la Constitution. L’absence d’évaluations scientifiques solides et actualisées avant toute réintroduction de ces pesticides est pointée comme une faille majeure.

Pour de nombreux observateurs, cette proposition de loi ouvre la voie à un affaiblissement des protections sanitaires et environnementales, au profit d’intérêts économiques à court terme.

L’agro-industrie à la manœuvre

La relance de la loi Duplomb s’inscrit dans un rapport de force plus large. Soutenue par les représentants d’un modèle agricole productiviste, notamment autour de la FNSEA, elle vise à maintenir une agriculture dépendante des produits chimiques.

Cette orientation est une impasse, à la fois écologique, sanitaire et économique, qui enferme les agriculteurs dans une dépendance aux pesticides au lieu de les accompagner vers des alternatives durables.

Une mobilisation populaire qui ne faiblit pas

Dans la rue, la contestation continue de grandir. Le 4 avril, plusieurs milliers de personnes ont défilé à Paris à l’appel de nombreuses organisations, dont Extinction Rebellion, pour dénoncer les ravages des pesticides.

À travers les slogans et les témoignages, une même colère s’exprime. Celle de citoyens qui refusent de voir leur santé sacrifiée. Celle de soignants qui alertent sur les cancers liés à ces substances. Celle de jeunes générations qui veulent pouvoir vivre sans s’empoisonner.

À l’Assemblée nationale, les députés de La France insoumise ont déposé des amendements pour interdire toute dérogation aux néonicotinoïdes et exiger des évaluations scientifiques indépendantes. Dans leurs interventions, il a été rappelé les conséquences concrètes de ces produits sur la santé des travailleurs agricoles et des riverains, ainsi que sur l’effondrement de la biodiversité.

Un choix de société assumé

Le débat autour de la loi Duplomb met en lumière deux visions irréconciliables. D’un côté, celle d’un modèle agricole intensif, soutenu par les lobbies et défendu au nom de la compétitivité. De l’autre, celle d’une planification écologique qui place la santé et le vivant au cœur des politiques publiques, portée par Jean-Luc Mélenchon.

En cherchant à imposer sa loi contre les faits, contre le droit et contre la mobilisation populaire, Laurent Duplomb incarne la volonté jusqu’au-boutiste du profit avant tout, et au détriment de la santé humaine.

Sources:linsoumission.fr   (Par Allan Clerc)

 

Share:

Liberté de la Presse

La video du Jour

Calendrier

Vivre les Cultures du Monde

Cultures du Monde Arabe

Cinéma

Transparence Internationale

NEGAWATT

Wikipedia

Résultats de recherche