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vendredi 11 septembre 2026

Rafraîchir les villes : plaidoyer pour le communalisme face au réchauffement climatique.

 

Réchauffement climatique. Une étude scientifique, publiée le 29 mai dernier dans la revue Nature Climate Change, prévoit que d’ici 2100, si rien n’est fait, les 5 % des villes les plus peuplées au monde seront confrontées à des élévations de températures pouvant dépasser les 8 °C. Dans les années à venir, les communes devront composer avec des épisodes de canicule intense. Elles font aujourd’hui face à une multiplication sans précédent des aléas climatiques.

Le système capitaliste ne se contente pas de dérégler le climat, amenant à l’augmentation de la température des villes. Il détruit la biodiversité, il pollue l’eau, l’air et les sols, raréfie les ressources indispensables, menace la santé et l’alimentation. Face à un avenir imprévisible et un réchauffement climatique irréversible, les communes peuvent être à l’avant-poste de la bifurcation écologique. Ainsi, lutter pour limiter les dégâts du dérèglement climatique impose la sortie du capitalisme et la bifurcation écologique. Cela peut commencer par l’application de mesures locales concrètes avec l’avènement du communalisme insoumis.

Gratuité des piscines publiques, de l’ouverture tardive des espaces verts et d’une manière générale de la mise à disposition de lieux de fraîcheur… Les nouveaux maires insoumis se sont déjà largement illustrés dans ce domaine. Plus largement, quel rôle peut avoir le nouveau communalisme dans la planification écologique ? Notre article.

Les communes vulnérables : de la résilience à la bifurcation

Après un été placé sous le signe de la canicule permanente, conséquence parmi d’autres de décennies d’inaction climatique, il apparaît de plus en plus clairement la nécessité de répondre aux besoins immédiats et à long terme des habitant·es. Une grande agglomération, une ville de taille moyenne ou un village se doit par sa politique d’assurer à toutes et tous un droit à la fraîcheur, un accès à une eau de qualité, un air respirable, un environnement non pollué, une alimentation saine et des étés respirables à l’extérieur, c’est-à-dire dans l’espace public comme à l’intérieur, c’est-à-dire chez soi.

Cette politique doit se construire avec les citoyens. C’est bien le rôle des mairies que de faire en sorte que la participation aux Plans locaux d’urbanisme soit non seulement la plus forte possible mais, dans le contexte de crise climatique actuellement connu et subi, que ces PLU soient les plus verts possibles afin que les communes restent tout simplement viables sur le long terme.

Alors que les vacances scolaires arrivaient, le premier épisode de la canicule de l’été 2026 a dépassé en intensité la canicule de 2003 et il s’en est suivi 4 autres en juillet et en août. Les températures extrêmes ont eu, dans les villes comme partout dans le pays, des conséquences sur la santé des habitant·es notamment des plus fragiles.

Il y a eu la traversée d’un été meurtrier, le nombre de personnes décédées en France se comptant en milliers, et des feux gigantesques subis notamment dans les Landes, en Gironde et dans le Var ainsi qu’une sécheresse extrême vidant les sols de leur eau dans des proportions jamais observées jusqu’alors, il convient de se référer cette fois à des fleuves comme la Loire ou le Doubs.

Pour aller plus loin : « Stérin, Bouygues… Stoppons ces milliardaires qui font sécession en Sologne » – Contre l’accaparement par les ultra-riches d’espaces naturels pour leurs parties de braconnage

La planification écologique communale

La durée du mandat des élu·es au conseil municipal, du ou de la maire et de ses adjoint·es est de six ans. Suite aux dernières élections municipales de mars 2026, il existe deux configurations : la mairie est résolue à lutter contre le réchauffement et peut planifier en 6 ans des politiques publiques écologiques : c’est le cas notamment des mairies insoumises. Ou bien la majorité en place est dans l’inaction ou le déni climatique et il revient dans ce cas de porter les propositions écologiques dans les rues et au sein des conseils municipaux dans l’opposition lorsque la présence s’y trouve.

Les mobilisations populaires et la puissance publique peuvent permettre le changement radical des modes de production et d’échanges afin de freiner les conséquences irréversibles du dérèglement climatique.

Lors des périodes caniculaires, les nouvelles municipalités insoumises prennent de nombreuses mesures salutaires. Il peut s’agir de la gratuité des piscines publiques, de l’ouverture tardive des espaces verts et d’une manière générale de la mise à disposition de lieux de fraîcheur, du contact régulier avec les personnes les plus vulnérables souvent inscrites dans les registres des centres communaux d’action sociale (les CCAS), la multiplication des points d’eau et des îlots de fraîcheur, la végétalisation des places principales.

La mise à disposition de points d’eau se fait par l’installation des fontaines à eau potables dans l’espace public et dans les espaces municipaux climatisés (médiathèques, mairies annexes). Le passage de la minéralisation à la végétalisation partielle des places étant une première étape vers la ville de demain faite de canopées, de places et de façades entièrement végétalisées et de grands axes ombragés.

En finir avec les coupes budgétaires, renforcer les solidarités

Dans le contexte de baisse des dotations de l’État aux collectivités, les communes disposent de moins de marges de manœuvre pour mettre en place des politiques publiques ambitieuses et efficaces. Les coupes budgétaires appliquées aux communes sont l’une des nombreuses manifestations de la dureté et de l’injustice du néolibéralisme. Cette politique se traduit concrètement par la fermeture des cafés, la disparition des services publics, l’urbanisme impersonnel, l’isolement et la solitude des plus précaires parfois dans des conditions extrêmes (personnes vivant sous le seuil de pauvreté dans une bouilloire thermique).

Pour autant, de nombreuses mesures concrètes sont applicables sans impliquer de grandes dépenses et certaines communes ont réussi parfois à maintenir leurs comptes avec des budgets excédentaires. Si les principes de libre administration des collectivités et de subsidiarité sont reconnus juridiquement aux niveaux constitutionnel et européen, une planification claire à l’échelon local implique quoi qu’il en soit des agents publics chargés de sa mise en œuvre ainsi que des moyens financiers et donc d’en finir avec le libéralisme opposé à la logique selon laquelle il faut des moyens pour répondre aux besoins.

Ne plus suffoquer dans les logements

Les canicules révèlent l’ampleur de la crise du logement. Il est cependant du ressort des mairies et des communautés d’agglomération de pouvoir réduire au minimum le nombre de passoires thermiques en augmentant les aides aux travaux d’isolation des logements en surchauffe.

Une politique municipale verte doit permettre de recenser ces logements exposés aux risques de surchauffe : derniers étages, combles aménagés, logements mal ventilés, sans volets ou avec des baies vitrées mal exposées, logements situés dans des quartiers minéralisés ou dans des îlots de chaleur urbains.

Plutôt que de s’en remettre aux climatiseurs individuels pour faire face aux canicules, les communes pourraient développer des réseaux de fraîcheur collectifs qui consomment moins d’électricité, coûtent moins cher aux particuliers et ne rejettent pas la chaleur dans l’air. Un tel réseau, sous forme embryonnaire, existe déjà à Paris (Pour un nouveau communalisme – Les livres de l’Institut La Boétie).

Face au réchauffement climatique, planifier et accélérer la rénovation thermique des écoles

À chaque canicule, les élèves et les équipes pédagogiques des écoles, des collèges et des lycées sont mis en danger et les conditions d’accueil, de travail et la qualité de l’enseignement sont dégradées. Et quand une école ferme plusieurs jours pour des raisons climatiques, des milliers de parents se retrouvent sans solutions. Afin que cette situation ne se reproduise pas continuellement, la mise en place urgente de grands plans de rénovation thermique réalisés à partir des relevés de températures effectués dans les établissements scolaires est une proposition concrète de la planification écologique communale appliquée à l’enfance.

Les plans locaux d’urbanisme reviennent aux collectivités et aux citoyens

L’augmentation de la présence de la nature en ville est un enjeu majeur. Dans l’espace public, les solutions aux hausses localisées de température peuvent être techniques, végétales et architecturales. En journée, villes et villages sont soumis au même rayonnement solaire mais la nuit venue, les espaces naturels refroidissent plus. En été, les centres des métropoles peuvent atteindre la nuit une température de 5 à 10 degrés supérieure aux zones naturelles (Villes et changement climatique – Ilots de chaleur urbains, paru aux éditions Parenthèses).

C’est parce que les îlots de chaleur se forment à très petite échelle et qu’aucune ville ne présente le même climat ni la même configuration architecturale que les solutions peuvent être locales et que des PLU verts sont aujourd’hui indispensables.

Comme outils de planification, ils peuvent comprendre la création de zones ombragées, l’enlèvement du bitume afin de désimperméabiliser les sols (5), l’augmentation d’a minima 20 % des espaces verts ou un moratoire visant à interdire toute nouvelle construction en béton. Cette liste est non exhaustive. Les municipalités peuvent soutenir les associations, les ressourceries, collectifs et régies de quartiers afin de visibiliser une écologie populaire communale.

Nouveaux risques, nouveaux droits

Lorsqu’il fait 40 degrés, travailler devient parfois impossible. Travail agricole, aides à domicile, agents d’entretien, ouvriers et ouvrières du bâtiment… derrière chaque canicule, il y a des femmes et des hommes qui continuent de travailler malgré les risques. Les travailleuses et travailleurs du secteur du bâtiment sont particulièrement exposés sur les chantiers en hauteur aux risques lors des canicules.

En France, des travaux de recherches (Epicea, Sécheresse) et des expérimentations portent spécifiquement sur les risques liés à la sécheresse, notamment en milieu urbain, où le phénomène des îlots de chaleur peut avoir des effets démultiplicateurs sur la mortalité au travail induite par la hausse des températures.

Le secteur du BTP tente cependant de s’acclimater au réchauffement. Les municipalités peuvent accompagner les entreprises à trouver les meilleures parades ou qui décalent les horaires. À contrario, dans les cas où des salarié·es du bâtiment seraient volontairement exposés aux fortes chaleurs et en seraient victimes, les municipalités pourraient se constituer partie civile.

Pour éviter l’assèchement et l’augmentation de la chaleur dans les rues, il revient aussi aux professionnels de la construction de réfléchir à la création d’îlots de chaleur en ville, notamment en créant de l’ombre afin de protéger les sols et les personnes dans l’espace public.

Un droit à la fraîcheur pour toutes et tous

À rebours de la raréfaction des lieux publics de convivialité, les communes peuvent se distinguer en ouvrant des lieux-refuges. En période de fortes chaleurs, l’ensemble des lieux publics indispensables pour se rafraîchir, à l’instar des lieux culturels (musées, médiathèques, cinémas) climatisés doivent être accessibles gratuitement. L’accès aux loisirs et à la fraîcheur pendant les épisodes caniculaires doit être garanti avec une plus grande amplitude des horaires d’ouverture de ces lieux.

Il faut localiser et rendre accessibles et sûrs, sur tout le territoire, les espaces naturels frais, renforcer la surveillance des bois et forêts communaux, proposer des moratoires pour interdire toute construction en béton, inciter par des tarifs préférentiels ou par la gratuité à se rendre dans des endroits frais comme les musées, les médiathèques, les salles de cinéma ou les musées, étendre les périodes d’ouvertures et l’amplitude horaire des bassins extérieurs devenus gratuits pour l’ensemble des habitant·es lors des périodes de vagues de chaleur.

Rafraîchir les villes revient à protéger les arbres matures et créer des strates végétales denses telles que des canopées. Municipaliser l’eau et conserver les grands arbres existants, véritables climatiseurs naturels de ces quartiers et associer systématiquement arbres, arbustes et végétation basse pour créer des oasis de fraîcheur sont des mesures communales concrètes pour rendre effectif ce nouveau droit à la fraîcheur.

Changer les villes, préserver les espaces

Si une gestion rigoureuse de la distribution d’eau est indispensable, l’aménagement des espaces verts urbains et le choix des matériaux de construction des bâtiments afin de réfléchir au maximum le rayonnement solaire doivent désormais faire l’objet de toutes les attentions. S’agissant des sols, il est nécessaire de remplacer le bitume par des revêtements perméables ou clairs qui emmagasinent moins la chaleur diurne et permettent de l’évacuer plus facilement la nuit.

Les personnes les plus exposées doivent pouvoir être accompagnées de la meilleure façon possible lors des épisodes caniculaires. Cela se fait notamment lors de l’activation du plan canicule avec le recensement des personnes vulnérables, isolées ou âgées par les CCAS (6) afin d’assurer un suivi régulier, des appels et des visites.

Écologie planifiée et refus de la fatalité

L’écologie planifiée et populaire protège les populations des aléas climatiques. Les libéraux oscillent entre déni, inaction, mépris et condescendance envers les voix qui s’élèvent pour la porter et la mettre en œuvre. Ils peuvent parfois en approuver certaines mesures mais ne seront jamais réellement disposés à remplacer leur modèle productiviste dépassé par un collectivisme responsable.

Malgré l’influence néfaste des réactionnaires, les derniers climatosceptiques s’apercevront probablement petit à petit que la canicule de 2026 n’était pas celle de 1976. Refusant la fatalité face à la crise écologique, les communalistes sont, au sein des luttes populaires et des conseils municipaux, aux avant-postes de la planification pour sortir de l’impasse du réchauffement climatique conséquence d’un capitalisme irresponsable menant l’écosystème à sa perte. Car les mesures, les outils et les processus délibératifs proposés par le communalisme peuvent améliorer dès maintenant les conditions de vie et serviront demain à la bifurcation écologique au niveau national.

Sources:linsoumission.fr (Par Arthur Abbatucci)

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